07/07/2010

La crise d'adolescence ..... mais quelle crise !!!

    Préambule.

    Tous les résultats de l'enquête du journal " Le Soir " ont été publiés du 28 avril au 8 mai 1993 et ont été obtenus suite à l'enquête d'opinion réalisée par Marketing Unit suivant la technique du face-à-face entre le 1er et le 25 mars 1993.

    Les résultats ont été pondérés pour obtenir la représentativité des trois régions : 11 % à Bruxelles, 32 % en Wallonie et 57 % en Flandre.

    Cette enquête est comparée à celle réalisée en juin 1980 pour " Le Soir " par l'Inusop auprès de 1865 jeunes Belges de 17 à 23 ans, à qui avaient été posées les mêmes questions.

    La catégoie des 17 - 23 ans représente actuellement en Belgique un peu plus d'un million de personnes.

    Considérations générales.

    Une crise que l'adolescence !!! effectivement car elle constitue une époque particulièrement chargée du développement ; une des caractérisations les plus usuelles de cette période est d'abord d'ordre biologique : la maturation sexuelle. Il est indéniable que se produisent une série de modifications physiques ; d'abord une croissance de taille parfois dramatique que ne rattrape pas nécessairement le développement musculaire et pondéral ; d'autres connaîtront en même temps un fort accroissement des tissus adipeux responsable d'un développement graisseux caractéristique de l'obésité et générateur de problèmes physiques qui peuvent être importants à cet âge précisément.

    Au plan physique, la maturation sexuelle s'accompagne de l'apparition d'une série de caractéristiques sexuelles : développement de la pilosité faciale chez le garçon, pilosité pubique chez garçon et fille, développement mammaire chez la fille. L'activation du système glandulaire lié à l'apparition des règles chez la jeune fille, des premières émissions séminales chez le garçon sont importantes car en fonction du contexte familial, de l'information donnée cela pourra ou non susciter de l'anxiété.

    En même temps agissent les pulsions sexuelles et des désirs qui sensibilisent continuellement l'individu à la consommation et qui l'exposent tout particulièrement aux stimulations érotiques dont l'environnement urbain est particulièrement chargé. Pour Freud ( voir les grands pédagogues ), cette époque correspond au stade psycho-sexuel de la génitalité qui ne peut être atteint que si les conflits de l'enfance à son stade de développement phallique ont été bien surmontés ( conflit oedipien principalement ).

    On parle de crise ... je pense qu'il s'agit principalement d'un concept relativement moderne, lié à l'allongement de l'enfance qui maintient le jeune adulte dans une dépendance qu'impose la prolongation de la scolarité - et de la formation en général - et dans un carcan d'interdictions qui sont la conséquence secondaire de cette dépendance socio-éducative.

    Dès lors, l'adolescent effectivement dépendant ne peut accéder, au moment où pourtant il atteint la maturité génitale, puis physique, musculaire et même intellectuelle, à l'indépendance sociale, économique et matérielle, ni même et surtout à la réalisation sexuelle qui ne s'accomplit que dans le choix plus ou moins stable d'un partenaire.

    Ces importantes modifications du corps et de ses possibilités mais aussi de l'organisation cognitive, engendrent nécessairement des modifications psychologiques de plusieurs types. L'adolescent se centre sur une quête souvent anxieuse du bonheur, sur une recherche de l'amour. Les caractéristiques de sexualisation n'en sont pas immédiates : il peut dans un premier temps demeurer asexué, immatériel - et nécessairement - insatisfait, alors qu'en même temps le besoin de la satisfaction sexuelle pousse l'adolescent qui se satisfera dans la masturbation à se sexualiser plus ou moins inadéquatement avant d'aboutir au choix d'un partenaire hétérosexuel. Ces étapes ne sont pas nécessairement universelles.  

 

 

 

Qu’est-ce qui est le plus important pour vous ?

1993

1980

 

 

 

L’amour.

56

43

 

 

 

Les amitiés.

41

29

 

 

 

Le bonheur familial.

28

51

 

 

 

L’argent.

23

17

 

 

 

La famille.

20

17

 

 

 

Le travail.

14

14

 

 

 

Les idéaux

7

8

 

 

 

Les voyages.

6

5

 

 

 

Autres réponses.

4

3

 

 

 

Sans réponses.

-

13

 

 

 

Total 

199

200

 

 

 

    ( Tous les tableaux publiés ici proviennent des services infographies du journal Le Soir ).

 

 

 

 

 

 

Avez-vous déjà été amoureux ?

1993

1980

 

 

 

Oui

96

*

 

 

 

Non

4

*

 

 

 

Total

100

*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le fait d’aimer quelqu’un est-ce pour vous ?  

1993

1980

 

 

 

Très important

66

95

 

 

 

Important parmi d’autres choses

32

*

 

 

 

Pas très important

2

*

 

 

 

Sans réponse

0

5

 

 

 

 

 

 

Total

100

100

 

 

 

    L'interaction de l'adolescent, au moment de ces émergences sexuelles et affectives, avec le milieu familial, social pourront être extrêmement riches ou extrêmement tendues, dures et traumatisantes. A la recherche de la réalisation sexuelle, se superpose une recherche de réalisation physique, sociale, économique : un désir incoercible d'indépendance, une recherche d'identité et surtout de reconnaissance de cette identité. L'adolescent souhaite réaliser son autonomie. Plus que jamais, il adhère, et exprime des choix, des intérêts, des valeurs qui lui sont propres. L'attitude des milieux adultes significatifs pour lui ( parents, enseignants ) sera essentielle.

    Ce dont il n'est plus question pour l'adolescent c'est de continuer à vivre une relation calquée sur ce que furent ses rapports d'enfant à adulte. L'incapacité de certains parents de changer à ce moment de mode relationnel est à la source de difficultés graves tant pour le développement de l'adolescent que pour la relation affective parents - enfants. Le " conflit des générations " devient quotidien, se cristallise en d'interminables cycles de malentendus, de conflits, d'incompréhenson réciproque et menace parfois de façon irréversible l'équilibre tant des parents que de l'adolescent. A ce moment d'ailleurs, (ré)émergent avec intensité les difficultés à être parents, les problèmes qu'ils n'ont éventuellement jamais résolus eux-mêmes dans leur relation avec leurs propres parents.

     Y a-t-il un fossé entre la génération des jeunes et leurs parents ? En guise d'exemples, j'ai une copine qui m'a confié qu'elle vivait seule avec sa mère. Cela fait quatre ans qu'elles ne se disent plus rien. Silence absolu. " Le pire, dit-elle, c'est qu'on ne s'y habitue pas !! ". D'autres copains téléphonent à mes parents pour discuter avec eux, leur demander des conseils. Pourquoi ? Parce qu'ils n'osent pas en parler à leurs propres parents !! Il est vrai que dans la société active, les parents manquent de temps. De plus, la peur de la rencontre avec des adolescents critiques les paralyse. Il est plus simple de vivre comme on l'a toujours fait !! Montrez à vos enfants les vraies valeurs de la vie. Si vous prenez la responsabilité d'avoir " des mômes ", ce n'est pas seulement pour leur donner à manger, leur payer des fringues et des cassettes Nitendo, c'est surtout pour les voir grandir, les écouter, leur offrir l'amour en toutes circonstances. ( C. D. 17 ans Namur ).

    A 18 ans, il est vrai que nous sommes majeurs mais qui osera me dire que nous sommes adultes. Nous avons encore besoin d'être conseillés même si nous ne l'avouons pas toujours !! Et qui a le rôle de nous guider dans la vie ? Ce sont nos parents ... Certains le comprennent très bien, d'autres ont tendance à l'oublier. Ils travaillent dur pour nous assurer un confort matériel ... mais les jeunes ont avant tout besoin d'un confort affectif. Ils n'attendent pas que leurs parents soient leurs amis, leur copains qu'on voit de temps en temps. Ils attendent que leurs parents jouent leur rôle de parent qui consiste à aider, à féliciter mais aussi, quelque fois, à sanctionner .... ( S. W. 17 ans Emines ).

 

 

 

 

Dans l’ensemble êtes-vous … ?

1993

1980

 

 

 

très heureux

34

31

 

 

 

Assez heureux

62

61

 

 

 

Assez malheureux

3

3

 

 

 

Très malheureux

-

-

 

 

 

Sans réponse

-

5

 

 

 

Total

100

100

 

 

 

    C'est un peu tout cela que la crise " de l'adolescence ". Mais, je l'ai dit, c'est un phénomène autant de société que de psychologie individuelle. L'examen des conditions historiques le révèle sans difficulté.

 

      *  Je crois que si le développement sexuel peut constituer une source d'accidents relationnels, c'est parce qu'il expose à une contrainte contradictoire. Contradictoire entre : l'émergence de la pulsion sexuelle, le besoin de satisfaction correspondant, la recherche de réalisation sociale, de l'autonomie qui dénotent au fond l'adulte qui souhaite accéder à ce à quoi son niveau de développement psychosociologique lui donne droit, et entre : le maintien (parfois le resserrement) d'un réseau de contraintes, d'interdits, de dépendances, d'exigences propres à l'enfance prolongée qui sont concomitantes du développement et de la complexification socioculturelle des sociétés humaines.

 

       Il faut bien dire que jadis, (et aujourd'hui dans les cultures dites primitives), l'adolescence et la maturité sexuelle consacraient l'accès au statut adulte. Dès 14 ou 15 ans, l'adolescent cessait d'être un ennfant, devenait adulte au sens plénier du terme. Dans les sociétés archaïques (anciennes ou contemporaines) il passait à ce moment par les rites d'initiation qui attestaient de son droit à la responsabilité adulte. IL devenait membre à part entière du groupe social.

 

    *  Dans les sociétés plus tardives de l'Occident, selon sa clase d'appartenance, l'adolescent entrait de plein droit dans le monde laborieux des serfs, paysans, agriculteurs, ... et ainsi il accédait à ce moment aux droits, responsabilités et pouvoirs attachés à sa classe sociale.

 

    * Dans la plus grande partie de l'histoire humaine, l'adolescent réalisait pleinement l'adéquation entre sa maturité physique et sexuelle et son rôle social. Il est vrai que la durée de l'existence était alors, en moyenne, bien inférieure à ce qu'elle est aujourd'hui. C'est-à-dire que pas mal d'hommes et de femmes ne dépassaient pas un âge relativement peu avancé. Sur une durée de vie potentiellement aussi limitée, il ne pouvait être question que l'adolescence, dans sa dimension de restrictions, de formation et surtout " d'attente de l'âge adulte, d'attente différée " n'occupe un trop grand nombre d'années, sans quoi les années restant consacrées à l'activité se seraient trouvées réduites à la portion congrue.

 

    L'adolescence en tant que crise est un problème actuel de société qui s'est farouchement  complexifiée. Les exigences de la vie professionnelle et sociale imposent un temps d'apprentissage de plus en plus long, les savoirs à maîtriser sont de plus en plus multiples, la formation dépasse largement aujourd'hui, pour une frange non négligeable d'individus, les 20 ans, âge auquel on se trouvait jadis déjà pleinement engagé dans la vie, et ce depuis plusieurs années déjà.

 

 

 

 

Parmi les revendications suivantes concernant le travail, quelles sont les plus importantes à vos yeux ? (Trois réponses possibles).

 

1993

1980

 

 

 

La sécurité d’emploi.

71

57

 

 

 

Hausse de salaire.

39

31

 

 

 

Des perspectives plus grandes de promotion.

29

13

 

 

 

Plus de responsabilités dans l’organisation de son travail.

27

18

 

 

 

Plus de souplesse dans les horaires

23

25

 

 

 

Avantages sociaux plus étendus.

21

17

 

 

 

L’amélioration des conditions de sécurité et d’hygiène.

17

20

 

 

 

De meilleures relations avec les supérieurs

17

22

 

 

 

La participation des travailleurs à la gestion.

13

12

 

 

 

Rythme de travail moins rapide

13

20

 

 

 

Diminution du temps de travail

11

15

 

 

 

Plus d’information sur la gestion.

10

1

 

 

 

Sans réponse

1

 

 

 

 

Total

291

261

 

 

 

 

 

 

18:10 Écrit par YK | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |