07.07.2010
La crise d'adolescence ..... mais quelle crise !!!
Préambule.
Tous les résultats de l'enquête du journal " Le Soir " ont été publiés du 28 avril au 8 mai 1993 et ont été obtenus suite à l'enquête d'opinion réalisée par Marketing Unit suivant la technique du face-à-face entre le 1er et le 25 mars 1993.
Les résultats ont été pondérés pour obtenir la représentativité des trois régions : 11 % à Bruxelles, 32 % en Wallonie et 57 % en Flandre.
Cette enquête est comparée à celle réalisée en juin 1980 pour " Le Soir " par l'Inusop auprès de 1865 jeunes Belges de 17 à 23 ans, à qui avaient été posées les mêmes questions.
La catégoie des 17 - 23 ans représente actuellement en Belgique un peu plus d'un million de personnes.
Considérations générales.
Une crise que l'adolescence !!! effectivement car elle constitue une époque particulièrement chargée du développement ; une des caractérisations les plus usuelles de cette période est d'abord d'ordre biologique : la maturation sexuelle. Il est indéniable que se produisent une série de modifications physiques ; d'abord une croissance de taille parfois dramatique que ne rattrape pas nécessairement le développement musculaire et pondéral ; d'autres connaîtront en même temps un fort accroissement des tissus adipeux responsable d'un développement graisseux caractéristique de l'obésité et générateur de problèmes physiques qui peuvent être importants à cet âge précisément.
Au plan physique, la maturation sexuelle s'accompagne de l'apparition d'une série de caractéristiques sexuelles : développement de la pilosité faciale chez le garçon, pilosité pubique chez garçon et fille, développement mammaire chez la fille. L'activation du système glandulaire lié à l'apparition des règles chez la jeune fille, des premières émissions séminales chez le garçon sont importantes car en fonction du contexte familial, de l'information donnée cela pourra ou non susciter de l'anxiété.
En même temps agissent les pulsions sexuelles et des désirs qui sensibilisent continuellement l'individu à la consommation et qui l'exposent tout particulièrement aux stimulations érotiques dont l'environnement urbain est particulièrement chargé. Pour Freud ( voir les grands pédagogues ), cette époque correspond au stade psycho-sexuel de la génitalité qui ne peut être atteint que si les conflits de l'enfance à son stade de développement phallique ont été bien surmontés ( conflit oedipien principalement ).
On parle de crise ... je pense qu'il s'agit principalement d'un concept relativement moderne, lié à l'allongement de l'enfance qui maintient le jeune adulte dans une dépendance qu'impose la prolongation de la scolarité - et de la formation en général - et dans un carcan d'interdictions qui sont la conséquence secondaire de cette dépendance socio-éducative.
Dès lors, l'adolescent effectivement dépendant ne peut accéder, au moment où pourtant il atteint la maturité génitale, puis physique, musculaire et même intellectuelle, à l'indépendance sociale, économique et matérielle, ni même et surtout à la réalisation sexuelle qui ne s'accomplit que dans le choix plus ou moins stable d'un partenaire.
Ces importantes modifications du corps et de ses possibilités mais aussi de l'organisation cognitive, engendrent nécessairement des modifications psychologiques de plusieurs types. L'adolescent se centre sur une quête souvent anxieuse du bonheur, sur une recherche de l'amour. Les caractéristiques de sexualisation n'en sont pas immédiates : il peut dans un premier temps demeurer asexué, immatériel - et nécessairement - insatisfait, alors qu'en même temps le besoin de la satisfaction sexuelle pousse l'adolescent qui se satisfera dans la masturbation à se sexualiser plus ou moins inadéquatement avant d'aboutir au choix d'un partenaire hétérosexuel. Ces étapes ne sont pas nécessairement universelles.
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Qu’est-ce qui est le plus important pour vous ? |
1993 |
1980 |
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L’amour. |
56 |
43 |
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Les amitiés. |
41 |
29 |
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Le bonheur familial. |
28 |
51 |
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L’argent. |
23 |
17 |
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La famille. |
20 |
17 |
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Le travail. |
14 |
14 |
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Les idéaux |
7 |
8 |
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Les voyages. |
6 |
5 |
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Autres réponses. |
4 |
3 |
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Sans réponses. |
- |
13 |
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Total |
199 |
200 |
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( Tous les tableaux publiés ici proviennent des services infographies du journal Le Soir ).
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Avez-vous déjà été amoureux ? |
1993 |
1980 |
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Oui |
96 |
* |
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Non |
4 |
* |
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Total |
100 |
* |
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Le fait d’aimer quelqu’un est-ce pour vous ? |
1993 |
1980 |
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Très important |
66 |
95 |
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Important parmi d’autres choses |
32 |
* |
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Pas très important |
2 |
* |
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Sans réponse |
0 |
5 |
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Total |
100 |
100 |
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L'interaction de l'adolescent, au moment de ces émergences sexuelles et affectives, avec le milieu familial, social pourront être extrêmement riches ou extrêmement tendues, dures et traumatisantes. A la recherche de la réalisation sexuelle, se superpose une recherche de réalisation physique, sociale, économique : un désir incoercible d'indépendance, une recherche d'identité et surtout de reconnaissance de cette identité. L'adolescent souhaite réaliser son autonomie. Plus que jamais, il adhère, et exprime des choix, des intérêts, des valeurs qui lui sont propres. L'attitude des milieux adultes significatifs pour lui ( parents, enseignants ) sera essentielle.
Ce dont il n'est plus question pour l'adolescent c'est de continuer à vivre une relation calquée sur ce que furent ses rapports d'enfant à adulte. L'incapacité de certains parents de changer à ce moment de mode relationnel est à la source de difficultés graves tant pour le développement de l'adolescent que pour la relation affective parents - enfants. Le " conflit des générations " devient quotidien, se cristallise en d'interminables cycles de malentendus, de conflits, d'incompréhenson réciproque et menace parfois de façon irréversible l'équilibre tant des parents que de l'adolescent. A ce moment d'ailleurs, (ré)émergent avec intensité les difficultés à être parents, les problèmes qu'ils n'ont éventuellement jamais résolus eux-mêmes dans leur relation avec leurs propres parents.
Y a-t-il un fossé entre la génération des jeunes et leurs parents ? En guise d'exemples, j'ai une copine qui m'a confié qu'elle vivait seule avec sa mère. Cela fait quatre ans qu'elles ne se disent plus rien. Silence absolu. " Le pire, dit-elle, c'est qu'on ne s'y habitue pas !! ". D'autres copains téléphonent à mes parents pour discuter avec eux, leur demander des conseils. Pourquoi ? Parce qu'ils n'osent pas en parler à leurs propres parents !! Il est vrai que dans la société active, les parents manquent de temps. De plus, la peur de la rencontre avec des adolescents critiques les paralyse. Il est plus simple de vivre comme on l'a toujours fait !! Montrez à vos enfants les vraies valeurs de la vie. Si vous prenez la responsabilité d'avoir " des mômes ", ce n'est pas seulement pour leur donner à manger, leur payer des fringues et des cassettes Nitendo, c'est surtout pour les voir grandir, les écouter, leur offrir l'amour en toutes circonstances. ( C. D. 17 ans Namur ).
A 18 ans, il est vrai que nous sommes majeurs mais qui osera me dire que nous sommes adultes. Nous avons encore besoin d'être conseillés même si nous ne l'avouons pas toujours !! Et qui a le rôle de nous guider dans la vie ? Ce sont nos parents ... Certains le comprennent très bien, d'autres ont tendance à l'oublier. Ils travaillent dur pour nous assurer un confort matériel ... mais les jeunes ont avant tout besoin d'un confort affectif. Ils n'attendent pas que leurs parents soient leurs amis, leur copains qu'on voit de temps en temps. Ils attendent que leurs parents jouent leur rôle de parent qui consiste à aider, à féliciter mais aussi, quelque fois, à sanctionner .... ( S. W. 17 ans Emines ).
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Dans l’ensemble êtes-vous … ? |
1993 |
1980 |
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très heureux |
34 |
31 |
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Assez heureux |
62 |
61 |
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Assez malheureux |
3 |
3 |
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Très malheureux |
- |
- |
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Sans réponse |
- |
5 |
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Total |
100 |
100 |
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C'est un peu tout cela que la crise " de l'adolescence ". Mais, je l'ai dit, c'est un phénomène autant de société que de psychologie individuelle. L'examen des conditions historiques le révèle sans difficulté.
* Je crois que si le développement sexuel peut constituer une source d'accidents relationnels, c'est parce qu'il expose à une contrainte contradictoire. Contradictoire entre : l'émergence de la pulsion sexuelle, le besoin de satisfaction correspondant, la recherche de réalisation sociale, de l'autonomie qui dénotent au fond l'adulte qui souhaite accéder à ce à quoi son niveau de développement psychosociologique lui donne droit, et entre : le maintien (parfois le resserrement) d'un réseau de contraintes, d'interdits, de dépendances, d'exigences propres à l'enfance prolongée qui sont concomitantes du développement et de la complexification socioculturelle des sociétés humaines.
* Il faut bien dire que jadis, (et aujourd'hui dans les cultures dites primitives), l'adolescence et la maturité sexuelle consacraient l'accès au statut adulte. Dès 14 ou 15 ans, l'adolescent cessait d'être un ennfant, devenait adulte au sens plénier du terme. Dans les sociétés archaïques (anciennes ou contemporaines) il passait à ce moment par les rites d'initiation qui attestaient de son droit à la responsabilité adulte. IL devenait membre à part entière du groupe social.
* Dans les sociétés plus tardives de l'Occident, selon sa clase d'appartenance, l'adolescent entrait de plein droit dans le monde laborieux des serfs, paysans, agriculteurs, ... et ainsi il accédait à ce moment aux droits, responsabilités et pouvoirs attachés à sa classe sociale.
* Dans la plus grande partie de l'histoire humaine, l'adolescent réalisait pleinement l'adéquation entre sa maturité physique et sexuelle et son rôle social. Il est vrai que la durée de l'existence était alors, en moyenne, bien inférieure à ce qu'elle est aujourd'hui. C'est-à-dire que pas mal d'hommes et de femmes ne dépassaient pas un âge relativement peu avancé. Sur une durée de vie potentiellement aussi limitée, il ne pouvait être question que l'adolescence, dans sa dimension de restrictions, de formation et surtout " d'attente de l'âge adulte, d'attente différée " n'occupe un trop grand nombre d'années, sans quoi les années restant consacrées à l'activité se seraient trouvées réduites à la portion congrue.
L'adolescence en tant que crise est un problème actuel de société qui s'est farouchement complexifiée. Les exigences de la vie professionnelle et sociale imposent un temps d'apprentissage de plus en plus long, les savoirs à maîtriser sont de plus en plus multiples, la formation dépasse largement aujourd'hui, pour une frange non négligeable d'individus, les 20 ans, âge auquel on se trouvait jadis déjà pleinement engagé dans la vie, et ce depuis plusieurs années déjà.
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Parmi les revendications suivantes concernant le travail, quelles sont les plus importantes à vos yeux ? (Trois réponses possibles). |
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1993 |
1980 |
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La sécurité d’emploi. |
71 |
57 |
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Hausse de salaire. |
39 |
31 |
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Des perspectives plus grandes de promotion. |
29 |
13 |
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Plus de responsabilités dans l’organisation de son travail. |
27 |
18 |
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Plus de souplesse dans les horaires |
23 |
25 |
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Avantages sociaux plus étendus. |
21 |
17 |
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L’amélioration des conditions de sécurité et d’hygiène. |
17 |
20 |
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De meilleures relations avec les supérieurs |
17 |
22 |
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La participation des travailleurs à la gestion. |
13 |
12 |
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Rythme de travail moins rapide |
13 |
20 |
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Diminution du temps de travail |
11 |
15 |
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Plus d’information sur la gestion. |
10 |
1 |
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Sans réponse |
1 |
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Total |
291 |
261 |
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18:10 Écrit par YK dans L'adolescence | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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16.06.2010
Pour en savoir plus ou autrement .......
Bibliographie non exhaustive des ouvrages de références encadrant plutôt correctement les rubriques développées dans ce blog.
Préambule : Ne dédaignez pas trop vite les ouvrages qui vous sembleraient plus anciens ... ils éclairent très, très souvent nos pratiques actuelles ... !!!
Abraham, A., L'enseignant est une personne, Paris, ESF, 1984.
Abraham, A., Le monde intérieur des enseignants, Paris, Epi, 1972.
Abrecht, L'évaluation formative. Une analyse critique, Bruxelles, 1991.
Aebli, H., Didactique psychologique, Neufchâtel, Delachaux et Niestlé, 1963.
Alain, Propos sur l'éducation, Paris, PUF (13ème) éd.), 1967.
Albertini, J.M., La pédagogie n'est plus ce qu'elle sera, Paris, Le Seuil, 1992.
Allal, Cardinet et Perrenoud, L'évaluation formative dans un enseignement différencié, Berne, P. Lang, 1991.
Allal, L., Vers une pratique de l'évaluation formative, Bruxelles, De Boeck, 1991.
Allard, CLaude, L'enfant au siècle des images, Paris, Albin Michel, 2002.
Anatrella, T., Non à la société dépressive, Paris, Flammarion, 1993.
Anciaux, R., Ali, Mehmed et les autres voudraient réussir, Bruxelles, De Boeck, 1996.
Andriat, F., Vocation Prof, Bruxelles, Labor, 2001.
Angers et Bouchard, L'activité éducative. Une théorie, une pratique. L'animation de la vie de la classe, Montréal, Bellarmin, 1993.
Antibi, André, La constante macabre, Paris, Math'adore, 2003.
Archambault, J. et Richter, Ch., Une école pour apprendre, Montréal, Chenelière éducation, 2006.
Ardoino, J., Propos actuels sur l'éducation, Paris, Gauthier-Villars, 1978.
Armando, A., Freud et l'éducation, Paris, Editions sociales françaises, 1974.
Aspy et Roebuck, On n'apprend pas d'un prof qu'on n'aime pas, Bruxelles, EPE, 1990.
Astolfi, J.P., L'école pour apprendre, Paris, ESF, 2007.
Astolfi, J.P., L'erreur, un outil pour apprendre, Paris, E.S.F., 1997.
Astolfi, J.P., La saveur des savoirs, Paris, E.S.F., 2008.
Atkinson and Feather, A Theory od Achievement Motivation, New York, John Viley, 1966.
Atlan, H., Savoir échanger les savoirs, Paris, Editions Textuel, 1997.
Aubert, J.L., Intelligent mais peut mieux faire, Paris, Albin Michel, 2004.
Auger, M.T. et Boucharlat, CH., Elèves difficiles, profs en difficultés, Paris, Chroniques sociales, 2004.
Ausubel, D., Educational psychology, a cognitive view, New York, Rinehart and Winston, 1968.
Auvinet, J., L'école et la réussite scolaire, Paris, Editions Vrin, 1968.
Avanzini, G., Immobilisme et novation dans l'éducation scolaire, Toulouse, Privat, 1975.
Avanzini, G., Introduction aux sciences de l'éducation, Toulouse, Privat, 1987.
Avanzini, G., L'échec scolaire, Paris, Le centurion, 1977.
Bachelard, G., La formation de l'esprit scientifique, Paris, PUF, 1971.
Baietto, M.C., Le désir d'enseigner, Paris, ESF, 1985.
Baillat, G., - De Ketele, J.M., Evaluer pour former, Bruxelles, De Boeck, 2008.
Baillauquès et Breuse, La première classe, Paris, ESF, 1993.
Bandler et Grinder, Les secrets de la communication. Changer sans douleur, Montréal, Editions Le Jour, 1983.
Barbiana (Les enfants de), Lettre à une maîtresse d'école, Paris, Mercure de France, 1968.
Barlow, M., L'évaluation mythes et réalités, Paris, ESF, 2007.
Barrère, A., Travailler à l'école, Presses Universitaires de Rennes, 2004.
Baruk, St., C'est à dire en mathématiques ou ailleurs, Paris, Seuil, 1993.
Bassis, H., Je cherche donc j'apprends, Paris, Messidor, 1984.
Bataillon, M., Rebâtir l'école, Paris, Payot, 1972.
Bates-Ames, L., Pour ou contre Summerhill, Paris, Payot, 1972.
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Bédarida, C., L'école qui décolle, Paris, Seuil, 1991.
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Bentolila, A., Tout sur l'école, Paris, Odile Jacob, 2004.
Berbaum, J., Développer la capacité d'apprendre, Paris, ESF, 1993.
Berger, G. et Francequin, G., La revanche scolaire, Paris, Erès, 2006.
Bernstein, B., Pédagogie visible, pédagogies invisibles, Paris, OCDE, 1975.
Berthelo, J.M., Le piège scolaire, Paris, Puf, 1983.
Berthelot, J., Une école pour le monde, une école pour tout le monde, VLB, 2007.
Bettelheim, B., Les blessures symboliques, Paris, Gallimard, 1971.
Bettelheim, B., La forteresse vide, Paris, NRF, 1982.
Blanchard-Lavigne, C., Une séance de cours ordinaire, Paris, Harmattan, 2002.
Bloom, B., Apprendre pour maîtriser, Lausanne, Payot, 1972.
Bloom, B., Taxonomie des objectifs pédagogiques, Montréal, Education nouvelle, 1969.
Bonnet, F., Enseigner aujourd'hui, Bruxelles, De Boeck, 1995.
Bonnet, S., 4 septembre 1997, Prof. ... , Paris, Laffont, 1997.
Bouchard, P., Métier impossible, Paris, ESF, 1992.
Bouchard, M.J., Apprendre à lire comme on apprend à parler, Paris, Hachette Education, 1991.
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Bourdieu et Passeron, Les héritiers, Paris, Editions de Minuit, 1964.
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Brunelle,L., Travail de groupe et non directivité, Paris, Delagrave, 1976.
Brunet, L., Le climat de travail dans les organisations, Ottawa, ARC, 1983.
Brunet, L., Le climat organisationnel et le milieu scolaire, Chicoutimi, G.Morin, 1987.
Brunet, L. et Dupont, P., Satisfaction des enseignants, Bruxelles, Labor, 1991.
Cadéac, B., Génération téléphone, les adolescents et la parole, Paris, Albin Michel, 2002.
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10:25 Écrit par YK dans Bibliographie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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07.01.2010
Les grandes pédagogies et les pédagogues qui les sous-tendent.
Pédagogie :
Science de l'éducation des enfants et plus particulièrement, science de l'enseignement. Toute activité déployée par une personne pour développer des apprentissages précis chez autrui. Ainsi, la pédagogie est une action et cette action vise à provoquer des effets précis d'apprentissage.
Il est bon de savoir aussi que toute conduite humaine, toute action est toujours subordonnée à un ensemble de croyances. La pédagogie n'échappe pas à la règle. C'est une action complexe, fédérée par des valeurs ( l'idée que le pédagogue se fait de la société, de l'Homme et de leur rapport mutuel ) et par des hypothèses relatives au développement des individus, à leur manière de se construire et de se projeter dans une vie sociale harmonieuse. Ceci a donné naissance aux différents types de pédagogie.
Pédagogue :
Le pédagogue cherche à répondre à des questions intéressant directement son action éducative :
1. Que savons-nous de l'apprentissage humain qui nous permette de construire des stratégies d'enseignement efficaces ?
ou
2. Quelle serait la méthode d'enseignement la plus efficace pour ce type d'apprentissage ?
Ainsi, le pédagogue apparaît comme un praticien qui se préoccupe d'abord de l'efficacité de son action. C'est un homme de terrain, et à ce titre il résout en permanence des problèmes concrets d'enseignement / apprentissage. Les pédagogues ont ainsi imaginé des systèmes très différents en fonction de leurs conceptions personnelles, de leurs objectifs, du public auquel ils s'adressent.
Didacticien :
Le didacticien est avant tout un spécialiste de l'enseignement de sa discipline. Il s'interroge surtout sur les notions, les concepts et les principes qui, dans sa discipline, devront se transformer en contenus à enseigner. Il apprécie également le niveau de ses apprenants pour identifier les obstacles de nature épistémologique ou psychologique qu'il faudra surmonter pour " faire apprendre ". Le travail du didacticien est donc essentiellement un travail de traitement de l'information. Aujourd'hui, le pédagogue et le didacticien sont de plus en plus invités à échanger leurs informations en conservant des directionnels communs : comment faciliter réellement les apprentissages, développer la personne, diminuer l'échec scolaire .... ? Comment faciliter le transfert ?
1. Les pédagogies actives ou méthodes actives en pédagogie.
La grande idée psychologique qui fonde leurs processus c'est que l'action précède la pensée chez l'enfant comme dans l'espèce humaine et que la pensée procède de l'action : " On oublie vite ce qu'on a appris, mais on n'oublie guère ce qu'on a trouvé ".
La révolution pédagogique apportée par les pédagogies actives fut de réclamer la participation active de l'apprenant à sa propre formation, de l'inciter à aller au-devant de son apprentissage. Ce principe essentiel trouve sa source dans les multiples théories pédagogiques basées sur la confiance en la bonté originelle de la nature humaine qui marquèrent la deuxième moitié du 18ème siècle ( J.J.Rousseau - H. Pestalozzi ).
Jean-Jacques Rousseau ( 1712 - 1778 ). Philosophe et écrivain français né à Genève et décédé à Ermenonville (France), Rousseau est l'un des plus illustres philosophes du siècle des Lumières. Il a écrit notamment l' "Emile" comme étant l'une des pièces de son système : modeler le monde, selon ses vues, par l'éducation. La première phrase annonce la ligne générale de l'ouvrage : " Tout est bon sortant des mains de l'Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l'homme ".

En effet, pour Rousseau, l'homme naît bon ; la société le corrompt par sa culture et son organisation. Dans cette optique, l'éducation que l'enfant doit recevoir est celle de la nature, qui, seule, est bonne et ne ment pas. L'enfant, qui est foncièrement bon, apprendra ainsi auprès des choses elles-mêmes, à partir de ses propres expériences, et l'éducateur s'adaptera, à cette fin,à son développement, sans l'endoctriner. L'esprit visionnaire de l'écrivain le conduit à une conception révolutionnaire de " l'élevage des enfants ". Quelques idées bien en avance sur son temps : nécessité de connaître l'évolution de l'enfant pour s'y conformer ; éducation physique et culture des sens ; contact avec les choses et méthode de la redécouverte ; critique du savoir encyclopédique. Rousseau soutient que l'apprentissage doit se faire par l'expérience plutôt que par analyse. Mais les paradoxes discutables abondent aussi dans son système : opposition à la formation d'habitudes, décalage de l'éducation morale jusqu'à l'âge de 12 à 15 ans ; proscription de tous les livres, sauf Robinson Crusoë ; limitation aux âges de 12 à 15 ans de la durée de l'instruction. Le plus grand mérite de " l'Emile " a été et est encore de secouer le misonéisme des professeurs c'est-à-dire leur méfiance à l'égard du changement. Durkheim (voir plus loin ) en faisait l'un des traits de la mentalité puérile. En réalité, les enfants sont attirés vers les expériences nouvelles qu'autorisent leurs capacités naissantes ; ils ne les craignent que lorsqu'ils se sentent privés de l'aura sécurisante des adultes chargés de leur éducation.
Johann Heinrich Pestalozzi ( 1746 - 1827 ). Pédagogue suisse, né à Zurich et considéré comme le fondateur de la pédagogie moderne et passionné d'action, Pestalozzi est le continuateur de l'oeuvre de Rousseau qu'il a traduite en " pratique ". Il suit des études de théologie et de droit mais très tôt, il est marqué par la détresse des enfants pauvres, très nombreux à cette époque. Ainsi, dès après ses études, il découvre l'Emile de J.J. Rousseau et se passionne dès lors pour tout ce qui touche à l'éducation.
Il ouvre divers instituts d'éducation qui connaissent un réel succès. C'est ainsi qu'en 1769 il ouvre le " Neuhof ", à Birr, en Argovie où il accueille les enfants abandonnés du voisinage afin de les nourrir, les vêtir, les éduquer et les instruire. Il publie alors " Comment Gertrude instruit ses enfants " où ses principes d'éducation laissent entrevoir l'influence de Rousseau et les prémisses de l'école active : intérêt des enfants, exercice, activité, contact avec les livres dès le plus jeune âge, découverte. En 1805, il ouvre à Yverdon-les-Bains - canton de Vaud, en Suisse - un institut pour jeunes garçons de 7 à 15 ans où il met en pratique ses théories éducatives . Cet institut tiendra pendant 20 ans et comptera jusqu'à 250 enfants de tous niveaux. Il crée aussi un institut séparé pour jeunes filles dans le but de former des éducatrices pour la petite enfance. Toute sa vie Pestalozzi privilégia l'éducation, celle des enfants, de tous les enfants, quel que soit leur milieu social. Il désirait que chacun se fasse " oeuvre de lui-même ". Dans toutes ses écoles, on utilise les méthodes actives avec en plus la musique, le chant, la gymnastique et le dessin.
Pour en revenir aux méthodes actives, il s'agit des méthodes utilisées par les " pionniers " de l'Education nouvelle ou Ecole active : Claparède, Dewey, Decroly, Ferrière, Freinet et Montessori.
En commun, ils avaient la volonté de rompre avec l'enseignement traditionnel et la relation de contrainte qui le caractérise. Ils ont donc basé leur pédagogie sur l'activité propre de l'apprenant, sa spécificité fonctionnelle, son intérêt. Ainsi, ils entendent substituer l'apprentissage de l'apprenant à l'enseignement du maître, du professeur. A cheval sur la fin du 19ème siècle et le début du 20ème siècle, l'éclosion des écoles nouvelles fut marquée par l'ouverture de l'école d'Iasnaïa Poliana par Tolstoï en 1858, par la création, par Maria Montessori, de la première " Casa dei Bambini " à Rome en 1904, par l'école de l'Ermitage à Bruxelles sous la direction d'Ovide Decroly à partir de 1907.
Pour cela, ils ont conçu des systèmes d'éducation qui tenaient compte essentiellement et qui faisaient des problèmes que les apprenants ont à résoudre dans leur vie de tous les jours, de leurs besoins premiers, de leurs motivations naturelles et spontanées, le moteur des apprentissages. Ils ont tenté de développer l'autonomie des apprenants, et leur capacité à " apprendre à apprendre ".
Edouard Claparède ( 1873 - 1940 ). C'est un médecin neurologue et psychologue suisse ainsi et surtout qu'un " grand pédagogue ". Il est issu d'une famille du Languedoc que la malice des temps contraignit à se réfugier à Genève après un crochet par le Brandebourg. En 1904, il fut nommé directeur du laboratoire de psychologie à la faculté des Sciences de l'Universite de Genève où il occupa la chaire de psychologie jusqu'à sa mort. Il fonde en 1912 l'Institut J.J.Rousseau c'est-à-dire l'école des Sciences de l'Education de Genève. Au travers de ses principaux ouvrages, son influence sur la pensée pédagogique européenne du 20ème siècle est considérable.

C'est un fonctionnaliste, pour lui, le comportement a pour fonction d'adapter l'individu à son milieu, soit en modifiant ce milieu soit en modifiant l'individu. Il ajoute encore que l'éducation doit d'abord être fonctionnelle, la démarche pédagogique doit s'appuyer sur les intérêts spontanés de l'apprenant et sur ses besoins. " L'action a toujours pour cause la présence d'un besoin, et pour fonction la satisfaction de ce besoin ". Il énonce aussi clairement ceci : " Le premier problème de la pédagogie, ce n'est ni la méthode, ni le programme, mais les apprenants. Ce sont les méthodes et les programmes qui doivent graviter autour de l'apprenant et non plus l'apprenant qui tourne tant bien que mal autour d'un programme arrêté en dehors de lui ". Il montre que l'intelligence est une fonction active d'adaptation mentale aux situations, circonstances nouvelles. Elle a pour fonction de suppléer à l'insuffisance des adaptations innées ou acquises. Ses travaux ont montré " aux maîtres " qu'ils avaient beaucoup à apprendre des enfants eux-mêmes, c'est-à-dire de leur observation. " C'est justement pour préparer à la vie que l'éducation doit être une vie. Et si l'éducation se propose d'être une préparation à la vie, sans être une vie .... elle ne prépare pas à la vie ". Edouard Claparède a largement contribué à présenter aux pédagogues européens la philosophie de John Dewey. Pour tout ceci et pour son attitude pédocentrique, Claparède doit être regardé comme l'un des pères de l'école nouvelle.
Il écrivit notamment :
1. Psychologie de l'enfant et pédagogie expérimentale ( 1905 ).
2. L'école sur mesure ( 1921 ).
3. L'éducation fonctionnelle ( 1931 ).
4. La genèse de l'hypothèse ( 1933 ).
John Dewey ( 1859 - 1952 ). Philosophe américain le plus marquant de la première moitié du 20ème siècle et psychopédagogue. Après avoir été diplômé de l'Université du Vermont en 1879, Dewey exerça les fonctions d'instituteur en Pennsylvanie et dans le Vermont. Il reprend ensuite ses études de philosophie à l'Université de Baltimore.

Pédagogue avant tout, Dewey fut l'élève de James, William et l'initiateur des méthodes actives en pédagogie et notamment de la méthode des projets : " J'ai à l'esprit une école où quelque activité véritablement constructive sera le centre et la source de tout, et à partir de laquelle le travail se déroulera toujours dans deux directions : d'une part la dimension sociale de cette activité constructive, d'autre part, le contact avec la nature lui fournissant sa matière première ". Il fonde en 1896 l'Ecole expérimentale du département de pédagogie de l'Université de Chicago. Elle commence avec 16 enfants et deux maîtres, mais en 1903 elle compte déjà 140 élèves et emploie 23 instituteurs. Dans son école, il souhaite que l'on réponde aux besoins de l'apprenant et prône ainsi un enseignement centré sur l'enfant. Pour lui, l'éducateur doit se guider sur les intérêts et les besoins de ses apprenants : ces intérêts et besoins changent avec l'âge et s'orientent librement. C'est un fonctionnaliste. Pour Dewey, l'individu cherche spontanément à se développer et à atteindre un haut niveau de réalisation personnelle et l'école doit donc lui fournir les occasions de se réaliser. La doctrine de Dewey, c'est " apprendre en faisant - learning by doing " ( ceci exprime le prix qu'il attachait à l'activité et aux valeurs pratiques de la connaissance ) - et non en écoutant comme dans la pédagogie traditionnelle qui pense former la capacité d'adaptation aux situations nouvelles par l'exercice des facultés - mémoire, raison, imagination - à l'aide de programmes d'enseignement cloisonnés, indifférents aux besoins des apprenants, centrés sur le professeur, suscitant un contexte de soumission et d'obéissance.

L'apprenant doit agir, construire des projets, les mener à leur terme ; c'est l'apprentissage par l'action - hands-on learning. Les enfants, affirme Dewey, n'arrivent pas à l'école comme autant d'ardoises vierges passives sur lesquelles l'enseignant inscrirait les leçons de la civilisation. Lorsque l'enfant entre à l'école, il est déjà intensément actif, et il s'agit pour l'éducation de prendre en main cette activité, de lui donner une direction. L'enfant apporte également avec lui les intérêts et les activités du foyer et du voisinage dans lequel il vit, et il incombe à l'enseignant d'exploiter cette matière première en orientant les activités de l'enfant vers des résultats positifs. Dewey considère que la connaissance est un instrument de l'action ( instrumentalisme ). Pour lui, l'homme est également un être social et il est indispensable que l'école favorise cette socialisation. Ainsi, l'école devient un lieu de partage de l'expérience d'abord entre ses membres, ensuite avec les membres des autres groupements sociaux. L'école est par ce partage l'exemple de la démocratie. Les idées de John Dewey ont exercé une influence très nette sur l'éducation de notre siècle , dans la plupart des pays.
Il écrivit notamment :
1. L'école et l'enfant ( 1913 ).
2. Les écoles de demain - Schools of tomorrow ( 1915 ).
3. Démocratie et éducation - Democracy and education ( 1916 ).
4. Expérience et éducation.
William James ( 1842 - 1910 ) est un psychologue et philosophe américain. Docteur en médecine, il s'efforce tout d'abord de constituer une psychologie scientifique, puis défend les principes du pragmatisme, dont il est un des meilleurs représentants sinon le leader de ce mouvement. L'essentiel de la carrière universitaire de William James se déroule à Harvard où il est d'abord chargé de cours sur les rapports entre la physiologie et la psychologie, puis il devint instructor, puis professeur assistant de physiologie, puis professeur de philosophie et enfin son titre officiel fut professeur de psychologie. On lui doit également les premiers travaux sur la mémoire : intégrant un double système de mémorisation en fonction de la durée de rétention de l'information.
Il développe une théorie psychologique de l'émotion. C'est la conscience que le sujet a de ses réactions corporelles qui engendre chez lui des sentiments émotionnels : nous nous sentons tristes parce que nous pleurons, en colère parce que nous frappons quelqu'un et effrayés parce que nous tremblons. Professeur de philosophie, il renouvelle l'approche pragmatiste en affirmant que les théories sont " vraies " lorsqu'elles sont " efficaces " : " l'dée vraie est l'idée qui réussit ". Pour William James, le vrai consiste simplement dans ce qui est avantageux pour notre pensée de même que le juste consiste simplement dans ce qui est avantageux pour notre conduite. Pour James, la conscience n'existe que pour permettre de mieux nous adapter au monde : c'est une conscience fonctionnelle. James a eu une influence importante sur deux de ses élèves devenus célèbres : en fondant le laboratoire de psychologie de Harvard, il permit à Thorndike d'y conduire ses expérimentations : en défendant une approche pragmatique de l'action, il permit à Dewey de développer sa théorie fonctionnelle de l'éducation.
Ovide Decroly ( 1871 - 1932 ). Médecin (neurologue), psychologue et pédagogue belge, Decroly fait partie des créateurs des " méthodes actives " en pédagogie. Il lutta toute sa vie pour une réforme profonde de l'enseignement. Son idée centrale, c'est de rapprocher l'école de la vie : " L'école pour la vie, par la vie " résume à elle seule toute la pédagogie decrolyenne. Cette démarche pédagogique a des bases scientifiques et intellectuelles dans laquelle la théorie et la pratique se mêlent intimement. La théorie n'a de sens que si la pratique la confirme.

Ainsi, il pense que l'éducation doit se faire à partir des intérêts de l'enfant. Il dira que le développement de l'enfant est le résultat de sa croissance biologique et de son expérimentation active dans le milieu où il se trouve. " L'école devra se trouver partout où est la nature, partout où est la vie, partout où est le travail ". Decroly fait de l'activité de l'apprenant l'élément essentiel des apprentissages. Il fonde sa pédagogie sur la fonction de globalisation et sur le jeu. La pédagogie decrolyenne englobe à la fois les activités physiques, l'éducation intellectuelle et la formation morale. Celle-ci, repose, entre autres, sur le travail en équipe et l'institution d'un système de responsabilités. L'école est conçue comme une société en miniature où s'apprennent les règles de vie en communauté. L'éducation intellectuelle est dominée par l'organisation du milieu scolaire et par l'exploitation des centres d'intérêt.

Il expérimente ses idées en créant en 1901, à Bruxelles, une école pour enfants attardés " l'Institut pour les enfants irréguliers ", puis ouvre, en 1907, l'Ecole de l'Ermitage qui connut un grand succès. Convaincu que l'apprenant aborde les problèmes de manière globale, il propose d'enseigner selon la méthode des centres d'intérêt basée sur deux constatations d'ordre psychologique qui répondent aux besoins fondamentaux de l'enfant :
1. Les mécanismes de l'esprit travaillent chez l'enfant comme chez l'adulte, vers un but qui présente un certain attrait.
2. Les buts ou les centres d'intérêt qui structurent la connaissance humaine en tant que processus d'accumulation sont déterminés ou réclamés par les quatre besoins fondamentaux que l'enfant partage avec le reste de l'humanité : se nourrir, se protéger, se défendre, travailler et se reposer.
Dans les classes, les élèves travaillent par groupes, et leurs activités s'étalent autour d'un même centre d'intérêt, au choix duquel les enfants avaient eux-mêmes contribué. Le matériel se trouve ainsi naturellement transformé, et la classe prend l'aspect d'un atelier. Pour Decroly, le centre d'intérêt comprend trois aspects : l'observation, l'association, l'expression. Il écrivit notamment :
1. Vers l'école nouvelle ( 1921 ).
2. La fonction de globalisation ( 1927 ).
3. Le développement du langage ( 1930 ).
Synthèse patielle :
$ Education traditionnelle : culture imposée du dehors - discipline externe - manuels - dressage - a-venir - programmes statiques.
$ Education nouvelle : expression du dedans (personnalité) - activité libre - expérience - accomplissement - présent - monde réel et mouvant.
Adolphe Ferrière ( 1879 - 1960 ). Sociologue, psychologue et pédagogue suisse, Ferrière est un des fondateurs du mouvement de l'éducation nouvelle. Il est atteint dès l'âge de 20 ans d'une surdité quasi totale qui l'empêchera de réaliser pleinement sa vocation d'éducateur ; une volonté de fer et une très grande foi dans les possibilités offertes par l'éducation et la rénovation de l'école feront de lui l'un des grands pédagogues du 20ème siècle. Il devient professeur d'université et est l'un des fondateurs de l'Institut J.J.Rousseau où il enseigne.

Il préconisait une pédagogie fondée sur le " vrai travail " retrouvé, motivé par l'accès direct à la réalité sociale et le travail de groupes. C'est l'un des pionniers de l'Education nouvelle et dès 1918, il rédige les 30 points qui font une école nouvelle. Il s'est donné pour tâche de définir l'esprit général et le programme d'ensemble de l'école active. Sa préoccupation majeure est de sauver l'autonomie et la liberté des écoliers. Ses écoles sont des laboratoires de pédagogie pratique. La vie intellectuelle s'y associe harmonieusement avec les activités matérielles et sociales. L'activité scolaire donne priorité à l'initiative individuelle et à la différenciation de l'enseignement. C'est autour des centres d'intérêt, où s'expriment la spontanéité et la curiosité naturelles des apprenants, que se construisent les leçons. L'intérêt est ici la pierre d'angle de l'Ecole Active. A son initiative, fut créé en 1899 le Bureau international des écoles nouvelles. En 1921, il crée la Ligue internationale pour l'éducation nouvelle dont il rédige la charte. Les congrès de cette ligue permettent les rencontres de nombreux pédagogues dont Montessori, Freinet, Gisèle de Failly (pédagogue française, fondatrice et figure charismatique des CEMEA : Centre d'Entraînement aux Méthodes d'Education Actives), Cousinet.
Il écrivit notamment :
1. L'école active ( 1920 ).
2. L'autonomie des écoliers ( 1921 ).
3. Transformons l'école ( 1920 ).
" L'adolescent aime la nature : on le parqua dans des salles closes. L'adolescent aime voir son activité servir à quelque chose : on fit en sorte qu'elle n'eut aucun but. Il aime bouger : on l'obligea à se tenir immobile. Il aime manier des objets : on le mit en contact avec des idées. Il aime se servir de ses mains : on ne mit en jeu que son cerveau. Il aime parler : on le contraignit au silence. Il voudrait raisonner : on le fit mémoriser. Il voudrait chercher la science : on la lui sert toute faite. Il voudrait s'enthousiasmer : on inventa les punitions. Alors les adolescents apprirent ce qu'ils n'auraient jamais appris sans cela. Ils surent dissimuler, ils surent tricher, ils surent mentir ".
Célestin Freinet ( 1896 - 1966 ). Pédagogue français né à Gars ( Alpes de Haute Provence ), Freinet fait ses études à Grasse et à l'école normale pour instituteurs de Nice. Pendant la première guerre mondiale, il fut gazé et grièvement blessé, à la poitrine, au " Chemin des Dames, près de Soissons ). Il gardera des séquelles pulmonaires toute sa vie durant et sera reconnu mutilé de guerre à 70 %. Instituteur public à Bar-sur-Loup, Freinet découvre, dès les années 1920, l'Education nouvelle, par l'intermédiare de l'ouvrage de Ferrière " l'Ecole Active ".

Persuadé de la faiblesse d'un enseignement essentiellement basé sur le verbe, et de l'importance de l'activité librement consentie de l'élève, il cherche par tous les moyens à rendre l'élève actif. Il est le fondateur d'un mouvement pédagogique basé sur la motivation partant des élèves, sur l'enseignement actif et le travail en équipe. Il est l'un des plus grands pédagogues du 20ème siècle. Les techniques qu'il a mises au point et aujourd'hui banalisées n'en ont pas moins été un jour révolutionnaires. Il est l'inventeur d'une pédagogie rigoureuse fondée sur des techniques novatrices. Quand, en 1928, Freinet quitte Bar-sur-Loup pour s'installer à Saint-Paul-de-Vence, où il a été muté avec son épouse Elise, il a déjà mis en oeuvre l'essentiel de ses méthodes :
* Le journal de classe.
* L'échange et la correspondance scolaire (inter et extra).
* Les fichiers autocorrectifs pour s'opposer aux manuels scolaires.
* Les plans de travail généraux annuels, les plans de travail généraux mensuels (oeuvre du professeur) et les plans de travail individuels établis par les élèves avec l'aide du professeur.
* La bibliothèque de travail.
* Les moyens audiovisuels.
* La photographie.
* La production de textes libres.
* L'imprimerie.
* L'individualisation du travail.
* L'éducation corporelle.
* La coopérative scolaire.

Sa pédagogie qui entend faire de la classe un atelier, insiste, comme celle de Dewey, sur le rôle du travail et de la coopération dans l'apprentissage, ainsi que sur l'insertion de l'école dans la vie locale, y compris politique d'où les relations houleuses avec le maire de Saint-Paul-de-Vence. Sa pédagogie a été accueillie avec enthousiasme par les enseignants des pays de langue française qui se sont regroupés dans " La Fédération internationale des mouvements d'école moderne ". Pour lui, les observations, les enquêtes, les expériences vécues par l'apprenant enrichissent et renouvellent sans cesse les contenus. Ceux-ci font l'objet de plans de travail élaborés conjointement par le formateur et les apprenants dans un esprit de coopération. Il utilisa la notion de doute comme une " arme souveraine contre tout système et tout endoctrinement " et proposa d'appliquer à l'enseignement une méthode expérimentale permanente qui permette aux apprenants comme aux éducateurs de se remettre à vivre et à créer. En 1932, attaqué de toutes parts pour ses options tant pédagogiques que politiques car ses méthodes bousculent et dérangent, incompris comme la plupart des novateurs : " ils ont tort d'avoir raison trop tôt ", il est déchargé de cours par sa hiérarchie et, en 1936, ouvre, lui, homme de gauche, une école privée à Vence " Le Pioulier " où il accueille des élèves juifs allemands, qui fuient le nazisme et des élèves espagnols qui fuient le franquisme. !!

En 1991, la petite école Freinet de Vence est devenue publique à statut expérimental et existe toujours aujourd'hui. Freinet en quelques mots : expression, communication, apprentissages individualisés, coopération, entraide, ouverture sur le milieu, techniques et outils. La pédagogie Freinet est centrée sur l'apprenant. Elle fonde ses pratiques, ses techniques, ses outils, ses institutions sur la responsabilisation individuelle et collective, l'autonomie, la coopération et l'entraide, l'expression, la communication et la personnalisation des apprentissages. Ouverte sur la vie, elle prend en compte à l'école le vécu familial, social et culturel des apprenants, l'actualité, et utilise le milieu comme source d'informations. Les enseignants Freinet, soucieux de la réussite de tous les apprenants donnent une place importante à l'acquisition des savoirs de base. Mais ils privilégient aussi l'acquisition de méthodes de travail : attitude de recherche, utilisation d'outils, de techniques, de documents, gestion du temps, évaluation. La communication entre les individus est développée grâce à la mise en place de nombreux lieux de parole et l'utilisation des techniques : correspondance, journaux, radios, vidéo, informatique, télématique, télécopie ....
Il écrivit notamment :
1. L'éducation au travail ( 1943 ).
2. Les dits de Mathieu ( 1954 ).
3. Pour l'école du peuple ( 1969 ).
4. Méthode naturelle de lecture ( 1963 ).
Un ouvrage dont on ne devrait pas faire l'économie : " Freinet, M., Elise et Célestin Freinet T1, Paris, Stock, 1997 ".
Maria Montessori ( 1870 - 1952 ) née à Chiaravalle près d'Ancôme et morte à Noordwijk aan Zee, est un médecin et une pédagogue italienne. Elle est internationalement connue pour la méthode pédagogique qui porte son nom, la pédagogie Montessori. Elle fait partie des pionniers de l'école active et crée un centre d"études pédagogiques à Pérouse.

En 1896, Maria Montessori devient la première femme médecin italienne. Elle travaillera pendant dix ans en psychiatrie en s'occupant d'abord d'enfants en retard sur le plan intellectuel. C'est là qu'elle découvre que les enfants dits " débiles " n'ont aucun jeu à leur disposition, alors qu'ils ont besoin d'actions pour progresser et qu'ils ont besoin de leurs mains pour développer leur intelligence. " Je fus obsédée pendant des années par ce qu'il fallait faire pour permettre à ces malheureux de se réintégrer dans la société, de conquérir leur place et leur indépendance dans un monde civilisé, retrouvant ainsi leur dignité d'être humain ". Elle réussit à rééduquer des attardés mentaux jugés irrécupérables : elle utilise pour cela un mobilier et tout un matériel pédagogique adaptés à la taille et à la force physique des enfants et ainsi avoir la possibilité de les faire agir et entraîner tous leurs sens. Montessori pense que le développement cognitif de l'enfant naît des sensations. Satisfaite des résultats obtenus avec les enfants attardés, elle fait alors l'hypothèse que " les méthodes qui aident le développement psychique des arriérés pourraient aider le développement des enfants normaux ". En 1907, en vue d'améliorer la vie du quartier, elle est la fondatrice de la Maison des enfants ( Casa dei Bambini ) dans le quartier San Lorenzo de Rome. Cette " casa " devient une base de recherche, un laboratoire où Maria Montessori construit et éprouve sa méthode. Là, elle transpose alors sa pédagogie aux enfants normaux de maternelle et de primaire jusqu'à l'âge de 14 ans et obtient rapidement des résultats remarquables.

Pour elle, l'apprenant a une forme d'esprit capable d'absorber la connaissance ; il a la possibilité de s'instruire lui-même. Le procédé est particulièrement évident dans la façon dont un jeune enfant apprend sa langue maternelle, sans instruction formelle et sans l'effort conscient et fastidieux dont fait preuve un adulte pour maîtriser une langue étrangère. Acquérir l'information de cette façon est une activité naturelle et délicieuse pour le jeune enfant qui utilise tous ses sens pour étudier son environnement intéressant. Elle considère qu'il existe des " périodes sensibles ", c'est-à-dire des moments du développement favorables à l'acquisition de telle ou telle connaissance ( voir les fenêtres d'opportunité chez Sousa ). Ces périodes durent deux ans . Celle que l'enfant traverse entre ses quatre et six ans est décisive pour son développement ultérieur. C'est le moment des acquisitions fondamentales dans le domaine sensori-moteur et c'est la période au cours de laquelle sont jetées les bases de tout développement ultérieur.
Elle écrivit notamment :
1. Manuel de pédagogie scientifique.
2. Education en tant qu'Aide à la vie.
3. L'esprit absorbant.
4. Les étapes de l'autoéducation.
Aujourd'hui, on a tendance à classer sous l'expression " méthodes actives " toutes les méthodes qui impliquent réellement l'apprenant et qui tentent de lui faire construire son savoir à partir d'études de cas, de jeux de rôle, de situations proposées par les apprenants ou par le formateur, et dans lesquelles l'implication de l'apprenant est particulièrement forte.
Réflexions personnelles.
* Lorsqu'un formateur propose à un apprenant d'utiliser un livret d'enseignement programmé, il rend ses apprenants " actifs ". Cependant, si c'est l'enseignant qui a déterminé les objectifs, les étapes du cours et si ses élèves se contentent de suivre le chemin prébalisé que l'enseignant a construit pour eux, cet enseignant n'utilise pas, à notre avis, une méthode active mais une méthode traditionnelle.¨
* En revanche, si c'est l'apprenant qui a décidé de sa propre volonté que cet apprentissage est essentiel pour lui en fonction de ses objectifs personnels, et s'il choisit pour cela d'utiliser un livret d'enseignement programmé, nous dirons que son formateur utilise sûrement des méthodes actives.
* Ainsi que je l'ai écrit par ailleurs, une leçon doit être une réponse à une question. Si elle remplit cet office, elle sera de l'école active, quand bien même les apprenants ne feraient rien d'autre qu'écouter.
Les méthodes actives veulent un épanouissement complet de l'apprenant en agissant non pas du " dehors vers le dedans " mais bien du " dedans vers le dehors ". Les progrès de l'apprenant, elles s'efforcent de les susciter et de les promouvoir à partir de ses intérêts spécifiques et de ses initiatives personnelles. Elles font confiance dans les pouvoirs de l'apprenant même du plus déshérité. " Il y a en tout être humain, une petite flamme que l'éducateur doit découvrir et aviver ( Freinet ) ".
Qu'elles s'appellent méthode Montessori, Freinet et ou de Winnetka, système Dalton ou Decroly, toutes les pédagogies nouvelles ont su répondre à une loi fondamentale : elles satisfont ce besoin d'activité qui permet à l'apprenant de s'affirmer tout le long de son devenir et traduit les marques distinctives de sa personnalité.
Plan de Dalton, première méthode structurée, américaine, de pédagogie différenciée conçue dès 1905 et expérimentée entre 1910 et 1920, par Miss Helen Parkhurst, à Dalton petite ville du Massachusetts, dont la croissance attirant de nombreux travailleurs migrants, avait aggravé l'hétérogénéité des classes. Au début de sa carrière, Helen Parkhurst enseigne seule face à 40 élèves âgés de 9 à 12 ans. Le plan qu'elle élabore repose sur le constat que les élèves n'ont ni le même rythme de travail, ni les mêmes modes d'apprentissage, ni les mêmes capacités. Très critique par rapport au système d'enseignement traditionnel pour le peu d'autonomie laissée à l'apprenant, Miss Parkhurst expérimente une formule d'enseignement individualisé basée sur la notion de contrat passé entre l'apprenant et le formateur. Dans ce système, la classe en tant que groupe d'élèves de niveau plus ou moins équivalent, disparaît pour être remplacée par la salle-laboratoire consacrée à une branche d'étude déterminée. L'objectif du Dalton Laboratory Plan est de donner à chaque élève les possibilités de progrès correspondant à ses potentialités réelles en débarrassant l'action pédagogique du carcan d'une progression commune au groupe classe. Ce système conserve néanmoins l'idée d'un programme identique pour tous mais qui est divisé, pour chaque élève, en matières et chaque matière est divisée en 10 parties qui représentent chacune les contenus à étudier en un mois de travail ( 10 mois dans une année scolaire !!!! ). L'étude de chacune des parties constitue la base du contrat que l'apprenant s'engage à respecter pour un mois déterminé. L'apprenant reçoit, pour chaque cours, les syllabus d'explications et des fiches personnalisées permettant pour chacun un plan de travail individualisé.
Dans ce système, l'apprenant dispose librement du fichier de réponses, de la bibliothèque de documentation et de conseils de professeurs s'il les sollicite. Les professeurs se spécialisent dans la matière pour laquelle ils se sentent le plus d'affinité. Ils deviennent alors des personnes ressources à la disposition de l'apprenant qui peut donc apprendre seul. Le professeur suit la progression de l'apprenant sur une fiche individuelle et contrôle régulièrement les progrès de chacun pour rediriger éventuellement les hésitants. Les derniers jours du mois sont réservés à la passation d'épreuves de contrôle dont la réussite est sanctionnée par l'octroi de " crédits " permettant l'accès à l'unité suivante de travail.
Ce système, développant l'autonomie et le sens des responsabilités des apprenants, a eu un grand retentissement aux U.S.A. ainsi qu'auprès de la plupart des pédagogues qui se réclament de la pédagogie active. Le Plan Dalton est surtout appliqué au niveau secondaire et l'enseignement à distance en utilise certains principes. Le succès du Plan Dalton gagna d'abord l'Angleterre puis la Hollande, la Russie, l'Australie, l'Afrique du Sud, la Chine et le Japon. Indéniablement, le Dalton Laboratory Plan présente l'avantage de responsabiliser l'apprenant, de lui permettre d'aller aussi loin qu'il le peut, et de ne pas lui donner un sentiment d'infériorité par rapport aux autres élèves d'une classe traditionnelle.
Réflexion personnelle.
On pourrait reprocher au système de Miss Parkhurst son caractère étroitement individualiste et la place quasi exclusive qu'il accorde à la communication écrite. L'idée d'une communauté est sacrifiée, la classe étant supprimée en tant qu'entité, et de ce fait toute coopération entre élève devient aléatoire, le système ne cultivant pas le lien social, mais l'émulation, le dépassement de soi-même en vue d'établir des records.
Plan " Winnetka ".
Winnetka est une célèbre petite ville de la banlieue de Chicago ( Illinois ) dans laquelle eut lieu une expérience très connue de formation par auto-apprentissage visant l'adaptation de l'école à l'hétérogénéité des classes.
Le mode pédagogique de Winnetka, moins individualiste que celui de Dalton, tente d'équilibrer travail individuel et collectif. Les jalons en furent posés par Frédéric Burk à la San Francisco State Normal School, en 1913. Là, Carleton Washburne s'en inspira pour l'organisation des écoles de Winnetka.
Comme à Dalton, le programme est commun, distribué selon les âges et divisé en sujets gérés par la technique du plan Dalton mais en utilisant la méthode d'activités sociales créatives développée par John Dewey. Les activités différentielles sont réalisées soit sur un plan de travail individualisé soit en petits groupes.
Le plan Winnetka a mis en place des exercices ( tests ) d'auto-contrôle utilisables avant de se présenter au test sanctionnant le travail accompli ( tests formatifs ) car l'enseignant fournissait individuellement des prescriptions pour des remédiations éventuelles. Les apprenants, s'ils obtiennent des résultats probants, ont le droit d'établir eux-mêmes leur emploi du temps et leur plan de travail.
Washburne jugeait que la non-promotion c'est-à-dire le redoublement était du gaspillage. Celui-ci a donc été pratiquement éliminé dans les écoles utilisant le plan de Winnetka !!!!! ( voir la rubrique échecs scolaires !!!!! ).
Réflexion personnelle.
Le système de Winnetka est une alternative voire un perfectionnement au Plan de Dalton en ce sens qu'il évite l'individualisme étroit de ce dernier en accordant une grande importance à la vie et au travail de groupe. Je considère que c'est une étape de plus dans la synthèse entre l'individualisation de l'enseignement, l'activité libre et la communauté réelle des apprenants.
Helen Parkhurst ( 1887 - 1973 ). Disciple de Dewey et de Montessori, Helen Parkhurst est une pédagogue américaine, née en 1887 dans le Wisconsin aux Etats-Unis. Elle est à l'origine d'une méthode de travail individualisé connue sous le nom de Plan Dalton. En 1907, elle est diplômée de l'Ecole normale River Fall of Wisconsin. Elle fait des études supérieures à l'Université de Columbia puis est allée à l'Université de Rome où elle rencontra Maria Montessori.

Au début de sa carrière d'enseignante, elle se retrouve face à une classe unique comptant quarante enfants d'âge différent et découvre ainsi très vite la nécessité, le besoin de pratiquer, au sein de sa classe, une éducation plus individuelle pour améliorer la qualité de l'éducation offerte aux apprenants. Elle élabore une méthode de pédagogie différenciée, individualisant le travail des enfants par l'utilisation de plan de travail. Elle s'est très tôt rendu compte que tous les apprenants - à cause des différences individuelles - ne travaillent pas au même rythme, n'ont pas forcément les mêmes intérêts et que dès lors, c'est un non-sens que de les soumettre au même horaire, à la même matière, au même programme. C'est seulement dans la mesure où un enfant peut dominer la matière que son intérêt reste vivant.
Influencée par les écrits de John Dewey et ayant enseigné, à Rome, dans l'école de Montessori, pendant 5 ans, elle rentre en 1920 à Dalton et met en oeuvre ses propres idées, connues sous le nom de Plan de Dalton, dans une école dont elle deviendra la directrice jusqu'en 1942. Elle visita de nombreux pays dans lesquels elle organisa beaucoup de colloques afin de faire partager ses idées par les pédagogues européens et japonais. Sa pédagogie est très en vogue aujourd'hui encore en Angleterre et surtout en Hollande.
Elle écrivit notamment :
L'éducation par le plan Dalton.
En explorant le monde de l'enfant.
Carleton W. Washburne ( 1889 - 1968 ). Pédagogue américain, né à Chicago en 1889, Washburne est cet enseignant qui a mis en place en 1922 le plan d'éducation Winnetka, expérimentation pédagogique articulant programme commun et travail individualisé. Washburne commence ses études à Chicago dans l'école dirigée par John Dewey pour finalement accomplir son doctorat en Sciences de l'Education à l'Université de Californie.
A 29 ans, et de 1919 à 1943, il est inspecteur-administrateur des Ecoles Publiques de Winnetka. S'inspirant du plan Dalton et après une étude approfondie de ce qu'étaient capables d'apprendre des élèves en fonction de leur âge, Washburne construisit une batterie impressionnante de documents d'auto-apprentissage permettant aux apprenants d'apprendre seuls et à leur propre rythme. Il fut le premier à publier un programme autocorrectif complet en calcul. Washburne distingue deux groupes parmi les branches du programme : celles qui sont surtout consacrées à l'acquisition de connaissances et celles qu'il appelle les activités créatives et sociales. Pour les premières, après la détermination expérimentale des seuils successifs de rendement des matières, on applique le mode d'enseignement individualisé. Pour les matières éducatives (créatives et sociales), on choisit un centre d'intérêt ou un projet, ensuite la classe se répartit les tâches entre équipes composées spontanément.
Piaget, Jean ( 1896 - 1980 ). Psychologue suisse et biologiste de
formation, il occupe une place exceptionnelle dans l'histoire de la psychologie et de l'épistémologie. Ses travaux ( plus de 700 publications dont une soixantaine de livres ) sur la construction de l'intelligence en font un des plus grands psychologues du 20ème siècle. A travers ses nombreux ouvrages, Piaget démontre magistralement que la pensée du jeune enfant a une structure différente de celle de l'adulte cultivé. De ce fait, ses opérations intellectuelles ( sa logique ) et sa mentalité ( contenu de sa pensée ) sont originales et méritent donc d'être étudiées scientifiquement. Il a été le seul professeur suisse à être invité à enseigner à la Sorbonne de 1952 à 1963. Il fondera, en 1955, le Centre International d'Epistémologie génétique qu'il dirigera jusqu'à sa mort. En observant les enfants ( jeux et activités provoqués ), il remarque que le développement de la pensée et du langage de l'enfant ne se fait pas d'une façon continue mais passe par des stades de développement intellectuels bien définis. A travers les différentes recherches qu'il a menées en étudiant la logique de l'enfant, il a pu mettre en évidence d'une part que celle-ci se construit progressivement, en suivant ses propres lois, et d'autre part, qu'elle évolue tout au long de la vie en passant par différentes étapes caractéristiques avant d'atteindre le niveau de l'adulte. La contribution essentielle de Piaget à la connaissance a été de montrer que l'enfant a des modes de pensée spécifiques qui le distingue entièrement de l'adulte

( donc l'enfant n'est pas un adulte en miniature .... Peut-être que l'institution scolaire ferait bien de s'en inspirer !!!! ). En compagnie de sa plus fidèle collaboratrice - Barbel Inhelder -, Piaget a poursuivi toute sa vie le même but : construire une théorie de la genèse des connaissances. Il cherche à répondre à la question : " Comment les connaissances viennent-elles aux individus ? ". Sa réponse, c'est le constructivisme : les connaissances ne sont pas transmises par quelqu'un " qui sait " vers quelqu'un " qui ne sait pas ", elles ne viennent pas des sensations comme le prétendent les associationnistes, elles sont construites par l'individu par l'intermédiaire des actions qu'il accomplit sur les objets. Ses travaux relatifs à la notion d'intelligence ont permis de distinguer trois stades principaux :

1. Le stade de l'intelligence intuitive ( 18 mois à 7-8 ans ), l'enfant reste attaché à ses perceptions successives qu'il ne sait pas encore mettre en relations réciproques. Le cours de sa pensée va dans une seule direction l'enfant tenant compte de ce qu'il voit ou fait au fur et à mesure que se déroule l'action sans pouvoir revenir en arrière ( pensée non réversible ), caractérisée par l'absence de la notion de conservation.
EX. L'enfant ne comprend pas qu'une quantité de liquide reste la même malgré son apparence différente quand on la transvase d'un récipient large dans un récipient étroit.
2. Le stade des opérations concrètes ( 7 à 11-12 ans ) où l'enfant peut se libérer des aspects successifs de ce qu'il perçoit pour distinguer à travers le changement, les invariants. Il peut coordonner divers points de vue et en tirer des conséquences mais sa pensée reste concrète en ce sens qu'elle ne porte que sur des objets manipulables. Donc, il ne peut encore raisonner sur des énoncés verbaux, encore moins sur des hypothèses.
3.Le stade des opérations formelles ( à partir de 11-12 ans ), l'enfant devient capable de construire un raisonnement basé sur des hypothèses ou des propositions, raisonnement hypothético-déductif et non plus sur des objets posés sur la table ou facilement imaginables.
Ses travaux ont un retentissement mondial et il écrivit notamment :
Le langage et la pensée de l'enfant.
La représentation du monde chez l'enfant.
La naissance de l'intelligence chez l'enfant.
Introduction à la psycho-génétique.
Introduction à l'épistémologie génétique.
2. Pédagogie de groupe.
Elle se réclame de la psychologie dynamique et sociale. C'est une pédagogie qui utilise la médiation du groupe comme " levier " principal des apprentissages et qui confie ainsi, aux apprenants, la responsabilité de leurs apprentissages. Les pédagogies de groupe trouvent leur impulsion, avant 1945, chez Dewey et Freinet. Plus récemment dans les découvertes de la psychologie sociale américaine avec les expériences de Kurt Levin et les études expérimentales de Lippit and White. C'est le passage d'une éducation individuelle orientée vers la connaissance, à une éducation solidariste tournée vers l'entraide et la coopération.
La pédagogie de groupe est une méthode caractérisée par le fait que les procédures de travail ne sont ni conçues, ni mises en place par le seul enseignant, mais par l'ensemble du groupe classe, au terme d'une négociation collective. Elle demande la mise en place de situations de collaboration nécessitant la coopération des enfants au nom de l'efficacité des apprentissages qu'elle permet. Ainsi donc, pratiquer une pédagogie de groupe consiste à recourir aux diverses techniques de travail de groupe ; il s'agit de percevoir, d'utiliser, de provoquer au besoin, à des fins didactiques, les phénomènes dynamiques du groupe classe.
Kurt Levin ( 1890 - 1947 ). D'origine allemande mais ayant émigré aux Etats-Unis en 1933 pour fuir le nazisme, Levin est un psychologue américain mondialement connu. C'est le pionnier dans le domaine de la psychologie sociale. Il est considéré comme l'une des grandes figures de l'histoire de la psychologie et est très influent dans le domaine des sciences sociales. En 1931, il pose l'équation suivante : le comportement est une fonction de la personnalité et de l'environnement, soit de manière formalisée B =f (P,E).

Il est aussi l'auteur du célèbre aphorisme : " Il n'y a rien de plus pratique qu'une bonne théorie ! " en ce sens que la théorie doit expliquer et ouvrir des perspectives. Il explique la dynamique de toute situation sociale et crée ainsi la théorie du champ psychologique et social. D'après Levin, l'individu est à étudier dans son environnement. Son comportement est déterminé par la situation telle qu'il la perçoit, en fonction de ses sentiments conscients ou inconscients. Les objets, les êtres acquièrent des valences positives ou négatives, c'est-à-dire une force d'attraction ou de rejet plus ou moins importante ce qui provoque chez l'individu des comportements d'approche ou d'évitement. Il travaille également sur l'étude des groupes restreints. De très nombreuses expériences de psychologie sociale, conduites avec la rigueur de la méthode expérimentale, contribuent à faire de Levin l'un des théoriciens majeurs du fonctionnement des groupes restreints. On peut dire que c'est le père de la dynamique des groupes (groupe dynamic).
Il s'est ai
nsi principalement intéressé au comportement de l'homme au travail et à défini trois types de leadership : autoritaire, démocratique et laisser-faire. Le leadership démocratique : le but est d'inciter les membres du groupe à l'initiative et à la créativité. Il doit y avoir un apprentissage collectif des règles de fonctionnement et une large place doit être laissée au dialogue. C'est la forme de commandement idéale selon Levin. Le leadership autoritaire : il y a là une distinction importante entre le décideur et le groupe qu'il dirige. Les ordres donnés doivent être exécutés sans discuter. C'est le type de commandement le plus efficace en termes de productivité, mais aussi le plus enclin à provoquer la défiance du groupe. Le style " laisser-faire " : on remarque une non-implication du décideur et de grandes difficultés pour le groupe d'agir sans cadre de fonctionnement. Levin enseigna dans de nombreuses universités américaines : Stanford - Iowa (la psychologie de l'enfant) - Harvard. Ses collègues, disciples ou élèves, comptent parmi les expérimentateurs les plus célèbres de la psychologie sociale nord-américaine : Lippit - White ( An experimental study of leadership and group life). Il crée le Research center of group dynamic au Massachusetts Institute of Technology.
Il écrivit notamment :
1. Field Theory and Social Science.
2. A dynamic theory of personnality.
3. Psychologie dynamique.
Du bouillonnement d'idées et de propositions que cette orientation pédagogique a suscité, on peut dégager aujourd'hui, me semble-t-il, trois orientations fort différentes :
1. La première orientation ou le courant libertaire: sa visée essentielle est la liberté de l'apprenant. Le développement cognitif constitue une visée accessoire. C'est une orientation autogestionnaire systématisée par Roger Cousinet et Michel Lobrot.
Roger Cousinet ( 1881 - 1973 ) : pédagogue français et pionnier de l'éducation nouvelle en France. Il passe son bac à 17 ans et obtient une licence ès lettres en 1903. Il devient alors instituteur à Malakoff, avec un C.P. de 75 élèves !!! et participe à l'élaboration de tests pédagogiques et commence, sous la direction d'Emile Durkheim, une thèse sur la vie sociale des enfants.

En 1910, il est nommé inspecteur primaire et à ce titre il a la responsabilité d'une centaine d'écoles publiques dans lesquelles il instaure la méthode active. Il y expérimente les principes de sa méthode de travail libre par groupes. Cependant, toutes ces expériences sont mal vues par sa hiérarchie surtout quand il fait paraître la revue " L'oiseau bleu " composée de textes d'enfants. De 1945 à 1958, professeur de pédagogie à la Sorbonne, il est connu principalement pour sa théorie du travail libre par groupes. Influencé par J.J. Rousseau, sa démarche s'inscrit dans le vaste mouvement de rénovation des structures et des modes d'enseignement, selon les principes des méthodes actives. Il développa la pratique des groupes de travail libre. Ainsi donc, il met au point une méthode dans laquelle les enfants peuvent choisir différentes activités préparées pour eux et s'organiser en groupe pour les réaliser. Ces activités sont réparties en " activités de création " où les enfants sont libres de leurs choix, et en " activités de connaissance ". Ces activités de connaissance consistent d'abord en travaux d'observation portant sur un thème scientifique, historique ou géographique. Le groupe observe, expérimente, note ses observations et rédige une fiche d'observation collective. Pour Cousinet, le plus grand profit que les enfants retirent d'une pareille scolarité, c'est d'avoir certes appris beaucoup de choses, mais c'est surtout d'avoir appris à apprendre. Cette méthode préfigure la pédagogie de projet.
L'école est ainsi conçue comme une communauté d'activités qui éduque l'apprenant et répond à son besoin de socialisation. En 1946, il crée l'école nouvelle de " La Source ", à Meudon, où il s'efforcera de mettre en oeuvre ses idées. A la même époque, il crée aussi l'Association l'Ecole Nouvelle Française.
Il écrivit notamment :
1. Une méthode de travail libre par groupes ( 1945 ).
2. La vie sociale de l'enfant ( 1950 ).
3. L'éducation nouvelle ( 1950 ).
4. Fais ce que je dis ( 1950 ).
5. La formation de l'éducateur ( 1952 ).
Michel Lobrot ( 1924 - ..... ). Agrégé de philosophie et Docteur en Sciences de l'Education, Michel Lobrot est né à Paris en 1924. Reçu à l'agrégation de philosophie, il enseigne au lycée avant de se tourner vers la psycho-pédagogie qu'il enseigne à l'école normale d'Arras.

A partir de 1958, il enseigne la psychologie de l'enfant au centre national de Pédagogie spéciale à Beaumont-sur-Oise. C'est un lieu où l'on forme des enseignants pour l'enfance inadaptée. Il mène dans ce centre des expériences pédagogiques dans la ligne de la psychologie rogérienne qui s'inscrivent dans les entreprises d'un groupe d'enseignants qui veulent transformer l'école et qui ont fondé la pédagogie institutionnelle. Au lendemain du mouvement de mai 1968, sa pédagogie le met en conflit avec ses collègues de Beaumont-sur-Oise qu'il quitte en 1969 pour devenir professeur au département des Sciences de l'éducation de l'Université Paris 8, à Vincennes. C'est une Université nouvelle expérimentale, qui va jouer un rôle important dans la rénovation culturelle des dernières décennies.

Dans les années 70, il est le fondateur de la Non Directivité Intervenante ( N.D.I. ) dont la philosophie, concernant le développement personnel des gens, peut se résumer ainsi : les choix que les personnes font sont pertinents pour eux ( non directivité ) ; on a intérêt à mettre en place un environnement le plus stimulant possible ( intervenante ). Aujourd'hui âgé de 88 ans, Michel Lobrot demeure une figure de proue du questionnement pédagogique radical.
Il écrivit notamment :
1. Priorité à l'éducation ( 1973 ).
2. Pour ou contre l'autorité ( 1973 ).
3. L'animation non directive des groupes ( 1974 ).
4. La pédagogie institutionnelle : l'école vers l'autogestion ( 1975 ).
5. A quoi sert l'école ? ( 1992 ).
6. Les pédagogies autogestionnaires ( 1995 ).
Emile Durkheim ( 1858 - 1917 ). Philosophe et sociologue français, Durkheim est l'un des pères de la sociologie moderne. En effet, c'est grâce à Durkheim et à l'école qu'il formera autour de la revue " L'Année sociologique " que la sociologie française a connu une forte impulsion à la fin du 19ème siècle. Brillant élève et refusant de devenir Rabbin, Durkheim entre à l'Ecole normale supérieure où il se prépare très tôt à l'enseignement.

Il obtient l'agrégation de philosophie en 1882. Il devient professeur et est notamment chargé des cours de pédagogie et de sciences sociales à l'Université de Bordeaux. C'est là qu'il commença la rédaction de ses ouvrages de sociologie. En 1902, il occupe, à la Sorbonne, la chaire de " sciences de l'éducation " transformée en " sciences de l'éducation et sociologie " qu'il occupera jusqu'à sa mort en 1917. Il fut également professeur des écoles HEI-HEP : c'est lui qui impose la sociologie comme discipline universitaire. Pour lui, l'individu est seulement une cellule d'un ensemble extrêmement complexe : la société. Une société est faite d'individus qui " tiennent " ensemble parce qu'ils ont en commun des valeurs et des règles, partiellement transmises par l'école, la famille, l'église , bref toutes les institutions qui contribuent à créer un corps social homogène avec ses croyances, ses préjugés, ses manières de concevoir le monde. La société, en tant qu'objet construit par la sociologie, a une spécificité que définissent les paramètres d'intégration ( allégeance au groupe ) et de régulation ( reconnaissance de règles contrôlant les comportements individuels ). Il écrit aussi que les faits sociaux doivent être traités comme des choses, et analysés comme des objets en appliquant des règles d'analyse extrêmement précises.
Il écrivit notamment :
1. La division du travail dans la société ( 1893 ).
2. Les règles de la méthode sociologique ( 1895 ).
3. La sociologie et son domaine scientifique ( 1900 ).
Pédagogies libertaires. Le principe qui résume un peu l'esprit de la pédagogie libertaire est le suivant : " Les élèves ont le droit de choisir en complète liberté avec qui, quand et comment ils vont apprendre. Les élèves ont toujours un conseil de professeur ou d'animateur pour leur dire ce par quoi il vaut mieux commencer dans la construction de leur curriculum ". Le but de la pédagogie libertaire consiste à participer à l'élaboration d'un individu libre d'agir et de penser et capable de produire un discours critique sur ses propres choix. En cela, ce projet dépasse la simple accumulation de savoirs - la connaissance même si elle est indispensable, n'est pas une fin en soi - et se propose de construire un individu capable d'analyse et de recul critiques. La finalité essentielle de la pédagogie libertaire consiste donc en ce que l'apprenant, au fur et à mesure du travail éducatif, participe de plus en plus à l'organisation et à la production de ses savoirs.
Les fers de lance de ces pédagogies libertaires sont Francisco Ferrer, Lev Tolstoï et Ellen Key. Les grandes expériences historiques dans ce domaine furent celles conduites par Francisco Ferrer, dans son école moderne, dès 1901, à Barcelone et surtout celle menée par Neill à Summerhill (Angleterre) et racontée dans un livre célèbre : " Libres enfants de Summerhill ". A partir des années 60, avec l'influence de la non directivité rogérienne, des pédagogies de groupe, de la pédagogie institutionnelle, le mouvement libertaire retrouve une certaine vitalité, mais ces pédagogies utopistes ne pourront guère résister à la crise économique de 1974. Aujourd'hui, il existe encore un certain nombre d'écoles qui fonctionnent selon divers principes libertaires, mais ce sont des écoles privées réservées aux enfants issus des classes sociales favorisées.
Francisco Ferrer y Guardia ( 1859 - 1909 ). Pédagogue libertaire espagnol et libre-penseur, il est né en 1859 près de Barcelone. Ferrer a mené un combat pour l'émancipation scolaire et créa l'Ecole moderne qui fut sa grande réalisation. Pour lui, l'école peut changer la société, une école moderne, mixte, égalitaire, sans points, ni punitions. Il garda un mauvais souvenir de son école primaire qui était plus sale et plus sombre que l'écurie paternelle.

En 1879, Francisco Ferrer obtient un poste de contrôleur de train et travaille sur le trajet Barcelone - Cerbère ce qui lui permet de voyager en France. En 1886, il prend part à l'échauffourée de Villacampa au cours de laquelle les républicains tentent de proclamer la république en Espagne. L'insurrection est un échec et Ferrer est inquiété et placé sous mandat d'arrêt. Il est alors contraint de s'exiler à Paris de 1886 à 1901. C'est à cette époque qu'il condamne la violence politique, lui préférant l'éducation des masses. Il pense, en effet, qu'aucun pays ne peut évoluer tant que le peuple est maintenu dans l'ignorance. A Paris, il dispense des cours d'espagnol notamment au lycée Condorcet. Une ancienne élève - Ernestine Meunier - lui lèguera, à sa mort, toute sa fortune. Avec cet argent, Ferrer concrétisera ses idées en créant l'Ecole moderne ( la Escuela Moderna ) qui ouvre ses portes le 8 octobre 1901 à Barcelone. Elle accueille 30 élèves : 12 filles et 18 garçons pour compter 86 enfants trois mois plus tard. L'enseignement y est rationaliste et dénué de toute influence religieuse. Les méthodes utilisées sont les suivantes : appel à la réflexion et à l'observation de l'enfant, coéducation des sexes et des classes sociales, refus des punitions et des examens, apprentissage de la solidarité, de l'autodiscipline et respect de l'autonomie de l'enfant. En outre, il crée une maison d'édition où il fait écrire ou traduire des ouvrages pédagogiques, scientifiques et philosophiques destinés aux enseignants afin de doter les écoles rationalistes des ouvrages qu'il pense indispensables. L'attentat perpétré contre le Roi Alphonse 8 par un ancien bibliothécaire de l'Ecole moderne - Matéo Morral - servira de prétexte pour faire fermer l'école. Ferrer passe treize mois en prison avant d'être acquitté. Dès l'interdiction de l'Ecole moderne, un vaste mouvement de protestation se déclenche et notamment en Belgique où Ferrer se rend dès sa libération. C'est à Bruxelles qu'il fonde sa revue l'Ecole rénovée en avril 1908 qu'il tranfèrera ensuite à Paris. En 1909, il rentre en Espagne pour raisons familiales. Le 26 juillet des émeutes connues sous le nom de " semaine sanglante " éclatent et la répression qui s'en suit va être terrible.

Bien qu'il n'ait pas participé aux événements, Ferrer est désigné par l'évêque Casanès comme l'instigateur de l'insurrection à Barcelone et à Madrid. Après un procès des plus irréguliers, il est fusillé à Montjuich le 13 octobre 1909. Son exécution va susciter une vive émotion dans le monde entier. Lisbonne met en berne le drapeau de son Hôtel de Ville, Milan avec son conseil municipal monarchiste prend le deuil, le bassin de Charleroi hisse ses drapeaux noirs sur les maisons du peuple. Un monument sera érigé en son honneur à Bruxelles. Il se trouve aujourd'hui Avenue Franklin Roosevelt, face à l'Université Libre de Bruxelles.
Lev Nikolaïevitch Tolstoï ( 1828 - 1910 ). Tolstoï est né à Isnaïa Poliana dans une famille de la haute noblesse terrienne russe. A partir de 1844, il étudie à l'université de Kazan - mais il la quitte sans diplôme - où il découvre l'oeuvre de J.J. Rousseau. A 31 ans, Tolstoï est déjà célèbre par diverses publications - Guerre et Paix - Anna Karénine - qui le mettent à l'abri du besoin.

C'était un pédagogue hors du commun. Parout où il voyageait, il disait que dans toutes les écoles on apprenait l'apprentissage de la servitude. Les enfants récitent bêtement les leçons sans les comprendre. Mettre directement les enfants en contact avec la culture, c'est renoncer à cette programmation fastidieuse et stérile qui va du plus simple au plus compliqué. Ce qui intéresse les enfants, ce sont les sujets vivants et compliqués où tout s'enchevêtre. Le projet d'ouvrir, aux enfants des paysans qui le désiraient, une école gratuite le tenaille depuis longtemps, lui, homme épris de liberté et futur apôtre de la non violence. Ainsi, en 1859, il s'intéresse à l'éducation et il est temps pour lui de se tourner vers le peuple d'Isnaïa Poliana, lieu de sa seconde résidence, pour le libérer, par l'instruction, du joug du servage
Instituteur lui-même, il a écrit un livre de lecture pour enfants de paysans, il enseigne la liberté par la liberté, refuse les punitions, les examens, les situations humiliantes pour les élèves, les " têtes bien pleines " et le " gavage ". Un principe : la liberté de choix et d'autodétermination. En 1862, une fatale perquisition de police interrompt le projet ... jusqu'en 1871, où l'école redémarre. Parmi les oeuvres de Tolstoï, quelques-unes seront consacrées à la formalisation de cette philosophie libertaire que quelques citations éclairent particulièrement :
" La tâche de l'école est non d'apporter le savoir, mais d'apporter le goût et l'idée du savoir ".
" Plus il est facile au maître d'enseigner, plus il est difficile à l'élève d'apprendre ".
" Là où sont introduits les examens, j'entends par là toute obligation de répondre à des questions posées, apparaît un nouvel objet, tout à fait inutile et qui exige un travail particulier, des capacités particulières, et cet objet s'appelle la préparation aux examens. Un élève du lycée apprend l'histoire, les mathématiques, et, principalement, l'art de répondre aux questions ".
Il écrivit notamment :
1. Pédagogie de la spontanéité.
Ellen, Karolina, Sofia Key ( 1849 - 1926 ). Pédagogue suédoise et pionnière de l'Education nouvelle, elle se réclame surtout de J.J. Rousseau. Elle a acquis une véritable réputation internationale sans doute imputable à la vivacité de son style, à l'acuité de ses critiques, à son engagement personnel, à son enthousiasme et à la vision parfois prophétique qu'elle avait des choses.
Partisane d'une pédagogie libertaire, elle veut " laisser tranquillement et sans inquiétude la nature faire son oeuvre toute seule en veillant simplement à ce que des conditions entraînantes soutiennent le travail de l'apprenant ". Pour elle, l'éducation à pour finalité que chaque enfant devienne un individu libre et indépendant. Elle s'interrogera toute sa vie durant sur la manière de concilier liberté de l'enfant et intérêt collectif. Il faut savoir qu'Ellen, Karolina, Sofia Key ne fréquenta que deux écoles dans sa vie d'élève et encore pendant les trimestres d'hiver. A part cela, elle passait beaucoup de temps à étudier seule. Ce n'est donc pas un hasard, semble-t-il si, par la suite, elle a souligné l'importance d'une éducation libre dans l'épanouissement personnel tout en faisant remarquer en même temps qu'il importe de prendre en compte l'intérêt d'autrui. Pour elle, il y a nécessairement dans toute éducation un élément d'obéissance, lequel repose sur deux autres éléments importants, la récompense et la punition. Comment les conçoit-elle ? Elle rejette l'idée qu'il faut féliciter l'enfant quand il a pris une initiative qui a été payante et le punir s'il échoue. L'effort, le travail, la lutte sont une fin en soi.

Elle conteste à ce propos l'école ainsi que le principe de notation. Elle proteste contre l'esprit de compétition que les notes encouragent et elle s'élève contre le recours aux prix et aux récompenses. Elle se battra toute sa vie contre les examens. En 1899, elle publie un ouvrage important " Le siècle de l'enfant " dans lequel elle affirme que le 20ème siècle sera celui de l'émancipation de l'enfant. Elle réclame la mise en place d'un système d'éducation scolaire où alterneraient le tutorat individuel, des temps de répit et l'auto-enseignement. L'école ne devrait avoir qu'une seule finalité : donner à chaque individu la possibilité de se développer lui-même autant que possible et lui apporter le plus de bonheur possible. En sept points, Ellen, Karolina, Sofia Key résume sa doctrine de l'éducation telle qu'elle la conçoit à l'époque :
1. Ne jamais laisser l'enfant obtenir quoi que ce soit en pleurant.
2. Ne pas parler de récompense, ne pas soudoyer, ne pas accepter les conditions de l'enfant pour l'amener à faire ce qu'il doit.
3. Ne jamais mentir à l'enfant, ni lui faire peur.
4. Ne jamais frapper un enfant.
5. Laisser l'enfant essayer d'y arriver tout seul.
6. Ne donner d'ordres que rarement mais alors l'obéissance doit être inconditionnelle ; ne menacer que rarement mais la menace doit toujours être suivie d'effet.
7. La punition en tant que moyen pédagogique ne fait que renforcer les instincts vils et brutaux qu'il faut au contraire éliminer.
Elle soutient encore que l'on ne doit pas donner à l'enfant la peur du danger et qu'il ne faut pas le protéger contre les souffrances mineures : " Laissez-le donc se brûler au contact d'une flamme, et il ne touchera plus jamais au feu ". Elle se réjouit à l'idée d'une révolution éducative qui provoquera l'effondrement du système scolaire existant. Elle rêve d'un " déluge " de pédagogie qui permettra aux pédagogues et à la psychologie de l'enfant d'exercer toute l'influence qui leur revient ... !!!!!!!!!!!!!! ....
Elle écrivit notamment :
1. Le siècle de l'enfant.
2. L'éducation des enfants.
Alexander Sutherland Neill ( 1883 - 1973 ). Pédagogue et psychanalyste écossais, Neill croyait en une école libre où l'enfant aurait droit au bonheur. Il a passé la plus grande partie de sa vie dans les salles de classe, comme élève, élève-maître près de son père, instituteur puis directeur d'école.

Sa réflexion fit grand bruit. Il est l'un des principaux représentants du courant libertaire en pédagogie. Il écrivait : " Il vaut mieux être libre, satisfait et ignorant des fractions complexes que de passer des examens et avoir le visage couvert d'acné. je n'ai jamais vu d'acné sur le visage d'un adolescent libre ". C'était un adversaire farouche de Maria Montessori, déjà éminente théoricienne de l'éducation à qui il reprochait scientificité et moralisme, Neill sema la controverse et provoqua " beaucoup d'indignation ". On sait tout aussi peu qu'il participa au congrés de Calais, croisant là Decroly, Ferrière et tous les grands pionniers, s'y faisant remarquer comme auteur d'ouvrage de combat. En 1924, après avoir été directeur d'école, il crée sa propre école, Summerhill, dans la banlieue de Londres. Une petite école privée - 50 à 60 enfants caractériels et délinquants - où il expérimente ses idées c'est-à-dire les principes du self-government. Libres enfants de Summerhill, best-seller des années soixante - 400.000 exemplaires vendus - avait fait connaître Summerhill comme un haut lieu de la pédagogie libertaire la plus avancée et installé Neill au coeur d'un vif débat pédagogique.

Dans le temps même où s'élevaient les protestations les plus indignées et les accusations de corruption d'enfants, élèves et visiteurs convergeaient en foule vers ce lieu sacré. C'est une période de sa vie que Neill qualifiera plus tard ainsi : " Summerhill, the happy days ". Cette ferveur trouble fit le succès, singulièrement, elle ne fit guère connaître Neill. On sait si peu ce que fut le quotidien à l'école et que Summerhill est d'abord l'histoire d'un long rêve que fit un éducateur ; rêve tout de générosité, de fragilité, de naïveté ; rêve dans lequel chacun de ceux qui ont charge d'éduquer peut se retrouver. Dans cette école, fondée contre l'école traditionnelle oppressive et futile, les maîtres-mots sont : " Liberté des enfants et autoresponsabilité ". Chacun est libre de faire ce qu'il veut dans la mesure où cette liberté ne le met pas en péril physique, ne gêne pas la liberté d'autrui et ne présente aucun danger pour la collectivité. Nul n'est forcé d'aller en classe, mais si un élève décide de suivre un cours, il n'a pas le droit de le perturber. Neill estime que l'instruction scolaire n'est pas essentielle pour " réussir dans la vie " car la réussite c'est " la capacité de travailler joyeusement et de vivre positivement. Il écrivait encore : " Il est évident qu'une école où l'on force des enfants actifs à s'asseoir devant des pupitres pour étudier des matières inutiles est une mauvaise école ". Dans son école, la liberté est naturellement limitée par certaines lois. c'est lois sont débattues et établies au cours de réunions tenues régulièrement chaque vendredi soir et auxquelles assistent tous ceux qui désirent y participer, sous la présidence d'un élève élu. dans cette assemblée, la voix de Neill, ni celle des autres adultes, n'a pas plus de poids que celle d'un enfant.
Il écrivit notamment :
1. Libres enfants de Summerhill en 1960.
2. La liberté, pas l'anarchie en 1966.
2. La 2ème orientation ou le courant autogestionnaire revendique aussi la liberté de l'apprenant mais elle la limite par son appartenance à une institution grâce à laquelle l'éducateur qui y a un rôle important, récupère l'autorité nécessaire pour maintenir la priorité des objectifs de travail et d'apprentissage. Ce courant est représenté par Dewey, Freinet et Fernand Oury.
Fernand Oury ( 1920 - 1998 ). Pédagogue français, Fernand Oury est, avec la psychologue Aïda Vasquez, le fondateur de la pédagogie institutionnelle. Il a aussi collaboré, pendant plus de 10 ans, avec le psychanalyste Jacques Lacan. On peut affirmer, sans crainte de se tromper, qu'Oury est le pionnier de la pédagogie psychanalytique qu'il désigna, en 1958, sous le terme de pédagogie institutionnelle aujourd'hui annoncée comme remède miracle aux maux actuels de l'école dont bien évidemment la violence.

Aujourd'hui, ses ouvrages classiques sur la violence et les violences en milieu scolaire sont des aides indéniables au coeur même des écoles en difficulté. Des centaines de classes du primaire, du secondaire, de foyers d'accueil, de maisons d'enfants et d'adolescents se sont inspirées et s'inspirent de la pédagogie institutionnelle. En 1939, il se retrouve instituteur-suppléant avec 45 enfants de C.M.1. Ainsi, il s'est heurté aux classes surchargées, au gigantisme des écoles, aux règlements absurdes : " l'école caserne ". Il utilisa et retravailla, dans les classes urbaines, les techniques Freinet. Sa rencontre avec ce dernier va transformer les rêveries pédagogiques de Fernand Oury en réalités quotidiennes et il avancera ainsi les hypothèses de base de la pédagogie institutionnelle. Il met entre parenthèses les réflexes acquis à l'école caserne, et comprend très vite que les classes homogènes sont un rêve politique. Mais, très rapidement, il se questionne : " Sont-ils tous si semblables tes gamins, sont-ils comparables même ? Et pourtant, à tous sans sourciller, je sers le même potage ". Les élèves ont " un corps et des soucis personnels " et si le maître ne leur prête pas attention, ils " ne sont pas là ". Ils n'ont pas besoin d'une machine à enseigner, mais d'un adulte " vigilant, disponible, entier, vivant. L'apport original de la pédagogie proposée par Oury tient à l'attention particulière portée à la psychologie des groupes et au phénomène du leadership. A partir de sa propre pratique de la classe, Fernand Oury veut mettre en place une pédagogie fondée sur le groupe, sans écraser l'individualité de chacun, sans s'immobiliser dans des structures rigides. Pour Oury, c'est quand les techniques et les institutions donnent à tous parole et pouvoir, que les participants retrouvent leurs désirs, que le milieu scolaire devient éducatif, et à l'occasion thérapeutique. Oury se refuse à reproduire ce qu'il voit dans certaines écoles casernes et incite ses élèves à être acteurs de leurs apprentissages. " Suis-je condamné à fabriquer en série des citoyens, des producteurs dociles sachant lire des textes choisis par d'autres, écrivant sous la dictée et qui comptent l'argent des autres ? ". Fernand Oury a été désigné par ses pairs comme l'un des cinq plus grands pédagogues européens contemporains.
Il écrivit notamment :
1. Vers une pédagogie institutionnelle en 1967.
2. De la classe coopérative à la pédagogie institutionnelle en 1971.
3. Chronique de l'école caserne en 1972.
4. Pédagogie institutionnelle, mise en place et pratique des institutions dans la classe en 1995.
La pédagogie institutionnelle a pour origine le mouvement Freinet et la psychothérapie institutionnelle ; elle s'inspire des techniques Freinet, de la non-directivité, de la dynamique des groupes, de la psychanalyse et de l'analyse institutionnelle. En milieu scolaire, son objectif fondamental est celui des apprentissages.
La pédagogie institutionnelle est un ensemble indissociable réunissant l'organisation matérielle, la dynamique de groupe et la prise en compte de l'inconscient et formant ainsi ce que Fernand Oury appelle sa " théorie du trépied ". Le premier pied fait une large place aux techniques Freinet en favorisant le rapport à la production chez l'enfant. Le journal scolaire imprimé, l'enquête album, la correspondance structurée entre enfants. Le second pied s'intéresse à la dynamique de groupe et à l'observation de l'enfant dans le groupe-classe dans la lignée de Kurt Levin. Le troisième pied prend en compte la psychanalyse, influencé par Lacan, Dolto, Freud.

Techniques et matériel : correspondance, journal, enquêtes, expression libre, projets, travail individualisé, contrats, bibliothèque de classe ... Les pratiques pédagogiques évoluent, se diversifient, se choisissent en fonction des besoins, de la situation du groupe, du contexte, du type d'apprenants, des possibilités du formateur. Celui-ci mettra les contenus à la disposition des apprenants sous les formes les plus variées possibles : photocopies, appareils audio-visuels, ordinateurs, moyens documentaires, fichiers auto-correctifs. Oury affirmait : " A partir de ces techniques fondamentales, on apprend à lire, écrire, compter ... pas aussi bien qu'ailleurs, MIEUX ". Ces outils et techniques permettent une pluralité d'accès aux savoirs, répondant pour chaque apprenant à sa forme personnelle d'intelligence, sa réceptivité, son rythme. Il s'agit de se tenir au plus près de l'hétérogénéité de sa classe et de fournir à chaque enfant la possibilité d'un repérage efficace de ses compétences et des progressions possibles. Organisation et groupe : les techniques, les équipes de travail, la conduite de projets, les responsabilités, la mise en place des lois et des règles institutionnalisent le groupe et constituent autant de médiations qui évitent et ou aident à ne pas s'enfermer dans le face à face enseignant - enseigné. L'apprenant, ou l'adulte en formation, se trouve ainsi plongé dans un tissu de relations multiples exigeant une réelle implication. La classe s'organise ainsi en un réseau coopératif qui peut redonner sens aux obligations d'apprentissage. Ouvert sur l'extérieur, le travail scolaire prend alors valeur immédiate qui facilite motivation et investissement ; il amène l'apprenant à engager sa responsabilité, à évoluer par rapport à ses difficultés d'apprentissage et à ses inhibitions. Prise en compte de l'inconscient : en classe comme ailleurs, l'inconscient est présent. Il se manifeste sous forme de symptômes divers, de blocages et de conflits. En tenir compte, non seulement évite de nuire, mais relance le sujet dans son désir et ses capacités d'apprendre et permet au formateur d'être attentif à leurs effets, de redoubler de vigilance auprès des apprenants et du fonctionnement du groupe. Les institutions de la classe coopérative sont aussi bien des règles qui organisent que la définition des lieux, moments, fonctions, statuts, rites assurant à la fois le fonctionnement du groupe, la liberté des individus et les possibilités de changement comme parties intégrantes du système. Cette théorie est encore renforcée par le Conseil de classe coopératif qui est la réunion des élèves où se discute tout ce qui a trait à la vie de la classe. Généralement hebdomadaire , il traite du règlement des conflits, des projets, des décisions à prendre en plaçant surtout l'accent sur le relationnel. Dans le Conseil, on ne confie des pouvoirs aux apprenants que lorsqu'ils ont acquis une compétence dans un domaine : à une compétence équivaut une responsabilité, à une responsabilité équivaut une bribe de pouvoir. C'est le seul lieu de décision, permettant de partager le pouvoir entre les apprenants et l'enseignant. C'est un moment privilégié qui aide l'apprenant à entrer dans le langage. Dans les classes, il est dès lors primordial de créer des " lieux de paroles ". Ceux-ci seront au nombre de deux : l'entretien du matin, que l'on appelle le " quoi de neuf " et évidemment le Conseil. Le Quoi de neuf, c'est l'endroit où l'enfant peut dire à la classe ce qu'il a envie de lui faire partager. Le but est double :
1. Permettre à l'enfant de déposer ce qui lui tient à coeur, afin d'être ensuite plus disponible pour entrer dans les activités scolaires. C'est une transition entre l'école et la maison.
2. Encourager l'expression orale, en mettant en place des situations de communication vraie au cours desquelles l'élève s'adresse à la classe parce qu'il a réellement quelque chose à lui dire.
Réflexion personnelle.
La pédagogie institutionnelle refuse en bloc l'approche non-directive. Un apprenant à qui on laisse faire tout ce qu'il veut ne peut pas avoir l'envie de grandir. Un apprenant peut se constituer contre une loi, mais pas contre du brouillard. Il faut qu'il y ait des lois en classe qui ne soient pas transgressées. Si elles le sont, on en parle au Conseil.
Si l'apprenant perçoit le lieu classe comme un endroit de repères, de sécurité, de vie, où l'on peut régler des questions, il va progressivement prendre en charge sa vie d'étudiant. Il va retrouver le plaisir, le goût d'apprendre, à travers son engagement, ses initiatives.
Jacques Lacan ( 1901 - 1981 ). Réflexion personnelle :

il est particulièrement difficile de parler de Jacques Lacan, surtout dans le cadre d'une présentation brève car il s'agit d'un personnage complexe qui a soulevé les passions. Génie pour les uns, imposteur pour les autres, il est certes celui qui a dominé le paysage psychanalytique français jusqu'à tout récemment. Même les différentes structures institutionnelles qui se sont constituées au fil des ans l'ont en grande partie été en fonction de lui.
Jacques Lacan, médecin, psychanalyste et psychiatre français, aimé et haï, adoré et rejeté, il a suivi sa voie sans s'en écarter, ne laissant personne indifférent, s'imposant même à ceux qui ne voulaient pas de lui. Pour les psychanalystes son oeuvre et sa pensée sont incontournables, quelles qu'en soient les contraintes, les difficultés, voire les limites. Jacques Lacan effectue d'abord des études de médecine à l'hôpital Sainte Anne puis, il se tourne vers la pratique psychiatrique. Il se passionne ensuite pour la logique et la philosophie à l'Ecole pratique des hautes écoles. Il plaça le langage au coeur de sa théorie psychanalytique. Il inaugura ainsi une façon de théoriser la psychanalyse qui allait désormais porter sa marque. Il participa en 1938 au volume de l'Encyclopédie française dirigée par Henri Wallon. Mais ses centres d'intérêt furent très tôt orientés par la découverte de Freud. En 1936, il intervint au Congrès de Marienbad - en Tchécoslovaquie - en proposant sa célèbre conférence sur le " stade du miroir " comme étape de l'évolution infantile qu'il reprendra en 1946, sous le titre " Le stade du miroir comme fondateur de la fonction du Je ". Au départ, il existe des objets partiels, des instincts partiels qui sont issus du CA freudien et qui restent partiels jusqu'au stade du miroir : moment où l'enfant se constitue en tant qu'individu.
L'enfant face au miroir :
* L'enfant tout jeune croit qu'il s'agit d'une personne qui se trouve de l'autre côté du miroir ; donc, image égale personne.
* L'enfant se rend compte qu'il ne s'agit pas d'une personne mais d'une image.
* L'enfant se rend compte qu'il s'agit de son image et va donc se trouver en face d'une image générale, globale et ainsi vient s'imposer à lui une gestalt.

Le MOI ne se créerait donc que par identification à l'image globale dans laquelle les petits éléments n'interviendraient que secondairement. C'est donc par un processus extérieur à soi que l'on va acquérir sa conception du MOI d'où aliénation fondamentale du MOI.
En 1938, Jacques Lacan devint membre titulaire de la Société psychanalytique de Paris et y fit la connaissance de Françoise Dolto. Mais son attrait pour la vie intellectuelle, notamment parisienne, se maintint toute sa vie. En 1953, se produisit la rupture : il démissionna de la Société psychanalytique de Paris et fonda la Société française de psychanalyse notamment avec Françoise Dolto. On peut résumer l'essentiel de son apport théorique dans deux énoncés corrélatifs : " L'inconscient est le discours de l'autre " et " L'inconscient est structuré comme un langage ". Les trois instances que Lacan a été amené à poser résultent de la confrontation du sujet avec les images. Il pose que le SURMOI est le symbolique, lieu de l'ordre, du discours du père, le MOI est l'imaginaire, lieu de fiction !! ; le CA est le lieu des non-lieux, la cause absente de la structure, que Lacan appelle le réel.
Inconscient : processus psychiques primaires dynamiques faits de pulsions qui tendent activement à accéder à une expression consciente mais ne le peuvent en raison des barrières opposées par le " moi ". Ils n'en demeurent pas moins actifs et se manifestent classiquement dans les rêves, les actes manqués, les lapsus et les névroses.
Conscient : processus psychiques secondaires faits de tous les " appareils du moi " ; système perceptif, intelligence, mémoire, élaboration de plans, apprentissages qui ne sont que les manifestations apparentes, socialisées de l'inconscient.
Il écrivit notamment :
1. La fonction du langage en psychanalyse en 1959.
2. L'éthique en psychanalyse en 1960.
3. Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse en 1964.
4. L'inconscient est structuré comme un langage en 1998.
Françoise Marette - épouse Dolto ( 1908 - 1988 ). Pédiatre de formation et psychanalyste française, elle s'est senti depuis l'enfance une vocation " devenir médecin d'éducation ", et a entrepris pour cela, malgré sa famille, des études de médecine qu'elle paie avec l'argent qu'elle gagne. A l'âge de huit mois, elle fait une double broncho-pneumonie dont elle est sauvée par sa mère qui la garde toute une nuit sur son sein. C'est au cours d'une de ses analyses qu'elle se remémorera cet épisode de sa vie.

A l'âge de douze ans, le décès de sa soeur aînée la marquera à jamais car elle se voit confier par sa mère la mission de prier le jour de sa communion solennelle, dans l'espoir d'un miracle. Il lui faudra de multiples analyses et l'aide du temps pour se libérer de la culpabilité de n'avoir pas réussi à sauver sa soeur.
Pionnière de la psychanalyse des enfants en France, elle savait partager avec tous, surtout les parents et les éducateurs, son écoute passionnée du langage de l'enfant. Ses nombreux livres et ses émissions de radio sur France - Inter ( Lorsque l'enfant paraît ) ont eu un impact considérable. Elle privilégia le rôle du désir, du langage et de l'intersubjectivité dont elle souligna la précocité. Dans le domaine de l'enfance, qu'elle choisit, elle défriche un territoire qu'elle féconde de sa personnalité. Elle forge cette personnalité à partir d'une générosité et d'une confiance inébranlable envers les enfants. Elle y allie une intuition magistrale en même temps qu'une connaissance instinctive de l'enfance.

Toute son oeuvre est consacrée à ce qu'elle appelle " La cause des enfants ", titre de l'une de ses dernières publications. Initialement, son but était de venir en aide aux parents et aux éducateurs dans leur tâche. Elle pensait alors que, de la compréhension et d'une aide éclairée portée aux adultes, découlerait tout naturellement le mieux-être de l'enfant. Elle participa avec Jacques Lacan à la création de l'école freudienne de Paris.
Elle fut réputée pour l'efficacité de son travail de clinicienne, mais aussi reconnue pour son travail théorique poussé notamment sur l'image du corps. Il semble désormais acquis que Françoise Dolto a révolutionné la façon de penser l'enfant, et par conséquent l'éducation.
Elle écrivit notamment :
1. Psychanalyse et pédiatrie en 1971.
2. La difficulté de vivre en 1981.
3. Au jeu du désir en 1981.
4. L'image inconsciente du corps en 1984.
5. La cause des enfants en 1985.
6. L'échec scolaire en 1989.
Sigmund Freud ( 1856 - 1939 ).
" Le moi n'est pas libre dans sa propre maison "
Réflexion personnelle. Peu d'hommes ont, sans doute, autant influencé leur époque que Sigmund Freud.

Scientifique adulé par les uns, honni par les autres, Freud a cette particularité de s'être fait reprocher toute sorte de choses contradictoires. Ses thèses étaient violemment attaquées en raison de l'inquiétude qu'elles suscitaient et, défendues brillamment par une jeune génération de neuropsychiatres fondateurs par la suite des différentes branches de la psychanalyse. Ses oeuvres ont eu des influences en médecine, en psychologie, dans les sciences humaines et sociales et dans une foule d'autres domaines. Ces emprunts se sont souvent effectués sans grande rigueur et sur la foi de connaissances sommaires parfois tout à fait caricaturales.
Sigmund Freud : médecin autrichien, neurologue et fondateur de la psychanalyse naquit à Freiberg en Moravie mais devant les émeutes antisémites qui y faisaient rage, sa famille alla s'installer à Vienne. Il y demeura jusqu'au moment de l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne ( 1938 ). En 1885, il partit pour Paris afin de suivre les leçons du neurologue Jean-Martin Charcot. Il découvrit alors la pathologie de l'hystérie lors des cours donnés par le maître à l'hôpital de la Salpêtrière où il fut le témoin du pouvoir de suggestion du maître sur ses malades. Puis, il partit à Nancy pour suivre les cours du médecin Berheim, hostile à l'hypnose et partisan de la suggestion à l'état de veille. Ces deux séjours permirent à Freud de connaître deux méthodes thérapeutiques de l'hystérie. En 1886, Freud quitta Paris - il n'aimait ni la ville, ni ses habitants - et ouvrit à Vienne un cabinet médical spécialisé dans le traitement des maladies nerveuses et dans lequel il soignait les hystériques par l'électrothérapie, il se heurta à la vive opposition du corps médical viennois dont il allait inspirer la méfiance durant toute sa vie.

Il faut savoir qu'à Paris, Freud était tombé sous le charme de Charcot et il écrivit : " Charcot, un des plus grands médecins et dont la raison confine au génie, est entrain de démolir mes conceptions et mes dessins. La graine portera-t-elle son fruit, je l'ignore ; mais que personne n'a jamais eu autant d'influence sur moi, de cela je suis sûr ". La publication en 1900 de son ouvrage " L'interprétation des rêves " est généralement considérée comme la naissance officielle de la psychanalyse mais suscita également l'hostilité durable de la médecine officielle. La mort de son père poussa Freud à faire une autoanalyse au cours de laquelle il découvrit chez lui-même ce qu'il voyait chez ses patients : la force des souvenirs oubliés et les modifications de l'affectivité. C'est à partir de l'analyse des rêves qu'il élabora sa théorie de la sexualité infantile et découvrit le complexe d'Oedipe qui est l'attachement amoureux et hostile de l'enfant pour le couple parental ( haine du père / amour de la mère ), attachement qui se résout parl'identification. Freud fut nommé professeur titulaire à l'université de Vienne mais comme toujours le monde médical continua à considérer son oeuvre avec hostilité. Pour mieux supporter cette hostilité et pour réfléchir et progresser ensemble, Freud s'entoura de dix-sept élèves et disciples qui se réunissaient chaque mercredi. Parmi eux se trouvaient les psychiatres Alfred Adler, Carl Gustav Jung, Sandor Fernczi et le psychologue Otto Rank. C'est au cours de cette période qu'il définit la spécificité du comportement de l'analyste face au patient, à savoir la règle fondamentale selon laquelle la demande du patient, qui s'exerce au travers du transfert, ne doit pas recevoir de réponse de l'analyste, pour que l'analysant puisse opérer une " régression " vers son passé et trouver les affects à l'origine du symptôme. En 1920, un changement apparut dans la doctrine freudienne avec la parution du livre " Au-delà du principe de plaisir ". En effet, Freud introduit dans sa conception la notion de " pulsion de vie " qu'il appela Eros et la " pulsion de mort " qu'il appela Thanatos. Il soumet ainsi le modèle de l'appareil psychique faisant intervenir le CA, le Moi et le SURMOI pour constituer les trois instances de la personne.
La contribution essentielle de Freud fut la création d'une approche entièrement nouvelle de la personne humaine. Dans l'histoire des idées, la psychanalyse constitue l'une des théories à la fois la plus influente et la plus décriée dont on ne peut que tout prendre ou tout laisser. Les hommages et ou les critiques qui se sont abattus ou qui s'abattent encore aujourd'hui sur la psychanalyse témoignent du caractère révolutionnaire de l'oeuvre de Freud sur l'ensemble de l'évolution des sciences humaines.
Il écrivit notamment :
1. L'interprétation des rêves en 1900.
2. La psychopathologie de la vie quotidienne en 1904.
3. Le mot d'esprit et sa relation à l'inconscient en 1905.
4. La dynamique du transfert en 1912.
5. Introduction de la psychanalyse en 1917.
6. Deuil et mélancolie en 1917.
7. Au-delà du principe de plaisir en 1920.
Jean Martin Charcot ( 1825 - 1893 ). Clinicien et neurologue français, Charcot est né le 29 novembre 1825 à Paris. Il n'a laissé que peu de traces relativement à sa jeunesse et ses premières années d'études. Ce que l'on connaît sur lui, repose essentiellement sur ses travaux et le témoignage de ses collègues. Il entreprend ses études secondaires au lycée Bonaparte, aujourd'hui lycée Condorcet, à Paris. En 1884, il décide de devenir médecin et étudie avec le médecin personnel de Napoléon III. Brillant étudiant, il obtiendra son doctorat en médecine, à l'université de Paris en 1853.

Il fut tour à tour professeur d'anatomie pathologique, titulaire de la chaire des maladies du système nerveux, membre de l'Académie de médecine (1873) et de l'Académie des Sciences (1883). Il est le fondateur de la neurologie moderne, le précurseur de la psychopathologie et l'un des plus grands cliniciens français. En 1848, il réussit le concours de l'internat des hôpitaux de Paris et finit son cursus scolaire à l'Hôpital de la Salpêtrière. Il enseigne l'anatomie pathologique à l'université de Paris et en 1862 il est nommé à la Salpêtrière - appelée alors hospice de la Vieillesse-Femme - et qui allait devenir finalement la plus grande clinique neurologique en Europe. Là, il s'occupe d'un secteur de 200 lits. En 1868, il décrit la sclérose en plaques, l'année suivante, la sclérose latérale amytrophique, une maladie dégénérative à laquelle son nom restera attaché - la maladie de Charcot. A partir de 1878, il aborde l'étude des processus mentaux en étudiant l'hystérie, utilisant notamment l'hypnose comme mode d'étude.

Dès 1866, il donne ses " leçons " qu'il ouvre au public à partir de 1879 et qui étaient des événements scientifiques et mondains. En 1882, débutent ses " leçons du mardi matin " qui contribueront à sa célébrité tant il était un professeur renommé. Des étudiants venaient y assister du monde entier dont Sigmund Freud en 1885. On peut dire que Charcot a vraiment révolutionné la manière d'envisager et d'étudier les pathologies du système nerveux. Aujourd'hui encore, il demeure une référence incontournable de la neurologie et nul ne saurait nier la portée considérable de ses travaux.
Alfred Adler ( 1870 - 1937 ). Médecin et psychothérapeute autrichien, Adler est le fondateur de la psychologie individuelle. Il souffrait d'une maladie responsable de rachitisme et de spasme du larynx quand il pleurait. Il étudia la médecine à l'université de Vienne où il fut très brillant en biologie et anatomie.

Il passa son doctorat en 1895. Il ouvrit un cabinet de médecine générale près du Prater viennois. Il participait aux cercles de discussion que Freud organisait le mercredi soir. Mais, bien qu'étant membre de la Société de psychanalyse de Vienne, il en démissionna en 1911 à cause de ses divergences théoriques avec la pensée de Freud. En effet, pour Adler, l'individu n'est pas commandé par ses instincts, mais est une nature libre qui doit résoudre les tâches culturelles que la vie lui soumet. Cependant, tous les humains souffrent plus ou moins d'un certain " complexe d'infériorité " qui les empêche de réaliser pleinement leurs projets. L'infériorité " organique " est liée à des faiblesses d'ordre physique ou anatomique, tandis que l'infériorité " psychologique " est due à des jugements négatifs que les autres portent sur nous ou que nous portons sur nous-mêmes.

A partir de 1926, Adler se rendit régulièrement aux Etats-Unis où sa doctrine optimiste, sur la personne considérée comme un être social, obtint une popularité extraordinaire. Face à la situation menaçante en Europe, Adler alla s'établir aux Etats-Unis. Il avait une chaire de professeur invité à l'université Columbia et au Long Island College. Nonobstant cela, il entreprit de nombreux voyages en Europe pour donner de multiples conférences et c'est au cours d'une de celles-ci qu'il mourut d'une défaillance cardiaque à Aberdeen ( Ecosse ). Deux de ses ouvrages ont été retenus dans la liste des 100 chefs-d'oeuvre de la psychothérapie :
1. Der Sinn des Lebens.
2. Uber den nervrösen Charakter.
Carl Gustav Jung ( 1875 - 1961 ). Médecin, psychiatre et psychologue suisse, Jung est le fondateur de la psychologie analytique moderne. Ses années d'études au collège de Bâle l'ont conduit à s'intéresser aux sciences naturelles, à la philosophie, à la religion.

Connaissant, après le décès de son père, une grande période de pauvreté il réussit finalement à entreprendre des études de médecine à l'université de Bâle. Son intérêt pour les données biologiques et les données spirituelles le conduit à choisir la psychiatrie. Il obtient son doctorat en 1900 et devient assistant à la clinique psychiatrique de l'université de Zurich. Ses années d'apprentissage lui permettent de mieux comprendre l'univers des malades mentaux. C'est à ce moment-là qu'il rencontre Freud dont il fut l'un des premiers collaborateurs (1907) mais ils se sépareront en 1912 pour des motifs personnels et en raison de divergences théoriques. En 1932, il est nommé professeur de psychologie à l'université de Zurich et en 1944, nommé professeur de psychologie médicale à l'université de Bâle. Il sera encore le premier Président de l'Association Psychanalytique Internationale. Jung est à la base de thérapeutiques très efficaces fondées sur l'observation des individus dans leur globalité. Sa contribution la plus importante réside dans l'explication de son fameux concept " d'inconscient collectif " qui représente la stratification des expériences millénaires de l'humanité. Ce concept a eu une grande influence non seulement sur la psychologie mais aussi sur la philosophie et les arts. Tout au long de sa carrière, Jung resta intéressé par la parapsychologie. Aujourd'hui, l'importance de Jung dans le domaine de la psychologie clinique est minime mais son influence - en particulier son idée " d'inconscient collectif " - sur la pensée est vraiment énorme. Il a rassemblé autour de ses travaux des générations de thérapeutes, d'analystes et d'artistes et il a pronfondément marqué les sciences humaines du 20ème siècle.
Otto Rank ( 1884 - 1939 ). Psychologue et psychanalyste autrichien Rank est un des premiers psychanalystes. Venant d'une famille pauvre, il travaillait dans un atelier d'usinage tout en essayant d'écrire la nuit. Rank fut en grande partie autodidacte et acquit ainsi une vaste culture provenant de ses lectures personnelles. Il termine quand même ses études secondaires au Gymniasium (Lycée) et obtient, à 28 ans, son doctorat en philosophie, à l'université de Vienne.

Lors de sa rencontre avec Freud, celui-ci le trouve particulièrement brillant et extrêmement déterminé qu'il lui confie le rôle de secrétaire de la Société Psychanalytique de Vienne. Rank rédigera ainsi le compte rendu détaillé du contenu de toutes les " Leçons du mercredi soir " organisées chez Freud qui le considéra longtemps comme son fils. Rank travailla d'abord sur les mythes et légendes. Son ouvrage majeur " Traumatisme de la naissance " marque le début des divergences avec Freud. Rank y développe une théorie selon laquelle le traumatisme de la naissance est inaugural de l'angoisse, supprimant ainsi, de la théorie freudienne, la fonction centrale du complexe d'Oedipe. En 1926, il déménage à Paris où il donne des conférences à la Sorbonne et en 1926, il s'installe définitivement à New York où, à la demande de Carl Rogers, il donne de nombreuses conférences. Rank a marqué un intérêt évident pour l'éducation en publiant " L'enseignement moderne ", en 1932. Aujourd'hui, Rank peut être considéré comme l'un des grands pionniers dans les domaines de l'humanisme existentiel, de la Gestalt et de la psychologie transpersonnelle.
3. La 3ème orientation est le système que préconise Carl Rogers qui représente, à mon avis, un courant original et une vision rogérienne personnelle de l'éducation même si on a voulu souvent en faire un système libertaire et autogestionnaire.
Carl, Ransom Rogers ( 1902 - 1987 ). Psychologue humaniste américain né à Oak Park, un faubourg de Chicago. Il est le 4ème enfant d'une famille qui en comptera 6.

Pendant plusieurs années, il entreprend des études d'agronomie à l'Université du Wisconsin. Puis, il rejoint le centre de formation pédagogique de l'Université de Columbia où il fut fortement influencé par William Kilpatrick et John Dewey. Il devient alors spécialiste en psychologie clinique et exerça pendant 12 ans à la Rochester Child Guidance Clinic. Psychothérapeute et psychopédagogue, Carl Rogers est le fondateur de la Psychothérapie Centrée sur la Personne ( Client Centered Therapy ) qui s'inscrit dans le courant humaniste tout en étant aussi une méthode de counselling et de travail de groupe. En 1940, Il devient professeur de psychologie clinique à la Ohio State University et se trouve être à l'origine du courant de la psychologie humaniste c'est-à-dire qu'il défend une approche positive et optimiste de l'être humain. Pour lui, l'être humain a une tendance innée à se maintenir et à s'améliorer ; cette tendance le pousse vers le progrès, la maturité et l'enrichissement de la vie. Chaque personne est capable de se comprendre et de mener des changements constructifs. Ainsi, l'individu est orienté en permanence vers le développement de son potentiel intérieur, l'amélioration du concept de soi, une tendance naturelle à se réaliser, à s'actualiser, à croître dans le sens de son mieux-être. En tant que thérapeute, Rogers observe que le problème essentiel de ses patients est de ne pas s'accepter tels qu'ils sont, l'éducation ayant créé en eux l'image d'un homme idéal. Il croit que les individus ont peur, s'ils se montrent tels qu'ils sont, de ne pas être reconnus, acceptés par autrui. Rogers cherche donc à créer une communication authentique.

Il se montre totalement disponible à l'autre sans jamais énoncer de jugement de valeur, manifeste une écoute totale, essaie de se mettre au maximum à la place de l'autre et tente de lui faire comprendre qu'il l'accepte tel qu'il est, sans aucune réserve. Le travail de Rogers s'est étendu à la pédagogie dans le droit fil des pédagogies libertaires. Il fut une source d'inspiration pour les courants de pédagogie non-directive car : " j'eus le désir de travailler dans un domaine où je serais sûr que ma liberté de penser ne serait pas restreinte ", et Rogers d'enseigner à l'Université en laissant ses élèves conclure avec lui des contrats d'apprentissage qu'ils ont eux-mêmes formulés. Il les laisse s'évaluer eux-mêmes et répond seulement à leurs demandes. Cette méthode, dans laquelle la plus grande autonomie est laissée à l'apprenant qui détermine ses objectifs, son itinéraire d'apprentissage et son mode d'évaluation et dans laquelle le formateur devient une personne ressource à la disposition de l'étudiant, a pris le nom de non-directivité que Rogers lui-même a plus tard appelée " approche centrée sur la personne " vu l'interprétation négative qui a été faite de la non-directivité, à laquelle était attribuée, dans bien des cas l'idée de " laisser-faire ". Dans son enseignement, Rogers accorda une place importante à l'expérience demandant donc à ses étudiants de déterminer l'orientation et le contenu des cours car pour lui, l'apprenant possède en lui des motivations et des enthousiasmes qu'il appartient à l'enseignant de libérer et de favoriser. Trois concepts fondamentaux fondent ce que l'on appelle " l'attitude rogérienne " et peuvent être envisagés comme des points d'appui de la relation éducative :
1. La congruence, l'authenticité, la transparence du formateur. Plus le formateur sera lui-même dans la relation, sans masque professionnel ni façade personnelle, plus il est probable que l'apprenant changera et grandira de manière constructive.
2. L'empathie, ou capacité à se mettre à la place de l'autre et à le comprendre " de son point de vue ", de manière introspective. Capacité de comprendre une situation non pas depuis son cadre de référence mais depuis celui de son apprenant.
3. La considération inconditionnelle positive ou acceptation sans réserve, sans jugement de l'apprenant, tel qu'il est dans l'ici et maintenant avec le cadre de référence qui lui est propre. Une attitude humaine, chaleureuse et encourageante sont les points-clés de cette dimension.
Carl Rogers considère la première condition comme essentielle au métier d'enseignant. Il écrit : " Lorsque le formateur se trouve être une personne vraie, qui est authentiquement elle-même et qui entre en relation sans masque ni façade avec celui qui apprend, il y a beaucoup de chances que son action soit efficace. Cela implique que les sentiments qui s'agitent en lui peuvent remonter à la surface de sa conscience et qu'il est capable de vivre ces sentiments, et aussi qu'il est à même d'en faire part s'il y a lieu ". Rogers écrit encore : " la seule personne qui soit éduquée, c'est celle qui a appris à apprendre ... et à changer ". En avance aussi sur son temps lorsqu'il déclare : " les potentialités de l'ère de la productivité sont énormes - elles ne seront égalées sinon dépassées, que par les responsabilités de l'individu ". Aussi, faut-il développer une nouvelle génération d'individus responsables qui, non seulement n'ont plus peur du changement, mais qui ont aussi appris à l'accueillir à bras ouverts. Bien mieux, maintenant ils le provoquent et Rogers de proposer la nouvelle triade stratégique des années vitesse .... années de complexité, années où les modèles familiers et confortants sont bousculés par ceux du futur ... Apprendre à Apprendre, Apprendre à Penser, Apprendre à créer.
Rogers ne cessa, tout au long de sa pratique clinique, de mesurer et d'objectiver ses intuitions sur le développement de la personne. Le résultat eut un impact colossal sur l'ensemble de la psychologie en révélant que des qualités telles que la créativité, le sens des responsabilités ou encore l'écoute sont intrinsèques à l'homme. La question n'est donc pas comment apprendre mais comment révéler ses potentialités latentes. La notoriété de l'Approche Centrée sur la Personne est internationale. Elle est pratiquée aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, en Europe et au Japon. Elle est reconnue comme méthode au sein de l'EAP ( Association Européenne de Psychothérapie ). Ses contributions sont des référentiels dans les domaines de l'éducation, de la guidance, de la psychothérapie et dans la résolution de conflits. Une étude, publiée en 2002 dans la Review of General Psychology, a classé Rogers parmi les 6 plus importants psychologues cliniciens du 20ème siècle ... deuxième derrière Freud.
Rogers a écrit plus de 200 articles et produit 16 ouvrages parmi lesquels :
1. Couselling and Psychotherapy en 1942.
2. Client Centered Therapy en 1951.
3. On Becoming a Person en 1961.
4. Freedom to learn en 1969.
5. A way of being en 1980.
Réflexion personnelle.
Ces pédagogies de groupe ont marqué un tournant décisif dans les conceptions éducatives. Il y a pédagogie de groupe lorsque le travail scolaire est organisé en petits groupes de quelques apprenants ( idéalement entre 4 et 6 ) qui se sont autochoisis et qui s'autodirigent dans le cadre d'une structure d'ensemble guidée par le formateur : on peut parler alors de travail par groupes ou travail en équipes. La plupart des méthodes actives font appel à la pédagogie de groupe car elles ont remarqué l'intérêt que les apprenants manifestent à travailler les uns avec les autres dans une autonomie d'organisation et de production du travail. Ainsi, elles préparent les apprenants à la vie sociale en les faisant collaborer dans une libre discipline à une activité commune. Dans cette école centrée sur la vie sociale, le formateur fait partie du groupe devenu véritable communauté au sein de laquelle les élèves collaborent et s'entraident. Il réduit au minimum les occasions d'exercer son autorité. S'il lui arrive de devoir le faire, ce sera au nom du groupe et non, pour exhiber un pouvoir personnel. Cette démarche perdrait de sa valeur éducative si le formateur, après avoir soigneusement spécifié le travail et laissé les groupes se former en respectant le libre choix des apprenants, se met ensuite à participer trop directement à l'exécution du travail lui-même. Durant l'exécution, le formaterur doit se donner pour objectif d'encourager les apprenants à assumer eux-mêmes la responsabilité des progrès du travail et à juger par eux-mêmes s'ils sont ou non satisfaisants. Le formateur doit avoir une attitude très souple. Il ne doit pas diriger autoritairement mais plutôt suivre, aider et conseiller. Toute tentative du formateur pour imposer tel ou tel résultat final fausserait inévitablement cette méthode de travail et lui enlèverait son principal intérêt.
3. Pédagogie des adultes ou andragogie.
L'andragogie est la pédagogie pour adulte, ce terme vient du grec " ander " qui signifie " adulte ". Bien que ce terme ait été cité pour la première fois en 1833, l'andragogie est un domaine relativement nouveau qui a connu un essor important depuis les années 1980 grâce au développement de la formation continue avec les notions de " formation permanente " et de " reconversion ", à la fois sous l'impulsion sociale ( possibilité d'évoluer dans l'entreprise ), patronale ( flexibilité ) et en raison du chômage. C'est à travers le courant humaniste contemporain que l'américain Malcolm Knowles, chef de file dans le domaine de l'éducation des adultes, propose une approche spécifique en présence d'un adulte apprenant.
L'andragogie, c'est l'art et la science de l'enseignement aux adultes. C'est une science parce qu'elle doit être scientifique relativement à la planification, l'application et l'évaluation des interventions éducatives mais c'est aussi un art parce qu'elle doit être imprégnée d'Humanisme et repose sur le climat relationnel qui existe entre l'apprenant, le facilitateur et les autres apprenants.
L'andragogie désigne tous les éléments qui constituent une approche spécifiquement adaptée aux caractéristiques propres à l'adulte apprenant. Celui-ci, en effet, est un individu qui a un vécu professionnel et affectif important. Si l'on à la tâche - la CHANCE - de le former, il faut, me semble-t-il, impérativement tenir compte de ce vécu qui deviendra dès lors l'élément clé de son éducation.
Ainsi donc, l'approche sera différente de la pédagogie pour enfants, pour adolescents. En effet, l'adulte n'a pas la même capacité de mémorisation ( il n'a plus l'habitude d'apprendre par coeur ), il n'accepte pas les idées toutes faites et a besoin d'être convaincu ( il a l'esprit moins malléable et beaucoup de préjugés ). De plus, l'apprentissage est une remise en cause des certitudes préétablies de l'adulte ce qui est parfois mal perçu. Par contre, l'adulte arrive avec une histoire, des expériences uniques qui le définissent et sur lesquelles on peut s'appuyer et avec un esprit critique plus développé. Il est important de ce point de vue de faire reposer la formation sur des éléments du vécu pour provoquer une participation active de l'adulte apprenant.
Mais quelles sont les caractéristiques spécifiques des adultes ?
* Le besoin de savoir : les adultes ont besoin de savoir pourquoi ils doivent apprendre quelque chose, besoin de savoir où ils vont pour assimiler. L'adulte doit connaître la raison pour laquelle il assiste à la formation et quels sont les avantages d'être là. Le sujet de la formation doit être introduit, les objectifs pédagogiques rigoureusement annoncés et mettre en avant le lien logique entre les différentes phases de la formation.
* Le besoin de comprendre les raisons de la formation pour être motivés : les adultes sont motivés pour une formation lorsqu'ils se découvrent des besoins et des centres d'intérêt qu'ils pourraient satisfaire grâce à cette formation. Les apprentissages doivent satisfaire un sentiment d'utilité et les actions doivent être justifiées et acceptées par les apprenants.
* Le concept de soi chez l'adulte apprenant : les adultes ont besoin d'être traités comme des individus capables de s'autogérer et admettent mal que les autres leur imposent leur volonté. Les adultes ont conscience d'être responsables de leurs propres décisions et prennent leur vie en main. Ils aspirent profondément à se déterminer eux-mêmes et font des choix éclairés. Le rôle du formateur est d'amorcer ce processus d'investigation qui soit un échange plutôt qu'une transmission de connaissances.
* Le rôle et l'expérience chez l'adulte apprenant : les adultes arrivent avec une expérience propre, rendant les groupes très hétérogènes et nécessitant une personnalisation d'enseignement et d'apprentissage. Les adultes se réfèrent à leur expérience pour apprendre. Ils apportent à la formation un bagage d'expériences que souvent ils désirent partager. Cette expérience est même constructive de l'identité de leur personne. Ne pas prendre leur expérience en compte, c'est les rejeter en tant que personne. Les différences individuelles apportent au groupe la richesse et la spécificité de chaque individu. La connaissance doit sembler surgir des connaissances passées, être une adaptation de ce qui est déjà connu.
* La volonté d'apprendre : le mode d'apprentissage des adultes est centré sur la réalité. Ils sont prêts à apprendre si les connaissances permettent d'affronter des situations réelles. L'apprentissage ne peut pas être dissocié du besoin de développement. Les adultes orientent leur apprentissage autour de la vie, d'une tâche ou d'un problème. Ils sont disposés à investir de l'énergie pour apprendre seulement s'ils estiment que cela les aidera à affronter cette situation. Les adultes assimilent d'autant mieux que les connaissances, les compétences, les attitudes sont présentées dans le contexte de leur mise en application sur des situations réelles.
* La motivation : les adultes sont motivés par le but à atteindre, par l'activité et l'apprentissage. Bien que les adultes soient sensibles à des motivations extérieures ( obtention d'un meilleur emploi, une augmentation de salaire ), les motivations les plus puissantes viennent de l'intérieur ( estime de soi, reconnaissance personnelle et sociale, meilleure qualité de vie, goût d'apprendre ).
Partant de ces considérations, l'andragogie tâche de déterminer les meilleures méthodes, les meilleurs principes et les différents outils pédagogiques pour améliorer et faciliter l'apprentissage chez les adultes en particulier dans le cadre de la formation continue, de la formation permanente et de la reconversion.
Quelle situation d'apprentissage ?
L'apprentissage n'est pas centré sur le contenu mais plutôt sur la résolution de problème ou l'accomplissement de tâches. La situation d'apprentissage devrait favoriser un climat d'apprentissage informel, détendu, égalitaire, convivial centré sur l'estime de soi, le désir de collaboration et les besoins des apprenants. Elle devrait permettre la référence de l'adulte à ses expériences qui constituent une ressource riche et fait appel à son autonomie, sa capacité d'adaptation au changement, sa motivation intrinsèque. Le facilitateur devrait favoriser l'exploitation de ces ressources en s'appuyant souvent sur la participation active des apprenants, sous la forme de bilans personnels ( de compétence ou professionnel ), d'échanges interactifs, de situations vécues, des problèmes ou difficultés que les personnes ont à résoudre afin de mettre l'accent sur le " besoin de connaissances " et les retours d'expériences. Le facilitateur devrait maintenir un équilibre entre la structure de formation et le degré d'autonomie de l'apprenant.
L'andragogie est basée sur 7 principes :
* Les adultes ne s'informent et ne se perfectionnent que s'ils y sont motivés.
* Les adultes ne s'instruisent que s'ils en ressentent le besoin. L'adulte qui apprend doit avoir la possibilité de manifester ses besoins et ses intérêts. La possibilité d'exprimer ses questions, ses préoccupations et ses soucis doit avoir place dans une formation auprès des adultes.
* Les adultes apprennent par la pratique et non par l'enchaînement logique.
* Les adultes progressent en résolvant des problèmes liés à la réalité.
* Les adultes mémorisent dans une atmosphère détendue. Il faudrait donc créer un climat propice à l'apprentissage en tenant compte de l'environnement physique, de l'environnement humain et interpersonnel et du climat de l'organisation.
* Les adultes apprécient la variété de présentation des idées et ainsi le contenu sera médiatisé de différentes façons : court exposé, texte écrit, vidéo, questionnaire, témoignage, visite ......
* Les adultes veulent être guidés et non jugés. La crainte majeure des adultes en formation est probablement celle d'être jugé. Cette crainte peut inhiber l'apprentissage. La formation doit donc être un temps et un lieu de réflexion et d'expérimentation.
* Les adultes souhaitent rencontrer, dans leur formation, les trois niveaux de savoir. Le savoir, associé aux connaissances, aux notions, aux informations. Le savoir-faire, relié aux habiletés, aux talents, aux capacités. Le savoir-être, associé aux attitudes, aux valeurs, aux convictions. Un apprentissage significatif chez un adulte se traduit par un changement lié aux trois niveaux de savoir.
Le rôle unique du formateur.
Beaucoup de gens conçoivent les formateurs comme des conférenciers mais il existe une différence considérable dans leurs rôles. Le rôle d'un conférencier est de transmettre des connaissances à l'aide de conférences, de lectures et de devoirs. Le rôle d'un formateur est de répondre à des besoins identifiés pour un changement de comportement et une performance spécifique. Les formateurs comprennent comment les adultes apprennent et comment structurer les activités de formation qui les aideront à mieux travailler. La formation ne doit pas consister simplement à transmettre des connaissances. Le formateur doit guider les stagiaires au moyen d'activités auxquelles ils doivent participer et où ils appliquent leurs connaissances. Le formateur tiendra compte des trois composantes de la formation.
1. L'adulte apprenant : les adultes ont tous un niveau de connaissance de la matière et des habiletés intellectuelles qui leur appartiennent. Il est important, pour le formateur, de faire un premier tour de table pour faire ressortir la connaissance et les expériences relatives au sujet traité. Chaque adulte arrive avec ses préoccupations quotidiennes et avec un passé académique qui, dans certains cas, ne représente pas de très bons souvenirs. Les exposés traditionnels, largement utilisés, ont peu favorisé le goût des apprentissages. Trop souvent, l'adulte se considère comme un spectateur passif. Chaque adulte a sa façon d'apprendre. Les uns veulent du concret, les autres de la compréhension au niveau du savoir. Comme il existe plusieurs façons d'apprendre chez les adultes, il ne faut donc pas se limiter à l'exposé traditionnel. Le formateur explorera de nouvelles méthodes telles que des études de cas, des simulations sur le terrain ou encore le partage d'expériences sur le sujet.
2. Le contenu de la formation c'est l'ensemble des connaissances et des habiletés à apprendre et à acquérir. Il est primordial d'éviter l'effet de saturation par un contenu trop volumineux et de ne pas oublier les différents niveaux de savoir. Le contenu gagne à être articulé avec des exemples concrets et significatifs pour des adultes. Le formateur préparera des exemples et quelques exercices pour que les participants fassent eux-mêmes les liens avec leur réalité. Ainsi, les adultes participeront à leur formation. Une heure de théorie, sans interactions ... c'est trop.
3. Le formateur présentera trois " casquettes ". Fournisseur de contenu : le formateur possède le savoir que les adultes auront à apprendre. Il pourra utiliser la documentation qui présente le contenu, il pourra appeler un confrère qui est reconnu compétent en la matière, il pourra enfin faire appel à l'expérience des adultes. C'est la contribution de chacun qui apportera au groupe la plus grande somme d'expertise. Animateur : le formateur, en plus de son rôle de fournisseur, doit animer c'est-à-dire stimuler l'intérêt des adultes et soutenir leur motivation. En parole, cela consiste à poser des questions, reformuler, faire des synthèses et des mises au point, encourager les interventions. En langage non verbal, se déplacer, circuler, bouger, présenter une mine souriante, regarder les adultes dans les yeux. En action, proposer des activités pour favoriser la participation, répartir équitablement le temps de parole, freiner les interventions trop fréquentes ou trop longues, encourager le silencieux à s'exprimer, démontrer de l'enthousiasme et du dynamisme. Le facilitateur : le formateur qui adhère à une approche andragogique se doit de créer un climat propice à l'apprentissage. Son rôle de facilitateur consiste à accompagner l'adulte dans un processus d'apprentissage donc de changement. Le formateur qui adhère à une approche andragogique, adhère par le fait même aux valeurs humanistes. Le respect, la liberté et l'autonomie en font partie.
Si l'on souhaite que la formation d'adultes ait une quelconque efficacité, il est indispensable que l'adulte concerné soit clairement informé des buts de cette formation, ou mieux qu'il ait participé à leur définition, afin d'obtenir son adhésion et garantir ainsi sa motivation. Cela impose donc une analyse soignée de ses attentes, une définition commune des objectifs de la formation, l'utilisation de cas-problème et ou l'accomplissement de tâches adaptées aux situations professionnelles dans lesquelles évolue le formé.
La formation des adultes ne doit donc pas consister uniquement à leur transmettre des connaissances, mais doit aussi leur permettre de mettre en valeur et d'utiliser leurs propres connaissances et de participer à leur apprentissage. Les adultes apprennent mieux lorsque le contenu et les moyens utilisés sont connus d'avance et que le plan et l'horaire sont respectés. De plus, ils retirent un plaisir certain à atteindre leurs objectifs ; souhaitent être traités en adultes ; préfèrent les approches concrètes et les apprentissages significatifs qu'ils peuvent mettre en pratique dans leur vie ; aiment prendre leur temps, évoluer à leur propre rythme et utiliser du matériel familier ; favorisent la coopération, plutôt que la compétition.
Malcolm Shepherd Knowles ( 1913 - 1997 ). Né en 1913 à Livingston dans le Montana, aux Etats-Unis, Knowles était un professeur dans l'enseignement pour les adultes. Il est célèbre pour sa théorie de l'andragogie. Il a eu une influence fondamentale dans le développement de la théorie de l'apprentissage humaniste et l'utilisation de contrats où l'apprenant construit des plans pour orienter les expériences d'apprentissage.

C'est peut-être, dans la seconde moitié du 20ème siècle, la figure centrale dans le domaine de l'Education des adultes. Knowles était un passionné de scoutisme dans sa jeunesse. Il a bénéficié d'une bourse pour entrer à l'université de Harvard où il a obtenu un baccalauréat ès art, en 1934. Il a travaillé, dans le Massachusetts, pour l'Administration nationale de la jeunesse. En 1940, il a assumé le poste de directeur de l'Education des Adultes à la YMCA de Boston. Il obtient, en 1949, à l'université de Chicago, son doctorat en Sciences de l'Education. Ensuite, il a été directeur exécutif de l'Association d'Education des Adultes pour les Etats-Unis pendant 10 ans. Finalement, il devint professeur associé de l'Education des Adultes à l'université de Boston. Knowles est le pionnier dans le domaine de l'apprentissage des adultes. Il a été le premier chercheur à répertorier les caractéristiques qui, chez les adultes, ont une incidence sur leur façon d'apprendre.
Il a écrit plus de 230 articles et produit 18 livres dont :
1. Education des adultes en 1950.
2. Andragogie et non de la pédagogie. Leadership des adultes en 1968.
3. L'apprenant adulte : une espèce négligée en 1973.
4. La pratique moderne de l'éducation des adultes en 1980.
Bernice McCarthy est la créatrice du système 4 MAT - un cadre pour l'organisation de l'apprentissage - et auteur de plusieurs livres et articles à l'intention des enseignants et des administrateurs scolaires.

Elle a obtenu son doctorat en Education et théorie de l'apprentissage à l'université Northwestern de Chicago, en 1979. Au cours d'une carrière, longue de trente ans, en tant que professeur principal de sciences humaines, à tous les niveaux d'enseignement y compris l'éducation spéciale, elle a parlé, en ateliers, à des milliers de groupes, de l'art et de la science de l'enseignement efficace. Elle plaide dans le but d'aider volontairement les apprenants à développer des compétences et des potentialités inhérentes à chaque hémisphère du cerveau. Elle encourage les organisations à utiliser de multiples méthodes de résolution de problèmes et de communication pour aider à exploiter le plein potentiel d'un individu. Elle a, aux Etats-Unis, atteint une renommée nationale relativement à sa conception pédagogique. Selon McCarthy, concepteur du système 4MATH, il existe 4 modèles principaux d'apprentissage dont les apprenants ont besoin pour réussir leurs apprentissages à tous les niveaux d'enseignement (WHY? - WHAT? - HOW? - IF SO WHAT?) Le système 4MAT est un cycle naturel pour identifier la diversité des apprenants, pour les aider à réussir et pour améliorer la communication dans l'équipe.
POURQUOI ? : 35 % des personnes apprennent en cherchant un sens. Elles ont besoin de connaître les raisons de l'apprentissage. Elles vivent la vie comme elle est et puis comparent avec la réalité de leur vie quotidienne et identifient les différences. Ce sont les divergents .... Ecouter - Parler - Interagir
QUOI ? : 22 % des personnes apprennent par la pensée, les idées afin d'approfondir leur compréhension des concepts et des processus. Elles visent les faits et sont capables d'apprendre efficacement en assistant à des conférences et ou en entendant ce que les " experts " ont à dire. Ce sont les assimilateurs .... Observer - Analyser - Classer - Théoriser.
COMMENT ? : 18 % des personnes apprennent par les théories et les tests. Elles commencent par une idée et puis la testent car elles ont besoin de savoir comment fonctionnent les choses et cherchent leur utilité. Elles ont besoin de pratiquer et de faire quelque chose. Ce sont les convergents .... Expérimenter - Manipuler - Improviser - Bricoler
QUE FAIRE SI ? : 25 % des personnes apprennent par essais et erreurs et cherchent les possibilités cachées, les variantes. Elles réfléchissent sur ces informations et comptent beaucoup sur leur propre intuition. Elles visent leur propre apprentissage et celui des autres. Ce sont les accommodateurs .... Modifier - Adapter - Risquer - Créer.
Selon Bernice McCarthy, la formation des adultes doit tenir compre des exigences suivantes :
* Il est nécessaire de partir de situations vécues, des problèmes ou des difficultés que les apprenants ont à résoudre afin de mettre l'accent sur " le besoin de connaissance ".
* Il est important d'ouvrir le champ de la connaissance des membres du groupe en leur permettant d'apprendre les uns par les autres à partir des expériences acquises.
* Il est utile de replacer le thème traité dans un tout afin d'induire un comportement adapté à une situation connue de l'apprenant.
* Il est nécessaire de s'adapter aux styles d'apprentissage des adultes ( voir ci-dessus ), sans oublier de construire des séquences pédagogiques qui répondent aux questions " pourquoi ? - Comment ça marche - à quoi ça sert ? ".
* Il est important que les apprenants puissent appliquer immédiatement ce qui vient d'être appris avec des exercices ouverts qui s'appliquent à la résolution de problèmes quotidiens des participants et des applications utiles.
* Parce que les adultes apprennent " en faisant ", il s'agit d'aider les participants à se dégager de cas d'école pour étendre leur réflexion à de nouvelles dimensions de leur activité professionnelle. Ainsi, les stagiaires participent en s'impliquant dans le processus de formation.
* Il est important que le formateur prévoit des " ponts " entre l'expérience passée des apprenants et les situations professionnelles dans lesquelles on souhaite qu'ils s'engagent maintenant.
* Il est nécessaire de s'assurer de la compréhension des thèmes traités après chaque étape de l'enseignement. Ce contrôle de l'apprentissage doit être conçu à partir des applications du quotidien proposées par les apprenants.
* Les apprenants apprécient de recevoir en retour d'une réalisation l'évaluation du spécialiste. Elle donne du crédit aux exercices réalisés et renforce la volonté de l'apprenant d'atteindre le but assigné sans erreur.
4. La pédagogie de l'alternance : une pédagogie pour réussir autrement.
Sur le plan pédagogique, l'alternance n'est pas une démarche nouvelle : de nombreux dispositifs la mettent déjà en oeuvre. Elle offre à l'apprenti un temps d'enseignement hors du contexte scolaire habituel, en entreprise ou dans d'autres structures. Ainsi, le va-et-vient pédagogique est permanent. L'apprenti revient de l'entreprise en faisant part à son formateur des situations qu'il vient d'y vivre. Il lui pose des questions, revient sur ses travaux. Le formateur dispense son cours en intégrant ces données. Ce va-et-vient pédagogique est donc le principe essentiel sur lequel est fondée la pédagogie de l'alternance : " utiliser au maximum ce que l'apprenti a vu en entreprise pour l'aider à mieux comprendre les cours. Cet aller-retour incessant entre théorie et pratique consolide les apprentissages et permet de tirer le meilleur profit de la motivation du jeune pour un métier ... c'est le véritable moyen d'apprentissage professionnel ".
En fait, la pédagogie de l'alternance permet de sortir de la logique de consommation de savoirs afin de faciliter le lien théorie / pratique visant l'élaboration de connaissances et la conceptualisation en s'appuyant sur l'expérience. La pédagogie de l'alternance est une pédagogie de l'intérêt et du concret centrée sur les motivations et l'engagement du jeune. Elle reste la voie de l'excellence pour acquérir et développer les compétences d'un métier car elle permet d'associer des savoirs et des savoir-faire issus du terrain comme du Centre de formation en développant l'interaction entre les situations de formation ( S.F. ) et les situations de production ( S.P. ). De ce fait, elle prend toute sa dimension par le double tutorat formateur / entreprise qui est mis en place pour chaque apprenti ce qui lui permet de mettre son savoir au profit de son savoir-faire et inversément.
Dans la pédagogie de l'alternance s'articulent des logiques de l'entreprise et de la formation, du réel et du virtuel, du concret et de l'abstrait. Déclinée dans des activités, des tâches et des processus différents mais imbriquées, la prise en compte de ces logiques mène les intervenants pédagogiques à proposer des articulations entre ces univers. De nos jours, l'alternance - ou l'apparence de l'alternance - se retrouve dans tous les cursus de formation à dominante professionnelle : le " stage en entreprise " ou la " pratique du terrain " viennent contrebalancer le " tout théorique " de l'enseignement.
Le seul fait de l'utilisation d'une pédagogie de l'alternance induit la notion de guidance, donc la mise en place d'un suivi pédagogique. En effet, la multiplicité des lieux d'apprentissage nécessite une mise en lien des savoirs et des capacités pour que l'apprenti puisse se les approprier à condition toutefois que les formateurs impliqués dans le dispositif aient à coeur de toujours bien mettre en évidence la complémentarité des deux modalités d'apprentissage. Il faut donc travailler sur les liaisons entre ces situations et mettre en place une action pédagogique concertée ... ceci conditionne le succès de la pédagogie de l'alternance.
Quels sont les acteurs de la pédagogie de l'alternance ?
* L'apprenti est un jeune travailleur ( dès 15 ans ) qui a signé un contrat de travail de type particulier avec l'entreprise. L'apprenti est amené à analyser ce qu'il a fait en entreprise, à identifier les compétences du métier qui ont été mises en oeuvre. Puis, après s'être assuré que ce qui a été fait est maîtrisé, le formateur le fait travailler sur les compétences technologiques complémentaires de manière à acquérir des savoir-faire, qui une fois réellement intériorisés, seront transférés à d'autres situations professionnelles. Ainsi, la complémentarité entre le temps en entreprise et le temps au Centre de formation est clairement établie.
* Le tuteur en entreprise associe le jeune apprenti à ses activités de production, c'est un professionnel confirmé, c'est le correspondant privilégié du Centre de formation pendant toute la durée du contrat, c'est, pour l'apprenti, un homme de ressources. Le tuteur est un des partenaires essentiels de la formation. C'est avec lui que le jeune découvre le fonctionnement d'une entreprise et apprend son métier. Le tuteur prend le temps de répondre aux questions du jeune et lui permet de participer à la vie de son entreprise et d'évoluer. Il s'intéresse au parcours professionnel de son apprenti afin de lui proposer des missions pertinentes. Il rencontre régulièrement l'équipe pédagogique ainsi que les parents du jeune pour faire un point sur l'évolution de la formation.
* Le formateur au Centre de formation a pour mission d'organiser la complémentarité entre les deux lieux de formation, l'entreprise et lui-même, de manière à ce que le jeune apprenti acquière l'ensemble des savoirs théoriques et pratiques nécessaires à l'obtention d'une certification et d'un diplôme. Son rôle est essentiel : c'est un rôle de conseil, d'information, d'évaluation. Il accompagne individuellement l'apprenti dans son parcours et son projet professionnel en l'aidant à faire le lien entre ce qu'il fait en entreprise et au Centre de formation, en l'aidant à identifier ses compétences. Il fait ainsi avec l'apprenti un bilan de son évolution. Il entretient la relation entre l'équipe pédagogique et le tuteur en entreprise. Le formateur se concerte avec le tuteur en entreprise, rend visite à celui-ci sur les lieux de travail de l'apprenti et effectue un bilan annuel avec l'entreprise. L'objectif vers lequel doit - ou devrait - tendre tout formateur quand il construit son cours, est de préparer et d'optimiser l'employabilité de nos apprentis lorsqu'ils arriveront sur le marché du travail. Que les apprentis acquièrent une culture générale, un niveau académique mais aussi des compétences professionnelles directement " utilisables " par un recruteur.
Les pratiques de cette formation en alternance diffèrent sensiblement selon les publics à former, les buts poursuivis et les lieux d'application. Cependant, la qualité, la nature, le nombre et la durée des liaisons existant entre les situations de formation et les situations de production, peuvent servir d'axe organisateur à une typologie des situations d'alternance. Plus ce lien est élaboré et formalisé par les différents partenaires, plus le système de formation est véritablement interactif. Ainsi, il est possible de distinguer quatre formes d'alternance :
1. L'alternance fusion : S. F. (théorie) et S. P. (pratique) ont lieu sur le même site. Ici, l'école impose en priorité sa logique de formation au détriment d'une logique de production et inversement pour l'entreprise. Ceci n'est pas très intéressant.
2. L'alternance associative - approchée - complémentaire : S. F. et S. P. orientent la formation vers les mêmes objectifs et concourent à définir les mêmes vertus qualifiantes. Le projet est donc institutionnel ce qui pose la question de la réelle implication de l'apprenti.
3. L'alternance juxtapositive aussi appelée fausse alternance. S. F. et S. P. cohabitent : donc deux systèmes d'information distincts mais n'entretenant aucune relation pédagogique. Les problèmes rencontrés en S. P. n'ont aucun écho en S. F. et inversement .
4. L'alternance articulation, réelle : S. F. et S. P. sont organisées au sein d'une programmation précise. Les liaisons sont systématisées. Les expériences faites en S. P. sont examinées en S. F. et inversement. Cette structure ainsi formatisée permet des interactions entre savoirs théoriques et savoirs pratiques, que l'apprenti s'approprie, construit et transforme en compétences. Elle implique réellement l'apprenti en liant l'action et la réflexion sur le pourquoi et le comment.
La formation en alternance est une démarche collective qui doit conduire l'ensemble des formateurs à se mobiliser autour d'activités communes :
* La récupération des vécus en entreprise et leur valorisation dans la formation dispensée au centre.
* La préparation du retour en milieu professionnel.
* L'information des tuteurs.
* Les visites en entreprise.
* L'élaboration d'un plan de formation adapté à la participation des tuteurs à la formation et à l'évaluation des apprentis.
La formation en alternance s'appuie sur la conviction que le développement de sa qualité passe par :
* La communication entre les différents acteurs et partenaires de la formation.
* La mise en réseau.
* La formation continue tout au long de la vie des formateurs et de tous ceux qui concourent à la formation.
* Une analyse et une mise à distance de la pratique professionnelle.
* Un aller et retour entre la théorie et la pratique, l'action et la réflexion.
L'organisation pédagogique de l'alternance.
Sommairement, on peut distinguer trois temps ( préparation - accompagnement - exploitation ) dans l'organisation pédagogique de l'alternance. La variété des situations et des formes d'alternance possibles ne permet évidemment pas d'établir des listes qui se voudraient exhaustives. Il appartient donc à chaque formateur, en fonction des apprentis dont il a la charge et de la situation dans laquelle il se trouve placé, de faire ses propres choix.
La préparation. Selon les disciplines et les situations en entreprise, il est nécessaire de revenir avec l'apprenti sur quelques points théoriques considérés comme fondamentaux et de remettre en mémoire, dans une perspective de projet, les éléments qui seront nécessaires ( à titre d'exemples, les notions mathématiques et scientifiques qui devront être utilisées, le vocabulaire technique qui sera rencontré et devra être compris et utilisé ). Les activités proposées en entreprise étant fréquemment liées à des secteurs professionnels différents, il convient d'individualiser le plus possible cette préparation et d'éviter les exercices mécaniques. Le formateur informe le tuteur en entreprise des notions qui sont connues de l'apprenti.
L'accompagnement. On peut demander à l'apprenti de noter dans un carnet les situations dans lesquelles ses connaissances lui ont été utiles, ainsi que celles pendant lesquelles il a eu le sentiment que certains savoirs lui faisaient défaut. L'alternance s'effectuant en entreprise, le formateur de l'apprenti rencontre le tuteur en entreprise ; ils analysent ensemble le comportement de l'apprenti, ses points forts et ses points faibles.
L'exploitation. Le retour de l'apprenti au Centre de formation doit permettre de cerner ce qui, dans l'expérience de chaque apprenti, sera exploité lors des apprentissages disciplinaires. Il paraît utile d'établir alors avec chaque apprenti un bilan individuel des savoirs qu'il a utilisés et de ceux qui lui ont fait défaut. Il devient en effet possible, quand ce travail d'analyse est terminé, de reprendre et de compléter à partir d'apprentissages identifiés et de besoins de connaissances analysés, par le formateur certes, mais surtout par l'apprenti.
La pédagogie de l'alternance est un système nouveau pour la plupart des apprentis mais aussi pour leurs parents qui jouent un rôle essentiel au sein du projet éducatif de leur enfant. A cet effet, oserions-nous leur exposer quelques conseils !!!!
* Mobilisez-vous, avec l'aide du Centre de formation, pour trouver une entreprise qui acceptera votre enfant. Il est important, dès le début, que vous puissiez vous impliquer dans la formation de votre enfant. La recherche de ce lieu vous y aidera.
* Etablissez un bon contact avec le tuteur en entreprise.
* Etudiez, avec votre enfant, les questions matérielles qui peuvent se poser, comme l'arrivée à l'heure, comme le transport, le repas de midi ...... votre enfant a besoin d'être rassuré.
* N'hésitez pas à le conseiller sur les comportements qu'il doit adopter, vêtements, politesse avec les adultes ........
* Intéressez-vous à son travail. Que fait-il ? Comment fonctionne l'entreprise ? Qui est son tuteur ? Quelles relations a-t-il avec les autres personnes de l'entreprise ?
* Prenez régulièrement connaissance du carnet de liaison où sont notées les activités réalisées au Centre de Formation et les activités en entreprise. Signez-le, et si vous le souhaitez, écrivez également vos remarques. Faites-en un outil interactif entre le Centre de Formation, le tuteur en entreprise et vous.
* N'hésitez pas à solliciter une discussion avec le directeur, les formateurs ou le tuteur en entreprise si vous avez une question à traiter, qu'il s'agisse d'un problème dans l'entreprise ou un problème lié au Centre de formation.
* Suivez si possible, les travaux scolaires que votre enfant doit éventuellement réaliser au Centre de formation.
* Veillez à ses temps de sommeil. Une journée en entreprise est fatiguante. Il ne s'agit pas de veiller très tard le soir pour recommencer le lendemain une nouvelle journée de travail.
* Enfin prenez conscience que la formation en entreprise et la formation au Centre forment un tout pédagogique. L'alternance ainsi pratiquée permet d'associer la formation générale et la formation professionnelle, le concret et l'abstrait.
Comme on le devine, cette pédagogie est d'abord un dispositif de formation qui anticipe le problème du transfert des connaissances afin de réduire au mieux la distorsion formation / emploi. Elle " met en scène " selon une programmation connue des différents acteurs les interactions permanentes entre savoirs théoriques et savoirs pratiques. La transformation des connaissances acquises formellement en compétences professionnelles de situation est organisée dans un projet dans lequel toutes les techniques pédagogiques peuvent être développées : enseignement programmé, contrat, étude de cas, stage ... etc ...
Aujourd'hui, le régime de l'alternance constitue un atout décisif pour entrer sur le marché du travail dans les meilleures conditions.
5. La pédagogie du contrat.
Elle est inspirée de la célèbre expérience de Miss Helen Parkhurst à Dalton ; expérience aussi appelée Plan de Dalton et de celle de Carleton Washburne à Winnetka ( voir plus avant ). La pédagogie de contrat organise des situations d'apprentissage où existe un accord négocié lors d'un dialogue entre des partenaires qui se reconnaissent comme tels, afin de réaliser un objectif, qu'il soit cognitif, méthodologique ou comportemental. Elle doit permettre de motiver l'apprenant, de le responsabiliser vis-à-vis du groupe comme de lui-même. Elle contribue à l'apprentissage de l'autonomie dans une perspective de participation à la vie collective et, en ce sens, elle participe aussi à la formation à la vie civique.
Cette notion apparaît donc comme le moyen de concilier l'inévitable contrainte sociale et l'autonomie des personnes et des groupes. Elle est à ce titre, me semble-t-il, porteuse d'avenir pour la liberté de l'Homme. La pédagogie du contrat retrouve aujourd'hui ses lettres de noblesse au sein de la pédagogie différenciée.
Cette technique d'enseignement ou d'apprentissage permet à un formateur de négocier avec l'apprenant un travail personnel correspondant à un objectif déterminé. L'apprenant peut ainsi, choisissant lui-même la nature et la difficulté de la tâche qu'il aura à accomplir, s'engager " par contrat "avec le formateur ou l'équipe pédagogique, et promettre qu'en un temps donné, il aura, sinon acquis de nouvelles compétences, du moins résolu un problème particulier. Il s'agit donc d'un engagement mutuel entre formateur et apprenants à propos de leurs devoirs et de leurs droits respectifs face à la tâche à accomplir. L'apprenant s'engageant à réaliser une tâche qu'il a choisie et le formateur s'engageant à fournir les supports dont l'apprenant a besoin.
Un tel engagement implique toutefois la réciprocité de la relation, et impose au formateur une attitude générale de soutien et d'accompagnement, ainsi qu'une instrumentation précise : tableau de bord, prêt de documentation, contact avec la famille, ,échanges d'informations, fiche d'autoévaluation, fiche de suivi du contrat ... A partir du moment où l'on accepte qu'une multiplicité d'itinéraires se substitue à une route unique, il ne peut plus être question d'imposer à tous les mêmes critères de comportements, les mêmes types de travaux, le même rythme d'acquisition. Il est donc indispensable de substituer ici au contrat tacite et unique qui liait le formateur à toute une classe, des contrats individuels et diversifiés qui engagent chaque apprenant, qui précisent exactement ce que l'on attend de chacun d'entre eux et qui spécifient les soutiens sur lesquels chaque apprenant peut compter. Ainsi le contrat pédagogique représente la différenciation en actes.
La pédagogie du contrat est une réponse à l'hétérogénéité des apprenants ( culturelle, sociale, psychologique ) et le formateur en quête de clarification, doit penser la pédagogie du contrat comme une " expression " parmi d'autres de la pédagogie différenciée.
Plus pratiquement encore :
L'effort pour la réussite de tous les apprenants passe par une clarification, dans un contrat pédagogique, des objectifs qui doivent être partagés par les formateurs, les apprenants, les milieux professionnels. Un contrat précise ce que l'on attend de l'apprenant en ce qui concerne les capacités et les connaissances, qu'on déterminera en s'assurant qu'elles lui seront réellement accessibles. La pédagogie du contrat vise non seulement l'assimilation des connaissances, mais aussi la socialisation des individus par l'établissement d'un contrat social.
En fait, la notion et la pratique du contrat sont requises afin d'explorer les voies et les moyens de réduire la part d'imposition de toute situation pédagogique, afin d'instaurer des relations de dialogue, des institutions et des personnes dont les rapports ordinaires sont d'ordre hiérarchique. Au sens général, un contrat est un acte qui confirme un engagement volontaire et réciproque par lequel des personnes règlent leurs échanges pour y trouver un intérêt commun.
La pédagogie du contrat propose une démarche qui a pour but d'améliorer ou de rétablir la communication entre les différents partenaires de la communauté éducative, de faire vivre ou revivre le projet d'apprendre, de faire apprendre et de réussir par :
* La prise de conscience de la nécessité d'un projet pour l'apprenant.
* La clarification des rôles et des attentes de chacun, soit l'apprenant, les formateurs, les parents.
* La clarification des objectifs et des situations d'apprentissage.
Pour cela, il faut des outils qui permettent de communiquer et qui décrivent cette clarification en présentant clairement :
* Les outils de formation.
* Les tâches que doit effectuer l'apprenant.
* Les critères permettant d'évaluer les tâches.
Ainsi, formation et évaluation deviennent une affaire partagée par laquelle l'apprenant peut donner du sens à son travail et devenir autonome. Si le contrat se définit comme une convention entre les parties, il faut envisager, au préalable, la négociation comme un élément indispensable à l'adhésion dans une relation de réciprocité :
* Comment arriver à un consnsus ?
* Qu'est-ce qui est négociable.
* Tout est-il négociable dans l'acte éducatif ?
* Quel engagement attendre de la part de l'apprenant et des autres partenaires ?
La relation de réciprocité entraîne également une redéfinition de l'apprenant comme un véritable partenaire du système éducatif, redéfinition autour de quelques réflexions :
* Respect de la parole de l'apprenant.
* Remise en question de la situation et de la place que les habitudes confèrent au formateur et au savoir.
Il s'agit alors de trouver un terrain d'entente en précisant les rôles respectifs des partenaires. On peut donc proposer ou négocier 5 catégories de contrat :
* Des contrats didactiques : des contrats de travail scolaire, liés au savoir et au savoir-faire en utilisant des fiches d'objectifs et des grilles d'évaluation. Ce sont les buts à atteindre par les apprenants et fixés par l'institution scolaire.
* Des contrats de réussite individuelle : ils sont basés sur les lacunes et manques constatés et rédigés par l'apprenant avec proposition d'aide méthodologique. Ils permettent à l'apprenant de se mettre en projet.
* Des contrats de choix : ils permettent à l'apprenant de choisir les activités qu'il s'engage à réaliser parmi un ensemble d'activités proposées et dans un délai précis.
* Des contrats de projet : ils concernent l'organisation d'un projet par un groupe d'apprenants et définissent la répartition des tâches techniques entre les apprenants.¨
* Des contrats de coopération : ils visent l'élaboration de règles de vie en commun, notamment pour résoudre ou éviter des conflits.
En résumé le contrat devrait être :
* Une notion fédératrice qui mobilise l'ensemble des partenaires, soit les équipes pédagogiques et éducatives et les parents si possible, autour de l'engagement personnel de l'apprenant.
* Une notion qui favorise la mise en place de situations et d'outils qui permettent à l'apprenant de devenir plus autonome et de vivre à l'intérieur de la structure scolaire son projet.
* Un outil pédagogique ponctuel et limité dans le temps, négociable et renégociable en fonction des étapes du projet de l'apprenant et des situations contractuelles.
6. La pédagogie du projet.
" Celui qui n'a pas de projet, n'a pas d'avenir ".
Historiquement, elle remonte à Dewey mais l'idée " project based learning " a vraiment été précisée par William Heard Kilpatrick dans son fameux article " The project Method " publié dans la revue Teachers College Record. Traditionnellement, la pédagogie du projet est associée aux noms de Dewey, de son disciple Kilpatrick et de Decroly. Chez Dewey, le projet correspond à son " Learning by doing , chez Decroly, c'est le centre d'intérêt.
La pédagogie du projet est une pratique pédagogique active qui fait passer des apprentissages à travers la réalisation d'une production concrète ; elle est donc d'inspiration fonctionnaliste. La pédagogie du projet est actualisée par la réalisation de projets proposés par l'apprenant ou suggérés par celui-ci. Un projet vise un objectif de formation fondamentale qui doit naître des besoins de l'apprenant et rejoindre ses préoccupations. Une condition essentielle de l'application de la pédagogie du projet en classe consiste à ce que l'apprenant puisse réutiliser les savoirs acquis au cours du projet dans des situations de la vie courante.
Dans ce type de pédagogie, les apprenants - adolescents ou adultes - conçoivent un projet qui les intéresse : réaliser un journal scolaire, réaliser une mini-centrale électrique sur un cours d'eau, construire un barbecue ... etc ... et c'est en le réalisant qu'ils apprennent les contenus de physique, de mathématique, de français, de soudure, de travail manuel dont ils ont besoin pour réaliser leur projet. Défini en quelques mots, le projet constitue une situation d'apprentissage authentique, c'est-à-dire qui soit porteuse de sens pour l'apprenant et qui ait une portée réelle, au cours de laquelle l'apprenant est amené à développer diverses compétences.
Ainsi, le projet n'est pas une fin en soi, c'est un détour pour confronter les apprenants à des obstacles et provoquer des situations d'apprentissage. S'il devient un vrai projet, sa réussite devient un enjeu fort, et tous les acteurs, formateurs et apprenants, sont tentés de travailler à sa réalisation parfaite. Le projet est une tâche définie et réalisée en groupe, impliquant une mobilisation et une adhésion de celui-ci ; résultant d'une volonté collective basée sur des désirs ; aboutissant à un résultat concret, matérialisable et communicable ; présentant une utilité par rapport à l'extérieur. Le projet peut être individuel ( exposé, maquette ) ou collectif ( organisation de fêtes, voyages, spectacles ). C'est une entreprise qui permet à un collectif d'apprenants de réaliser une production concrète, socialisable, en intégrant des savoirs nouveaux.
La pédagogie du projet est un processus d'apprentissage qui met un groupe de personnes en situation :
* D'exprimer des envies, des questions, des besoins, des manques, des ambitions.
* De rechercher les moyens d'y répondre.
* De planifier collectivement la mise en oeuvre du projet et de le vivre.
Le formateur doit cependant veiller à ce que l'ensemble des projets réalisés en une année permette d'apprendre effectivement tous les éléments du programme. Cette dernière remarque est capitale, car elle réduit tout de même, me semble-t-il, de façon importante la liberté de choix laissée aux apprenants. Il revient alors au formateur de proposer, à son tour, des projets auxquels les apprenants n'ont éventuellement pas pensé, et qui permettent d'étudier tel ou tel élément du programme non encore appris. Ainsi, le projet peut naître :
* D'une opportunité ou d'un événement d'origine externe.
* D'un événement provoqué par le formateur.
* D'un projet plus large dans lequel l'école est engagée.
* D'une information apportée par un membre du groupe et qui suscite un intérêt collectif.
Cette pédagogie est extrêmement motivante mais elle demande des formateurs particulièrement compétents, imaginatifs et disponibles, capables d'accompagner, d'aider, de baliser, de réguler, d'alimenter et d'être à la fois personnes ressources et conseillers. Il faut bien convenir que les objectifs ne se présentent pas, dans la poursuite d'un projet, selon l'ordre de complexité croissante qui permettrait leur assimilation. Des objectifs très complexes peuvent survenir très vite, requis par la tâche, bien avant les objectifs plus simples nécessaires néanmoins pour leur compréhension.
Le formateur novateur accepte en entreprenant une démarche de projet d'avoir un rôle d'accompagnement pédagogique. Il est là pour :
* Apporter des outils variés et pour discuter avec les apprenants de la méthodologie à utiliser.
* Gérer la complexité de l'incertitude.
* Organiser les apprentissages nécessaires à la réalisation du projet.
* Tenir compte des besoins et des intérêts des apprenants.
* Créer les conditions permettant l'exercice d'une pensée créatrice : le travail de groupe.
* S'assurer de l'aboutissement du projet et de sa présentation.
* Renoncer à la situation magistrale.
* Négocier avec les apprenants les objectifs et les moyens.
* Susciter pensée divergente et pensée convergente.
* Evaluer le processus, les démarches autant que le produit.
* Ouvrir l'institution vers l'extérieur.
Une action de formation relève de la pédagogie du projet si elle présente les trois critères suivants :
* La transaction, qui se définit comme l'ensemble des démarches qui vont de la mise en projet à la rédaction du contrat final ( finalités, objectifs, produits ).
* La négociation, ou recherche de l'accord.
* Le contrat lui-même, détaillant la nature et l'objet de l'engagement, ainsi que les obligations réciproques ( inventaire des ressources et des contraintes, plan d'action, analyse des obstacles prévisibles, détermination des méthodes et des techniques, planification dans le temps ).
Les formateurs qui souhaitent développer la " mise en projet " de l'apprenant doivent privilégier la prise en compte de ses intérêts et de ses motivations, le retour au sens des apprentissages, le rétablissement d'un climat relationnel positif ( basé sur la recherche de l'autonomie et de la responsabilisation des apprenants ), et l'utilisation de techniques pédagogiques adaptées : objectifs élaborés en commun, contrat, individualisation, travail en équipe, évaluation formative, régulations systématiques.
La démarche de projet dans l'action éducative souligne le fait que la connaissance se construit plus qu'elle ne se transmet en ce sens qu'elle ne considère pas l'apprenant comme une éponge absorbant tous les savoirs, mais elle cherche à lui apporter les pistes de ces savoirs, le sens critique, la capacité d'analyser et de synthétiser ses nouveaux acquis.
D'un point de vue psychologique, la pédagogie du projet rappelle que la motivation à apprendre est d'autant plus forte que l'activité d'apprentissage prend son sens pour l'apprenant, que celui-ci perçoit le savoir à acquérir comme le produit d'un processus d'acquisition dont il est le sujet, comme la réponse aux questions qu'il se pose ou comme le but d'un projet d'apprentissage dans lequel il se reconnaît.
D'un point de vue éducatif, en développant l'autonomie et la responsabilité du jeune, la pédagogie du projet le prépare à se montrer actif et entreprenant dans sa vie personnelle et sociale, elle lui permet de se percevoir comme le sujet de ses actes et de son devenir.
Réflexions de quelques formateurs engagés dans la pédagogie du projet.
* Avec certains apprenants particulièrement amochés par la vie ... scolaire, il faudra parfois des années avant que puisse émerger un désir, une attente. Avec eux, c'est cela le projet, c'est qu'ils en aient un !!!
* La pierre d'achoppement de tous les projets menés dans le cadre de l'école secondaire, c'est le fait que la dynamique engendrée soit sans cesse brisée par le saucissonnage structurel, par la difficulté de pouvoir travailler en interdisciplinarité et par le manque de local permanent. A moins de pouvoir négocier une modification de structures, les projets, durent ... et la motivation s'étiole.
* Que d'heures passées ensemble à discuter, négocier, écouter, à chercher à se comprendre, à gérer des conflits, à évaluer, prendre des décisions, réorienter, planifier, organiser, contrôler, à rédiger des compte rendus de réunion, à chercher des moyens financiers, à convaincre la direction, les collègues, les parents, ... par rapport au temps consacré au travail sur les contenus !! Question des priorités, à évaluer aussi.
* L'échec du projet n'est pas l'échec de l'apprentissage. Anticiper les difficultés ou les échecs, c'est se préparer à les vivre comme une source de croissance et non comme une source de dévalorisation.
* Que d'heures passées ensemble à se découvrir, à rire ou à pleurer, à partager des émotions, à devenir complices et solidaires, à se réconforter, à s'étonner de ce qui surgit, à se rappeler les anecdotes du passé, à fêter la fin d'un projet, à réunir nos forces, à remplacer l'ironie par l'humour tendre, à intégrer chaque " moi, je " dans un " nous " significatif, à se réconcilier avec le plaisir d'apprendre.
Un exemple pour illustrer humblement notre propos.
Un projet permet l'activité spontanée et coordonnée d'un groupe restreint d'apprenants s'adonnant méthodiquement à l'exécution d'un travail formant une globalité et choisi librement par les apprenants : ils ont ainsi la possibilité d'élaborer un projet en commun et de l'exécuter en se partageant la tâche. Un projet, c'est une activité préalablement envisagée dont l'intention dominante est une finalité réelle qui oriente les activités et leur donne une motivation.
Démarche.
Il y a d'abord l'intention. Cette intention peut se présenter sous forme d'interrogation : " Que pourrions-nous faire ensemble pour la J.P.O. de notre établissement ? ". Cette question va trouver une réponse grâce à une séance de créativité conduite avec souplesse par le formateur. La réponse aboutissant naturellement à la prise de décision.
Quoi ? Fabriquer un T.Shirt avec le logo de notre établissement.
Lequel ? Après discussion où les apprenants doivent faire face à certaines contraintes, choix d'un seul modèle.
Quand ? Détermination de la date du début de fabrication pour être prêt pour la J.P.O.
Démarches nécessaires.
Autorisations à demander au chef d'établissement.
Concertation avec les différents formateurs qui interviendront dans la réalisation du T.Shirt.
Commandes des matières premières.
Le projet.
C'est une tâche définie en groupe, qui implique l'adhésion du groupe parce qu'elle est l'expression d'une volonté collective aboutissant à un résultat concret ayant un caractère social.
Comment choisir un projet ?
Le projet doit être défini dans ses buts et ses objectifs. Pour les formateurs tenant de l'éducation nouvelle cette étape de choix fait partie intégrante du projet. Le choix résultera de l'une des deux approches suivantes :
* Un apprenant propose un projet au groupe classe qui l'accepte et l'adopte éventuellement pour qu'il devienne une action réellement collective.
* Suite à une question de départ posée par le formateur, le groupe classe choisit ou non de lui apporter une réponse concrète.
Rechercher un thème intéressant, vérifier la faisabilité, rechercher un consensus dans le cas d'un projet collectif ont en eux-mêmes une valeur pédagogique importante. Deux pièges sont ici à éviter :
* Ne pas se précipiter dans l'artificiel.
* Si l'interrogation de départ ne crée pas l'ambiance de recherche nécessaire et ne soulève pas l'enthousiasme indispensable, le formateur n'hésitera pas à abandonner le projet.
La réalisation.
Les apprenants vont mener à bien leur projet de façon autonome. Ils vont chercher les informations, essayer, analyser leurs échecs, leurs réussites, chercher encore jusqu'à ce que leur projet aboutisse. Les projets font émerger des besoins en termes d'apprentissage. Tout au long de leur travail, les apprenants sont amenés à faire le bilan de leurs avancées en fonction des objectifs de départ. Il s'agit bien là d'auto-évaluation. Il faudra affronter deux types de contraintes, de " freins " :
* Contraintes objectives : ce sont les locaux, les horaires, les matériaux, les budgets .......
* Contraintes subjectives : règlements méconnus, limites posées arbitrairement par l'individu, opposition de collègues .....
L'évaluation.
Elle est partie intégrante du projet. Tout projet doit aboutir à une production que les autres vont voir et reconnaître. La présentation du travail réalisé à ses pairs, ou à un cercle plus large en est un élément important. Puisque le projet est avant tout action, c'est comme action qu'il faudra l'évaluer d'abord :
* La tâche a-t-elle été réalisée entièrement ? En partie ?
* A-t-elle apporté une modification dans la capacité du groupe à s'auto-organiser ?
* Peut-on dresser un bilan des connaissances instrumentales ajoutées ?
William Heard Kilpatrick ( 1871 - 1965 ). Pédagogue américain et philosophe de l'éducation, Kilpatrick fut l'un des grands maîtres de son temps et une figure de proue du mouvement américain de l'éducation progressiste. Elève, collègue et successeur de John Dewey, Kilpatrick est né à White Plains, en Géorgie. Après ses études primaires et secondaires à White Plains, il étudia à la Mercer University en Géorgie et à l'Université Johns Hopkings où il obtint son diplôme de professeur de mathématiques et de physique.

Il occupa un premier emploi à Blakely Institute, une école secondaire du sud-ouest de la Géorgie. En 1892, il s'inscrit au Rock College Normal School où il apprend les théories éducatives de Friedrich Froebel, fondateur de l'eneignement maternel. Rejetant les sujets traditionnels inscrits dans les programmes d'études américains, Kilpatrick a développé et préconisé la " méthode des projets " selon laquelle tout enseignement doit procéder de l'expérience et s'organiser autour du travail productif en plaçant le résolution de problème au coeur du processus éducatif. En 1918, il publie, dans la revue Teachers College Record, un article qui fera date en imposant l'idée d'une approche éducative " centrée sur l'apprenant " : " The project Method " dans lequel il définit le projet en se fondant sur la notion de contrat négocié ( Plan de Dalton ), sur le droit de l'apprenant de choisir son programme de travail ( Méthode Winnetka ) et sur l'idée d'une formation basée sur l'expérience. Membre de l'association américaine pour l'avancement de la Science, Kilpatrick a exercé une influence non négligeable sur les ptatiques pédagogiques américaines.
Friedrich Wilhelm Froebel ou Fröbel ( 1782 - 1852 ). Pédagogue allemand, Froebel est né à Oberweissbach, un petit village niché dans la luxuriante forêt de Thuringe, au coeur de l'Allemagne. Sa mère mourut quand il avait neuf mois et Fröbel n'a jamais aimé sa belle-mère. Son sentiment de rejet et d'isolement l'a poursuivi toute sa vie et a eu un effet important sur sa théorie de l'éducation de la petite enfance. Il croyait que l'institutrice maternelle - il n'y a pas si longtemps on disait froebelienne - devait être affectueuse, aimable et maternelle. Après avoir fréquenté l'école primaire à Oberweissbach, Froebel est recueilli par son oncle à Stadtilm où il fréquente l'école communale. Sa scolarité prend fin en 1796 et ainsi Froebel n'aura donc reçu aucune formation supérieure. A cette époque, il est envoyé par son père en apprentissage pour exercer le métier de géomètre, chez un forestier. . Cet apprentissage éveille chez lui l'intérêt pour les sciences naturelles et les mathématiques. Il interrompt cet apprentissage en 1709 pour entreprendre des études de sciences naturelles à Ièna.

Cependant, il doit arrêter au bout de trois mois pour raisons financières. Après avoir été employé comme géomètre en 1802, puis avoir échoué dans sa tentative de suivre une formation d'architecte en 1805 à Frankfurt Am Main, il trouve un emploi comme enseignant auprès de l'école pilote locale d'Anton Gruner qui applique les principes éducationnels de Johann Pestalozzi ( voir plus avant ). Tout de suite, Fröbel a le sentiment d'avoir trouvé sa voie comme il l'écrit à son frère Christophe : " Je te le dis franchement, c'est étonnant à quel point je me sens bien dans mon nouveau travail. C'est comme si j'étais depuis longtemps enseignant et que je sois né pour cette profession ; il me semble que je n'ai jamais souhaité faire autre chose ". Il entreprend alors des études pour acquérir les bases nécessaires à son action de pédagogue et d'enseignant spécialisé. En 1837, à l'âge de 55 ans, Froebel fonde sa propre école qu'il appelle " la maternelle " ou le " jardin d'enfants ". L'expression " école maternelle " est nouvelle et exprime bien la vision de Fröbel quant à l'éducation de la petite enfance. La pédagogie de la petite enfance - théorie du jeu, matériel pédagogique ( jouets, blocs de construction, puzzle, livres, aire de jeux extérieure ) - jardin d'enfants - que Froebel a développée dès 1836 connut un essor considérable durant la seconde moitié du 19ème siècle. Ces principes pédagogiques sont à l'origine des " jardins d'enfants - Kindergarten ", idée au retentissement universel qui reste le principal titre de gloire de Fröbel. C'est véritablement le pionnier de l'éducation de la petite enfance telle que nous la connaissons aujourd'hui. Avec l'ouverture du premier jardin d'enfants, les idées, les vues sur les capacités d'apprendre des enfants a beaucoup changé étant donné qu'à cette époque, on croyait que les jeunes enfants n'avaient pas la capacité de se concentrer et de développer des compétences cognitives et émotionnelles avant l'âge de 7 ans. Sa pédagogie du jardin d'enfants suscite encore aujourd'hui des discussions passionnées, notamment en Angleterre et au Japon car Froebel avait banni de son Kindergarten les premiers savoirs scolaires : lire, écrire, calculer. Ses matériels de jeu " dons " et " occupations " ont été popularisés dans le monde entier au 19ème siècle. Ils constituent le programme le plus efficace et le plus exhaustif d'éveil par le jeu des enfants de 3 à 6 ans.
7. La pédagogie par la découverte ou la redécouverte.
Dans ce type de pédagogie, également appelé enseignement inductif, le formateur cherche à faire découvrir ou redécouvrir par l'apprenant les faits, les concepts, les règles, les lois, les principes ... qu'il se propose d'enseigner. Ainsi, il espère que l'apprenant retiendra mieux les éléments factuels ou les principes ainsi découverts que dans un enseignement traditionnel basé sur des méthodes expositives. Le formateur espère surtout que la stratégie de formation utilisée aura des conséquences sur le développement des stratégies cognitives des apprenants.
EX. : Pour étudier la géographie physique et la position des villes dans un pays déterminé, le formateur qui pratique une pédagogie de la découverte, propose aux apprenants un travail en petits groupes à partir d'une carte sur laquelle sont portés : le relief, les rivières, les ressources minières du pays considéré. Il demande ensuite à chaque groupe de faire des hypothèses sur la position géographique des villes. Chaque groupe vient proposer ses hypothèses aux autres groupes ; on discute, on modifie éventuellement les propositions en fonction des apports des uns et des autres puis le formateur dévoile la carte véritable.
On peut penser que grâce à cette stratégie, les apprenants apprendront non seulement la position des villes dans le pays considéré mais également les raisons pour lesquelles les villes se construisent au bord de la côte, aux confluents ou à l'embouchure des rivières, sur les sites miniers, près des autoroutes ... etc ... pour peu que la réflexion soit orientée sur ce point.
Un autre exemple :
Raisonnement inductif : Raisonnement qui part du particulier, pour aller au général et revenir ensuite au particulier. Il permet de mettre en évidence des propriétés communes. Pour conduire un raisonnement inductif, l'individu analyse divers cas particuliers, recherche les constantes et tente d'en tirer une loi générale.
C'est une opération mentale qui consiste à prendre comme point de départ des faits particuliers associés entre eux et à tirer de ces associations une proposition générale. Donc l'induction se propose de chercher des lois générales à partir de l'observation de faits particuliers. C'est un raisonnement orienté vers la construction de connaissances.
EX. : Soit une situation expérimentale comprenant un circuit électrique composé d'un conducteur, d'un rhéostat et d'un générateur. Si l'on fait varier la résistance à l'aide du rhéostat en maintenant la tension constante et si l'on mesure l'intensité à l'aide d'un ampèremètre, on peut construire le tableau suivant :
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Tension. |
Résistance. |
Intensité. |
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12 V |
2 ohms |
6 A |
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12 V |
4 ohms |
3 A |
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12 V |
6 ohms |
2 A |
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12 V |
12 ohms |
1 A |
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Après une analyse rapide, l'apprenant se rend compte que la valeur de la tension correspond toujours au produit de la résistance par l'intensité ce qui lui permet de conclure : dans un circuit électrique parcouru par un courant, la tension mesurée en volts est égale à l'intensité mesurée en ampères multipliée par la résistance mesurée en ohms : il a ainsi redécouvert la loi d'Ohm. Les deux autres possibilités peuvent aussi être découvertes par la même réflexion.
La démarche inductive est, bien évidemment, la démarche privilégiée par la pédagogie de la découverte.
Un bel exemple de renouvellement de la démarche inductive nous est fourni par Develay et Meirieu dans : " Emile, reviens vite ... ils sont devenus fous ". " Nous croyons ... que l'Ecole ne peut rien enseigner qui ne s'appuie pas sur des situations où les apprenants puissent s'impliquer, qu'elle doit ensuite leur permettre une désimplication qui les fait accéder à une intelligence de principes abstraits et qu'elle doit, enfin former chez eux la capacité de réinvestir ces principes, à leur propre initiative, dans des situations nouvelles. Nous formulons cette triple mission de l'enseignement par trois termes qui décrivent pour nous la dynamique de toute démarche authentiquement pédagogique : contextualisation - décontextualisation - recontextualisation ".
Le débat qui opposait jadis amicalement les tenants de la pédagogie de la découverte - Jérôme Bruner aux défenseurs de la pédagogie expositive - David Ausubel est peut-être un faux débat. En effet, il semble, aujourd'hui, que plus important que la manière dont l'information est présentée, est le moment où l'information est proposée et la relation qui s'établit avec ce que l'apprenant sait à ce moment-là. Ceci laisse supposer que la variable fondamentale, pour expliquer la réussite ou l'échec des apprentissages, ne serait pas à chercher du côté des méthodes utilisées, " méthode de la découverte contre méthode expositive " mais plutôt dans l'existence ou non de prérequis nécessaires à l'apprentissage.
La découverte a certainement plus de valeur pour certains apprenants que pour d'autres mais finalement une juste appréciation de l'apprenant devrait nous permettre de dire que tel apprenant de 5ème T.Q., de 2ème infirmière, de 1ère apprentissage, avec tel profil de connaissances, a besoin de faire l'expérience de la découverte, tandis que tel autre progressera plus rapidement dans tous les domaines s'il bénéficie d'un enseignement didactique.
Jérôme Seymour Bruner ( 1915 - ... ). Psychologue et chercheur américain, Bruner est né à New York en 1915, de parents polonais immigrés. Il a accompli ses études tant primaires que secondaires dans les écoles publiques où il a obtenu son diplôme d'études secondaires en 1933. Il poursuit alors ses études à Harvard et y décroche un doctorat en 1947. Il appartient à la lignée des chercheurs qui ont délibérément opté, dans les années 50, pour une approche cognitiviste de la psychologie. Professeur de psychologie à Harvard en 1952, il y fonde le fameux centre d'études cognitives " Center for Cognitive Studies ".

Ses premiers travaux sur la perception " new-look perceptif "ont un impact considérable aux Etats Unis. En 1956, Bruner développe ses théories sur l'acquisition des catégories conceptuelles. Ses idées se fondent sur la catégorisation ou " comprendre comment l'homme construit son monde ", partant du principe que l'homme interprète le monde en termes de ressemblances et de différences. Son approche inductive, exploration ou ajustement, qui n'a pas manqué d'éveiller l'intérêt des pédagogues, est toujours d'actualité. Psychologue cognitiviste et surtout constructiviste - il connaît Piaget et Inhelder - Bruner pense que l'apprentissage est un processus actif dans lequel les apprenants construisent de nouvelles idées ou des concepts nouveaux en fonction de leurs connaissances actuelles ou passées. Il s'inspire du modèle d'équilibration de Piaget pour proposer un modèle d'acquisition de connaissances " en spirale " c'est-à-dire de telle sorte que l'apprenant construise sans cesse sur ce qu'il a déjà appris. Il faut que dès la petite enfance les notions enseignées soient vraies, verbalisées correctement et adaptées à la structure cognitive de l'enfant. Par accommodations successives et sous l'influence directe du langage, l'enfant parviendra à élaborer des systèmes conceptuels performants, et à accéder aux modes de représentations symboliques.
En éducation, Bruner est le principal promoteur de la pédagogie de la découverte privilégiant la démarche inductive dans l'enseignement des mathématiques. En cela, il s'oppose à David Ausubel qui préfère la méthode expositive. Bruner souhaite des situations d'auto-apprentissage dans lesquelles l'apprenant découvre les règles, les concepts et les lois d'une discipline, mais accorde cependant un rôle capital au formateur en tant que médiateur des apprentissages. A cette époque, il s'éloigne quelque peu de Piaget pour rejoindre les thèses du psychologue russe Lev Vygotski. La contribution de Bruner aux sciences de l'éducation est considérable. Ses travaux sur les processus de développement cognitif de l'enfant, la construction de l'abstraction, la structuration de la pensée par le langage, ses diverses propositions quant à l'apprentissage ( médiation, tutorat, interaction de tutelle ) en font un théoricien de premier plan que tous les pédagogues devraient connaître.
Il écrivit notamment :
* Le développement de l'enfant.
* Comment les enfants apprennent à parler.
* Le processus de l'éducation.
* Vers une théorie de l'instruction.
David Paul Ausubel ( 1918 - 2008 ). Psychologue américain contemporain et disciple de Piaget, Ausubel est né à New York et a grandi à Brooklyn. Il a fréquenté le premier cycle d'études à l'Université de Pennsylvanie en prenant le cours de psychologie. Il a obtenu un doctorat en psychologie du développement à la Columbia University. Il dispensa les cours de psychologie dans plusiers universités : Illinois, Toronto, Berne, Rome et Munich. C'est le théoricien de " l'apprentissage intelligent " ou apprentissage verbal signifiant.

Il estime que la meilleure méthode d'enseignement est la méthode expositive ; en cela, il s'oppose bien sûr à Bruner. Ausubel affirme que la démarche inductive et la pédagogie de la découverte, même si elles sont efficaces, ne peuvent être utilisées en permanence car elles font perdre trop de temps. Il suggère plutôt une découverte guidée et encadrée, s'appuyant sur la structure cognitive de l'apprenant. " Le facteur le plus important influençant l'apprentissage est la quantité, la clarté et l'organisation des connaissances dont l'apprenant dispose déjà ". Ausubel pense en effet que les disciplines académiques sont structurées en un ensemble de concepts et de principes organisés verticalement du général au particulier ( hiérarchisés ) et qu'il faut enseigner en partant du haut, c'est-à-dire à partir des concepts ou principes les plus généraux.

Ausubel estime que l'on peut parfaitement réaliser un enseignement signifiant et efficace par l'intermédiaire de l'exposé à condition d'utiliser correctement les structurants préalables qui serviront d'ancrage pour les autres idées énoncées ultérieurement. Ainsi, les propositions d'Ausubel mettent en avant le rôle fondamental des connaissances antérieures dans la structuration cognitive. Très pertinentes, les propositions d'Ausubel rejoignent celles des chercheurs actuels en psychologie cognitive sur l'organisation des connaissances.
Il écrivit notamment :
* The Psychology of Meaningful Verbal Learning.
* Learning Theory and Classroom Practice.
* School Learning : An Introduction to Educational Psychology.
Lev Semionovitch Vygotsky ( 1896 - 1934 ). Le Mozart de la pédagogie en référence à sa brève existence et à son génie. Philosophe, psychologue et pédagogue russe, Vygotsky est né à Orcha, aujourd'hui en Biélorussie, dans une famille juive. Il est connu pour ses recherches en psychologie du développement intellectuel. Il fait ses études à l'université de Moscou. Ensuite, professeur à l'institut pédagogique de Moscou, il crée un laboratoire de psychologie pour étudier les jeunes enfants et publie en 1926 " Psychologie pédagogique ".

Il se passionne, tout comme Piaget, pour les problèmes de développement de l'enfant et la construction " de la pensée ". Il a introduit la notion de développement intellectuel de l'enfant comme une fonction des groupes humains plutôt que comme un processus individuel. Ses contributions sont estimées actuellement par les tenants du socio-constructivisme social comme primordiales dans l'évolution de notre compréhension du développement de l'enfant. Mais ses travaux, ses idées longtemps occultés par le stalinisme ne parvinrent aus Etats-Unis que trente ans après sa mort. Une traduction française tardive ne le fera connaître du public francophone qu'en 1985. Pour Vygotsky, l'enfant est d'abord un être social ( interactionnisme social ). Le développement de sa pensée, de son langage, de toutes ses fonctions psychiques supérieures est le fruit d'une interaction permanente avec le monde des adultes : la famille et l'école sont, pour lui, les lieux privilégiés de cette évolution.
En accord avec Piaget sur une conception du développement par stades successifs hiérarchisés, il estime que le développement cognitif peut subir une véritable accélération grâce à l'intervention de l'adulte qui par sa médiation lui donne accès à des formes de représentations plus élaborées, et donc à des processus de pensée plus raffinés. Pour expliquer l'effet d'une bonne médiation, Vygotsky avance le concept clé de son travail et sans doute le plus important : à savoir celui de zone proximale de développement ( ZPD ) qui décrit l'espace conceptuel entre ce que l'enfant peut apprendre de lui-même et ce qu'il peut apprendre avec l'aide d'un adulte. La ZPD est donc tout ce que l'enfant peut maîtriser quand une aide appropriée lui est donnée.. Décédé prématurément à l'âge de 38 ans, ses écrits ont été censurés dans son pays, et " négligés "à l'Ouest, jusqu'à ce que certaines orientations de la recherche occidentale permettent une relecture attentive et une convergence générale.
Il écrivit notamment :
* Psychologie pédagogique.
* Apprentissage et développement à l'âge préscolaire.
* Pensée et langage.
ATTENTION : ne pas confondre " pédagogie de la découverte " avec " maïeutique " et " méthode interrogative ".
Maïeutique : dans la philosophie socratique, c'est l'art de faire découvrir à l'interlocuteur, par une série de questions, " les vérités qu'il porte en lui ".
Exemple type fourni par Socrate lui-même, lorsqu'il conduit un esclave à découvrir comment on obtient " un carré de surface double d'un carré donné ".
Socrate : dis-moi, mon garçon, sais-tu que le carré est une figure comme celle-ci ?
Esclave : oui.
Socrate : alors, dans un carré, toutes ces lignes, il y en a quatre, sont égales ?
Esclave : certainement.
Socrate : et celles-ci, qui le traversent par le milieu ( les diagonales ), ne sont-elles pas égales aussi ?
Esclave : si.
... etc ... etc ...
Ainsi, en poursuivant son questionnement, Socrate fait découvrir à l'esclave que le carré qui a une surface double du premier, se construit en prenant pour côté la diagonale du premier carré. On peut s'interroger toutefois sur l'efficacité de cette technique de fonctionnement, car ce n'est pas l'esclave qui raisonne : il ne découvre rien et se contente de suivre pas à pas le raisonnement produit par Socrate.
Méthode interrogative : méthode très utilisée également, et qui date au moins de Socrate ... Lorsqu'un formateur utilise cette méthode, il tente d'intéresser l'apprenant en lui donnant l'impression qu'il redécouvre les principes qui font l'objet du cours. Mais on peut parfaitement utiliser la méthode interrogative et ne rien faire découvrir aux apprenants ; il suffit pour cela de poser une série de questions fermées judicieusement choisies. Il y a donc des degrés dans la liberté accordée à l'apprenant lorsque le formateur utilise la méthode interrogative. Dans cette hypothèses, il est difficile d'accepter l'assimilation " méthode interrogative = méthode de la (re)découverte.
Il est indiscutable tout de même que dans la méthode interrogative, l'apprenant est plus actif que dans les méthodes dogmatiques, mais ne perdons pas de vue que c'est le maître qui conduit toujours le raisonnement.
Raisonnement déductif ou " aller du général au particulier ".
Cette démarche consiste à exposer ce qui doit être appris en commençant par un énoncé d'ordre général pour finir par des exercices d'application, donc par des cas particuliers. On part d'dées générales pour justifier une conclusion particulière.
C'est une opération mentale qui consiste donc à prendre comme point de départ une proposition de portée générale et à tirer une hypothèse portant sur des cas particuliers.
Exemple : Un formateur énonce un principe, le démontre éventuellement, puis le fait appliquer grâce à une série d'exercices ( avec et sans pièges ) afin que le principe en question soit compris et appris. La principale technique utilisée dans ce type de démarche est l'exposé ( méthode expositive et frontale ) avec ou sans supports audiovisuels. La présence d'un questionnement ne remet pas en cause le principe de déduction.
Méthode expositive ou dogmatique.
C'est la méthode la plus ancienne, la plus connue, celle qui s'appuie essentiellement sur la technique de l'exposé. Principe de base : " il suffit d'enseigner pour que l'élève apprenne " ; l'apprenant est un adulte en réduction, il doit faire preuve de volonté pour apprendre, il doit être attentif. S'il n'apprend pas avec cette méthode, c'est qu'il n'y met pas suffisamment de bonne volonté et qu'il préfère le jeu au travail ; bref, c'est une nature rétive qu'il faut éduquer, maîtriser, redresser ... Cette technique d'enseignement est généralement privilégiée à l'université et est la caractéristique du cours magistral. Elle est centrée sur le maître.
La technique de l'exposé est une technique qui présente une certaine efficacité auprès d'étudiants du cycle supérieur rompus à la perception synthétique et à la prise de notes rapide. L'exposé convient également aux participants d'un symposium, et l'archétype de cette technique est la conférence. ( archétype : type primitif ou idéal ; original qui sert de modèle ). En revanche, on peut affirmer sans risque que cette technique ne convient pas à des apprenants d'école primaire ou du premier cycle de l'enseignement secondaire qui ont besoin de supports matériels pour construire leurs connaissances. Cette technique est à utiliser avec beaucoup de précautions dans le second cycle et lorsqu'elle est utilisée elle doit être appliquée avec toute la rigueur nécessaire.
Démarche dialectique.
C'est l'approche contradictoire permettant de traiter les données par leur confrontation simultanée ( conflits cognitifs et sociocognitifs ) afin de mettre en évidence leurs propriétés irréductibles. Cette démarche consiste, par exemple, à proposer à des élèves des données contradictoires ou différentes pour l'étude d'un concept précis puis rassembler ces élèves en petits groupes pour confronter leurs analyses et parvenir à une synthèse unificatrice. L'enseignant, par sa médiation, valide les réponses proposées ou aide à leur élaboration si les élèves n'ont pas résolu seuls les contradictions éventuelles. Cette démarche privilégie l'interaction sociale et les conflits cognitifs ou sociocognitifs.
Conflit cognitif. Le conflit cognitif naît d'une confrontation entre la représentation erronée que l'apprenant a, au départ, de certains phénomènes et l'analyse des résultats de sa recherche. C'est donc un déséquilibre cognitif dû à la perception d'une différence entre ce que l'on croit savoir d'une réalité et ce que l'on constate de cette même réalité. Ainsi, les différences entre les prédictions, conceptions antérieures et hypothèses des apprenants et les observations, les vérifications, les résultats d'études ... etc ... produisent chez eux un état de déséquilibre appelé choc ou conflit cognitif.
Nous pouvons illustrer ceci par l'exemple suivant : " A quoi sert un thermos ? " ( à garder, pendant quelques heures, un liquide à sa température initiale ). Dans ce cas-ci, les apprenants ont souvent une représentation erronée du phénomène et croient, à tort, que le thermos sert uniquement à garder chaud. Leurs connaissances sur le thermos sont assez grandes mais l'explication de la réalité est erronée. Ils doivent trouver les renseignements nécessaires, faire des liens et confronter leur nouvelle représentation à la représentation initiale. Nous savons en plus, qu'aujourd'hui, un individu n'est motivé pour apprendre que s'il perçoit un déséquilibre, un conflit, entre ce qu'il croit savoir d'une situation ( je pense savoir résoudre ce problème ) et ce qu'il constate dans la réalité ( zut !! ça ne marche pas ... ).
Le déséquilibre peut également naître de la confrontation d'une interprétation d'un phénomène, avec celle d'une personne qui a observé le même phénomène mais qui ne le comprend pas de la même manière. Le fait d'expliquer pourquoi l'on voit les choses de telle ou telle façon, et de tenter de réfuter les arguments du partenaire fait évoluer les représentations jusqu'à ce que les schèmes d'action se modifient et deviennent plus performants.
Schème : action intériorisée. Pour Piaget, toutes les actions d'un individu sont régies par des " schèmas d'action " qui se sont progressivement inscrits dans le cerveau au cours du développement de l'individu. Ces " schèmas d'action " Piaget les appelle schèmes. On pourrait imaginer ( ce n'est bien sûr qu'une image ), que chaque action laisse une trace particulière dans le cerveau, que chaque type d'activité correspond à une sorte de parcours particulier de l'influx nerveux et que cela constitue le schéma de l'action ( schème ) adapté à une situation. Plus cette action est reproduite, plus le tracé se creuse comme le tracé d'un cours d'eau et devient donc facile à suivre, ce qui provoque une plus grande efficacité de l'action pour une situation particulière.
Exemple : Pour tenter de rendre cela plus clair, prenons l'exemple classique du schème de la préhension. Le schème de la préhension est inné. Dès la naissance, le bébé saisit tout ce qui entre en contact avec la paume de sa main, mais il le fait de façon maladroite. Au fur et à mesure qu'il saisit davantage d'objets différents, le schème de la préhension s'adapte, se consolide, se différencie, c'est-à-dire devient plus efficace, plus performant. Le bébé saisit les objets de mieux en mieux. Ce schème, à l'origine indifférencié ( ce qui signifie que le bébé saisit tous les objets de la même manière tout aussi maladroite ) se différencie progressivement, ( le bébé devient capable de saisir différemment, donc plus efficacement un objet sphérique, un objet parallélipipédique, un objet cubique, un objet mou, un objet dur, ... ), et c'est cette adaptation de l'action à l'objet qui selon Piaget est à l'origine de la construction des connaissances. Connaître c'est agir efficacement sur .....
Conflits sociocognitifs résultent de la confrontation de représentations sur un sujet provenant de différents individus en interaction. C'est une dynamique interactive caractérisée par une coopération active, avec prise en compte de la réponse ou du point de vue d'autrui et recherche dans la confrontation cognitive d'un dépassement des différences et contradictions pour parvenir à une réponse commune. Le conflit sociocognitif suppose donc la confrontation d'au moins deux points de vue concernant un problème et ces différents points de vue doivent tous servir à la résolution. De tels conflits seraient l'occasion des apprentissages constructivistes.
Le conflit sociocognitif est donc la confrontation à un problème entre plusieurs apprenants. Il est formateur dans la mesure où il permet à l'apprenant de prendre conscience du point de vue d'autrui et d'ainsi reformuler le sien. Après avoir pris du recul par rapport au problème, l'apprenant va construire son esprit en détectant quelle solution est la plus adéquate.
Exemple : on met en confrontation deux apprenants ( Valentine et Laura ) qui sont en désaccord sur une différence à chercher en mathématiques.
Problème : Noah a 30 bonbons, il en donne 5 à Lena, 12 à Anouck et 7 à Lise. Combien lui en reste-t-il ?
Pour Valentine, il va en rester 24 c'est-à-dire qu'elle additionne 5+12+7 et oublie de substituer cette somme à 30.
Pour Laura, il va en rester 13 c'est-à-dire qu'elle a substitué à 30 la somme 5+12 et qu'elle a oublié le 7.
Elles vont alors confronter leur résultat et s'apercevoir qu'elles ne trouvent pas la même chose. Laura en comparant avec Valentine va se rendre compte de l'oubli de 7 et Valentine va se rendre compte qu'elle a oublié de substituer la somme au total. En confrontant leurs deux points de vue elles vont alors trouver la solution correcte ensemble et auront ainsi progressé cognitivement puisqu'elles auront élaboré la solution exacte.
La théorie du conflit sociocognitif constitue depuis les années quatre-vingts l'hypothèse centrale des théories de la construction sociale de l'intelligence. Celles-ci considèrent l'interaction sociale comme l'un des éléments clés du développement intellectuel de l'individu.
8. Pédagogie de la maîtrise.
Née aux Etats-Unis, elle a été initiée, dans les années soixante, par un article intitulé : " A Model of School Learning (1963) " et produit par John Bissell Carroll. Dans cet article, Carroll affirme que :
* l'aptitude est la quantité de temps nécessaire à un apprenant pour maîtriser une tâche déterminée.
* la plupart des apprenants ( 90 % ) peuvent apprendre ce que l'école se propose de leur enseigner à condition de leur laisser le temps nécessaire à leur apprentissage.
Ce modèle est conçu de manière à poser les jalons d'une action pédagogique qui est essentiellement centrée sur le succès des apprenants car le problème fondamental qui est soumis à la pédagogie contemporaine n'est plus de rechercher les quelques élus qui peuvent réussir mais de faire en sorte que la grande majorité des apprenants puissent acquérir les capacités et les connaissances essentielles à leur épanouissement dans notre société de haute technicité.
Cette déclaration d'intentions rencontre les exigences du développement technique contemporain : exigences notamment relatives à la qualification et aux compétences techniques de plus en plus poussées. Dorénavant, il faudra donc trouver les moyens d'accroître la proportion de jeunes citoyens aptes à poursuivre avec succès à la fois des études secondaires et supérieures dans les domaines de la culture générale, de la compétence technique et professionnelle.
En 1966 et 1967, Benjamin Bloom conduit , à l'Université de Chicago, une expérience d'enseignement dans laquelle il applique les idées de J.B. Carroll. Les résultats impressionnants obtenus lors des différentes expérimentations conduisent Bloom et Carroll à théoriser cette nouvelle pratique de formation et à donner à ce type de pédagogie le nom de " mastery learning " ou " pédagogie de la maîtrise ". Le postulat fondamental de la pédagogie de la maîtrise consiste à affirmer que la plupart des apprenants devraient être capables d'acquérir les notions enseignées à l'école, pour autant que les conditions d'enseignement soient optimales pour chacun d'eux. Si l'école échoue, c'est que ces conditions optimales ne sont pas remplies, que les différences individuelles ne sont pas respectées. Bloom conclut donc à la nécessité d'une pédagogie qui prenne en compte les différences : c'est déjà la notion de pédagogie différenciée, qui sera reprise plus tard avec le succès que l'on sait, mais qui pour l'heure ne concerne guère dans l'esprit de Bloom, que des considérations relatives au temps d'apprentissage.
En effet, pour Bloom, la pédagogie de maîtrise postule que l'on peut éviter une énorme perte de temps et il fait l'hypothèse que l'on n'observerait pas des écarts aussi importants si l'école tenait compte de trois variables :
* Le degré de maîtrise dans les prérequis nécessaires à tout apprentissage nouveau.
* Le degré de la motivation à apprendre et de l'investissement de l'apprenant.
* La qualité de l'enseignement appréciée en particulier sur l'aptitude à mettre en oeuvre les deux facteurs précédents.
Pour développer ce type de pédagogie, les principes à mettre en oeuvre sont finalement assez simples :
* Définir précisément, en termes de comportements observables prouvant l'apprentissage, les objectifs à atteindre en proposant des critères de maîtrise extrêmement clairs.
* Identifier très précisément les prérequis.
* Evaluer exactement le niveau de départ des apprenants avant le début de chaque leçon.
* Mettre tout le monde au même niveau ( maîtrise des prérequis) avant de commencer (activités d'apprentissage individualisées).
* Dispenser la leçon.
* Vérifier à la fin de celle-ci quels sont les acquis réels des apprenants en fonction des objectifs poursuivis.
* Identifier les apprenants qui n'ont pas atteint le niveau de maîtrise prévu.
* Combler immédiatement le retard par des cours spéciaux qui portent le nom de " remédiation "afin que chacun se présente au début de la leçon suivante sans handicap.
La pédagogie de la maîtrise conserve du contexte behavioriste dans lequel elle s'est développée un côté un peu mécaniste. Les maîtres mots en sont feed-back et remédiation. On tient surtout compte du fait que chaque apprenant apprend à son propre rythme. Mais sous l'influence croissante d'un courant pédagogique personnaliste ou humaniste, les continuateurs du projet cherchent moins à définir des actions de remédiation qu'à construire au préalable un contexte d'apprentissage auto-porteur. Dans cette pédagogie, l'accent est mis sur :
* L'organisation de l'environnement pédagogique.
* L'évaluation formative des produits d'apprentissage.
* La possibilité donnée à l'apprenant de passer plus de temps qu'un autre pour apprendre la même chose.
La force de cette conception de la pédagogie de la maîtrise réside en grande partie dans le fait qu'elle n'exige a priori aucun bouleversement profond des modes de fonctionnement habituels de l'école.
Aujourd'hui, la pédagogie de la maîtrise prend en compte le système-classe, joue sur l'organisation du temps et des apprentissages pour susciter entre pairs des échanges finalisés, car on est là pour apprendre. C'est donc une pédagogie essentiellement interactive qui ne peut se satisfaire d'échanges purement affectifs et entend s'inscrire dans la durée pour accorder à l'apprenant " tout le temps dont il a besoin pour apprendre " mais aussi pour prévenir certaines dérives, " toutes les aides qui lui permettront d'apprendre plus vite ". La volonté de maîtriser les apprentissages la conduit par ailleurs à utiliser les échanges interactifs comme support au projet d'apprentissage de l'apprenant, qui fait chaque jour le point sur ses avancées et sur ses manques lors d'un moment capital de bilan (chemin déjà tracé par Freinet).
La pédagogie de maîtrise redéfinit les rôles respectifs du formateur et de l'apprenant dans une perspective ergonomique qui donne légitimement sa place au confort des acteurs du système, apprenants et enseignants, voire au plaisir d'enseigner et au " bonheur d'apprendre ", car une réforme de l'enseignement ne peut réussir que si les acteurs du système, formateurs et apprenants, y trouvent leur compte. Le formateur ne se contentera donc plus de " bien faire la classe "et de " respecter les horaires ". Il organisera surtout le temps scolaire pour obtenir une pleine utilisation du temps et susciter l'engagement des apprenants. Il prendra en compte " leurs rythmes et leurs possibilités " pour chercher à les optimaliser : " accept me as I am ", tout en se donnant les moyens de comprendre ce qui se passe dans les apprentissages.
L'évaluation, essentiellement formative en pédagogie de la maîtrise, conserve évidemment toute son importance, mais est partiellement déléguée à l'apprenant pour favoriser son investissement personnel au lieu de l'écraser : elle devient ainsi évaluation formatrice. Une représentation précise de l'objectif à atteindre est à l'oeuvre dans l'évaluation formatrice qui apparaît ainsi inhérente au processus d'apprentissage lui-même. Cette représentation précise suffit le plus souvent à l'apprenant pour mobiliser ses compétences potentielles. La pédagogie de la maîtrise semble de nos jours répondre aux attentes d'un nombre croissant d'apprenants et de formateurs, amorçant même une possibilité d'auto-amélioration du système.
John Bissell Carroll ( 1916 - 2003 ).

Psychologue et pédagogue américain, né à Hartford dans le Connecticut, J.B. Carroll est connu pour ses contributions dans le domaine de la psychologie, de la linguistique éducative et de la psychométrie. En 1941, il obtient un doctorat en Sciences de l'Education à l'Université du Minnesota. Grâce à Skinner, il a travaillé avec Thurstone à l'Université de Chicago où il a pu approfondir son intérêt et son travail sur la psychométrie. Il enseigna à l'Université de Harvard où il termina sa carrière d'enseignant en 1982.
Benjamin Bloom ( 1913 - 1999 ). Célèbre théoricien, psychologue spécialisé en pédagogie, professeur et docimologue, B.Bloom est né le 21 février 1913, à Lansford en Pennsylvanie. Il est mondialement connu pour ses importantes contributions relatives au classement des objectifs pédagogiques.

C'est le père de la première classification hiérarchisée ou taxonomie des objectifs pédagogiques. En 1935, il obtient sa licence et sa maîtrise à l'Université de Pennsylvanie et, en 1942, son doctorat en Sciences de l'Education à l'Université de Chicago. Il commence à travailler au conseil des examens de l'Université de Chicago et y devient ensuite examinateur universitaire. C'est en 1944 que commence sa carrière d'enseignant au département des Sciences de l'Education de l'Université de Chicago où il sera nommé plus tard professeur titulaire. Internationallement connu pour sa classification en 6 niveaux hiérarchisés du développement intellectuel, Bloom reste, aujourd'hui encore, le principal théoricien de la pédagogie de la maîtrise. En 1948, Bloom et ses collaborateurs, chargés d'organiser les examens, sont confrontés à un problème délicat : les professeurs leur envoient, pour le même examen, des questions qui font appel à des activités intellectuelles extrêmement différentes. Exemples :
* Cite les causes de la guerre de Sécession ? .... On fait appel ici uniquement à la mémoire.
* A partir des documents suivants, établir une comparaison entre le point de vue sudiste et le point de vue nordiste sur les causes de la guerre de Sécession ........ On fait appel ici à l'analyse, la synthèse.
C'est-à-dire, et on en conviendra aisément, des activités intellectuelles très éloignées l'une de l'autre. Bloom se rend compte alors qu'il a besoin d'un outil lui permettant de classer ces questions d'examen d'abord par domaine d'activité puis, à l'intérieur de chaque domaine, par niveau de difficulté, c'est-à-dire en établissant une hiérarchie des activités intellectuelles demandées à l'apprenant. Il classe alors dans un premier temps les objectifs en trois domaines :
* Domaine cognitif : capacités intellectuelles c'est-à-dire la connaissance ou " penser "
£ résoudre une équation du premier degré
£ rédiger un article de journal.
* Domaine affectif : sentiments, émotions, comportement c'est-à-dire l'attitude ou " sentir "
£ être persuadé qu'il est important de respecter ses engagements.
* Domaine psychomoteur : physique et habileté manuelle soit compétence ou " faire "
£ courir 100 m
£ démonter une boîte de vitesse.

Bloom divise ensuite chacun de ces domaines en différents niveaux. La taxonomie du domaine cognitif verra ainsi le jour en 1956 et connaîtra dès sa publication un succès mondial. Elle repose sur l'idée que les opérations cognitives peuvent être réparties en six niveaux de complexité croissante. Le principe même de cette taxonomie est que l'apprenant accède à un niveau donné s'il est capable d'exécuter les opérations correspondant au(x) niveau(x) inférieur(s). Et c'est ainsi qu'on y distingue 6 niveaux hiérarchisés chacun caractérisant des activités intellectuelles de plus en plus complexes.
1. Connaissance : mémoriser des informations, définir des terminologies, des techniques en les restituant dans les mêmes termes que ceux vus au cours. Mots-clés : arrange, définis, décris, asocie, ordonne, nomme, note, répète.
2. Compréhension : saisir le sens des informations et les reformuler, en faire un résumé. Mots-clés : change, classifie, définis avec tes propres mots, discute, explique, donne des exemples, traduis.
3. Application : utilisation de règles, principes ou algorithmes pour résoudre un problème concret ( la vraie vie ), les règles n'étant pas fournies dans l'énoncé. Mots-clés : applique, calcule, construis, pratique.
4. Analyse : identification des parties constituantes d'un tout pour en distinguer les idées, voir des modèles et en organiser les parties, demander à l'apprenant de disséquer un sujet, d'en expliquer les tenants et les aboutissants. Mots-clés : analyse, évalue, catégorise, compare, conclus, critique, différencie.
5. Synthèse : réunion ou combinaison des parties pour former un tout, utiliser de vieilles idées pour en créer de nouvelles, reformuler un sujet en se basant sur plusieurs sources. Mots-clés : assemble, compose, crée, améliore, synthétise, et si .......
6. Evaluation : formulation de jugements qualitatifs ou quantitatifs, comparer et discriminer des idées, juger la valeur d'un sujet dans un but spécifique. Mots-clés : évalue, argumente, choisis, certifie, décide, recommande, déduis, distingue.
Les deux premiers niveaux sont dits inférieurs car ils traitent d'opérations intellectuelles presque automatisées. Les quatre derniers niveaux sont dits supérieurs parce qu'ils abordent des actes intellectuels complexes mettant en jeu toutes les opérations précédentes.
Bloom a démontré il y a des décennies que la plupart des enseignements se concentrent sur les faits de transfert et le rappel de l'information - le plus bas niveau de formation - plutôt que de viser un véritable développement personnel significatif de l'apprenant. Cela demeure le défi central des éducateurs et des formateurs d'aujourd'hui. Le succès de cette taxonomie tient sans doute au fait que bon nombre de formateurs ont trouvé là un outil de travail facile à utiliser, leur permettant d'affiner leurs objectifs d'enseignement. Ce succès bien que tardif dans le monde francophone - traduction en 1969 - a eu pour effet l'occultation quasi-totale des travaux ultérieurs de Bloom sur les caractéristiques individuelles des apprenants. La fusion de ces deux approches allait donner naissance, dans les années septante, à une proposition pédagogique intéressante, la pédagogie de la maîtrise qui allait s'avérer être le fondement de la pédagogie différenciée.
9. La pédagogie différenciée.
Version européenne et cognitiviste de la pédagogie de la maîtrise dont elle est issue, la pédagogie différenciée cherche à évaluer non seulement les produits de l'apprentissage, mais aussi et surtout les processus d'apprentissage mis en oeuvre par les individus. Selon Philippe Meirieu, ce sont nécessairement les apprentissages qui sont différenciés.
" Nous mesurons à la même aune tous les apprenants de nos écoles. C'est notre façon de nous montrer égalitaires et nous faisons fausse route, en confondant le but - qui est de conduire tous les apprenants à un même degré de développement moral - avec les procédés qui doivent être différents, vu les inégalités du point de départ, vu les éléments dissolvants qui viennent en maintes circonstances paralyser notre action". ( Pauline Kergomard ).
Pauline Kergomard ( 1838 - 1925 ). Pédagogue française née à Bordeaux, Pauline Kergomard est issue d'une famille protestante. Enfant, elle fréquente, à Orthez, une école privée laïque - celle dirigée par sa tante - dans laquelle la pédagogie utilisée sans programme et sans emploi du temps l'influencera profondément.

Elle y apprend les bases de la pédagogie qu'elle emploiera plus tard. Elle réussira brillamment, à 18 ans, des études d'institutrice. Devenue directrice puis inspectrice des salles d'asile, établissements à vocation essentiellement sociale, c'est Jules Ferry qui la nomme déléguée à l'inspection générale des salles d'asile. C'est cette institution vivement critiquée qu'elle transformera en véritable école maternelle dont elle définit les principes dans l'Education à l'école : éducation adaptée à la petite enfance, atmosphère familiale, rôle social de l'école qui doit accueillir les enfants nécessiteux. Elle sera ainsi considérée comme la fondatrice de l'école maternelle en France. nommée, par Jules Ferry, inspectrice générale des écoles maternelles de 1881 à 1917, elle fait acter par les programmes que le jeu est le premier travail du jeune enfant et que des éléments de base du calcul, du dessin, de l'écriture et de la lecture soient enseignés aux enfants et ce dès l'âge de 5 ans. Première femme élue au Conseil supérieur de l'instruction publique, cofondatrice de l'Union française pour le sauvetage de l'enfance et de la Société, elle a apporté une contribution décisive aux contenus pédagogiques de l'école moderne. Si son nom figure au fronton de quelques écoles maternelles, son oeuvre et son importance restent encore relativement mal connues.
Les adeptes de la pédagogie différenciée savent que chaque apprenant apprend à sa manière et que chacun présente tout à la fois des compétences et des difficultés spécifiques. Cet état de fait est illustré à travers le postulat de Robert Burns:
Il n'y a pas deux apprenants qui progressent à la même vitesse.
Il n'y a pas deux apprenants qui sont prêts à apprendre en même temps.
Il n'y a pas deux apprenants qui utilisent les mêmes techniques d'étude.
Il n'y a pas deux apprenants qui résolvent les poblèmes exactement de la même manière.
Il n'y a pas deux apprenants qui possèdent le même répertoire de comportements.
Il n'y a pas deux apprenants qui possèdent le même profil d'intérêt.
Il n'y a pas deux apprenants qui sont motivés pour atteindre les mêmes buts.
Pour réguler et optimiser l'activité d'apprentissage, les praticiens estiment indispensable de tenter de connaître les difficultés individuelles afin de différencier le traitement pédagogique en fonction des caractéristiques de chacun.
Mais que peut-on différencier ?
Différencier, c'est respecter le rythme de chacun en cherchant un équilibre entre les caractéristiques de l'apprenant et la nécessité de le faire progresser.
Différencier, c'est avoir le souci de la personne sans renoncer à celui de la collectivité. ( Philippe Meirieu ).
Différencier la pédagogie, c'est se laisser interpeller par cette évidence si importune pour celui qui sait déjà : il n'y a de savoir que par le chemin qui y mène.( Philippe Meirieu ).
Meirieu, Philippe ( 1949 - ........ ). Pédagogue français spécialiste des Sciences de l'Education, révolutionnaire, utopiste et tellement réaliste, Philippe Meirieu est né en 1949, à Alès dans le Gard. Au terme de brillantes études, il obtient successivement de nombreux diplômes : maîtrise de philosophie, CAP d'instituteur, licence de lettres et doctorat d'Etat ès lettres et Sciences humaines.
Il a fonctionné comme professeur de philosophie au lycée, comme instituteur en classe unique, comme professeur de lettres au collège, comme actuellement professeur en Sciences de l'Education à l'Université de Lyon-Lumière II. Il dirige l'Institut des Sciences et Pratiques d'Education et de Formation de l'Université de Lyon-Lumière II. Aujourd'hui, il est le directeur de l'I.U.F.M. de l'Académie de Lyon (mars 2001). Ardent vulgarisateur et défenseur de la pédagogie différenciée, il a animé pendant plusieurs années une expérimentation pédagogique consacrée à la diversification des itinéraires d'apprentissage.
Dans le cadre de ses activités dans un collège expérimental, il a mis en place une structure pédagogique originale où les élèves pouvaient choisir leurs professeurs et leurs enseignements ( lire aussi : "Un collège sans classe ça existe " ). Il a pu ainsi vérifier la validité de l'hypothèse de la " pédagogie différenciée " selon laquelle la multiplication des itinéraires d'apprentissage et le fait de permettre à chacun de recevoir un enseignement adapté, favorisaient la réussite de tous.
En 1998, il a été associé à la réflexion nationale sur les contenus de l'enseignement en France et sollicité pour élaborer les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres. De 1990 à 1993, Philippe Meirieu a repris, à côté de ses activités universitaires, un enseignement de français dans un lycée d'enseignement professionnel de Vénissieux ( Lyon ).
Depuis 2004, dans le cadre du laboratoire de pédagogie de l'Université de Lyon-Lumière II, il poursuit ses recherches sur le thème des apprentissages et travaille, en particulier, sur la question du " transfert de connaissances ", sur la place de l'éthique dans la réflexion pédagogique ainsi que sur les rapports entre les apprentissages et la socialisation : quel est le rôle de l'école dans la création du " lien social "? Actuellement vice-président de la région Rhône-Alpes, chargé de la formation tout au long de la vie, intervenant souvent dans les classes ou les établissements formateurs d'enseignants, multipliant les conférences les unes plus brillantes que les autres, fréquentant assidûment les plateaux de télévision, considéré selon le journal Libération comme " le pédagogue le plus écouté des gouvernants français, Philippe Meirieu est avant tout un homme de terrain.
Différencier, c'est poser un diagnostic, prendre en considération la diversité, concevoir des stratégies flexibles et ajustables c'est-à-dire diversifier toutes les variables d'une situation de travail proposée pour une compétence donnée :
* Les supports d'apprentissage : la parole, le tableau, les transparents, les diapositives, le powerpoint, l'image, le document, la carte, la vidéo, le logiciel, le jeu, les statistiques, la photocopie, le livre, le théâtre, la télévision, la presse.
* Les lieux : la classe : varier son organisation : situation collective, situation de groupes de besoins, situation de groupes avec attribution de responsabilités différentes, situation individualisée. La bibliothèque, le centre cybermédia ............
Processus : les apprenants sont répartis en plusieurs groupes qui travaillent chacun simultanément sur des sujets différents.
Exemple : dans un cours de langue dont l'objectif est de décrire une ville, on peut proposer des activités différentes selon les compétences : des mots croisés pour le vocabulaire, un jeu de société pour l'oral, des textes à lire, un travail sur des photos, la vision d'une vidéo, l'écoute d'une cassette, des exercices de grammaire ............
* Les aides méthodologiques : fiches guides, la personne ressource ( enseignant, apprenant et ou intervenant extérieur), le document adapté au style cognitif ( textes, dessins graphiques ), ............
* Les pédagogies ( les outils d'apprentissage ) : Freinet, Cousinet, Rogers, Wallon, par contrat, par projet, par objectif, par jumelage, par concours, par la co-gestion ..................
* Les rythmes d'apprentissage : l'emploi du temps au service du rythme biochronologique et du rythme d'apprentissage des apprenants : durée, rythme, fréquence, une heure = un cours, varier sur une semaine, sur une quinzaine, temps de renforcement du travail de l'élève, plage d'activité de coopération, travail en équipe. Possibilité d'aménager des horaires souples, s'arranger avec des collègues pour envisager des séquences plus longues ou plus rapprochées dans le temps.
* Les niveaux cognitifs : prendre en compte les différents niveaux cognitifs : restitution, conceptualisation, application, exploration, mobilisation, résolution de problème.
* Les styles cognitifs : utiliser des outils et une démarche adaptés aux styles cognitifs : apprenants à dominance visuelle, auditive, kinesthésique ; apprenants inductifs ou déductifs, analytiques ou synthétiques ; impulsifs ou réflexifs.
* Les stratégies d'apprentissage : adaptation des consignes (formes et contenus), statut et traitement de l'erreur, développement de l'autonomie, le cours magistral, le travail de groupe, le cours dialogué, les travaux pratiques, l'aide individualisée, le soutien scolaire, l'enseignement par ordinateur, le travail de recherche, la situation-problème.
* Le parcours des élèves : individualiser le parcours, le concept, cycles et approches par compétences, diversifier les groupements, ..........
* Les rôles dans la classe : rôle d'encadrement, rôle d'animation, rôle d'instruction, rôle de service.
* Les points d'appui du formateur : ses valeurs, sa formation initiale, son réseau, ses lectures, le projet de son établissement, sa discipline, ses collègues, ses activités extra-scolaires, sa formation continue.
La pédagogie différenciée n'est donc pas une nouvelle pédagogie ; c'est la mobilisation de la diversité des stratégies pour faire face à la diversité des apprenants, pour atteindre des objectifs communs.
La loi d'Ashby vient tout simplement confirmer l'importance , voire l'omniprésence d'une pratique journalière de la pédagogie différenciée au sein de son groupe-classe : " Plus on augmente la variété, l'hétérogénéité d'un système, plus ce système sera en principe capable de performances plus grandes du point de vue de ses possibilités de régulation donc d'autonomie par rapport à des perturbations aléatoires de l'environnement ".
William Ross Ashby ( 1903 - 1972 ). Médecin, neurologue, psychiatre et cybernéticien britannique, Ashby était un pionnier au niveau de l'étude des systèmes complexes.
En dépit d'être largement influent dans le domaine de la cybernétique et de l'inteligence artificielle, influent au niveau de la théorie des systèmes et plus particulièrement des systèmes complexes, il n'est cependant pas aussi connu que des scientifiques notables et mondialement reconnus tels que Ludwig von Bertalanffy et Stuart Kauffman qu'il a pourtant profondément influencés. De 1947 à 1959, Ashby était directeur de recherche à l'hôpital Barnwood à Gloucester. Ses recherches le conduisent à établir des analogies entre la structure du cerveau humain et celle des machines. De 1959 à 1960, il était le directeur de l'Institut neurologique de Fardeau. De 1960 à 1970, il occupa un poste important dans le département de l'électrotechnique à l'Université de l'Illinois, à Urbana.
Un outil de réflexion : les triangles pédagogiques.
Les stratégies pédagogiques sont le mode de gestion des relations entre le Professeur, les Apprenants et le Savoir.
Pôle du savoir.
Démarche spécifique organisant les connaissances.
Notions de pré-requis dans les connaissances.
Objectifs en fonction de l'âge des apprenants.
Logique disciplinaire.
Programmations.
Didactique.
* Si pôle trop fort : dérive programmatique ( professeur qui donne une conférence ).
* Si pôle trop faible : manque de contenu.
Varier la complexité cognitive des tâches demandées, pour un objectif commun à tous, en utilisant une taxonomie.
Pôle de l'apprenant : axe apprenant - savoir.
Prise en compte de l'état psychologique de l'apprenant, des capacités d'attention, des styles cognitifs, des rythmes de travail, des différences de niveau(s), de besoin(s).
Faire apel aux différents styles cognitifs
Métacognition - conscientisation
Visuels - auditifs - kinesthésiques
Images mentales au moment où on mobilise le savoir.
Statut de l'apprenant : acteur qui construit son savoir.
Organisation de groupes de besoins.
Erreur comme source première de la connaissance.
* Si pôle trop fort : dérive psychologique (écoute passive des aspirations des apprenants, concentration sur ses processus d'apprentissage au détriment de ce qu'il convient d'apprendre).
* Si pôle trop faible : violence faite à l'apprenant dans son intégrité.
Pôle du professeur : axes professeur - apprenant et professeur - savoir.
Formation, savoirs, expérience, tempérament.
Enseignant " expert ".
Pédagogie du modèle.
Nul ne peut faire réussir tout le monde ; nul ne peut être aimé par tout le monde.
Donc :
Intérêt des décloisonnements ( échanges de service ).
Hétérogénéité des passions.
Programmation en équipe sur un cycle.
* Si pôle trop fort : dérive démiurgique (professeur qui croit à la toute puissance de sa parole, à la malléabilité de l'esprit).
* Si pôle trop faible : absence d'identification au professeur, absence de l'envie de lui faire plaisir.
Deuxième triangle pédagogique.
S
Apprendre : axe apprenants - savoirs ou axe cognitif.
Comment l'apprenant s'approprie-t-il le savoir ?
Contrats, projets.
Evaluation, diagnostic du champ cognitif.
Situations problèmes.
Prise en compte de l'erreur et émergence des représentations initiales de l'apprenant.
Explicitation des procédures.
Processus d'apprentissage.
Former : axe professeur - apprenant ou axe formatif.
Comment le professeur et l'apprenant sont-ils en relation ?
Ambiance de classe.
Transmission de sa passion.
Enseigner : axe professeur - savoir ou axe sommatif.
Comment le professeur se situe-t-il par rapport au savoir ?
Théories connues.
Le pilotage.
Réflexion quant au programme.
Donc la pédagogie différenciée (différenciation pédagogique) c'est mettre en place, dans une classe ou dans une école, des dispositifs de traitement des difficultés des apprenants pour faciliter l'atteinte des objectifs de l'enseignement.

Il ne s'agit donc pas de différencier les objectifs mais de permettre à tous les apprenants d'atteindre les mêmes objectifs par des voies différentes.
Ce terme de pédagogie différenciée a été créé par Louis Legrand au début des années 1970 lorsqu'en France il proposa au Ministre Savary de tenter de rénover le système d'enseignement des collèges pour lutter contre l'échec scolaire. Louis Legrand écrit au sujet de la pédagogie différenciée : " L'essentiel n'est pas le savoir constitué, tel qu'il est défini dans chaque discipline académique, mais les compétences de l'élève individuel face à ce savoir possible. Les programmes doivent donc être définis en objectifs comportementaux ". La différenciation de la pédagogie exige des techniques précises : les méthodes actives, l'audiovisuel, l'enseignement programmé, l'étude du milieu, l'interdisciplinarité, le travail indépendant. Le pédagogue qui souhaite utiliser la pédagogie différenciée doit être un technicien de la pédagogie capable de mettre en oeuvre la plupart des techniques pédagogiques proposées ci-dessus, et de faire ses choix dans cette panoplie, non pas en fonction d'une idéologie de l'enseignement, mais en fonction des objectifs qu'il poursuit et des caractéristiques de la population à traiter.
C'est la façon d'envisager la fonction de l'évaluation formative par rapport à l'organisation du système de formation qui permet de discriminer " pédagogie de la maîtrise " et " pédagogie différenciée ":
+ Soit l'évaluation formative est envisagée à partir d'un cadre qui fait de l'organisation et de la gestion du curriculum l'élément central du système de formation : on se situe alors dans le cadre de la pédagogie de maîtrise où le système est premier par rapport à l'individu et à la gestion privilégiée.
+ Soit l'évaluation formative est envisagée à partir d'un cadre de référence qui, sans oublier l'organisation de la gestion générale du système, fait de l'identification et de l'analyse des difficultés individuelles de l'apprenant (absence de pré-requis, absence de stratégie cognitive adaptée, ... etc ...), l'élément central du système de formation : c'est la pédagogie différenciée : l'individu est premier par rapport au système.
Le cadre de la pédagogie différenciée.
1. La finalité et les objectifs.
La finalité de la pédagogie différenciée, comme annoncé précédemment, c'est la lutte contre l'échec scolaire qui montre combien les institutions scolaires n'ont pas terminé de buter contre la complexité des processus de transmission culturelle.

Si l'école publique veut fournir à tous ses apprenants les connaissances et les compétences qui feront d'eux des citoyens responsables, autonomes, créatifs et solidaires et par-delà libres, elle doit les réunir non seulement dans un espace commun, mais aussi - et c'est plus difficile - autour d'objets de savoir plus ou moins familiers aux uns et aux autres. Fixer des objectifs rassembleurs (lire, écrire, compter, mais aussi créer, explorer, analyser, communiquer, argumenter), et tout faire pour que chacun les atteigne, telle devrait être l'ambition et la priorité de toute école qui se veut moderne.
Ainsi, il s'agira donc d'une stratégie de la réussite organisée en situations d'apprentissage et d'évaluation adaptées aux besoins et aux difficultés spécifiques des apprenants, selon des processus diversifiés. Elle permettra donc aux apprenants de :
Prendre conscience de leurs capacités.
Transformer leurs capacités en compétences.
Transformer leur désir de savoir en désir d'apprendre.
Sortir de la spirale infernale de l'échec.
La méthodologie mise en pratique permettra d'atteindre trois objectifs fondamentaux :
* L'apprentissage de l'autonomie par l'auto-évaluation formative, le contrat, le travail autonome et la pédagogie du projet.
* L'augmentation de la motivation sans laquelle nul apprentissage ne peut s'effectuer.
* L'enrichissement de l'interaction sociale par les techniques du travail en groupe.
2. Les attitudes éducatives.
* La confiance, comme la peur est contagieuse. Des études récentes en neurophysiologie du cerveau et en psychologie cognitive montrent que les émotions positives (la confiance, le plaisir, le sécurité) déclenchent la motivation ( avant que les apprenants ne se concentrent sur un enseignement cognitif, ils doivent se sentir en sécurité sur les plans physique et émotionnel. La façon dont une personne " se sent " par rapport à une situation d'apprentissage détermine le niveau d'attention qu'elle y accordera) et facilitent le traitement de la mémorisation par les deux hémisphères cérébraux. A ce propos, il est intriguant de constater que les deux structures du cerveau principalement responsables de la mémorisation à long terme se situent dans le système émotionnel ( voir De Sousa " Un cerveau pour apprendre "). Par contre, la peur, la colère ou la tristesse paralysent.
* Encourager toutes les progressions et mettre l'accent sur des feed-backs positifs ... nous avons tendance à mettre en évidence ce qui est négatif ainsi que les lacunes au détriment des acquis ... et si on soulignait ce qui est exact en lieu et place de la faute !!!! Les apprenants doivent sentir que l'enseignant cherche à les aider à être des individus corrects, et non qu'il veut les prendre en défaut. Les apprenants participeront avec enthousiasme aux activités d'apprentissage qui leur ont déjà fait connaître la réussite et éviteront celles qui leur ont fait subir l'échec. Les émotions jouent un rôle très important dans la formation du concept de soi d'un individu.
* Afin d'aborder les apprenants dans leur réalité, nous devons savoir " faire le deuil de l'apprenant idéal" c'est-à-dire de la représentation que nous avons du bon apprenant. Regarder l'adolescent tel qu'il est et non à travers la loupe de l'apprenant idéal.
* On ne peut pas vouloir à la place de l'apprenant mais on doit l'aider à fixer ses propres objectifs et à persévérer.
* Ne pas se focaliser sur ce qui ne va pas : se centrer sur les objectifs à atteindre plutôt que sur les problèmes à surmonter.
* Montrer, dans la pratique des séquences pédagogiques, que faire des efforts est compatible avec le plaisir.
* Dédramatiser l'échec. Un échec est une étape, un appel : " je dois progresser pour être à l'aise ". Les expériences ratées sont les chances de demain ... comprendre que l'on n'a rien compris, c'est comprendre. Lorsque l'apprenant échoue, revoir avec lui les moyens qu'il a utilisés pour atteindre son but. Lui faire découvrir où est son erreur et lui proposer d'autres façons de s'y prendre.
* Au lieu de travailler plus, nous devons aider nos apprenants à travailler mieux : un maximum d'efforts en un minimum de temps. Donc, nous devons passer du temps à installer de véritables stratégies d'apprentissage de gestion, cognitives et d'auto-régulation.
* Elargir les choix de l'apprenant. Il a été prouvé que l'apprentissage " multisensoriel " est plus efficace c'est-à-dire le fait de solliciter plus d'un sens dans l'apprentissage et nous en avons cinq !!!!!
* Le gène de la nullité n'existe pas. Les croyances négatives des apprenants sont de véritables obstacles à l'apprentissage. Je suis nul en math !! ... il faut donc tâcher de découvrir les relations que vit l'apprenant par rapport à la matière.
3. Définitions.
La pédagogie différenciée pourrait donc s'appréhender ainsi :
* Une pédagogie qui favorise l'autonomie de l'apprenant et qui le reconnaît comme une personne ayant ses représentations propres de la situation de formation.
* Une pédagogie qui s'interroge davantage sur la manière dont un apprenant apprend et qui est soucieuse de varier les processus en fonction de ses découvertes.
* Une pédagogie variée qui propose un éventail de démarches et qui s'oppose au mythe identitaire de l'uniformité selon lequel tous les apprenants doivent travailler au même rythme, dans la même durée et par les mêmes itinéraires.
* Une pédagogie où l'aprenant ( et non la matière ou le programme ) a une place prédominante : il a un objectif et pour l'atteindre il va faire une série de choix, les réaliser et s'évaluer.
* Une pédagogie coopérative où l'apprenant devient, avec les autres, acteur de son apprentissage au sein d'un groupe.
* Une pédagogie qui favorise l'apprentissage inter-hémisphérique et valorise l'épanouissement de l'imagination et de la créativité tout autant que celui du savoir ... l'hémisphère droit est souvent le parent pauvre dans notre type d'enseignement ... et pourtant !!!
* Une pédagogie qui ne dramatise pas l'échec mais qui élargit les choix de l'apprenant : face à l'échec, plutôt que de faire " plus la même chose ", faire autrement.
La méthodologie de la pédagogie différenciée.
1. Les conditions de sa mise en oeuvre.
* Le travail en équipes : on abandonne souvent des innovations menées en solitaire. La quantité de travail nécessaire à la misse en oeuvre de la pédagogie différenciée dépasse les possibilités d'un individu isolé. Il faut élaborer un minimum d'outils : inventaire d'objectifs, tableau de progression, évaluation diagnostique des apprenants, bilans en fin de séquence, fiches de travail autonome variées et adaptées aux différents processus d'apprentissage. Comment préparer tout cela seul(e) ?
* La gestion souple de l'emploi du temps : la rigidité de l'emploi du temps traditionnel représente un obstacle important ; différencier les contenus et les processus exige de structurer le temps autrement en modulant plus librement la durée des cours. Pourquoi garder toujours l'heure comme mesure sacrée ?
2. Les pièges à éviter.
* La reconstitution des filières " des bons " et " mauvais " apprenants par l'attribution des étiquettes lents et rapides, concrets et abstraits, doués à l'oral ou à l'écrit ... etc ... Etre attentif à la répartition des apprenants en sous-groupes hétérogènes et leur mobilité permet d'éviter ce danger.
* La référence trop fréquente et anxieuse aux examens. S'aligner de façon presque obsessionnelle sur un futur examen accroît la rigidité des normes exigées et tue le désir et le plaisir d'apprendre chez l'apprenant. En effet, parfois, les apprenants demandent pourquoi ils ont besoin d'apprendre telle chose, on leur répond : " parce qu'il y aura une question sur ce sujet dans la prochaine évaluation " ... cette réponse donne très peu de pertinence à un apprentissage.
* La tentation d'allonger la durée du cours pour les apprenants en difficulté. Des études sur les possibilités d'attention des enfants et des adolescents montrent que leurs possibilités physiques, nerveuses et intellectuelles ont des limites à ne pas dépasser si l'on veut sauvegarder leur intégrité physique et mentale. En effet, quand nous demeurons assis pendant plus de vingt minutes, une partie importante de notre volume sanguin a tendance à se retrouver dans le bas de notre corps et dans nos pieds. Par les mouvements, nous réactivons notre circulation. En moins d'une minute, il y a une augmentation de plus de 15 % du sang présent dans notre cerveau. Nous réfléchissons mieux debout que sur nos fesses !! Les apprenants sont assis beaucoup trop longtemps dans nos classes, particulièrement au secondaire. Cherchez des façons de les faire lever et se mouvoir, particulièrement lorsqu'ils ont à réciter oralement ce qu'ils ont appris. De plus, si un apprenant éprouve des difficultés allant jusqu'au dégoût et au rejet, ce n'est pas en lui donnant une portion supplémentaire qu'il progressera. Au contraire !!!!!
3. L'organisation d'une unité d'apprentissage.
* Déterminer les objectifs. Parmi les objectifs figure le noyau commun que tous les apprenants doivent atteindre au terme de l'unité d'apprentissage.
* Déterminer les conditions du travail autonome.
Y aura-t-il un contrat ou non ?
Quelle sera la durée ?
Travail autonome : en individuel ou en groupes ?
Où rechercher des documents ? Lesquels ? Qui les fournira ?
Quels lieux : Classe ? Bibliothèque ? Internet ?
Production exigée : affiche, exposé, rédaction, bande dessinée, dossier, sketch ?
Quelle évaluation : formative ou sommative .
* Préciser et planifier les activités pédagogiques par lesquelles les apprenants atteindront les objectifs du noyau.
Rappel des acquis antérieurs.
Le type de questionnement utilisé permet-il de vérifier : le niveau cognitif des acquisitions antérieures ? la représentation des apprenants ?
Phase exploratoire.
Les situations proposées permettent-elles d'effectuer une activité de recherche ? Les outils utilisés permettent-ils d'appréhender la situation problème ( complexité, lisibilité, faisabilité) ?
Phase d'émission des hypothèses.
L'organisation de la classe et le mode de communication permettent-ils à tous les apprenants d'émettre des hypothèses ? Quel est le statut et le traitement de l'erreur ?
Phase d'analyse des hypothèses.
Le questionnement oral ou écrit permet-il à l'apprenant de se poser des questions pertinentes et de progresser dans son argumentation ?
Phase de vérification.
Les moyens mis en oeuvre permettent-ils à tous les apprenants de vérifier les hypothèses ( construction, documents, échanges avec une personne ressource ) ?
Validation et énonciation de la découverte.
L'énonciation de la découverte est-elle accessible à tous les apprenants ( formulation, mode de communication ) ?
Phase d'entraînement intensif.
L'organisation de la classe permet-elle à chaque apprenant de disposer d'un temps de travail suffisant pour asseoir ses connaissances ? Une gradation de la difficulté est-elle envisagée ? Quels types d'aides sont proposés ?
Phase d'évaluation.
L'évaluation correspond-elle au niveau cognitif de l'apprenant ? L'évaluation formative donne-t-elle des informations suffisantes pour améliorer le suivi de tous les apprenants ? L'évaluation sommative différée se limite-t-elle à un nombre restreint de critères bien définis et est-elle centrée sur la performance de l'apprenant ?
17:48 Écrit par YK | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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26.11.2009
Une école qui transforme son évaluation !!!!
Une école qui transforme son évaluation comme elle a transformé sa pédagogie.
Pour alimenter le débat, je ne peux pas résister au plaisir de présenter quelques réflexions et des articles lus ici ou là qui, à n'en point douter, ne laisseront pas les lecteurs potentiels indifférents .......
* Quand la mauvaise note tue l'élève.
( Journal le Soir du 28.10.2003).
* L'école malade de ses contrôles.
( Journal de l'Education N°8 du 11.10.2001 ).
* Les notes. Secrets de fabrication.
( Pierre Merle - Puf - 2007 ).
" L'historique des fiches de renseignements montre que la fiche de renseignements et l'évaluation des élèves sont liées ".
* La constante macabre.
( André Antibi - Math'Adore - 2003 ).
" Pour être sûr que personne n'aura 20 sur 20, je pose toujours à mes contrôles une question qu'aucun élève ne saura traiter ".
Expérience personnelle : lors d'une épreuve terminale, nous avons, avec un collègue, attribué la note maximale au candidat ... nous avons été appelés à la direction qui comprenait difficilement un tel résultat !!!!
" Mon épouse, professeur d'Anglais en collège, est très mal vue car elle a une trop bonne moyenne ".
" Pour qu'il y ait des bons, il faut qu'il y ait des mauvais ".
" Au conseil de classe, avec 12,3 de moyenne en section économique et sociale, j'étais mal ; j'étais obligée de me justifier ".
Haro sur les cancres !! " Journal l'Express du 16.10.2003 ".
Un chercheur l'affirme : les profs ont tendance à noter plus sévèrement les élèves dont le niveau est faible. " C'est la double peine appliquée aux potaches. D'après le chercheur André Antibi, les cancres feraient les frais d'un phénomène généralisé et totalement inconscient chez les profs : la notation guillotine. Craignant de passer aux yeux de leurs collègues et des parents pour d'affreux laxistes, voire pour des incompétents, les enseignants infligeraient des notes excessivement sévères aux élèves faibles, de façon à obtenir dans leur classe une certaine proportion de bonnets d'âne. A l'Education nationale, on appelle cela la règle des " trois tas " - un tiers de mauvais, un tiers de passables et un tiers de cracks. Une règle valable quel que soit le niveau de la classe et quel que soit le programme. Voilà ce que révèle André Antibi dans un essai subversif, La Constante macabre, ou comment a-t-on découragé des générations d'élèves. En quinze ans de travaux sur le sujet, cet iconoclaste agrégé de mathématiques et professeur en sciences de l'éducation a sondé près de 500 enseignants. Les réponses sont éloquentes : " Si je me retrouvais dans une classe où tout le monde a la moyenne, je me sentirais à côté de la plaque ", dit l'un. " J'ai un système pour avoir toujours une moyenne de 10 : j'ajuste les notes avec un règle de trois ", confesse un autre. Certaines matières - le français ou la philosophie, notamment - sont particulièrement touchées, mais les mathématiques n'échappent pas non plus à cette tacite loi d'airain. Sans parler des classes préparatoires où les enseignants n'hésitent pas à distribuer des notes négatives. Il ne faudrait pas que les élèves " se fassent des illusions " ou " se laissent aller ", arguent les profs. Faut-il supprimer la notation ? " Cela ne servirait à rien, estime André Antibi. C'est un problème de mentalités. Dans notre pays, à la différence des Etats-Unis, rien n'est fait pour encourager les élèves. On demande aux enseignants de sélectionner, alors que leur mission consiste à former les jeunes ". A quand des stages de pensée positive pour les profs de bonne volonté ? ( Claire Chartier - Journaliste à l'Express ).
Je suis prof, mais je me soigne? Le Nouvel Observateur du 09.06.2004.
André Antibi est un repenti, mais pas de la mafia mais de ce qu'il appelle lui-même " La constante macabre ". Un tiers des élèves de chaque classe de chaque lycée de France et de Navarre sont destinés à échouer. Pourquoi ? Parce que, à leur insu, les enseignants perpétuent année après année une sorte de loi nationale : chaque classe, quel que soit le niveau de ses élèves, se compose d'un tiers de bons, un tiers de moyens, un tiers de mauvais. " Pour qu'il y ait des bons, il faut qu'il y ait des mauvais ", explique ingénument une jeune enseignante. La proportion de mauvaises notes étant une variable intangible, et ce même parmi d'excellents élèves. Ainsi, en classes préparatoires où atterrit la crème des bacheliers, les moyennes dans les matières principales sont très basses, souvent inférieures à 10 sur 20. Et les élèves tombent ... de très haut. " On note vos premiers devoirs comme si c'était le véritable examen ", se souvient Philippe aujourd'hui en école d'ingénieurs. Fatalité ? " J'ai mis moi-même plus de vingt ans à réaliser ce phénomène et je comprends très bien qu'il faut un certain temps pour l'admettre, explique André Antibi. Aujourd'hui je suis prof, mais je me soigne ". Il ne s'agit pas d'accabler tel ou tel prof mais de mettre en lumière un phénomène implicite auquel aucun n'échappe malgré lui. " Lorsqu'un enseignant prépare un sujet de contrôle, il fait en sorte, sans même s'en rendre compte, que les notes soient étalées, dit Antibi. Ce n'est que lorsque leurs propres enfants sont confrontés à ce système que les enseignants réalisent à quel point la notation est injuste ! ". Et les témoignages qu'Antibi livre sur ce point sont tout à fait croustillants. Son livre suscite aujourd'hui un vrai mouvement d'opinion : " Des parents mais aussi des enseignants me contactent, se bougent " assure-t-il. Il y dénonce par le menu le sadisme sous-jacent qui a cours dans les lycées et les facs et en démonte avec gourmandise les mécanismes. Exemple : plus un prof note sec, plus il est considéré, y compris par ses propres élèves. Obnubilés par l'amour de leur discipline, ces profs sont formés pour sélectionner et non pour transmettre des connaissances : " Tous les profs rêvent de former des polytechniciens !! " dit Antibi. Anciens " bons élèves " au sens le plus académique du terme, ils sont rarement en mesure de comprendre les difficultés de ceux qui ne le sont pas. Notamment en mathématiques, André Antibi raconte dans son livre l'effroi d'un groupe de collégiens à Bastia auxquels il avait demandé sa route, apprenant qu'il était professeur de mathématiques. " certains ont affiché une profonde déception teintée de compassion à mon égard : comment quelqu'un qui leur avait semblé normal, pouvait enseigner une matière qu'ils détestaient tant ! ". Pas démonté pour autant, armé d'une feuille et d'un stylo, André Antibi leur apprend étape par étape à résoudre une équation simple. Au bout d'un quart d'heure, tous ont compris et ont même éprouvé un certain plaisir. CQFD : la répulsion pour les mathématiques n'est pas irrémédiable, si elle n'est pas volontairement programmée. ( V.R. journaliste au Nouvel Obs. ).
Pierre Merle, sociologue français enseigne la sociologie à l'IUFM de Bretagne rattaché à l'Université de Bretagne occidentale où il enseigne aux futurs professeurs des collèges et des lycées. Après une maîtrise de Sciences économiques, Pierre Merle est reçu au concours de l'Ecole nationale de santé publique. Après une année de formation, il occupe pendant deux ans des fonctions d'assistant de direction des hôpitaux publics avant de se réorienter vers l'enseignement des Sciences économiques et sociales.

Il est professeur de Sciences économiques et sociales à Rennes avant d'entreprendre un troisième cycle en sociologie. Il participe aussi au CAPES des futurs professeurs des Sciences économiques et sociales et aux enseignements du master du département Sciences de l'éducation de l'Université de Rennes 2. Il a écrit de nombreux articles scientifiques sur la démocratisation de l'enseignement, sur les transformations de l'enseignement, sur les relations maîtres-élèves, sur les pratiques d'évaluation, sur les droits des élèves, sur la violence scolaire. La question des inégalités scolaires, indissociables des inégalités sociales, est un des fils rouges de ses travaux.
Il a notamment écrit :
* La démocratisation de l'enseignement en 2002.
* Le droit et l'école en 2003.
* L'élève humilié en 2005.
* Les notes. Secrets de fabrication en 2007.
* La démocratisation de l'enseignement en 2009.
André Antibi ( 1942 - ...... ). Universitaire français atypique, André Antibi est professeur de mathématiques à l'Université Paul Sabatier de Toulouse où il dirige le laboratoire de didactique. Il enseigne aussi à l'école d'ingénieurs Sup-Aéro de Toulouse. Agrégé de mathématiques, il est titulaire de deux thèses, l'une en mathématiques et l'autre sur l'enseignement. Antibi est aujourd'hui chercheur en Sciences de l'éducation.

En 1981, André Antibi est nommé Directeur de l'Institut de Recherche pour l'Enseignement des Mathématiques ( IREM ) de Toulouse. Il est l'auteur de nombreux livres scolaires utiles à l'enseignement des mathématiques dont les " Transmath ". Il est Président du Mouvement contre la Constante macabre qui réunit, à ce jour, 30.000 enseignants. En mars 2009, ce mouvement a reçu l'appui du gouvernement français sous forme de subsides permettant la poursuite des recherches. Depuis plus de 15 ans, André Antibi dénonce inlassablement le dysfonctionnement le plus important de notre système éducatif : sous la pression de la Société, les enseignants, souvent inconsciemment, jouent un rôle de sélectionneur et sont ainsi à l'origine de l'échec scolaire artificiel d'une certaine proportion d'élèves : un tiers. Ses recherches sur l'enseignement ont une renommée internationale. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont :
* Etudes sur l'enseignement de méthodes de démonstration.
* Les notes : fin du cauchemar.
* La constante macabre.
La docimologie c'est la science qui étudie les modes d'évaluation des connaissances ( examens, concours, ... ). Elle s'intéresse notamment à l'élaboration d'instruments de mesure, aux facteurs déterminant la notation ainsi qu'au comportement des examinateurs et des personnes évaluées. Elle vise à améliorer l'objectivité des notations. C'est la discipline consacrée à l'étude du déroulement des évaluations en pédagogie. C'est la science des examens. C'est l'étude comparative et critique des systèmes de notation des concours et examens.
La docimologie est inspirée par la psychologie expérimentale et la physiologie. Elle apparaît dans le sillage du mouvement de l'éducation nouvelle, en recherchant les arguments scientifiques permettant la remise en cause des schémas traditionnels d'enseignement.
Les expériences existent depuis longtemps mais tout se passe comme si elles n'avaient jamais eu lieu. Soit on ne les connaît pas, soit on n'y " croit pas " !!! Mais comme disait André Gide : " Tout a été dit mais comme personne n'écoute, il faut toujours recommencer ".
André Gide ( 1869 - 1951 ) est un écrivain français lauréat du prix Nobel de littérature en 1947. Orphelin de père à 11 ans, il se réfugie très vite dans la littérature.

C'est ainsi qu'il commence son Journal dont il poursuivra la rédaction toute sa vie. Il est considéré comme un écrivain majeur du 20ème siècle, un " contemporain capital " selon les dires d'André Malraux. Toute sa vie, André Gide se préoccupe du rôle et de la responsabilité de l'écrivain et devient un des chefs de file de la " Nouvelle Revue française ".
Il écrivit notamment :
Les nourritures terrestres.
Les caves du Vatican.
Les Faux-monnayeurs.
La Porte étroite.
Déjà en 1930, le professeur Henri Laugier sème un malaise pernicieux dans les milieux universitaires français, en effectuant une expérience de multicorrection de copies d'agrégation d'histoire puisées dans les archives. 166 copies ont été corrigées par deux professeurs travaillant séparément, sans connaître leurs appréciations respectives. Tous les deux avaient une longue expérience et corrigeaient méticuleusement. Les résultats furent surprenants. La moyenne des notes du premier correcteur dépassait de près de deux points celle du second. Le candidat classé avant dernier par l'un était classé second par l'autre. Les écarts de notes allaient jusqu'à 9 points. Le premier correcteur donnait un 5 à 21 copies cotées entre 2 et 14 par le second ; le second donnait un 7 à 20 copies cotées entre 2 et 11,5 par le premier. La moitié des candidats reçus par un correcteur était refusée par l'autre.
De très nombreux autres travaux expérimentaux et scientifiques ont mis en évidence le caractère tout à fait aléatoire des notes. Les études expérimentales de correction multiple poursuivies en Angleterre, aux Etats-Unis et par Laugier en France aboutirent à des résultats dont la similitude ne manquait pas d'être troublante, puisqu'ils montraient tous que les divers correcteurs d'une épreuve écrite différaient notablement dans leurs marges de notation et dans les notes attribuées à la même copie. En 1932, la Commission Carnégie propose une expérience de multicorrection en prélevant, au hasard, cent copies dans les archives du baccalauréat à Paris. Ces copies furent distribuées à 6 groupes de 5 examinateurs. Les disciplines concernées étaient : le français, la philosophie, le latin, les mathématiques et la physique. Aucune copie ne reçut deux fois la même note. Une copie de français est notée 3 et 16 ; en philosophie et en latin l'écart maximum est de 12 points. Les mathématiques et la physique, réputées sciences exactes, ne sont pas épargnées : l'écart maximum est respectivement de 9 et 8 points. En 1975, l'Institut de recherche sur l'enseignement des mathématiques de Grenoble (IREM) entreprend une expérience analogue de multicorrection. Un échantillon de 6 copies photocopiées de mathématiques (niveau BEPC) est soumis à 64 correcteurs, avec un barème, très précis, sur 40 points. Les résultats confirment ceux de l'enquête précédente, effectuée 43 ans plus tôt !!!! La dispersion des notes atteint près de 20 points.
Nous nous attacherons ici, plus spécialement, à exposer deux tableaux.
Le premier tableau porte sur 26 copies d'anglais évaluées de manière indépendante par 18 professeurs de même qualification :
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|
|
|
|
Copies. |
Notes extrêmes. |
Ecarts. |
|
|
|
|
|
1 |
8 – 14,5 |
6,5 |
|
2 |
8 – 16 |
8 |
|
3 |
8 – 16 |
8 |
|
4 |
5 – 12 |
7 |
|
5 |
7 – 15,5 |
8,5 |
|
6 |
7 – 16 |
9 |
|
7 |
0,5 – 10 |
9,5 |
|
8 |
5 – 14 |
9 |
|
9 |
7 – 15 |
8 |
|
10 |
2 – 15 |
13 |
|
11 |
10 - 15 |
5 |
|
12 |
8 – 14 |
6 |
|
13 |
6 – 15 |
9 |
|
14 |
6 – 17 |
11 |
|
15 |
3 – 13 |
10 |
|
16 |
9 – 16,5 |
7,5 |
|
17 |
4,5 - 15 |
10,5 |
|
18 |
2,5 – 15 |
12,5 |
|
19 |
2 – 13 |
11 |
|
20 |
7 – 15,5 |
8,5 |
|
21 |
6 – 12,5 |
6,5 |
|
22 |
5 – 13,5 |
8,5 |
|
23 |
10 – 13 |
3 |
|
24 |
9 – 16 |
7 |
|
25 |
4 – 15 |
11 |
|
26 |
4 – 14,5 |
10,5 |
|
|
|
|
On constate que l'écart minimum sur une copie est de 3 points et l'écart maximum de 13 points !!!!! On constate également que toutes les copies sauf deux sont notées par certains correcteurs en-dessous de la moyenne alors que d'autres les notent au-dessus. On perçoit toute l'importance de ce phénomène en situation d'examen où il serait plus judicieux de choisir son correcteur que de peaufiner sa copie mais aussi dans l'enseignement où les élèves pourraient avoir l'impression de progreser ou de régresser par le seul fait de changer de professeur ...... à méditer plus que sérieusement !!!!!
Le deuxième tableau est celui proposé par Laugier et Weinberg qui ont étudié plus précisément ces aléas de la notation sur des copies réelles du baccalauréat évaluées par six correcteurs différents :
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Refusés par les |
Admis par les |
Admis par les uns |
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six correcteurs. |
six correcteurs. |
et refusés par les |
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|
|
autres. |
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Version latine |
40 % |
10 % |
50 % |
|
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Rédaction |
21 % |
9 % |
70 % |
|
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|
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Anglais |
37 % |
16 % |
47 % |
|
|
|
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|
|
Mathématiques |
44 % |
20 % |
36 % |
|
|
|
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|
|
Philosophie |
9 % |
10 % |
81 % |
|
|
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|
|
Physique |
37 % |
13 % |
50 % |
|
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Admis au Bac ou éliminé .... A quoi cela tient ???
Ces expériences caractéristiques de docimologie ont amené des chercheurs de plus en plus nombreux à s'interroger sur les sources d'erreurs des procédures d'évaluation traditionnelles.
Henri Laugier ( 1888 - 1973 ). Né à Mane, en Provence, en 1888, Laugier est un physiologiste français. En 1906, l'encore tout jeune Henri Laugier monte à Paris pour y entamer des études de médecine. En 1912, il est fondateur d'un centre de physiologie du travail. Après l'armistice (1918), il a repris ses études pour devenir docteur ès sciences. A ce titre, il a été professeur de physiologie du travail au Conservatoire des Arts et Métiers, de 1930 à 1937, date à laquelle il est devnu maître de conférences à la faculté des sciences de Paris.
Ensuite, Henri Laugier se lance dans la conception de tests d'orientation, il en devient le spécialiste et le père fondateur. C'est en 1922 qu'avec Piéron, Laugier consacra aux examens les premières études réalisées selon les méthodes objectives de la science expérimentale ... il posa ainsi les fondements de la docimologie en écrivant : " Etude critique de la valeur sélective du certificat d'études et comparaison de cet examen avec une épreuve par tests ". En 1936, savant désormais reconnu, il participe à la création de la Découverte après avoir créé l'Institut d'orientation professionnelle et un laboratoire de biométrie au CNRS dont il devient le premier directeur en 1939 désireux de faire progresser le science française. En 1943, il s'installe à Alger, où il occupe les fonctions de recteur de l'université, en 1946, sa renommée comme sa volonté de lutter contre l'ignorance en promouvant la science accessible au plus grand nombre a allègrement dépassé les frontières françaises. Henri laugier est un savant mondial, et c'est en toute logique qu'en 1946 au sortir d'un effroyable conflit qui a meurtri son esprit et son idéal de citoyen d'un monde apaisé il devient secrétaire général adjoint de l'ONU qui a succédé à la Société des Nations.
Il a écrit notramment :
* Etudes docimologiques sur le perfectionnement des examens et concours en 1934.
Les effets pervers ou paradoxaux qui nuisent à l'objectivité de l'évaluation.
1. Effet Rosenthal ou effet Pygmalion ou encore prophétie auto-réalisante.
La connaissance de l'évalué crée un préjugé favorable ou défavorable qui exerce une influence considérable sur le jugement du professeur qui se comporte en accord avec l'hypothèse de départ. Le problème est d'importance, car si les enfants des milieux défavorisés réussissent moins bien à l'école que les enfants des milieux favorisés, la cause pourrait ne pas être uniquement liée aux carences de ces enfants et de leurs milieux. Rosenthal a découvert l'effet Pygmalion en réalisant l'expérience suivante :
* Après avoir constitué deux échantillons de rats totalement au hasard, il informe un groupe de six étudiants que le groupe N°1 comprend 6 rats sélectionnés d'une manière extrêmement sévère sur base d'une intelligence supérieure.
* Il signale ensuite à six autres étudiants que le groupe des 6 rats N°2 n'a rien d'exceptionnel et que les rats ont été sélectionnés pour leur très médiocres capacités intellectuelles. Les résultats confirment largement les prédictions fantaisistes effectuées par Rosenthal : certains rats du groupe N°2 ne quittent même pas la ligne de départ.
Après analyse, il s'avère que les étudiants qui croyaient que leurs rats étaient particulièrement intelligents, leur ont manifesté de la sympathie, de la chaleur, de l'amitié ; inversement, les étudiants qui croyaient que leurs rats étaient stupides ne les ont pas entourés d'autant d'affection.
L'expérience est ensuite tentée avec des enfants à Oak School, une école primaire de Californie. Cette expérience met en scène deux classes : une annoncée comme bonne et l'autre comme mauvaise composées d'élèves choisis tout à fait aléatoirement. En fin d'année, la classe dite " bonne " s'est comportée comme les " supers rats " et les élèves ont augmenté de façon significative leurs résultats.
2. Effet de halo.
Influence de tout paramètre à dominante affective ( apparence physique, réputation, sociabilité ... ) sur l'évaluation d'une performance. Des personnes sont jugées plus intelligentes que d'autres uniquement sur la base de leur attrait physique. Le professeur, influencé par des caractéristiques de présentation ( soin, othographe, calligraphie ) surestime ou sous-estime la note. Certains caractères du sujet observé peuvent induire chez l'observateur une impression globale positive ou négative qui va colorer les évaluations de cet observateur. Une caractéristique jugée positive ou négative à propos d'une personne a tendance à rendre plus positives les autres caractéristiques de cette personne même sans la connaître.
Exemples :
* Manière de se vêtir pour aller à l'examen oral !!!!
* Lors des J.O. de 1988 et 1992, l'apparente subjectivité des appréciations émises par des juges a soulevé certaines controverses. L'erreur qui fut reprochée à ces juges s'assimile à " un effet de halo " : les appréciations des juges sur un attribut, l'apparence sexy d'une patineuse, a influencé leurs appréciations sur un autre attribut, la chorégraphie !!!
3. Effet de stéréotypie.
Le professeur maintient un jugement immuable sur les performances d'un élève, quelles que soient ses variations effectives. Les notes attribuées en début de formation constituent parfois une référence pour l'enseignant qui, par la suite, a du mal à noter différemment. Combien d'élèves disent qu'ils ont été jugés une fois pour toutes et que leurs notes ne varient pas quels que soient les efforts qu'ils fournissent !!!
Exemple :
* Version latine présentée, avec le même nom, mais réalisée par trois personnes différentes et recevant toujours la même note !!!
4. Effet de tendance centrale.
Par crainte de surévaluer ou de sous-évaluer un élève, le professeur groupe ses appréciations vers le centre de l'échelle et disperse plus ou moins ses notes autour de cette moyenne. Ainsi, il arrive que les enseignants concentrent l'ensemble des notes autour des valeurs centrales. De cette façon, l'intervalle réel de variation des notes se situe entre 7 et 13 sur 20, ou plus souvent entre 8 et 14. Il est démontré ainsi que les professeurs ont tendance à éviter les jugements trop extrêmes et à tout évaluer dans la moyenne par crainte des effets psychologiques sur les intéressés.
5. Effet d'ordre de correction.
5.1. Effet d'ordre, de contraste : c'est un des effets les plus connus, y compris des examinés. Les correcteurs notent par contraste avec les devoirs qui précèdent dans le déroulement de l'évaluation. Les copies en début de pile bénéficient de la tempérance de l'évaluateur, les dernières sont sous ses feux. Ainsi, une copie moyenne souffre d'être corrigée juste après une excellente copie. Si elle avait été corrigée juste après une copie très médiocre, il y a fort à parier qu'elle aurait obtenu une bien meilleure note. Devant un nouveau travail ou un nouveau candidat à évaluer, un professeur se laisse influencer par la qualité du précédent ainsi un travail moyen paraîtra bon s'il suit un médiocre.
5.2. Effet d'ancrage : une copie privilégiée sert de référence et alors l'évaluateur procède à un jugement comparatif et le place dans un processus de différenciation positive ou négative.
6. Infidélité d'un même correcteur.
Un même correcteur est loin d'être constant dans sa façon de noter une copie qui lui est présentée à différentes reprises. C'est donc le désaccord entre les notes attribuées à une même copie, à des moments différents, par le même correcteur. Quand on demande à des correcteurs de revoir, plusieurs semaines après, des copies qu'ils ont déjà notées, on s'aperçoit que très souvent leur jugement change de manière significative dans un cas sur deux environ.
Si vous voulez en savoir plus, continuez votre lecture sinon passez au chapitre suivant.
Je veux en savoir davantage.
1. Effet Rosenthal ou effet Pygmalion.
On propose deux classes aux professeurs : l'une annoncée excellente et l'autre annoncée mauvaise. En fait, tout est " bidon ". La classe dite " excellente " est évidemment choisie au hasard et un test d'entrée a été administré aux enfants. Les professeurs étant ainsi conditionnés à leur insu, il ne reste plus aux enquêteurs qu'à attendre et à voir venir. Un test sera administré aux élèves en fin d'année scolaire. Les résultats, dépassant toute espérance, ont laissé bouche bée Robert Rosenthal et Léonore Jacobson - directrice de l'Oak School où l'expérience a été réalisée. Les élèves artificiellement désignés comme devant donner les meilleurs résultats ont progressé beaucoup plus rapidement que les autres enfants !! Deux cas parmi plusieurs dizaines : José, un petit mexicain, avait un quotient intellectuel de 61 avant de devenir aux yeux de ses maîtres, une " vedette ". Un an après, son Q.I. atteignait 106. Elève " retardé " un an plus tôt, il devenait, par simple tirage au sort, un élève " doué ". Même bouleversement pour Maria, une autre petite mexicaine dont on vit le Q.I. grimper de 88 à 128. Invités à décrire le comportement de ces " cas intéressants ", les professeurs insistent sur leur " gaieté ", leur " curiosité ", leur " originalité ", leur " adaptabilité".
Avis personnel.
Il existe un moyen efficace d'augmenter le taux de réussite des élèves qu'on a devant soi, un moyen qui n'exige ni préparation savante ni ressources particulières, un moyen à la portée de tous : la confiance. Depuis les expériences de Rosenthal en 1968, la preuve a été faite, et refaite à l'envi, que les élèves jugés " plus brillants " par un enseignant performent nettement mieux dans les cours de cet enseignant. Et inversement. Il est donc capital, au moment où l'on prépare le premiers cours d'un nouveau trimestre, de s'interroger sur le jugement anticipé qu'on porte sur la " qualité " des élèves qu'on aura et, conséquemment, sur le message clair ou indirect, qu'on leur livrera à ce sujet.
Par exemple : " De toutes façons, il y en a toujours quelques-uns qui ne comprennent pas ... qui ne sont pas intéressés ". Si j'ai de telles " convictions ", je puis être assuré que " la réalité " me donnera raison. L'enseignant qui est intimement persuadé, au contraire, que chacun de ses élèves devrait normalement réussir, aura l'heureuse confirmation d'avoir devant lui des élèves plus intéressants et plus intéressés. Croire en nos élèves peut faire la différence entre l'échec et le succès de plusieurs d'entre eux.
Donc, la condition essentielle pour qu'un élève, pour qu'une classe réussisse, c'est, en somme, que le " prof " y croie. Ce serait bien là la réforme la plus économique qui soit. Mais aussi la plus difficile à appliquer.
Une autre illustration qui, pour une fois, ne vient pas d'un pédagogue .... elle a donc, me semble-t-il, d'autant plus de poids ... !!!
Comme les professeurs se mirent à le traiter en bon élève, il le devint. ( Marcel Pagnol ).
Robert Rosenthal ( 1933 - .... ). Psychologue américain, Robert Rosenthal est né en mars 1933 à Giessen, en Allemagne. En 1956, il obtient à l'Université de Californie, à Los Angeles, son doctorat en psychologie clinique. Il enseigna successivement à l'Université du Nord Dakota ( 1957 - 1962 ), à l'Université de Harvard ( 1962 - 1999 ).

Depuis 1999, il est " Distinguished Professor " à l'Université de Californie, Riverside. Pour l'année 2000 - 2001, il fut désigné " Professeur de l'année " pour l'ensemble du territoire américain.
Les recherches de Rosenthal ont été centrées pendant 40 ans sur le rôle des attentes des professeurs relativement à la performance de leurs étudiants. Il a magistralement démontré les effets d'une information préalable de l'évalué auprès de l'évaluateur qui modifiera de manière radicale le jugement de l'évaluateur vis-à-vis de l'évalué. En 1992, il reçut pour la publication de son ouvrage " Pygmalion in the classroom ", une distinction de la " Society of Experimental Social Psychology ".
2. Effet de halo.
Il s'agit d'une tendance à généraliser une première impression qu'on a de quelqu'un. Si cette impression est favorable, on aura tendance à se laisser influencer favorablement par tout ce que cette personne dit ou fait ( effet de halo positif ). Ou si cette impression est défavorable, on parle de l'effet de halo négatif. Cette première impression peut venir de nous ( notre observation ) ou d'autrui ( quelqu'un qui nous informe d'un aspect particulier d'une personne ) et nous voilà influencé !!!
Dans les recherches menées sur l'effet de halo, on s'est aperçu que lorsque les gens se proposaient d'évaluer, de classer ou d'assigner aux autres des traits de personalité, des biais importants apparaissaient. Des traits qui semblaient indépendants les uns des autres dans la vie se trouvaient en forte corrélation dans les classements des gens à propos des autres : par exemple il y a quelques raisons de croire que les gens qui sont physiquement attrayants sont plus intelligents ou qu'une personne qui n'est pas " sincère " se trouve aussi être moins considérée. Si un trait positif ou socialement désirable est attribué à autrui, il y a une forte probabilité pour que beaucoup d'autres le soient aussi. Ce biais perceptuel est appelé l'effet de halo.
Donc danger de surestimer ceux que l'on aime et de sous-estimer ceux qui nous déplaisent.
Une réflexion personnelle relativement à l'effet de halo :
Les étiquettes sont impératives au supermarché, mais plutôt méprisables vis-à-vis des individus.
3. Effet de tendance centrale.
Tout le monde est d'accord pour dire qu'il y a peu de très, très bons élèves, peu de très, très mauvais mais beaucoup de moyens. C'est la répartition classique ou encore la loi normale qui est une des principales distributions de probabilité. Elle a été mise en évidence par Carl Friedrich Gauss au 19ème siècle et permet de modéliser de nombreuses études biométriques. Sa densité de probabilité dessine une courbe en cloche ou courbe de Gauss.
Exemple 1.

Exemple 2.

Carl Friedrich Gauss ( 1777 - 1855 ). Astronome, mathématicien et physicien allemand, Gauss est né en 1777 à Brunswick. Issu d'une famille modeste, il fut un véritable génie des mathématiques ce qui lui vaudra d'être surnommé le " Prince des mathématiciens " parce que ses découvertes sont précoces mais avant tout parce qu'elles concernent et touchent énormément de domaines. C'est ainsi qu'il apporte sa contribution en géométrie, algèbre, arithmétique et probabilités.

Ainsi, à l'âge de 7 ans, il réussit à résoudre rapidement la somme des cent premiers nombres entiers. En effet, alors qu'il était au cours, son professeur voulant obtenir le calme pose ce qu'il pense être une colle à ses élèves, à savoir déterminer le résultat de la somme des cent premiers nombres entiers, problème que Gauss solutionne en remarquant que 1+100 = 2+99 = 3+98 = ...... = 101 et donc que la solution est le résultat du produit de 50 X 101 = 5050. Plus tard, il disait en plaisantant qu'il avait su compter avant de parler. Durant toute sa vie, il posséda une facilité prodigieuse de calcul mental. C'est d'ailleurs de telles anecdotes qui le feront remarquer du Duc de Brunswick qui lui accordera une bourse en 1792 ce qui lui permettra de poursuivre ses études. Il étudia à Göttingen de 1795 à 1798 et soutint sa thèse de doctorat l'année suivante, à Helmstedt, dans laquelle il démontra complètement le théorème fondamental de l'algèbre.
Entre autres découvertes, on lui doit encore une constatation très simple. Dans une population donnée ( les salariés d'une entreprise, les élèves d'une classe .....), si on classe les individus selon une caractéristique ( leur taille, leur poids, leur Q.I., leur niveau de compétence ..... ), on s'aperçoit que, plus on s'approche de la moyenne sur le critère considéré, et plus il y a d'individus. Plus on s'éloigne, et moins il y en a. Aux deux extrémités, il n'y a presque personne. La représentation graphique de cette réalité s'appelle une courbe de Gauss et prend la forme d'une cloche.

Exemple : la courbe de Gauss est bien pratique pour représenter la réalité d'un marché. Sur le marché de la chaussure, les clientes qui chaussent 35 ou 43 vont, par exemple se retrouver placées en dehors de la cloche, à chacune des extrémités de la courbe. Faut-il pour autant se désintéresser de leur sort sous prétexte qu'elles sont peu nombreuses ?? On a déjà vu ( loi des 20/80 ) que 20 % d'une population donnée est susceptible de causer 80 % des ennuis. Il y a fort à parier que ces 20% là sont justement les " extrémistes " de la courbe de Gauss ....
Vous pouvez facilement, me semble-t-il, tenir le même raisonnement pour une de vos classes !!!
Gauss deviendra directeur de l'observatoire de Göttingen et aussi professeur à l'université de cette même ville. Il occupera d'ailleurs ces fonctions jusqu'à la fin de sa vie. Mais Gauss ne s'arrête pas là, en effet c'est un scientifique pluridisciplinaire, il s'illustrera encore dans d'autres domaines dont la physique et la géodésie ( science qui a pour objet la détermination de la forme de la Terre, la mesure de ses dimensions, l'établissement des cartes ). Il est considéré comme l'un des plus grands mathématiciens de tous les temps. Son oeuvre est un monument d'une ampleur et d'une richesse sans égale. C'est en février 1855 qu'il meurt dans sa bonne ville de Göttingen.
Plus on pénètre dans le domaine de l'évaluation, plus on prend conscience du caractère encyclopédique de notre ignorance, plus nos certitudes sont remises en question. ( YK ).
Et si on discutait un tantinet d'évaluation !!
Parmi les 20 items suivants, proposés par André de Peretti, choisissez :
Les 2 items qui vous paraissent les plus importants.
Les 4 items dignes de considération.
Les 8 items qui vous paraissent neutres.
Les 4 items qui vous paraissent douteux.
Les 2 items qui vous semblent à rejeter absolument.
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01. Il ne faut pas évaluer trop souvent, sinon c’est dévaloriser la notion d’évaluation.
02. Il est indispensable que l’apprenant soit d’accord avec le formateur sur la note qu’il a obtenue à son travail.
03. Dès les premiers travaux, je peux prédire globalement les résultats vers lesquels s’acheminent mes élèves.
04. Chercher à savoir pourquoi un élève ne réussit pas est l’une des tâches essentielles de l’enseignant.
05. Quoi qu’on fasse, il y aura toujours à peu près 1/3 de bons, 1/3 de moyens et 1/3 de mauvais.
06. On ne peut faire progresser un élève que si on sait où se situent ses difficultés.
07. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir ce qui se passe dans la tête des élèves quand ils font un travail donné.
08. Pour faire progresser les élèves, il suffit de faire de nombreux contrôles et donc de donner beaucoup de notes.
09. Quand un élève ne réussit pas, je n’ai ni le temps, ni les moyens de savoir pourquoi.
10. Les élèves ne sont pas capables d’évaluer leur propre travail, c’est le rôle du professeur.
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11. La définition préalable de critères de réussite vide l’évaluation de son sens.
12. L’évaluation doit permettre de différencier les élèves.
13. Pratiquer une notation encourageante, c’est risquer de mettre de trop bonnes notes, sources d’illusions.
14. Le but principal de l’évaluation étant une information en retour pour l’élève et pour le professeur, il n’est pas nécessaire de mettre des notes.
15. L’évaluation doit permettre à l’élève de se situer par rapport à ses camarades.
16. La peur de la note stimule les élèves.
17. On ne pourra pas empêcher que certains élèves sont doués et réussissent alors que d’autres ne réussiront jamais.
18. Il est impossible de vérifier après chaque leçon que les élèves ont compris. On passerait son temps à évaluer, avec le risque de ne pas terminer le programme.
19. Si l’élève ne réussit pas, c’est le plus souvent qu’il ne travaille pas suffisamment.
20. Savoir ce que l’on va évaluer permet au professeur de savoir ce qu’il a à enseigner. |
André de Peretti ( 1916 - ..... ). Polytechnicien français, né au Maroc, docteur ès lettres et sciences humaines, il a assumé de nombreuses responsabilités : ingénieur, puis ingénieur en chef des manufactures de l'état ( 1945 - 1963 ) ; professeur de lettres en classe de mathématiques spéciales ( 1951 - 1964 ) ;

parlementaire, comme membre de l'Assemblée de l'Union française ( 1947 - 1952 ) ; formateur, comme directeur des études à l'Institut national d'administration scolaire et universitaire ( 1963 - 1976 ) ; chercheur, comme directeur de programme pour un département de psychosociologie de l'éducation à l'Institut national de recherche pédagogique ( INRP, 1976 - 1982 ). Conseiller de plusieurs ministres de l'éducation, il a présidé une commission ministérielle sur la formation des personnels de l'éducation nationale ( 1981 - 1982 ) et a asssuré de nombreuses missions à l'étranger. Il est l'auteur de nombreux ouvrages de référence dans le domaine de la pédagogie.
Il écrivit notamment :
* Mille et une propositions pédagogiques.
* Pertinence en éducation T1 et T2.
* Encyclopédie de l'évaluation en formation et en éducation.
D'origine anglo-saxonne, l'action d'évaluer consiste à fournir des informations utiles pour éclairer une prise de décision. Evaluer c'est, en référence à des critères, émettre un jugement - s'appuyant sur une mesure ou une appréciation - sur l'atteinte d'un objectif. Pourtant, l'acte d'évaluer n'est pas aussi simple que d'administrer des épreuves au terme d'un module, comme l'acte de lecture ne consiste pas à poser les yeux sur un texte et les glisser de gauche à droite, de ligne en ligne, de page en page. L'évaluation est explicitement influencée par l'enseignement et l'apprentissage qui, par ailleurs, sont sans cesse en évolution. Aujourd'hui, on sait par exemple que plus on crée des activités d'apprentissage qui font appel à tous les types d'intelligence ( 10 ), plus on favorise la réussite de l'apprentissage par tous les élèves. Tout au long de cette évolution, on sent qu'il faut être clair en annonçant ses intentions pédagogiques. Pour qu'un objectif soit opérationnel, il doit traduire en comportements les intentions pédagogiques. Pour observer le comportement, on doit démontrer son savoir faire dans des situations de la vie courante.
C'est ainsi qu'actuellement, on nous parle de l'évaluation des compétences. Si nous évaluons une compétence, nous plaçons l'élève en situation de problème ; il doit démontrer la capacité d'aller chercher lui-même les connaissances et les habiletés utiles qu'il a déjà acquises, dans d'autres contextes, pour résoudre le problème.
Et cependant, dans le cadre scolaire, l'évaluation se confond trop souvent encore avec l'attribution de notes et les résultats enregistrés sur les bulletins sont une série de notes obtenues au terme d'une série de travaux et d'examens. La note, exprimée en %, est de plus comparée à celle des autres élèves de la classe qui sont ainsi mis en compétition les uns par rapport aux autres ... Que veut dire mon 75 % ? ... et 75 % de quoi ? En effet, aucun barème national universel ne dit comment enlever ou ajouter des points dans un exercice, ni comment jauger un niveau. Ceci est laissé au libre arbitre ou au " jugé " de chaque enseignant, de la maternelle jusqu'à l'enseignement supérieur. Quand un enseignant met une note qu'il a travaillée en toute conscience professionnelle, il la désire la plupart du temps juste et définitive ; en fait, il se fonde sur une habitude, renforcée par des normes implicites dont il se vit comme le dépositaire. Interrogé, l'enseignant reconnaît aisément qu'une même copie recueillerait des notes différentes selon les contextes et la diversité de ses collègues. Mais le professeur qui corrige et marque des copies de rouge se sent contraint d'affirmer et de faire reconnaître son statut et sa compétence en même temps que son autorité.
Oublier les notes, comme c'est difficile !!!
" Il est plus difficile de désagréger un préjugé qu'un atome " ( Albert Einstein ).
Quand on vous dit évaluation, vous pensez immédiatement aux notes et au bulletin. Les notes ont pris tant d'importance qu'on ne pense même plus qu'évaluer, ce n'est pas forcément attribuer des points ni même classer. " C'est pour des points " demandent les élèves dès qu'ils reçoivent une épreuve. Façon de dire : " est-ce sérieux ? ", " vaut-il la peine de s'appliquer ? ", " est-ce que cela compte ? ". On entend parfois des enseignants se plaindre que les élèves " ne travaillent que pour les notes ". Comme s'ils avaient le choix !!!! Dès les premiers degrés, ils doivent s'initier au jeu du chat et de la souris, se débrouiller pour avoir des notes acceptables même quand on ne sait pas grand-chose et qu'on n'a pas très envie de travailler. Demander de l'aide, bachoter, jeter un coup d'oeil sur la feuille du voisin, autant de façons de " s'en sortir " sans passer tout son temps libre à travailler.
Comment voulez-vous aider un élève qui cache ses difficultés, met toute son énergie à faire croire qu'il comprend, qu'il maîtrise, au besoin par divers subterfuges ?
Les finalités de l'évaluation.
Pour la première finalité, celle de la sélection, je citerai le cas d'un professeur de français qui mettait une note à ses élèves au bout d'un mois de classe et disait : " J'ai mis mes notes pour l'année ; si je devais en changer, c'est que je me serais trompé la première fois ". Sa logique était celle du système des Jésuites : la note indique le niveau de compétence globale de l'élève, niveau que l'on suppose stable.
Pour la deuxième finalité, celle du soutien à l'apprentissage, je présenterai un professeur d'allemend qui donnait chaque semaine un exercice à faire et donnait ensuite à ses élèves une note proportionnelle au nombre d'exercices qu'ils avaient traité correctement. La note reflétait donc la qualité du travail effectué chaque semaine.
Pour la troisième finalité, celle du bilan, je donnerai l'exemple d'un professeur de pédagogie ( que certains connaissent bien !!! ) qui faisait faire un premier travail, le corrigeait, puis le rendait à ses élèves. Ceux-ci voyaient les erreurs qu'ils avaient commises et ils avaient le droit de recommencer leur travail jusqu'à ce qu'il soit irréprochable. Lorsque ce niveau était atteint, les élèves recevaient la note maximale, puisque le bilan était devenu totalement positif.
Les principales fonctions de l'évaluation.
* Soutenir la progression de l'apprentissage chez l'apprenant.
* Etablir, après une période significative, le bilan des apprentissages réussis et le degré de leur maîtrise.
* Assurer l'atteinte des résultats d'apprentissage des programmes d'étude du ministère de l'éducation et de la formation, dans le développement des habiletés, des attitudes et des connaissances.
* Inviter à la correction des faiblesses observées et influencer le développement des apprentissages dans l'école.
*Informer les parents, la Société.
Quelques réflexions de pédagogues contemporains relativement à l'évaluation.
* L'évaluation formative est inséparable d'une volonté de différencier l'enseignement ( Philippe Perrenoud ).
* L'évaluation doit rester un outil de régulation, intervenir lorsque rien n'est joué, lorsqu'on peut encore agir ( Philippe Perrenoud ).
* L'évaluation qui correspond à la pédagogie future ne nécessite plus de classer les apprenants mais consiste simplement à voir si chaque individu a atteint ou non l'objectif. ( Jean Cardinet ).
* Ce qu'un enseignant peut réaliser convenablement, c'est simplement certifier ce qu'il a vu en disant : " Mes élèves sont capables de faire précisément ceci ". ( Jean Cardinet ).
* Toutes les enquêtes ont clairement montré que les procédures d'évaluation étaient anachroniques, obsolètes et inadéquates et qu'elles étaient source de malaise pour beaucoup d'enseignants. ( Jacques Weiss ).
* Les enseignants disposent d'une certaine liberté dans la détermination des contenus de l'enseignement parce que les plans d'études et les objectifs ne les indiquent que de façon générale, mais aussi parce que les contenus doivent faire l'objet d'une transposition didactique et pragmatique pour être enseignés ( Jacques Weiss ).
* Le retard scolaire ne sera pas éradiqué tant que subsistera la contrainte arbitraire imposée aux élèves d'absorber en 10 mois un programme préétabli souvent en dehors d'eux. ( Samuel Roller ).
Philippe Perrenoud ( 1944 - ..... ) : voir rubrique " Général ".
Jean Cardinet ( 1928 - ..... ). Après des études à la Sorbonne, Cardinet complète sa formation en psychologie quantitative aux Etats-Unis auprès de Thurstone, et plus tard comme collaborateur de Cronbach. Jean Cardinet est un des pionniers de l'évaluation en Suisse Romande. Il a été de 1971 à 1990 le chef du service de recherche à l'Institut de recherche et de documentation pédagogique à Neufchâtel où il est chargé d'évaluer les nouveaux programmes et moyens d'enseignement en Suisse Romande. Il soulève très tôt le problème de la notation des élèves et de ses effets psychologiques et sociaux.

Il propose une autre stratégie relative aux évaluations formative et sommative des apprentissages des élèves pour ainsi fonder la mesure en éducation. Aujourd'hui, chercheur indépendant - à la retraite - en sciences de l'éducation, sans abandonner le souci de la mesure, il s'efforce de prôner l'évaluation formative. Professeur à l'Université de Neuchâtel de 1971 à 1990, ses travaux lui ont valu le titre de Docteur Honoris Causa de l'Université de Genève. Durant toute sa carrière, Jean Cardinet a publié une quantité impressionnante d'articles et de travaux méthodologiques d'envergure internationale.
Jacques Weiss ( ..... - ....... ).

Directeur de l'Institut de Recherche et de Documentation Pédagogique de la Suisse Romande et du Tessin à Neuchâtel, Jacques Weiss est docteur en psychologie spécialisé dans le domaine de : " Psychologie et orientation scolaire et professionnelle ". Il intervient surtout au sein de l'Institut relativement à l'évaluation des apprentissages, à l'évaluation des innovations en mathémathiques, en senseignement des langues, didactiques du français, des mathématiques, éveil aux langues, technologies de l'enseignement.
Louis, Léon Thurstone ( 1887 - 1955 ). Psychométricien américain, Thurstone a commencé des études d'ingénieur électricien ce qui attira l'attention de Thomas Edison qui voulut l'engager en 1912. Mais Thurstone refusera et continuera ses études en psychologie sociale à l'Université de Chicago où on le retr
ouvera comme professeur de 1924 à 1952.
Il sera ensuite le directeur du laboratoire psychométrique de l'Université de la Caroline du Nord - Chapel Hill - de 1952 à 1955. Il sera le président de l'Association psychologique américaine et le premier président de la société psychométrique. C'est le psychométricien le plus renommé de son temps. Il restera le pionnier de l'application des méthodes statistiques à l'étude des processus psychiques. Il rejette le behaviorisme pour s'intéresser aux courants de " la psychologie centrée sur la personne ". Cependant, sa contribution essentielle reste sa théorie explicative de l'intelligence. Avec cette théorie basée sur les résultats de 2 études à grande échelle, Thurstone s'oppose à la notion " d'intelligence générale singulière " donc à la notion de Q.I. général pour lui substituer celle d'une " intelligence multiple " composée de 7 capacités mentales primaires qui, toutes, peuvent être mesurées et qui déterminent ainsi l'intelligence d'une personne. Ces 7 capacités mentales ont été mises en évidence par les statistiques appliquées ( analyse factorielle ) aux problèmes psychologiques qui lui a permis d'identifier les facteurs suivants :
* Capacités verbales : idées et significations des mots.
* Maîtrise des mots : utilisations des mots dans des contextes spéciaux ( anagrammes - rimes ).
*Capacités de nombre : calcul arithmétique.
* Capacités spatiales : manoeuvrer mentalement et visualiser des objets dans l'espace.
* Mémoire associative : apprendre par coeur des associations aléatoires.
* Vitesse perceptuelle : identifier des articles particuliers dans un domaine perceptuel.
* Capacités de raisonnement : trouver des règles ou des principes dans des articles ou dans des séries de nombres.
Analyse factorielle : facilite l'appréhension et l'interprétation d'un ensemble volumineux de données multidimensionnelles. Elle fait ressortir graphiquement les similitudes entre les données et permet de quantifier le degré de corrélation entre plusieurs facteurs.
Thurstone restera le plus grand précurseur de la théorie du développement de l'intelligence multiple dont Howard Gardner a repris aujourd'hui l'étude avec le succès que l'on sait ( voir rubrique théories de l'apprentissage ).
Lee, J. Cronbach ( 1916 - 2001 ). Psychologue scolaire américain, Cronbach est surtout connu pour le développement d'une méthode permettant de déterminer la fiabilité des tests pédagogiques et psychologiques : la généralisabilité. Son illustre carrière a commencé en tant que professeur de mathématiques et de chimie au lycée de Fresno.

Plus tard, il a travaillé comme professeur en Sciences de l'éducation à l'Université de Washington, de Chicago et pendant 37 ans à l'Université de Stanford. Il était président de l'association éducative américaine de recherches, de l'association psychologique américaine et de la société psychométrique américaine. Il fut aussi membre de l'académie des arts et des sciences. Il a mis au point la théorie de la généralisabilité des tests qui est un modèle explicatif complet pour identifier les différentes sources d'erreur et de mesure et ainsi assurer la fiabilité d'une épreuve quand elle est administrée une seule fois. Sa recherche inclut aussi son travail sur l'instruction et l'évaluation qui a largement influencé les évaluations des programmes scolaires. Cronbach fut une personnalité très respectée dans le monde éducatif américain et sembla être en avance sur toutes les questions actuelles dans le domaine des sciences de l'éducation en déclarant notamment que l'évaluation est une partie très importante de l'éducation.
Samuel Roller ( 1912 - 2003 ). Né à La Chaux-de-Fond, Roller obtient son brevet d'instituteur neuchâtelois en 1930. Il continue ses études et obtient successivement son certificat de pédagogie de la Faculté des lettres de l'Université de Genève ; son diplôme de pédagogie de l'Institut des Sciences de l'éducation ; son doctorat en philosophie à l'Université de Genève.

Il fut chargé de cours et professeur de pédagogie expérimentale à l'Institut des Sciences de l'éducation de Genève ; professeur extraordinaire de pédagogie expérimentale à l'Université de Lausanne. En 1968, il obtient la médaille d'or du Ministère de l'éducation et de la culture du royaume de Belgique. Samuel Roller fut le créateur et le premier directeur de l'Institut Romand de Recherche de Documentation Pédagogique de Neuchâtel. Pour Roller, il n'y avait pas de pédagogie sans philosophie, sans conception de l'homme, sans humanisme. Sa conviction était qu'il fallait permettre à l'enfant de se construire. Construire c'est à la fois une exigence - il faut que cela tienne, résiste aux contraintes extérieures et aux poussées intérieures - mais c'est aussi respecter les matériaux, leurs particularités, donc l'autonomie de l'enfant, de l'adolescent. Sa personnalité rayonnante, son sens profond de l'humain, son ardent désir de promouvoir une école de l'enthousiasme et de la réussite, comme son charisme de conférencier ont secoué une Ecole par trop traditionnelle, élitiste et enfermante.
In fine, toute évaluation devrait s'opérer au terme d'un contrat limité, quand des acquis peuvent effectivement être appréciés, et non à tout propos ou au début. La pratiquer trop tôt ou trop fréquemment - ce qui est malheureusement le cas belge - aboutit à opérer une sélection précoce. Celle-ci engendre des erreurs de dysfonctionnements, mais aussi le découragement prononcé et prématuré de certains élèves qui, venant de famille en difficulté, ne disposent pas forcément des mêmes facilités d'accès au savoir et savoir-faire que d'autres, mieux soutenus chez eux. Nos collègues scandinaves, par exemple, ne commencent la notation, et donc cette forme de sélection, que vers l'âge de 14 à 16 ans. Albert Einstein était un enfant lent et tardif, qui réfléchissait longuement et qui donnait un mauvais esprit à ses camarades ; ce qui agaçait ses enseignants. Cet enfant, en Belgique, actuellement, aurait-il des chances de réussite ??
Albert Einstein ( 1879 - 1955 ). Physicien allemand, puis apatride, puis suisse et enfin helvético-américain, en 1940. Albert Einstein est un enfant rêveur et solitaire. Ses professeurs voient en lui un élève lent et moyennement doué. Cette opinion vient du fait qu'il ne porte aucun jugement hâtif et qu'il mûrit longuement chaque réflexion. Pendant sa scolarité, la discipline lui est insupportable et il souffrait d'avoir à s'appliquer à des matières qui ne l'intéressaient pas et qu'il supposait n'avoir qu'à apprendre qu'à cause des examens.

En 1900, malgré son diplôme obtenu de justesse - il s'avouait lui-même incapable de suivre les cours, de prendre des notes et de travailler de façon scolaire - et une première recherche, il n'obtint pas un poste d'assistant à l'Université à cause de son esprit indépendant et de son caractère frondeur et parce qu'il était plutôt mal considéré par ses professeurs. Ce n'est qu'en 1902, après deux années de chômage, qu'il obtient un poste d'expert auprès du Bureau fédéral des brevets de Berne où il développe cette exceptionnelle faculté de saisir immédiatement la conséquence maîtresse de chaque nouvelle hypothèse. Ce travail lui offre une réelle liberté car il peut réfléchir aux problèmes de physique, le soir, après sa journée de travail. Il a proposé la théorie de la relativité restreinte en 1905 qui révolutionne la pensée physique et éloigne, du même coup, la physique newtonienne.
En 1915, la théorie de la relativité générale offre une nouvelle interprétation de la chute des corps : " La force d'attraction de Newton est remplacée par une déformation de l'espace autour des corps.

Comme une balle déforme une toile tendue en y formant un creux, un corps modifie l'espace autour de lui ". Cela explique pourquoi tous les corps quelle que soit leur masse, tombent avec la même accélération. Les observations effectuées par Sir Arthur Eddington, astronome britannique, confirment pleinement les calculs d'Einstein. La théorie de la relativité générale est avérée. Les médias s'emparent alors de l'histoire et offrent à Einstein la reconnaissance et la gloire aux yeux du monde. Il a largement contribué au développement de la mécanique quantique et de la cosmologie. Il a reçu le prix Nobel de physique en 1921 pour son explication de l'effet photoélectrique. Son travail est notamment connu pour l'équation E = mc² induisant une équivalence entre la matière et l'énergie. Cette formule sera à l'origine du développement de l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins civiles ou militaires. Pacifiste dans l'âme, il regretta amèrement que ses équations aient permis la création d'armes nucléaires. En 1933, lorsqu'Hitler arrive au pouvoir, il quitte Berlin et rejoint les savants de " l'Institute for Advanced Study of Princeton " où il restera jusqu'à sa mort. Einstein, par son approche de la recherche et sa personnalité marquante, est devenu, aujourd'hui, une figure mythique de la science.
Evaluation formative.
" C'est une idée banale dont le problème est d'être utile ".
Tout formateur, tout enseignant a envie que les enfants, les adolescents se développent, prennent de l'assurance, sachent faire de plus en plus de choses. Pour les y aider, il faut savoir où ils en sont, comment ils apprennent, ce qui les arrête ou les stimule. On fait alors, souvent sans le savoir, de l'évaluation formative.
Pourquoi formative ?
* Tout bêtement parce qu'elle améliore la formation, parce que son souci n'est pas de classer, de mettre des notes, de blâmer ou de récompenser, mais d'aider à apprendre.
* Parce qu'elle intervient au cours d'un apprentissage ou d'une formation qui permet à l'enfant ou à l'étudiant de prendre conscience de ses acquis et des difficultés rencontrées et de découvrir par lui-même les moyens de progresser. Elle s'apparente donc à un procesus d'accompagnement.
* Parce qu'elle s'inscrit dans une approche constructiviste de l'apprentissage et repose sur l'exploitation de l'erreur comme source de progrès.
Et cependant trop souvent encore dans le cadre scolaire, l'évaluation se confond avec l'attribution de notes, ces fameuses notes qui décident de la promotion, de l'orientation voire de l'exclusion des apprenants. Et pourtant, comme nous le savons bien maintenant - mais sommes-nous prêts à l'admettre - les notes, compte tenu de la manière dont elles sont obtenues, n'expriment en aucun cas une mesure au sens scientifique du terme.
Donc, pour dépasser le mythe de la vraie note à laquelle on accorde une attention souvent excessive, il faudrait centrer la problématique sur le processus de production et sur le producteur - l'apprenant - et non sur le produit. L'évaluation devient ainsi un acte de communication utile : dire à l'apprenant quelque chose de sa production qui lui permette de progreser vers de meilleures productions. L'évaluation devient une lecture orientée, animée et dynamisée dans une stratégie d'aide. C'est le sens et l'essence même de l'évaluation formative.
Ni mesure, ni négociation mais un moyen de progression qui éclaire, qui guide, qui encourage et qui analyse les faiblesses pour les surmonter ... autrement dit une évaluation qui est censée aider l'apprenant à apprendre ... ( première mission attribuée aux enseignants de la Communauté française ).
L'évaluation formative permet encore à l'apprenant de savoir pourquoi il a réussi dans un cas et pas dans l'autre et informe à la fois l'apprenant et le formateur s'il est temps de changer de tâche ou s'il est besoin de remédier à des difficultés. L'évaluation formative se fait avant et pendant l'apprentissage, elle donne une continuelle information sur le niveau des apprenants, sur leurs lacunes et leurs besoins. Elle suppose donc un enseignement très personnalisé dans lequel le professeur joue un rôle très important et par conséquent celui-ci devrait disposer d'une plus grande liberté d'initiative et de créativité. En effet, l'évaluation formative ne renvoie pas seulement à une autre façon d'évaluer mais et surtout à une autre façon d'enseigner et de concevoir la régulation. Ainsi donc, l'évaluation formative est le complément indispensable d'une pédagogie différenciée et n'emploie donc pas les mêmes critères pour tous les apprenants. Ainsi conçue, l'évaluation formative authentique est étroitement associée à la notion d'ajustement, de régulation, d'amélioration par rapport à ce qui vient d'être évalué.
Pour nous résumer, nous dirons : " l'évaluation formative, c'est celle qui se pratique au cours des apprentissages et qui a pour but de renseigner l'apprenant sur la distance qui le sépare de l'objectif et sur les difficultés qu'il rencontre ainsi que de renseigner le formateur sur la manière dont son enseignement est perçu par les apprenants et par conséquent de le réguler. Elle fait partie intégrante de l'apprentissage et sa fonction est exclusivemenrt pédagogique ".
L'évaluation formative - comme toute forme d'évaluation d'ailleurs - est indissociable de l'organisation de la " remédiation immédiate ".
EX.
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Résultats. |
Interprétations. |
Remédiations. |
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Si tous les apprenants ont réussi. |
Les objectifs sont maîtrisés. |
Enchaîner l’apprentissage. |
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Si la plupart des apprenants ont échoué. |
Ou bien les objectifs n’ont pas été atteints ou n’avaient pas été vus en classe ou l’examen a été mal construit ou n’a pas été compris. |
Procéder à une nouvelle évaluation avec un autre instrument. |
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S’il y a des réussites et des échecs. |
Certains apprenants n’ont pas maîtrisé certains objectifs. |
Dresser un tableau pour analyser ce qui n’a pas marché. |
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Analyse des échecs. |
Rechercher les erreurs. |
Mettre en place des activités de remédiation. |
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Ce qui distingue le professionnel expert de celui qui ne l'est pas réside notamment dans son pouvoir à remédier immédiatement ( Y.K. ).
Voilà l'un des principes fondamentaux des nouvelles pédagogies axées sur la remédiation. Celle-ci a été et reste toujours la forme de soutien la plus utilisée, la plus connue et la plus pratiquée dans un pays comme le nôtre. D'ailleurs, ce qu'on appelle " études ", " cours supplémentaire à domicile ", " heures supplémentaires " ou autres ne sont en réalité qu'une forme de remédiation plus ou moins déguisée, dont ne profite malheureusement qu'une minorité. Pratiquer la remédiation en classe serait alors plus juste et plus démocratique. Remédier consiste à pallier les insuffisances, réparer les erreurs, atténuer les blocages et l'incompréhension.
Le droit à l'erreur :
Ils sont nuls ces apprenants !!
Qu'y a-t-il de plus simple qu'un imparfait, qu'un verbe ou qu'un simple accord !!
Pourquoi tant de fautes ??
Ils oublient tout de suite ce qu'ils viennent d'apprendre ??
Le niveau baisse chaque jour !! ... etc ...
En réalité tout apprenant procède par essais et erreurs d'où la nécessité d'accepter l'erreur, d'en partir et d'éviter le jugement moral. D'ailleurs le vocable " faute " n'est pas dénué de connotation morale, religieuse. Il est nécessaire de comprendre l'erreur avant de la combattre. Est-ce toujours dû à la paresse ou à la mauvaise volonté des apprenants ? Ce n'est pas si évident que cela puisse paraître. Les méthodes modernes d'enseignement considèrent l'erreur comme un outil pour enseigner permettant d'arriver, à la source, à l'origine c'est-à-dire à la représentation. En effet, la remédiation ne peut être efficace que si l'on parvient à comprendre l'origine de l'erreur, de remonter aux causes qui ne sont pas toujours faciles à trouver et qui nécessitent quelquefois des connaissances dépassant la spécialité du professeur ; d'autres facteurs sont d'ordre économique, social ou affectif.
Les étapes de la remédiation.
On distingue essentiellement trois étapes principales dans l'acte de remédiation :
* Le repérage de l'erreur.
* L'analyse de l'erreur.
* La mise en place d'un dispositif de remédiation.
La première étape est purement technique, aussi faut-il considérer la seconde comme la plus délicate puisqu'elle déterminera tout le travail ultérieur. En effet, à la lumière du diagnostic établi, on va proposer des exercices de remédiation ; or, si l'on se trompe sur les causes, tout le travail de remédiation sera vain.
ET DANS MA CLASSE !!!!!
Connaître en permanence l'endroit où se trouve l'apprenant dans ses apprentissages, découvrir les méthodes qu'il met en place pour atteindre les objectifs visés, l'amener à découvrir la nécessité d'autres chemins pour arriver au but, lui reconnaître le droit à l'erreur, partir de celle-ci pour reconstruire les savoirs et atteindre les compétences visées dans le cycle, sont mes préoccupations quotidiennes au sein de ma classe.
Lorsqu'un apprenant éprouve des difficultés particulières dans ses apprentissages, le conseil de cycle définit, par écrit, ce qui est mis spécifiquement en oeuvre pour lever celles-ci. Ce document interne reste au sein de l'équipe pédagogique du cycle.
S'appuyant sur des situations d'apprentissages vécues individuellement ou en groupe, cette évaluation formative régulière n'intervient pas dans le contrôle final.
Mise en oeuvre de l'évaluation formative dans ma classe ... Osez !! ... oui, osez !!!
14:13 Écrit par YK dans L'évaluation | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |
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04.11.2009
Les théories de l'apprentissage.
1. Tentons de travailler avec les apprenants plutôt que de nous acharner à agir sur eux ..... Un scénario qui tient compte de l'apprenant, être global.
Assurons la mise à jour de nos connaissances sur ce qu'est apprendre si nous ne voulons pas rester prisonniers de nos vieux schèmes, de nos vieilles croyances. Nos connaissances sur la façon dont le cerveau fonctionne et, par conséquent, sur la façon dont une personne apprend ont beaucoup évolué grâce surtout aux progrès réalisés dans les sciences cognitives et à l'apport des découvertes amenées par les neurosciences .... ( voir D. Sousa dans la rubrique généralités).
De la même manière qu'il est impossible d'imaginer un médecin qui refuserait de prendre en considération les découvertes de la biologie pour soigner les malades, il est impensable que les formateurs ne cherchent pas à intégrer à leur pratique les découvertes des sciences cognitives et des neurosciences pour faire apprendre leurs apprenants.
APPRENDRE !!
Le petit enfant apprend généralement avec beaucoup d'aisance à marcher et à parler, des activités complexes lorsqu'on analyse les mécanismes. Pourquoi la scolarité qui suit n'est-elle pas aussi facile ? L'apprentissage peut-il se faire autrement que dans la douleur ?
Notre conception du " comment apprendre " repose sur un certain nombre d'habitudes mentales que nous remettons rarement en cause. Certes, nous avons bien le sentiment d'apprendre souvent mal, que tout apprentissage demande beaucoup de temps, d'argent et d'effort douloureux ; mais il ne nous semble pas y avoir d'autres choix que d'apprendre comme nous avons toujours appris. Et l'on demandera plus d'heures d'enseignement ou de formation, plus d'argent, plus de personnels ... mais rarement une autre manière d'apprendre, d'enseigner ou de former. Apprendre ressemble à un jeu aux règles bien établies dont nous pouvons certes, changer certains éléments. Mais on n'imagine pas de jouer à un autre jeu, c'est-à-dire d'apprendre autrement, avec une structure d'apprentissage différente. Et puis, n'est-ce pas, " on n'en est pas mort ", et " le système a fait ses preuves ", ... etc ...
Rien de plus difficile que " de casser la répétition " d'un système d'apprentissage certes pratique mais qui a de terribles lacunes ( voir le pourcentage d'échecs scolaires !!!!). Prenons le risque d'essayer.
Mais peut-on imaginer une autre structure d'apprentissage qui fonctionne mieux, pour l'adolescent scolarisé comme pour l'adulte ? Il semble que oui. En fait, il ne s'agit pas d'une " méthode " pour mieux apprendre mais d'une structure plus naturelle et - osons le mot - plus humaine pour apprendre.
1. La qualité de la relation entre le formateur et l'apprenant reste l'élément primordial de la réussite des apprentissages ( voir Sousa dans la rubrique "Généralités").
2. On apprend avec les autres :
A. L'apprenant construit ses connaissances dans l'interaction et au contact des autres " Mon "je" est la somme des "tu" entendus.
B. D'où travail en groupes : partage des compétences, des collaborations, coopération et émulation.
3. Tout le monde n'apprend pas de la même façon ( voir rubrique échecs scolaires) :
A. l'apprenant moyen est toujours absent, bien sûr ; l'apprenant idéal est une utopie, mais cela vous savez déjà !!
B. Toutes les manières d'apprendre décrivent des démarches dont la diversité correspond non seulement à la diversité des projets, donc des contenus d'apprentissage, mais aussi à la diversité des personnes et à leur manière d'apprendre.
C. Spécialisation des hémisphères du cerveau :
hémisphère gauche : analytique - rationnel - séquentiel - verbal - chronologique - abstrait.
hémisphère droit : intuitif - synthétique - global - concret -relationnel.
L'enseignement étant linéaire, séquentiel et les matières étudiées s'appuyant sur la parole et les chiffres, l'école s'est tout naturellement appuyée sur l'hémisphère gauche pour former les gens dont l'Etat et les industries avaient besoin en ces temps-là .... Mais aujourd'hui les ordinateurs font cela très bien et le monde du travail réclame de l'homme ce qu'il est le seul à pouvoir lui donner : imagination, créativité et inventivité. Allons-nous encore longtemps négliger la moitié de notre potentiel et laisser se scléroser tout le volet droit de nos facultés ?
D. Utilisation des différents styles d'apprentissage pour les auditifs, les visuels et les kinesthésiques. Ce qui nécessite des variations dans la façon d'introduire les notions et la traduction des informations dans les deux langages :
* En utilisant au maximum des supports visuels ( 85 % de la perception ).
* En notant au tableau les moments et les éléments importants de l'activité.
* En changeant de canal lorsque l'on réexplique pour ceux qui n'ont pas compris.
* En représentant graphiquement ce que l'on a dit ou entendu.
4. Tout le monde n'apprend pas au même rythme (voir aussi échecs scolaires).
* Accorder plus de temps aux apprenants pour effectuer leurs apprentissages.
* Utiliser des programmes d'enseignement individualisé qui cependant dégagent des effets pervers :
$ Isolent l'apprenant plutôt que favorisent les interactions.
$ Conditionnent plutôt que rendent autonomes.
$ Enferment dans un cheminement tout tracé plutôt qu'encouragent la découverte.
L'important est ici :
$ D'être sensible aux différences.
$ De découvrir quelles sont ses propres préférences.
$ D'apprendre à présenter les contenus d'apprentissage de nombreuses façons afin que tous les apprenants (visuels - auditifs - kinesthésiques) puissent s'y retrouver. En fait, la question qui se pose au formateur est de savoir comment organiser une démarche de formation, une succession de situations qui coïncident le mieux possible avec la démarche d'apprentissage spontanée de l'apprenant. Et la question qui se pose à l'apprenant est de savoir comment utiliser au mieux les situations qui lui sont proposées.
5. Apprendre :
A. Requiert une activité de la part de la personne qui apprend, ou, si on veut, l'apprentissage est avant tout l'affaire de l'apprenant qui construit ainsi des connaissances et des concepts.
B. C'est établir des liens entre les nouvelles connaissances et celles qu'on a déjà en modifiant ainsi ses représentations. C'est découvrir et établir des liens entre les données dont on dispose déjà et des données nouvelles, en vue d'une réalisation qui correspond à l'objectif d'apprentissage que l'on a fait reformuler par les apprenants : " Que cherchez-vous à acquérir ? ".
Pour cela, l'apprenant doit être actif intellectuellement et physiquement, sans pour cela faire un examen systématique des résultats, pour manipuler - comparer - rassembler - dessiner - écrire - chercher - analyser - discuter - s'interroger - réfléchir.
Ici, les apprenants doivent associer les nouvelles données à leurs connaissances antérieures dans une réorganisation complète de leurs savoirs antérieurs et non par simple addition de ceux-ci. L'utilisation de schémas, des tableaux, des cartes, des graphiques, des analogies et des métaphores seront, dans ce sens, des stratégies très efficaces pour les aider à établir des relations entre l'information nouvelle et leurs expériences.
C. C'est voir à quoi pourraient servir les nouvelles connaissances. C'est l'activité la plus banale, celle que nous pratiquons le plus couramment. C'est acquérir une familiarité avec une situation qui fait qu'il n'y a plus d'hésitation lorsqu'on s'y trouve confronté, qui fait que nous pouvons même prévoir ce qui va se passer lorsque nous agissons d'une certaine manière.
Une connaissance apprise est utilisable dans tous les contextes :
* Celle qui ne servirait qu'à répondre à un examen et encore un examen portant sur la matière dans laquelle elle a été étudiée, ne peut être considérée comme acquise.
* Y penser au moment où on entreprend l'apprentissage ne peut que susciter un engagement plus grand de l'apprenant, puisqu'il verra à quoi cette connaissance peut servir en même temps qu'il apprend à s'en servir.
D. Apparaît comme un moyen de satisfaction d'un besoin quelle qu'en soit son origine, comme la réponse à une volonté d'acquérir un savoir-faire nouveau. Apprendre est une manière de changer notre rapport au monde, dans le sens de ce que nous pensons être pour nous d'une plus grande efficacité.
E. C'est tirer profit des actions que l'on engage pour créer de nouveaux modes d'action ou pour améliorer ceux dont on dispose déjà. Cette création ou cette amélioration peuvent se faire soit par conditionnement ( exercices) ou par intervention consciente ( raisonnement - imagination ).
F. C'est toujours être impliqué et se dégager progressivement de cette implication première pour accéder à l'abstraction ; c'est un parcours singulier que personne ne peut faire à notre place.
G. C'est avoir un projet et mettre en oeuvre l'opération intellectuelle requise par l'objectif ainsi qu'utiliser les procédures personnelles les plus efficaces pour soi.
H. N'est possible que s'il y a interaction entre l'organisme et son environnement, et dans le dialogue avec soi-même.
6. On apprend à partir de ses représentations. Les apprenants ont des conceptions personnelles pour expliquer un certain nombre de phénomènes. ( Voir aussi obstacles épistémologiques, noeuds de difficulté, facilitateurs et inhibiteurs d'apprentissage ).
EX. : le thermos - le frigidaire.
7. Pour apprendre, l'apprenant doit maîtriser sa démarche d'apprentissage c'est-à-dire avoir une meilleure connaissance de sa manière habituelle d'apprendre. Beaucoup d'apprenants n'apprennent pas parce qu'ils ne savent pas comment s'y prendre : comment tu t'y es pris pour faire cela ?, qu'est-ce que tu as retenu de cela ?, est-ce que tu pourrais faire cela autrement ? ..... c'est la métacognition.
Faire sortir les " Comment des pourquoi " ou les " pourquoi des comment " ou encore " démonter les mécanismes ".
8. On apprend mieux quand on est dans un environnement stimulant c'est-à-dire que toutes les ressources du monde moderne doivent être mises à contribution. Piaget a magistralement montré et démontré une fois pour toutes que l'apprentissage véritable ne peut être que le résultat d'une expérience personnelle, d'une démarche active, autonome qui prend ses racines dans les gènes.
Piaget, Jean ( 1896 - 1980 ). Psychologue suisse et biologiste de
formation, il occupe une place exceptionnelle dans l'histoire de la psychologie et de l'épistémologie. Ses travaux ( plus de 700 publications dont une soixantaine de livres ) sur la construction de l'intelligence en font un des plus grands psychologues du 20ème siècle. A travers ses nombreux ouvrages, Piaget démontre magistralement que la pensée du jeune enfant a une structure différente de celle de l'adulte cultivé. De ce fait, ses opérations intellectuelles ( sa logique ) et sa mentalité ( contenu de sa pensée ) sont originales et méritent donc d'être étudiées scientifiquement. Il a été le seul professeur suisse à être invité à enseigner à la Sorbonne de 1952 à 1963. Il fondera, en 1955, le Centre International d'Epistémologie génétique qu'il dirigera jusqu'à sa mort. En observant les enfants ( jeux et activités provoqués ), il remarque que le développement de la pensée et du langage de l'enfant ne se fait pas d'une façon continue mais passe par des stades de développement intellectuels bien définis. A travers les différentes recherches qu'il a menées en étudiant la logique de l'enfant, il a pu mettre en évidence d'une part que celle-ci se construit progressivement, en suivant ses propres lois, et d'autre part, qu'elle évolue tout au long de la vie en passant par différentes étapes caractéristiques avant d'atteindre le niveau de l'adulte. La contribution essentielle de Piaget à la connaissance a été de montrer que l'enfant a des modes de pensée spécifiques qui le distingue entièrement de l'adulte

( donc l'enfant n'est pas un adulte en miniature .... Peut-être que l'institution scolaire ferait bien de s'en inspirer !!!! ). En compagnie de sa plus fidèle collaboratrice - Barbel Inhelder -, Piaget a poursuivi toute sa vie le même but : construire une théorie de la genèse des connaissances. Il cherche à répondre à la question : " Comment les connaissances viennent-elles aux individus ? ". Sa réponse, c'est le constructivisme : les connaissances ne sont pas transmises par quelqu'un " qui sait " vers quelqu'un " qui ne sait pas ", elles ne viennent pas des sensations comme le prétendent les associationnistes, elles sont construites par l'individu par l'intermédiaire des actions qu'il accomplit sur les objets. Ses travaux relatifs à la notion d'intelligence ont permis de distinguer trois stades principaux :

1. Le stade de l'intelligence intuitive ( 18 mois à 7-8 ans ), l'enfant reste attaché à ses perceptions successives qu'il ne sait pas encore mettre en relations réciproques. Le cours de sa pensée va dans une seule direction l'enfant tenant compte de ce qu'il voit ou fait au fur et à mesure que se déroule l'action sans pouvoir revenir en arrière ( pensée non réversible ), caractérisée par l'absence de la notion de conservation.
EX. L'enfant ne comprend pas qu'une quantité de liquide reste la même malgré son apparence différente quand on la transvase d'un récipient large dans un récipient étroit.
2. Le stade des opérations concrètes ( 7 à 11-12 ans ) où l'enfant peut se libérer des aspects successifs de ce qu'il perçoit pour distinguer à travers le changement, les invariants. Il peut coordonner divers points de vue et en tirer des conséquences mais sa pensée reste concrète en ce sens qu'elle ne porte que sur des objets manipulables. Donc, il ne peut encore raisonner sur des énoncés verbaux, encore moins sur des hypothèses.
3.Le stade des opérations formelles ( à partir de 11-12 ans ), l'enfant devient capable de construire un raisonnement basé sur des hypothèses ou des propositions, raisonnement hypothético-déductif et non plus sur des objets posés sur la table ou facilement imaginables.
Les défis proposés doivent être à la mesure des apprenants en provoquant un déséquilibre psychologique. Ils doivent être assez élevés pour susciter l'intérêt des apprenants et montrer que les formateurs ont confiance en eux. Mais ces défis doivent être atteignables avec de l'aide et du soutien c'est-à-dire juste un peu plus loin que ce que les apprenants peuvent faire seuls ( Voir aussi zone proximale de développement - Vygotsky).
Lev Semionovitch Vygotsky ( 1896 - 1934 ). Le Mozart de la pédagogie en référence à sa brève existence et à son génie. Philosophe et pédagogue russe, Vygotsky est né à Orcha, aujourd'hui en Biélorussie. Il fait ses études à l'université de Moscou. Ensuite, professeur à l'institut pédagogique de Moscou, il crée un laboratoire de psychologie pour étudier les jeunes enfants et publie en 1926 " Psychologie pédagogique ".
Il se passionne, tout com
me Piaget, pour les problèmes de développement de l'enfant et la construction " de la pensée ". Il a introduit la notion de développement intellectuel de l'enfant comme une fonction des groupes humains plutôt que comme un processus individuel. Ses contributions sont estimées actuellement par les tenants du socio-constructivisme comme primordiales. Mais ses travaux, ses idées longtemps occultés par le stalinisme ne parvinrent aus Etats-Unis que trente ans après sa mort. Une traduction française tardive ne le fera connaître du public francophone qu'en 1985. Pour Vygotsky, l'enfant est d'abord un être social ( interactionnisme social ). Le développement de sa pensée, de son langage, de toutes ses fonctions psychiques supérieures est le fruit d'une interaction permanente avec le monde des adultes : la famille et l'école sont, pour lui, les lieux privilégiés de cette évolution. En accord avec Piaget sur une conception du développement par stades successifs hiérarchisés, il estime que le développement cognitif peut subir une véritable accélération grâce à l'intervention de l'adulte qui par sa médiation lui donne accès à des formes de représentations plus élaborées, et donc à des processus de pensée plus raffinés. Pour expliquer l'effet d'une bonne médiation, Vygotsky avance le concept clé de son travail et sans doute le plus important : à savoir celui de zone proximale de développement ( ZPD ) qui décrit l'espace conceptuel entre ce que l'enfant peut apprendre de lui-même et ce qu'il peut apprendre avec l'aide d'un adulte. La ZPD est donc tout ce que l'enfant peut maîtriser quand une aide appropriée lui est donnée.. Décédé prématurément à l'âge de 38 ans, ses écrits ont été censurés dans son pays, et " négligés "à l'Ouest, jusqu'à ce que certaines orientations de la recherche occidentale permettent une relecture attentive et une convergence générale.
Toutes les approches qui participent d'une pédagogie de projet sont à exploiter et doivent être encouragées car elles donnent du sens aux connaissances et explorent divers champs du savoir.
9. Apprendre, c'est tendre vers un but. Les apprenants doivent avoir le sentiment que ce qu'on leur propose d'apprendre leur sera utile dans leur vie actuelle ou future. Plus on favorisera l'émergence de sens dans la tête de l'apprenant, plus on suscitera son engagement, sa participation et sa persévérance.
Quand on se fixe un objectif, on est prêt à consacrer ses efforts à la réalisation d'un travail scolaire ou autre qui a alors du sens. ( Voir aussi sens et pertinence et le fonctionnement du cerveau chez David Sousa ).
10. On apprend lorsque la relation avec les personnes et la relation avec le savoir sont maximales. L'ambiance, le climat chaleureux et aidant dans lesquels se situera l'action constitueront des facteurs déterminants de réussite et de qualité.
Est-il possible d'enrichir ces deux types de relations ?
Sachant que l'on apprend mieux lorsqu'on est actif ou qu'on interagit avec d'autres personnes, pourquoi dès lors favoriser la plupart du temps une communication à sens unique et le travail individuel ? Pourquoi se contenter de si peu de ressources pour faire apprendre les apprenants, alors qu'il y a dans l'école et dans le milieu du matériel, des outils et des services qui pourraient être mis à profit ainsi que des personnes compétentes auxquelles on pourrait faire appel ? Pourquoi se limiter à un champ d'action restreint et à des moyens somme toute assez pauvres ? Pourquoi accepter en ce début de 21ème siècle de travailler avec les moyens des 17ème et 19ème siècles ?
Les moments dans le déroulement d'un apprentissage.
Un apprenant est en phase d'apprentissage à partir du moment où il y a intention d'acquérir un savoir et tant que le résultat escompté n'est pas acquis, aussi longtemps que la finalité recherchée constitue effectivement quelque chose qui tient à coeur à l'intéressé.
Lorsque nous regardons agir un enfant, avant son entrée dans le monde scolaire, nous trouvons normal de le voir se développer globalement. Puis, petit à petit, nous commençons à décortiquer ses apprentissages. Nous parlerons du développement des aspects physique, cognitif, social et spirituel. En théorie, personne ne peut réfuter le fait que ces différents éléments forment un tout. En pratique, c'est moins évident. Plus l'enfant grandit et plus les apprentissages sont axés sur le développement des connaissances. L"enfant, l'adolescent après son intégration à l'école, en vient à séparer ses connaissances de son expérience de vie. Le réinvestissement des apprentissages dans sa vie n'est dès lors pas évident.
Questions ?
1. Comment créer un enseignement et un apprentissage axés sur l'apprenant considéré comme un tout quand les programmes et les objectifs sont conçus de façon morcelée ?
2. Comment respecter alors la démarche pédagogique des programmes qui veut justement rejoindre l'apprenant dans sa totalité ?
Quelle est la solution la plus cohérente ?
N'est-ce pas l'intégration des objectifs et des contenus de plusieurs matières dans une démarche commune : le projet ?
Le projet : le fait d'apprendre à l'intérieur d'un projet est un élément de motivation chez l'apprenant. Le projet montre l'importance et l'utilité des apprentissages proposés. Le projet nécessite que l'apprenant fasse appel à toutes les facettes de son être global. Le projet rassemble à la fois origine et finalité de l'apprentissage. In fine, le projet constitue une avenue intéressante.
La saisie des données : ces données sont confrontées à des connaissances antérieures et remaniées selon ce que l'apprenant veut en faire. La réussite de l'apprentissage est donc en rapport avec la connaissance que l'apprenant peut avoir des buts que l'on poursuit.
EX. lors de la lecture d'un texte, ce que nous retenons dépend de l'utilisation que nous voulons en faire.
Le traitement des données ou l'élaboration d'une réponse.
La mise en mémoire ou l'expression des résultats.
Ces trois moments sont nécessaires. L'un ou l'autre d'entre eux peut constituer le point de départ de l'apprentissage et il est utile en cas de difficulté de rechercher quelle phase a été éventuellement négligée.
Il y a apprentissage si et seulement si les essais, qui aboutissent à des réussites ou des échecs, font l'objet d'une analyse ( évaluation ) qui permet de tenir compte de ces résultats pour une amélioration de l'action.
C'est l'apprentissage réussi qui est véritablement éducatif.
$ Parce que la connaissance outille l'individu et se répercute sur sa personnalité toute entière.
$ Parce que un rapport humain qui s'établit sur des bases claires, contractuelles, aux termes desquelles un objectif est posé, des moyens sont donnés, une évaluation est prévue, permet à l'apprenant de mieux comprendre et maîtriser sa propre existence.
$ Si je sais ce que j'ai appris, et si je peux le pointer lucidement, le séparer des conditions et des personnes qui ont permis cet apprentissage alors j'ai quelque chance d'accéder à l'autonomie et d'exercer ma liberté.
En revanche, si
$ J'ignore ce que j'ai acquis, si je confonds le savoir et le formateur, la connaissance et la méthode alors je perds toute chance de pouvoir jamais m'approprier ce savoir, l'utiliser autrement et ailleurs ; je reste à jamais dépendant.
$ J'améliore ma manière de faire par la simple pratique des essais suivis de réussites ou d'échecs, sans introduire de réflexion systématique sur la manière de faire alors je suis simplement conditionné.
Apprentissage par groupes de besoins.
On place en parallèle une partie de l'emploi du temps de plusieurs classes dans une même discipline ; ainsi trois formateurs tout en gardant la responsabilité de leur propre classe, se trouvent avoir cours de mathématique, à la même heure, dans des salles contiguës, une fois par semine avec trois groupes d'apprenants différents.
Les formateurs :
* Etablissent une programmation commune.
* Construisent ensemble des épreuves d'évaluation.
* Analysent ensemble les résultats.
* Répartissent les apprenants en fonction de leurs besoins.
* Se spécialisent dans les apprentissages correspondants aux déficits relevés.
Intérêt :
* Extrême souplesse.
* Peut être utilisé partout dans l'institution scolaire.
* Peut avoir lieu systématiquement ou à certaines occasions.
* Loin de représenter un nivellement par le bas, ce mode de fonctionnement évite les lourdes pertes de temps infligées à la fois à ceux qui progressent plus vite et ne sont plus contraints de subir les explications sur ce qu'ils ont déjà compris et à ceux qui, parce que la démarche ne leur est pas accessible, s'ennuient dans l'incompréhension.
* L'essentiel, c'est la recherche en commun par un groupe de formateurs des besoins de leurs apprenants à un stade donné de leur progression et à l'élaboration de stratégies diversifiées pour y répondre.
Le contrat pédagogique.
C'est le contrat qui s'établit plus ou moins explicitement entre les apprenants, les formateurs, les parents et la direction et qui situe la relation d'apprentissage dans un climat affectif valorisant afin de pouvoir écouter l'apprenant et l'aider à percevoir clairement la tâche, à comprendre les consignes, à rechercher la stratégie pertinente et à s'auto-évaluer.
C'est donc un engagement réciproque qui implique toute la communauté éducative et dans lequel il est bon que tous les intervenants s'y reconnaissent comme parties prenantes et en interaction.
La formule du contrat pédagogique engage donc la responsabilité respective de l'apprenant, des parents et du formateur dans la poursuite des objectifs fixés au cours de la consultation pédagogique.
Ce document écrit est signé par les parties en présence : l'apprenant - les parents - les formateurs - la direction. Il est convenu pour une durée et une période données. Il matérialise les engagements pris par rapport au bon fonctionnement de l'institution scolaire où chaque formateur s'efforce par diverses stratégies pédagogiques et didactiques à redonner force et vie aux valeurs scolaires pour parvenir à la réalisation d'objectifs réalistes et concrets.
Le contrat est renégociable : il peut être modifié et ou prolongé à tout moment.
Exemple 1.
Contrat :
Date :
Nom de l'apprenant :
Nom du formateur avec lequel le contrat est passé :
Compte tenu des éléments suivants :
réussites antérieures :
besoins :
intérêts :
Il est convenu qu'au terme du contrat les objectifs suivants seront atteints :
Moyens mis en oeuvre par l'apprenant :
Moyens mis en oeuvre par le formateur :
L'exécution du contrat sera évaluée par :
En cas de non-exécution du contrat, il est prévu le dispositif suivant :
L'apprenant : lu et approuvé
Le formateur : lu et approuvé.
Exemple 2.
Contrat pédagogique et éducatif :
Date :
L'apprenant ....................... , sollicite son inscription en cinquième technique de transition à l'Athénée Royal Célestin Freinet.
Il s'engage ainsi que ses responsables légaux à respecter le contrat suivant dans sa totalité.
L'apprenant s'engage :
* A respecter le règlement d'ordre intérieur de l'Athénée.
* A travailler régulièrement dans toutes les matières.
* A s'investir dans la construction de son projet de formation pour l'année suivante.
* A rechercher activement, longtemps à l'avance, des entreprises d'accueil pour toutes les semaines de stages obligatoires en entreprises.
* A effectuer la totalité des stages prévus en entreprises.
* A respecter tous les articles de conventions de stages.
* A se présenter à l'examen de qualification.
Les responsables légaux s'engagent :
* A venir aux réunions générales organisées pour la classe.
* A honorer au jour et à l'heure prévus les rendez-vous pris avec les membres de l'équipe pédagogique (entretiens individuels, orientation ... ).
* A suivre régulièrement la scolarité de leur enfant ( contrôle des notes et du carnet de liaison ) et à soutenir l'équipe pédagogique en cas de difficultés.
* A épauler leur enfant dans la recherche de stages et à suivre leur bon déroulement.
Les formateurs s'engagent :
* A promouvoir la relation d'apprentissage dans un climat affectif valorisant.
* A aider l'apprenant à percevoir clairement la tâche, à comprendre les consignes, à rechercher la stratégie pertinente et à s'auto-évaluer.
* A redonner force et vie aux valeurs scolaires pour parvenir à la réalisation des objectifs réalistes et concrets.
* A utiliser diverses stratégies pédagogiques et didactiques qui invitent les apprenants à la participation.
Le non respect du contrat par l'apprenant peut entraîner :
* Son transfert dans une autre classe s'il est du secteur de l'Athénée.
* Son déplacement dans un autre établissement.
* Toute faute grave entraînera la convocation de l'apprenant devant le conseil de discipline.
Lu et approuvé le .....................
Les parents - L'apprenant - Les formateurs - Le directeur.
Les trois grands modèles d'apprentissage.
1. Modèle transmissif : privilégie le rapport au savoir.
L'apprenant ne sait rien L'apprenant sait.
Cette conception très ancienne ( 17ème siècle ) et traditionnelle appelée aussi " magistrale " ou " frontale " est toujours la caractéristique du modèle dominant en vigueur dans l'institution scolaire. Elle s'inspire des travaux de John Locke et est basée sur deux présupposés :
A. La neutralité conceptuelle de l'apprenant. Avant l'enseignement, l'apprenant n'a pas de conception personnelle sur le sujet à aborder. La connaissance transmise par l'enseignant vient s'imprimer dans la tête vide de l'apprenant comme dans la cire molle.
B. La non déformation du savoir transmis. Si l'enseignant expose clairement son sujet et si les apprenants écoutent bien (éventuellement en posant une ou deux questions), ils vont assimiler le message tel qu'il a été transmis. Des exercices d'entraînement permettront d'ancrer les nouvelles connaissances qui seront ensuite contrôlées.
Ainsi, selon ce modèle, pour apprendre, l'apprenant doit être attentif, écouter, suivre, imiter, répéter et appliquer. Le rôle du formateur est ici déterminant et consiste à présenter, par son discours, ses exposés et ses démonstrations, les connaissances comme un enchaînement de propositions vraies, de telle façon que, au terme de la transmission, l'apprenant ne puisse pas ne pas reconnaître comme une évidence le savoir auquel on aboutit.
Avantages :
$ L'enseignement basé sur ce modèle est le plus économe en temps et en moyens. Il est adéquat quand on a à faire à un public averti ou motivé qui effectue positivement la démarche de venir s'informer, qui possède des structures intellectuelles comparables à celles du formateur, et qui disposant de connaissances dans le domaine concerné peut profiter de l'exposé pour organiser et restructurer des informations préalables lacunaires et mal hiérarchisées. Mais, est-ce le cas à l'école obligatoire ?? et à la fac ???
$ Visant à développer essentiellement des savoir-faire, ce modèle est facilement mesurable par des évaluations chiffrées.
$ Ce modèle n'est pas déstabilisant pour celui qui transmet l'information ..... quand tout se passe à peu près bien !!!
Limites : dépendent de le validité des deux présupposés :
$ Si une conception initiale inadéquate existe elle risque de ne pas être remise en cause et d'interférer avec la nouvelle connaissance.
$ Ce qui a été dit par le formateur n'est pas toujours entendu de la même façon par tous les apprenants.
$ Apprendre de cette manière néglige une bonne part de la personnalité de l'apprenant et en particulier sa manière personnelle d'apprendre.
$ Ce modèle transmissif ne laisse que peu de choix sur ce que l'apprenant doit apprendre.
$ Les résultats effectifs que l'on en tire sont souvent sans commune mesure avec le temps, l'argent et les efforts déployés.
$ Le modèle transmissif ignore le doute et apprend à respecter et à mémoriser la parole du formateur.
$ Ce modèle induit une forme de passivité, une dépendance à l'égard de l'enseignant et limite l'engagement de l'apprenant dans l'apprentissage, le développement de son esprit critique, surtout si l'apprenant écoute l'enseignant sans vraiment écouter le cours.
$ Tous les apprenants reçoivent le même contenu au même rythme imposé par le formateur.
Modèle transmissif et textes actuels sur l'éducation ( Décret mission ). Je reprends ici simplement ce que disent les textes dans le rapport des savoirs aux apprenants :
* Permettre aux apprenants d'apprendre à apprendre.
* Favoriser l'autonomie dans le travail scolaire.
* Prendre en compte les rythme d'apprentissage des apprenants.
* Identifier, analyser et prendre en compte les difficultés des apprenants.
* Apporter une aide au travail personnel des apprenants, en assurant le suivi.
* Varier les démarches et situations d'apprentissage selon les objectifs fixés et la diversité des apprenants.
On le voit, de telles exigences ont du mal à être réellement prises en considération par la démarche transmissive classique.
John Locke ( 1632 - 1704 ) - philosophe et théoricien anglais est né
le 29 août 1632 près de Bristol. Il étudie à l'université d'Oxford. C'est le principal représentant de l'école empiriste anglaise et son " essai sur l'entendement humain " jeta les bases de la psychologie sensualiste. Locke voit la source des connaissances dans l'expérience et les sensations à partir desquelles l'âme élabore la réflexion. C'est lui l'empiriste célèbre qui proposa la métaphore de " l'ardoise vierge " pour décrire l'esprit humain avant son contact avec le monde. L'empirisme ne reconnaît pas l'existence de concepts a priori, l'esprit est alors conçu comme une " tabula rasa " sur laquelle s'impriment des impressions sensibles. Pour lui, la connaissance humaine est donc a posteriori et la raison n'est ainsi qu'un assemblage d'habitudes reçues. Il quitte le monde en 1704.
2. Le modèle comportementaliste : privilégie l'acquisition d'automatismes, de comportements.
Le présupposé est ici que : l'on ne peut pas savoir ce qui se passe dans la tête de l'apprenant qui est assimilée à une boîte noire à laquelle on n'a pas accès. L'enseignant doit alors se baser sur les comportements observables du sujet, c'est-à-dire les réponses qu'il fournit aux questions posées ou les démarches utilisées pour résoudre un problème.
Il faut donc s'intéresser aux entrées (input) en découpant la tâche à réussir en petites unités et aux sorties (output) en définissant un comportement observable attendu en fin d'apprentissage.
Cette théorie appelée " behaviorisme " prend appui sur les travaux de Thorndike, Pavlov, Skinner et Watson. L'apprentissage résulte d'une suite de conditionnements " stimulus - réponse ". Les connaissances sont donc définies en termes de comportements observables attendus en fin d'apprentissage. le passage d'un niveau de connaissance à un autre s'opère par le renforcement positif des réponses et des comportements attendus. Ainsi, si on élabore des paliers aussi petits que possible, on accroît la fréquence des renforcements tout en réduisant au minimum l'éventuel caractère aversif des erreurs. Dans cette optique, les erreurs sont des manques et doivent être évitées ou corrigées, alors que les réponses correctes doivent être valorisées.
Dans cette optique, enseigner revient à inculquer des comportements, des attitudes, des réactions, des gestes professionnels. C'est aussi entraîner les apprenants à produire les réponses attendues selon les problèmes rencontrés. Dans cette perspective, l'effort d'enseignement est particulièrement centré sur les conditions de mise en activité, sur les manières de faire travailler qui peuvent entraîner des changements dans les comportements des apprenants.
Le rôle du formateur est de définir des sous-objectifs et de mettre en place des exercices progressifs permettant de franchir les différentes étapes sans difficulté.
Le rôle de l'apprenant est de pratiquer les exercices proposés en suivant l'itinéraire balisé.
Les erreurs sont des accidents révélateurs de sous-objectifs mal ou insuffisamment décomposés.
Avantages :
$ Le formateur est attentif aux possibilités et à l'évolution individuelles de l'apprenant. Il lui propose des activités bien adaptées.
$ L'apprenant peut progresser à son rythme ; il est le plus souvent en situation de réussite.
$ Les objectifs étant définis précisément, l'évaluation est facilitée et clarifiée.
Limites :
$ Les tâches découpées cachent la vision d'ensemble (la globalité) : l'apprenant peut réussir chacune des étapes du chemin balisé mais, être incapable, par manque de vision d'ensemble, de parcourir ce même chemin en l'absence de balises.
$ D'autres part, les conceptions initiales n'étant pas prises en compte, elles sont susceptibles de ressurgir lorsque l'apprenant se trouvera devant un problème plus complexe.
$ Repensez à mon histoire relative à la natation, au judo !!!
John Broadus Watson ( 1878 - 1958). Né à Greenville - Caroline du

Sud - en 1878, Watson est un psychologue américain et est considéré comme le père du behaviorisme. Il fait ses études à l'université de Chicago. Il commença par être instituteur dans une école où il était connu pour ses talents de dresseur de rats. En 1913, il écrivit un article : " Psychology as the behaviorist views it " pour devenir ainsi le père d'une science du comportement qui se veut complètement objective : le behaviorisme. En effet, il affirme que la psychologie ne doit pas être la science de la vie mentale mais la science du comportement en prétendant qu'elle doit être une science expérimentale et qu'il faut privilégier ce qui peut être observé. Ainsi, l'objet de la psychologie devient le comportement observable des individus et non l'étude des idées, des motivations, des états de conscience, des sensations et autres éléments internes que le psychologue s'interdit désormais d'étudier. Ainsi, il dénonce avec virulence la psychologie des contenus de conscience, des opérations mentales et l'usage de l'introspection comme méthode d'analyse. Pour lui, la conscience n'est rien d'autre que de la superstition. Watson déclare d'ailleurs : " Donnez-moi une douzaine d'enfants bien portants, bien conformés et de mon propre milieu spécifique et je garantis de prendre chacun au hasard et d'en faire n'importe quel type de spécialiste existant : docteur, juriste, artiste, commerçant et même mendiant et voleur, sans tenir compte de ses talents, penchants, tendances, capacités, de sa vocation ni de la race de ses ancêtres " !!!! La psychologie enfin scientifique allait en fait " gommer " pendant un quart de siècle, deux caractéristiques du comportement humain : l'orientation vers un but et l'intentionnalité.
Edward Lee Thorndike ( 1874 - 1949 ). Né à Williamsburg -

Massachusetts - Thorndike est un psychologue américain. Il fut l'élève de William James, comme Dewey, à Harvard. Il est un précurseur du behaviorisme. Il est surtout célèbre pour sa théorie de l'apprentissage par essais et erreurs dans laquelle il met en évidence d'abord la loi de l'effet qu'il énonce ainsi : " un comportement suivi d'une récompense sera associé à la situation qui l'a déclenché ; tout comportement qui conduit à un état insatisfaisant de l'organisme a tendance à s'éteindre ". Mais Thorndike s'aperçoit vite que dans certains cas, des comportements renforcés négativement peuvent réapparaître et ainsi sa loi de l'effet devient : " Tout comportement qui conduit à un état satisfaisant de l'organisme a tendance à se reproduire ". Dans un second temps, il énonce aussi la loi de l'exercice : " La répétition d'une réponse conditionnée, renforcée par un stimulus agréable tend à persister et une réponse suivie d'un stimulus désagréable tend à diminuer ". Il a beaucoup contribué à la révolution behavioriste qui a fait passer la psychologie de l'étude de l'activité mentale à l'étude des comportements, de leur acquisition et de leur évolution. Thorndike a eu également une influence prépondérante dans le domaine des théories de l'apprentissage.
Ivan Petrovitch Pavlov ( 1849 - 1936 ). Né à Riazan au sud de
M
oscou, en 1849, Pavlov est un médecin et physiologiste russe qui reçu le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1904. Pavlov est célèbre pour ses études sur le comportement réflexe. Il devient professeur de physiologie puis directeur de l'Institut de médecine expérimentale de Saint-Petersbourg. Pavlov est connu pour son travail sur les régulations nerveuses de la physiologie du coeur et du système digestif. Son objectif principal était de mettre en évidence un phénomène psychique dont les bases seraient uniquement physiologiques. Il démontra alors que la sécrétion de salive et des sucs gastriques peut être déclenchée par le contact direct avec la nourriture, par la vue de celle-ci, mais aussi par des stimuli externes liés à l'heure du repas. Pavlov démontra ainsi qu'outre le réflexe non conditionné , plutôt non conditionnel (salivation normale devant la nourriture), il est possible de déclencher, par un processus d'apprentissage - ou conditionnement -, un réflexe conditionné ou plutôt conditionnel (salivation liée au stimulus). Il étendit ensuite ses découvertes à l'Homme.
Ses études sur les réflexes conditionnés plutôt conditionnels portent sur :
$ Le stimulus inconditionel.
$ Le réflexe inconditionnel (réponse inconditionnelle).
$ Le stimulus conditionnel.
$ Le réflexe conditionnel (reponse conditionnelle).
Le conditionnement s'obtient par l'association en contiguïté de deux stimuli. Les réponses réflexes à des stimuli correspondent aux comportements répondants. Ces réponses ne sont pas apprises et sont déclenchées par les stimuli qui les précèdent.
EX. de comportement répondant : Une fois que vous vous brûlez à une source de chaleur, le comportement opérant sera d'éviter de vous approcher trop près d'une source de chaleur.
On se souvient surtout de toutes les expériences que Pavlov a menées avec des chiens en laboratoire. Le stimulus inconditionnel, nourriture pour le chien, déclenche une réponse de salivation appelée réponse inconditionnelle. La cloche en contiguïté avec la nourriture est un stimulus neutre. Si le son de la cloche se fait entendre à chaque fois que l'on présente de la nourriture, le chien associe le son de la cloche à la nourriture. Finalement, le son de la cloche seul va enclencher le processus de salivation, la réponse de salivation. Le son de la cloche est le stimulus conditionnel et la salivation est la réponse conditionnelle. Il y a donc eu apprentissage puisque l'animal a adopté une nouvelle réponse (salivation) à une situation (coup de sonnette) qui ne provoquait pas cette réponse auparavant. Ainsi, pour Pavlov, le réflexe conditionnel correspond à ce que l'on appelle couramment " discipline, dressage, éducation, habitude et toutes les activités psychiques, si complexes soient-elles, ne sont que la résultante de processus physiologiques de type réflexe. Ses travaux influencèrent, au début du 20ème siècle, le développement des théories psychologistes behavioristes.
Burrhus Frédéric Skinner ( 1904 - 1990 ). Né à Susquehanna , Pennsylvanie en 1904, Skinner est un psychologue américain. Il fut, jusqu'en 1990, le représentant le plus célèbre et le plus important du courant behavioriste aux Etats-Unis et dans le monde.

EX. : Il place un rat affamé dans une boîte pourvue d'un petit levier ( stimulus). Si le rat appuie (réponse) sur le levier, une boulette de nourriture (renforcement) tombe dans la mangeoire. Assez rapidement, le rat apprend à appuyer sur le levier pour se procurer la nourriture, le comportement d'appui a donc été conditionné.
Skinner appelle ce conditionnement, le conditionnement opérant, pour le différencier du conditionnement répondant de Pavlov. Pavlov conditionne un réflexe, Skinner conditionne un comportement volontaire. Fort de ses succès avec les animaux, Skinner passe ensuite à l'expérimentation sur l'homme. Il constate que les lois valables pour l'animal paraissent également valables pour l'homme, et imagine pour lui une méthode d'enseignement qui appliquerait les mêmes principes : c'est la création de l'enseignement programmé. Dans le monde des sciences de l'éducation, les opinions sur Skinner sont généralement très tranchées et en sa défaveur. Cependant, la théorie de Skinner a exercé une grande influence sur les méthodes d'apprentissage des langues. Les méthodes audio-orales et les laboratoires de langue sont basés sur ses travaux. Deux ouvrages fondamentaux : Walden two en 1948 et La révolution scientifique de l'enseignement en 1968.
A titre tout à fait personnel, je suis assez tenté d'écrire : " à une époque où tant de disciplines mettent fructueusement la conscience, ce fabuleusement complexe objet, au coeur de leurs réflexions et de leurs recherches, on ne peut que convenir que la position behavioriste appartient désormais à la préhistoire de la psychologie. Et les diverses applications (parfois efficaces) que ses idées peuvent encore inspirer ne doivent pas faire illusion : le behaviorisme est bel et bien mort, son épistémologie fort naïve, ses méthodes primaires et le tout reposant sur un empirisme intenable qui ne correspond en rien à ce qui se pratique dans les sciences dignes de ce nom ".
Un exemple : considérations behavioristes sur l'éducation des enfants à la manière de Skinner.
" Traitez-les comme s'ils étaient de jeunes adultes. Habillez-les et baignez-les avec soin et circonspection. Que votre propre manière d'agir soit toujours objective et d'une tendre fermeté. Ne les étreignez pas, ne les embrassez pas, ne les laissez jamais s'asseoir sur vos genoux. Si vous le devez vraiment, donnez-leur un seul baiser sur le front au moment où ils disent bonsoir. Le matin, serrez-leur la main. Donnez-leur une petite tape sur la tête lorsqu'ils ont particulièrement bien réussi un travail ou lorsqu'ils ont accompli une tâche difficile. Essayez de suivre ces consignes. En une semaine, vous constaterez combien il est aisé d'être totalement objectif avec son enfant tout en restant bienveillant et l'attitude sottement sentimentale que vous aviez eue jusqu'à présent vous fera rougir de honte ". C'est à tout le moins édifiant !!!!!
3. Modèle construtiviste et socio-constructiviste : privilégie le rapport aux apprenants qui construisent activement leurs savoirs en inter-action avec l'environnement.
Cette pédagogie, centrée sur l'apprenant, postule que l'acquisition des connaissances est étroitement liée à l'activité de l'apprenant dans son milieu. C'est l'apprenant qui apprend par l'intermédiaire de ses représentations. Les conceptions initiales ne sont pas seulement le point de départ et le résultat de l'activité, elles sont au coeur du processus d'apprentissage. On dira encore que l'apprentissage résulte de constructions mentales de l'apprenant ce qui implique qu'il est topujours activement engagé dans l'élaboration de ses savoirs. On passe ainsi d'une pédagogie de la réponse à une pédagogie de la question selon laquelle " toute leçon doit être une réponse à des questions que les apprenants se posent régulièrement " ....... mais cela vous le savez depuis longtemps !!!!
Dans cette optique, apprendre ne consiste pas à recevoir le savoir d'une manière passive, mais à agir sur les informations reçues de la situation en les transformant. Les connaissances nouvelles sont construites à partir de ce que l'on sait déjà. Ainsi, l'apprentissage d'une nouvelle connaissance, organisée autour d'un problème, se caractérise par une activité de recherche, de production d'hypothèses, d'explorations, d'essais, de vérifications. Il est évident que les interactions sociales jouent un rôle important dans cette façon d'apprendre.
L'apprenant ne sera pleinement prêt à cet effort difficile ( car il implique une phase de déstabilisation ) que s'il a pris conscience de l'insuffisance de ses représentations.
Ainsi donc, ce modèle repose sur trois présupposés :
1. C'est en agissant ( en résolvant des problèmes ) que l'on apprend.
2. Quel que soit son âge, l'esprit n'est jamais vierge, table rase ou cire sans empreinte. Les représentations initiales s'érigent souvent en obstacle aux nouvelles connaissances.
3. La connaissance ne s'acquiert pas par simple empilement ; elle passe d'un état d'équilibre (zone de confort) à un autre par des phases transitoires au cours desquelles les connaissances antérieures sont mises en défaut.
Le rôle du formateur est complexe :
1. D'abord, repérer les obstacles récurrents.
2. Ensuite, placer l'apprenant dans une situation propre à lui créer un conflit cognitif provoqué par une contradiction entre sa conception initiale et une réalité observée.
3. Enfin, accompagner l'apprenant dans ses tentatives de recherche de solution sans se substituer à lui en l'aidant ainsi à construire ses nouveaux savoirs.
Le rôle de l'apprenant :
1. S'approprier le problème posé, y investir ses connaissances initiales, accepter la déstabilisation procurée par le démenti, reconnaître la nécessité de cette déstabilisation pour pouvoir progresser (ce qui doit faire l'objet d'un contrat didactique approprié).
2. Les erreurs sont révélatrices de conceptions antérieures inadéquates. En ce sens, elles sont constitutives d'apprentissage.
Avantages :
1. L'apprenant est confronté à un problème à résoudre, ce qui lui permet de mettre du sens et de la pertinence ( tiens donc !! ) à son apprentissage.
2. Les conceptions antérieures inadéquates ayant été détruites ou remodelées, elles ne risquent pas de refaire surface et le nouvel état d'équilibre est durable.
Limites :
1. L'enseignement basé sur ce modèle est coûteux en temps ... mais l'enseignement n'est-il pas un métier où il faut savoir perdre du temps pour en gagner !!!!
2. Il nécessite un haut niveau de compétence du formateur, autant pour la conception que pour la gestion des leçons.
3. Il est parfois difficile de trouver des situations-problèmes adéquates.
4. La phase de déstabilisation est parfois délicate chez certains apprenants, en particulier ceux en grande difficulté.
Pour faire court, l'autosocioconstruction des savoirs résulte du métissage de deux idées fortes.
1. Tout savoir est une construction du sujet en réponse aux sollicitations de l'environnement (Piaget ).
Piaget plaide pour une acquisition des connaissances par l'expérience, directe ou indirecte, plutôt que par la transmission. Le moyen utilisé est de faire surgir des conflits cognitifs dans la tête des apprenants : ce que chacun croyait savoir ou savoir faire est bousculé et remis en question. Les constructivistes pensent que ces conflits sont les moteurs de la connaissance.
2. Tout apprentissage résulte d'interactions sociales et dépend de la culture dans laquelle un individu se développe ( Vygotsky ).
Là où le milieu ne suscite pas les tâches voulues, ne présente pas d'exigences nouvelles, n'encourage ni ne stimule à l'aide de buts nouveaux le développement intellectuel, la pensée de l'adolescent ne cultive pas toutes les possibilités qu'elle recèle réellement.
Le rôle du formateur est celui d'un médiateur ( Feuerstein ) : quelqu'un qui accompagne l'apprenant pour lui fournir les éléments qui l'aideront au niveau cognitif.
Reuven Feuerstein ( 1921 - .... ). Né en Roumanie en 1921, Feuerstein

commence, à Bucarest, sa vie active en tant qu'instituteur auprès d'enfants retardés mentalement et émotionnellement. En 1944, ce psychologue et psychopédagogue israélien émigre en Israël où il a travaillé à récupérer les enfants bouleversés par la deuxième guerre mondiale lors de la création de l'Etat d'Israël. Il s'est occupé d'enfants juifs et nord-africains rescapés de la shoah. Après la guerre, il vient en Europe et plus précisément à Genève où il devient l'élève de Piaget. A travers des milliers de patients, le Professeur Feuerstein a acquis la conviction qu'il était possible d'apprendre à apprendre, et ce d'une manière continue. Son Programme d'Enrichissement Instrumental - P.E.I., par ailleurs le coeur de son travail - consiste donc à créer chez tous ceux qui présentent un immobilisme intellectuel les conditions physiologiques et psychologiques leur permettant de faire face de manière autonome aux différents événements auxquels ils seront confrontés. Selon Feuerstein, l'être humain peut développer son intelligence durant toute son existence, à condition de bénéficier de l'intervention médiatrice d'autrui. En effet, pour lui, l'intelligence n'est pas fixée une fois pour toute : tout être humain est compris comme un être en devenir et il dit souvent : " Toute personne est capable de changement quels que soient son âge, son handicap et la gravité de son handicap. Il aime encore à dire " les chromosomes ne doivent pas avoir le dernier mot ". Il remplace la notion de quotient intellectuel par la notion de modifiabilité ou encore potentiel d'apprentissage qui se réfère à la propension à développer son intelligence tout au long de sa vie. Le dysfonctionnement de la relation entre l'enfant, l'adolescent et son environnement trouverait son fondement dans un manque de médiation. Ainsi, Feuerstein propose des tâches qui sont le support, le prétexte d'expériences d'apprentissage médiatisé et qui reposent sur les critères de médiation :elle permet de créer des situations d'apprentissage grâce auxquelles l'intelligence se construit. La pédagogie de Feuerstein est une pédagoie de la médiation. Elle permet de faire le tour des problèmes pédagogiques, de mettre des mots sur des choses implicitement connues pour devenir mieux armé. En prônant une pédagoie généreuse, active et modifiante, Feuerstein nous invite à quitter des attitudes qui ont trop souvent été chez nous passives et acceptantes. C'est une pédagogie à visage humain. Cette méthode pédagogique, ayant depuis longtemps fait ses preuves, vient en contrepoint de la théorie de la " résilience " vulgarisée par Boris Cyrulnik.
Le choix qu'il vous faudra effectuer entre ces trois modèles d'apprentissage, devra l'être après mûres réflexions et sera posé en fonction :
1. Des récentes découvertes des sciences cognitives relatives à la manière d'apprendre.
2. De vos notions de psychologie humaniste.
3. De votre intime conviction sur la manière dont " fonctionne " l'être humain.
4. Du type d'enfants, d'adolescents que vous aurez devant vous.
Bien sûr, les travaux en psychologie du développement et de l'apprentissage, et des sciences humaines en général, tendent à valoriser - dans notre culture tout au moins - le constructivisme à la Piaget ou le socioconstructivisme à la Vygotski.
En quoi l'application d'une pédagogie constructiviste change-t-elle la dynamique d'une classe ?
La pensée constructiviste conçoit l'apprentissage comme l'engagement de l'apprenant dans la construction de sa propre compréhension des faits, des processus et des concepts nécessaires à sa connaissance du monde. C'est pourquoi elle confère aux apprenants un pouvoir que les approches pédagogiques traditionnelles ne leur reconnaissent pas. En effet, les modèles pédagogiques issus du constructivisme mènent à l'élaboration d'un contexte d'apprentissage très riche et émancipatoire pour ceux et celles qui y participent, qui changent non seulement le rapport au savoir, mais également le rapport au pouvoir. D'où l'évolution de la notion de classe vers celle de communauté apprenante.
Pourquoi une situation ou un contexte authentique ?
La communauté apprenante de l'Institut technique Philippe Meirieu de ....... s'est donné comme défi de répondre à deux questions fort complexes pour voir une partie du programme de sciences de la nature. Ces deux questions étaient : " Qu'est-ce qui empêche la lune et les autres corps célestes de nous tomber sur la tête ? et qu'est-ce qui permet aux avions de voler ? ". Pouvoir répondre à ces deux questions exigeait que les apprenants se donnent de nombreuses connaissances scientifiques comme la loi de Bernouilli ( conservation de la quantité de mouvement ) et de celle de la gravité. Inutile de dire que tous les apprenants avaient des connaissances ou des conceptions antérieures relatives aux questions posées, que les connaissances à acquérir étaient nombreuses et variées, qu'on faisait appel au développement de stratégies variées et qu'on devait avoir recours à diverses ressources pour construire des réponses satisfaisantes à ces questions. Bref, le choix d'un contexte authentique donne lieu à des situations-problèmes complexes générant un niveau de sollicitation cognitive élevé et permettant aux apprenants de puiser dans leurs connaissances antérieures leurs conceptions du monde ou leurs expériences pour donner un sens à la construction de leurs connaissances
Le conflit cognitif : un exemple.
Lise, comme tous les apprenants de sa classe, se prépare à faire part de ce qu'elle sait sur la cellule, à l'aide de mots et de dessins. Suite à ce travail, le formateur recueille les représentations des apprenants et les conserve jusqu'à la prochaine leçon. Le formateur présentera trois représentations dont celle de Lise. Au cours de la présentation, on note que le dessin de Lise se rapproche davantage de la notion de bactérie que de celle de cellule. En voyant son dessin qui diffère sensiblement des deux autres, il y a fort à parier que Lise, qui était jusque là convaincue de la justesse de sa représentation, se mette à douter de celle-ci. Lise, de même que les autres apprenants qui se retrouvent dans la même situation, ont vécu une expérience qui a engendré un conflit cognitif ou conceptuel qui ne pourra voir sa résolution que dans l'accommodation de leurs conceptions initiales (celles des apprenants) à la lumière de la conception appropriée laquelle sera dégagée par la médiation du formateur.
Les connaissances antérieures.
De nombreux formateurs et formatrices en formation croient que le concept de connaissances antérieures recouvre uniquement les connaissances vues aux cours qui ont précédé celui qui vient. Notons qu'il s'agit là d'une compréhension incomplète de la base de connaissances qui sert d'ancrage à l'apprentissage. Jean-Pierre Astolfi en 1992 affirme : " qu'avant tout enseignement, il est capital de considérer que les apprenants ont déjà une représentation de l'objet d'enseignement abordé, et ce même et surtout s'il s'agit d'un objet nouveau ".Les recherches indiquent que cette représentation se forge à travers l'expérience, l'imaginaire, les sensations, l'information ... etc ... et qu'elle peut être juste ou totalement erronée. On doit donc comprendre que c'est à cette représentation que l'on se réfère lorsque l'on affirme que la construction personnelle des connaissances repose sur les connaissances antérieures des apprenants.
Les connaissances antérieures, c'est ce que chacun sait, pense, croit, rêve à propos d'une notion pour laquelle il n'a pas encore vécu d'apprentissage systématique.
A quoi sert-il d'expliciter les connaissances antérieures ?
Les résistances à l'apprentissage peuvent provenir :
1. D'une connaissance antérieure initiale fortement ancrée et très éloignée de la nouvelle représentation proposée. Exemple : " A quoi sert un thermos ?"
2. D'une non prise en compte des connaissances antérieures d'un des acteurs, qui ne se sent dès lors pas reconnu, pas rejoint.
Que faire des connaissances antérieures ?
1. Le recueil des connaissances antérieures sert d'abord et surtout à la personne qui les exprime : cela lui permet d'en prendre conscience. Ce recueil peut rester confidentiel ou livré publiquement. Dans ce cas, il permet aussi de se situer par rapport aux autres. Le formateur doit être capable de lâcher prise, de faire confiance à l'apprenant : il prendra ce qui est bon ou utile pour lui, mais pas nécessairement dans l'immédiat.
2. Les connaissances antérieures peuvent servir de point de repère pour évaluer leur évolution en fin de projet ou à plus long terme. Le formateur veillera dans ce cas à conserver la trace et à imaginer une méthode différente de la première pour faire le point sur les acquis ; sinon, le recueil risque d'être biaisé.
3. Les connaissances antérieures peuvent servir de point de départ pour une recherche, en mettant en évidence des conflits cognitifs ou des lacunes dans les connaissances. Reconnaître la viabilité des connaissances antérieures, qui constituent une base solide qui appartient à chacun ; chercher à identifier dans quel cadre elles fonctionnent sans problème. Ensuite, il s'agit d'enrichir ses connaissances antérieures, de les complexifier (pas de les corriger) en imaginant un dispositif qui crée une rupture expérientielle, qui change le cadre initial des connaissances antérieures pour les questionner en vue de les dépasser (démarche socioconstructiviste que vous connaissez bien). Le formateur évitera le jugement de valeur ou la moquerie, il installera un climat de confiance et un esprit de recherche scientifique démocratique (argumentation - négociation)
4. Les connaissances antérieures permettent à l'enseignant d'adapter un dispositif d'apprentissage à son public ; c'est, entre autres choses, gérer une distance, des distances, et pas seulement à propos des contenus. Confronter par exemple les connaissances antérieures des apprenants et du formateur à propos du "bon prof ", du " bon apprenant ", s'informer sur la façon dont les apprenants perçoivent leur trajectoire dans le domaine de l'apprentissage ( passé - présent - futur), sur les raisons qu'ils attribuent à leur réussite ou à leur échec.
Jean-Pierre Astolfi est actuellement professeur des Sciences de

l'Education à l'Université de Rouen après avoir été professeur de biologie en Collège puis responsable de l'équipe de didactique des Sciences de l'Institut National de Recherche Pédagogiques (INRP). Ses travaux, d'abord orientés par les questions didactiques des sciences dans l'enseignement primaire et secondaire, notamment autour des questions des connaissances antérieures persistantes des apprenants, des obstacles à la pensée scientifique, de la construction du savoir et de la lisibilité des manuels scientifiques, se centrent ensuite sur les conditions à réunir pour que les apprentissages scolaires aboutissent à une maîtrise effective des savoirs par les apprenants. Il explore ainsi plus largement la question des processus des apprentissages scolaires et celle de la "logique " des erreurs des apprenants. Il est membre du comité de rédaction ou de lecture de nombreuses revues de Sciences de l'Education et de didactique des sciences.Il a écrit notamment deux ouvrages importants :" Comment les élèves apprennent les sciences " en 1998 et " L'erreur, un outil pour enseigner " en 1997.
Enquête réalisée par Philippe Meirieu.
Objet : l'ennui à l'école.
Population visée : les lycéens.
Nombre de questionnaires dépouillés : 1.200.000.
Questions posées :
1. Qu'est-ce que vous jugez important d'apprendre au Lycée mais qui vous ennuie ?
2. Pensez-vous qu'il y ait un remède à cet ennui ?
Jugés importants mais ennuyeux : 4 types d'enseignement :
Celui qui fait appel à la simple mémorisation (72 %).
Celui qui concerne des phénomènes trop éloignés dans l'espace et dans le temps.
Celui qui se rapporte à des matières secondaires dans l'option choisie.
Celui qui est trop spécialisé ou trop abstrait.
Remèdes proposés à cet ennui :
Avoir des profeseurs plus passionnés.
Avoir des professeurs qui aident et encouragent.
Multiplier les travaux de groupes.
Introduire les technologies nouvelles.
Articuler les enseignements aux problèmes de la vie pratique.
Travailler davantage sur l'actualité.
Utiliser l'interdisciplinarité.
Organiser des visites, des stages.
Inviter des personnes ressources étrangères.
Illustration possible et souhaitable : Vincent, J.D., L'ennui à l'école, Albin Michel, 2003.
L'intelligence ou plutôt les intelligences, qu'est-ce que c'est ?
Selon Howard Gardner, professeur en Sciences de l'Education à Harvard ( voir biographie à la rubrique "Echecs scolaires"), chaque individu possède plusieurs formes d'intelligence, plus précisément dix, d'après ses plus récents travaux dans le domaine.
" Il est de la plus haute importance que l'on reconnaisse et entretienne chacune des différentes formes de l'intelligence humaine, ainsi que chacune de leur combinaison. Nous sommes tous différents les uns des autres parce que ces combinaisons varient d'une personne à l'autre. Si nous acceptons ce fait, je crois que nous avons au moins une chance de résoudre les différents problèmes qui se posent à nous dans le monde ". ( Gardner 1987 ).
C'est en travaillant avec des personnes qui avaient des lésions cérébrales provoquées par une maladie ou un accident que Gardner a remarqué que certaines intelligences avaient été affectées par les lésions cérébrales et d'autres non. Selon lui, ce fait prouve l'existence de plusieurs systèmes cérébraux relativement autonomes. Nous sommes amenés à réfléchir sur le fait que les savants s'illustrent dans un domaine particulier et démontrent des aptitudes supérieures pour une certaine intelligence alors que leurs autres intelligences fonctionnent à un niveau moindre. Deux exemples en guise d'illustration :
1. Dans le film Rain Man (fondé sur une histoire vraie), Dustin Hoffman joue le rôle de Raymond, un adulte autiste, doublé d'un génie logico-mathématique. Il est difficile pour ce personnage d'entretenir des relations avec ses pairs mais il est capable de faire des opérations mathématiques rapides de plusieurs chiffres et d'autres opérations mathématiques étonnantes.
2. Les intelligences sont toujours en interaction. Par exemple, afin de préparer un repas, on doit lire une recette (intelligence linguistique), mesurer les ingrédients (intelligence logico-mathémathique), concevoir un menu qui plaira aux membres de la famille (intelligence interpersonnelle) et combler son propre appétit (intelligence intrapersonnelle).
La vision gardnérienne de l'école repose sur deux hypothèses :
1. Tout le monde n'a pas les mêmes capacités ni les mêmes intérêts et nous n'apprenons pas tous de la même façon ( ceci vous rappelle sans doute le postulat de Burns !! ).
2. Il est impossible aujourd'hui à quiconque d'appréhender le savoir dans son intégralité ( ceci doit être assez douloureux pour certains !! ).
Ainsi, pour lui, la question n'est pas de savoir dans quelle mesure l'apprenant est intelligent mais de quelles multiples façons il l'est. A l'école et en formation supérieure ce sont encore des mesures de Q.I. (quotient intellectuel), axées sur les capacités verbales et non verbales logico-mathématiques qui évaluent la réussite d'un apprenant. Trop souvent, hélas, la recherche de solutions créatives en entreprise continue à favoriser ces deux formes d'intelligence à l'exclusion de toute autre forme d'intelligence. En réalité, une personne qui réussit met en oeuvre davantage de formes d'intelligence que l'intelligence linguistique et l'intelligence logico-mathématique qui sont à la base de l'expertise technique.
Comment caractérise-t-on ces intelligences ? Par exemple, l'intelligence dont surgit l'intuition géniale, l'intelligence qui sait donner un sens à une sensation, l'intelligence qui sait améliorer le travail de tous les jours à partir d'une valeur personnelle ou d'une vision, l'intelligence qui sait à quel moment il faut prononcer un petit mot d'encouragement ?
Comment nomme-t-on l'intelligence qui fait surgir une sculpture d'un bloc de pierre informe, qui a su créer une idée novatrice à partir d'une feuille d'arbre restée accrochée à une veste, qui sait nourrir une conversation entre amis, qui sait créer une ambiance de travail agréable par ses faits et gestes, qui sait montrer aux gens que l'on s'entend bien, qui imprime un rythme de travail favorable à l'épanouissement de tous, qui instaure par un ton de voix une compréhension partagée, qui fait vivre les images qui éclairent un sujet difficile ?
Non seulement les recherches de Gardner nous révèlent une gamme plus étendue des intelligences humaines que ce que nous croyions précédemment, mais elles ont aussi généré une définition pratique et rafraîchissante du concept d'intelligence. Au lieu de voir " l'intelligence humaine " en terme de score à un test standardisé, Gardner définit l'intelligence ainsi :
$. La capacité de résoudre les problèmes que l'on rencontre dans la vraie vie.
$. La capacité de générer de nouveaux problèmes et de les résoudre.
$. La capacité de réaliser quelque chose ou d'offrir un service qui en vaut la peine dans la culture de celui qui le fait.
L'intelligence verbo - linguistique.
Permet de communiquer et de conférer un sens à la réalité à travers les mots. Elle permet l'utilisation de la langue maternelle, mais aussi des autres langues. C'est aussi l'intelligence des sons, car les mots sont des ensembles de sons. Les personnes auditives ont ainsi beaucoup plus de facilité à entendre des mots que de voir et de retenir des images. Tous les individus qui manipulent le langage à l'écrit ou à l'oral utilisent l'intelligence linguistique : orateurs, avocats, poètes, écrivains, mais aussi les personnes qui ont à lire et à parler dans leur domaine respectif pour résoudre des problèmes, créer et comprendre.
Victor Hugo et Gilles Vigneault sont de bons exemples de cette forme d'intelligence.
Victor Hugo ( 1802 - 1885 ). Ecrivain dramaturge, poète, homme politique, académicien et intellectuel engagé français, Victor Hugo est né à Besançon, le 26 février 1802 et meurt à Paris, le 22 mai 1885. Il est le fils du général d'Empire joseph Hugo en garnison dans le Doubs au moment de sa naissance. A 13 ans, habitant Paris, le jeune Hugo entre à la pension Cordier.

C'est là qu'il commence à versifier et à 14 ans, ayant des ambitions immenses, il écrit dans son cahier d'écolier : " Je veux être Chateaubriand ou rien ". Elève au lycée Louis le Grand, il se fait connaître en publiant son premier recueil de poèmes " Odes et Poésies diverses " et obtient, pour celui-ci, une pension de Louis 18 ( 1000 francs de l'époque ). Il est élu à l'Académie française en 1841. La vie de Victor Hugo est un roman peuplé d'événements plus forts les uns que les autres : une enfance de rêve, le mariage controversé avec Adèle Foucher, la bataille d'Hernani, la trahison de son ami Sainte-Beuve, une longue liaison avec la comédienne Juliette Drouet, la noyade de sa fille Léopoldine à Villequier, son combat contre Napoléon 3, dix-neuf années d'exil, un retour à Paris qui lui permet d'être élu député puis sénateur, la folie de sa fille Adèle, la vieillessse paisible et glorieuse avenue D'Eylau et enfin des obsèques nationales suivies par une foule immense. Il est considéré comme l'un des plus importants écrivains romantiques de langue française et occupe une place importante dans l'histoire des lettres du 19ème siècle. C'est aussi un romancier du peuple qui rencontre un grand succès populaire. " Notre-Dame de Paris " et " Les Misérables " en attestent largement. Il est sans conteste l'un des géants de la littérature française.
Pistes pour en favoriser l'expression : faire des présentations, aimer argumenter, persuader, faire des discours, jouer des rôles, dialoguer, écrire, faire des compte rendus, amorcer la conversation, écouter des enregistrements, lire des livres où il y a plus particulièrement des dialogues.
Gilles Vigneault ( 1928 - ........ ). Poète, auteur de contes et de chansons, auteur-compositeur-interprète québécois d'expression française, Gilles Vigneault est né le 27 octobre 1928 à Natashquan, village de la basse côte du Saint-Laurent aux portes du Grand Nord. C'est un géant de la chanson québécoise et une véritable légende vivante en Amérique francophone. Il fait son cours classique au séminaire de Rimouski de 1942 à 1950.
Après cela, il poursuit ses études à l'Université Laval où il obtient sa licence en Lettres. Il devient professeur à l'école de technologie de Québec de 1957 à 1961 animant, en parallèle, quelques émissions de télévision à Radio-Canada. Vedette du film " La canne à pêche " en 1959, il fait ses premières apparitions sur scène en 1960 à la " Boîte à chansons " de Québec. Abandonnant définitivement l'enseignement, il se produit en spectacle au " Chat noir " à Montréal et signe un contrat d'enregistrement avec la maison de disques Columbia qui produit son premier album, récompensé par le " Grand Prix du disque canadien ". Premier Québecois à présenter un récital complet à la Comédie canadienne, il s'adonne à la fois à l'écriture et à l'interprétation de ses propres chansons. Primé de nombreuses fois, il traverse l'Atlantique de nombreuses fois et partage donc son temps entre l'Amérique et la France pendant trois ans et se produit à l'Olympia en avril 1969. Sa notoriété s'étend en Europe, à partir de la France, de la Suisse, du Luxembourg et de la Belgique. Gilles Vigneault a écrit de nombreuses bandes originales de film et publié des recueils de nouvelles, de poèmes. En juin 1975, il chante devant 300.000 personnes sur le Mont-Royal à Montréal, à l'occasion de la Saint-Jean. En 1985, il reçoit la légion d'honneur française. En 2000, il reçoit la médaille d'or du Mouvement national des Québécois et en 2007, son conte symphonique pour enfants " Les quatre saisons de Piquot " reçoit le prix Album jeunesse de l'Association québécoise du disque et du spectacle.
L'intelligence logico - mathématique.
Capacité d'observation, d'analyse et de déduction. L'individu a une force en résolution de problème et en opérations mathématiques, pose des questions " pourquoi et comment ", veut raisonner les choses et savoir ce qui arrivera ensuite, pense " séquentiel ". Cette forme d'intelligence permet l'analyse des causes et conséquences d'un phénomène, l'émission d'hypothèses complexes, la compréhension de principes pas toujours évidents derrière un phénomène, la manipulation des nombres et l'interprétation des quantités. ( Ingénieurs, programmeurs, chercheurs, scientifiques).
Einstein et Hubert Reeves sont de bons exemples de cette forme d'intelligence.
Albert Einstein : voir biographie à la rubrique : " Les grandes pédagogies ".
Hubert Reeves ( 1932 - ........ ). Astrophysicien de renom - Docteur en astrophysique nucléaire - communicateur et grand vulgarisateur scientifique et écologiste franco-québécois, Hubert Reeves est né le 13 juillet 1932 à Montréal. Il est largement connu dans le monde des médias pour son étonnante faculté à rendre passionnantes des notions d'astronomie qui ne sont pas toujours simples à appréhender.

Il fait ses études classiques chez les Jésuites au collège à Montréal où il est parfaitement à l'aise en mathématique ... ce qui n'étonnera personne !!!! C'est à cette époque qu'il observe pour la première fois Saturne à l'aide d'un téléscope qu'il a fabriqué. Inscrit à la faculté des Sciences de l'Université de Montréal, il obtient un baccalauréat es Sciences physiques, puis il présente, à l'Université McGill de Montréal, un mémoire de maîtrise en physique atomique qu'il réussit brillamment par ailleurs. Il poursuit ses études en astrophysique nucléaire à l'Université Cornell de New York où il côtoie plusieurs physiciens contemporains tels George Gamov, Richard Feynman. En 1960, il soutient sa thèse de doctorat qu'il réussit ici aussi haut la main. De 1960 à 1964, il enseigne à l'Université de Montréal, tout en étant conseiller scientifique à la NASA. En 1964, Hubert Reeves déménage à Bruxelles et commence à enseigner à l'ULB, invité au service de Marcel Demeur pour la physique nucléaire, où il constate, entre autres, une forte différence entre l'Amérique de Nord et l'Europe dans les relations professeurs-étudiants. En 1965, le CNRS de Paris lui offre un poste de directeur de recherche et en même temps un poste de conseiller scientifique au Commissariat à l'Energie atomique. Dans les années 1970, Hubert Reeves commence à s'exprimer publiquement sur des sujets liés à la physique nucléaire. C'est à cette époque qu'il commence réellement une carrière de vulgarisateur scientifique à laquelle il consacre un tiers de son temps. Je crois, dit-il, que la communication du savoir est au moins aussi importante que l'avancement des connaissances. Il est malsain et parfois dangereux de cultiver le secret mandarinal autour de la Science.
Pistes pour en favoriser l'expression : travailler à l'ordinateur, écrire des applications, programmer, séparer des objets, classifier, sciences, lecture, discussions, exploration, solutionner des mystères, jouer avec des mots, déchiffrer des codes, mots croisés, puzzles, jeux de stratégie (Monopoly - échecs - dames), jeu de déduction (Cluedo), visiter des musées, résoudre des énigmes, esquisser, grouper, proposer des problèmes à réflexion et des activités de calcul.
L'intelligence musicale.
Capacité de penser en rythmes et en mélodies, de reconnaître des modèles musicaux, de les mémoriser, de les interpréter, d'en créer, d'être sensible à la musicalité des mots et des phrases. Permet de retenir plus facilement les informations si on y ajoute un rythme et une harmonie. Dès le petite enfance, il existe une capacité " brute " concernant l'aspect musical. Les virtuoses en ce domaine montrent leur intelligence en nous faisant vibrer par des nuances, des changements de rythme et d'autres variations transmises par leur instrument de musique ou leur voix.
Mozart, Yehudi Menuhin et Paul Mc Cartney sont de bons exemples de cette forme d'intelligence.
Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756 - 1791 ). Mozart naît le 27 janvier 1756 à Salzbourg et meurt à Vienne le 5 décembre 1791. C'est un compositeur qui laisse une oeuvre gigantesque - pas moins de 626 oeuvres sont répertoriées dans le catalogue Köchel - malgré une mort précose à 35 ans. C'est le fils du compositeur et grand pédagogue Léopold Mozart qui occupe alors la fonction de vice-maître de chapelle à la cour du prince-archevêque de Salzbourg.

Dès l'âge de 3 ans, il révèle des dons prodigieux pour la musique : il a une oreille absolue et certainement une mémoire et une capacité de concentration remarquables. Ses facultés déconcertent son entourage et incitent son père à lui apprendre le clavecin dès sa 5ème année. Le jeune Mozart apprend par la suite le violon, l'orgue et la composition. Il sait déchiffrer une partition et jouer en mesure avant même de savoir lire, écrire et compter. A l'âge de 6 ans, il compose déjà ses premières oeuvres ( menuets et allegro ). A 11 ans, il compose son 1er opéra " Apollo et Hyacinthus ". En 1768, il compose deux autres opéras alors qu'il n'a seulement que 12 ans. En 1769, son père lui fait découvrir l'Italie où il étudiera l'opéra, forme musicale dans laquelle il excellera : Les noces de Figaro, Don Giovanni, Cosi fan tutte, la Flûte enchantée et grâce à son travail sur les harmonies vocales et sa maîtrise de la polyphonie, il donnera ses lettres de noblesse à ce genre musical. Le pape Clément 14 le nomme Chevalier de l'éperon d'or. Ses problèmes de santé s'aggravent et c'est alité qu'il commence à composer son Requiem. Il est conscient qu'il arrive au soir de sa vie et qu'il ne pourra malheureusement pas l'achever ... il laisse des instructions pour le finir. C'est dans l'indifférence générale qu'il s'éteint en 1791. Son succès ne s'est jamais démenti. Son nom est passé dans le langage courant comme synonyme de génie, de virtuosité et de maîtrise parfaite. Plus de 200 ans après sa mort, la musique du grand compositeur autrichien continue de nous transporter. L'histoire de ce génie qui composait avant même de savoir écrire, nous laisse dans la plus grande admiration.
Yehudi Menuhin ( 1916 - 1999 ). Violoniste et chef d'orchestre américain, Yehudi Menuhin ( Lord Menuhin of Stoke d'Abernon ) est né le 22 avril 1916 à New York et mort le 12 mars 1999 à Berlin. Ses parents, Juifs venus d'Ukraine, étaient arrivés aux Etats-Unis après une séjour en Palestine mais dès 1959, ils s'installent en Grande-Bretagne.
Reconnu par tous comme enfant prodige ayant parfaitement assimilé le passage à la vie adulte, ses premières représentations, dès l'âge de sept ans, bouleversent par une maturité et une aisance musicale hors du commun ... il fait sensation dans le concerto pour violon de Mendelssohn. En 1962, il crée l'école Yehudi Menuhin à Cobham dans le Surrey. En 1965, il reçoit le titre britannique de chevalier commandeur honoraire de l'ordre de l'Empire britannique. Musicien complet, Menuhin est aussi un animateur et un homme voué aux justes causes. Il n'hésite jamais à s'engager totalement lorsque les droits de l'homme, de la musique ou de la paix sont compromis. De 1969 à 1975, il a présidé le Conseil international de la musique de l'Unesco, multipliant les démarches humanitaires et contribuant à rapprocher les musiciens entre eux. En 1993, il est anobli par la Reine d'Angleterre et à ce titre, il siège à la Chambre des Lords. Connu pour ses interprétations d'une qualité souvent enflammée, parfois sans doute plus austère, mais ne se départissant jamais d'une vie intense et d'une profondeur indiscutable, il poursuit ses concerts jusqu'à un âge très avancé - il donne encore 110 concerts l'année de ses 80 ans - pour se concentrer à la direction d'orchestre durant ses dernières années. Menuhin est à ce jour, à travers le monde entier, consiédéré comme l'un des plus grands violonistes du 20ème siècle.
Sir Paul McCartney ( 1942 - ...... ). Né dans une famille modeste de Liverpool le 18 juin 1942, Paul McCartney est un musicien, auteur-compositeur et chanteur britannique. Il est surtout connu en tant que bassiste des Beatles, groupe musical anglais au succès planétaire depuis sa formation au début des années 1960.

C'est à l'adolescence qu'il développe sa passion et son habileté musicales. En 1957, le 6 juillet, il rencontre John Lennon pour finalement former avec George Harrison et Ringo Starr, les Beatles. Au sein du quatuor, il forme avec Lennon un des tandems d'auteurs-compositeurs les plus influents et les plus prolifiques de l'histoire du rock, donnant ainsi naissance à plus de 200 chansons au succès considérable. Aux côtés de John Lennon, il est le principal instigateur de la Beatle mania qui démarre aux environs de 1963 et envahit la planète. Chacun cherche à surpasser l'autre artistiquement et cette émulation engendrera les plus gros tubes du 20ème siècle et McCartney en est l'auteur d'une bonne moitié : Yesterday - Penny Lane - Hey Jude ou Let it Be pour n'en citer que quelques-uns. Après la séparation du groupe le 10 avril 1970, il poursuit sa carrière en solo avec plus ou moins de succès depuis les années 80. Unique détenteur au monde d'un disque de rhodium ( 200 millions de disques vendus ) et de l'Ultimate Legend Award et avec plus d'une quarantaine d'albums à son actif, Paul McCartney est considéré comme l'un des compositeurs les plus populaires du 20ème siècle et est l'un des plus grands vendeurs de disques de sa génération.
Pistes pour en favoriser l'expression : garder le rythme, assister à des concerts, utiliser une musique de fond, chanter, faire de la musique, écrire des chansons, se donner des slogans d'équipe, utiliser et jouer d'un instrument de musique.
L'intelligence visuelle spatiale.
Capacité de se construire une représentation spatiale du monde dans son esprit. A une puissante imagination et aime dessiner, concevoir, organiser l'espace, les objets et les surfaces. L'intelligence visuelle permet de créer des oeuvres d'art et artisanales, d'agencer harmonieusement des vêtements, des meubles, des objets, de penser en images. Les géographes, les peintres, les dessinateurs de mode, les architectes, les photographes, les caméramans, les sculpteurs, les infographistes, les marins mettent à prrofit ce potentiel intellectuel.
Le Corbusier et Léonardo da Vinci sont de bons exemples de cette forme d'inelligence.
Charles-Edouard Jeanneret-Gris - dit Le Corbusier ( 1887 - 1965 ). Né le 6 octobre 1887 à La Chaux-de-Fonds ( Jura Suisse ) et mort le 27 août 1965 à Roquebrune-Cap-Martin (France), plus connu sous le pseudonyme Le Corbusier, qui est une adaptation du nom de son ancêtre du côté maternel " Lecorbésier " d'origine albigeoise, est un architecte, urbaniste, décorateur, peintre et homme de lettre de nationalité suisse, naturalisé Français en 1930.

En 1918, il fonde le purisme, critique du cubisme et retour au dessin rigoureux de l'objet. Ses nombreuses constructions de villas (1922 - 1929 ) et des quartiers modernes comme Frugès à Bordeaux l'amènent à formuler les " cinq points " d'une architecture nouvelle : pilotis - toit-jardin - plan libre - fenêtre en longueur et façade libre. C'est le chef de file du mouvement moderne et il a également oeuvré dans l'urbanisme et le design. Il est connu pour être l'inventeur et le réalisateur de l'Unité d'habitation ( Marseile - cité radieuse, Briey-en-Forêt, Rezé près de Nantes, Firminy vert et Berlin ) sujet sur lequel il a commencé à travailler dans les années 1920. Il a aussi commencé, à cette époque, une réflexion théorique sur le logement collectif qui prendra valeur de solution aux problèmes de logement de l'après-guerre (1945). Sa pensée envisage dans un même bâtiment tous les équipements collectifs nécessaires à la vie : garderie, laverie, piscine, écoles, commerces, bibliothèque, lieux de rencontre. Le Corbusier est peut-être le plus célèbre architecte du 20ème siècle. Il a connu de grands rivaux, déclarait André Malraux dans son hommage posthume à l'architecte en 1965, mais, ajoutait-il, aucun n'a signifié avec une telle force la révolution de l'architecture, parce qu'aucun n'a été si longtemps, si patiemment insulté.
Léonardo da Vinci ( 1452 - 1519 ). Né en Toscane en 1452 dans le petit bourg dont il porte le nom, à l'ouest de Florence, et mort à Amboise (France) le 2 mai 1519, Léonardo da Vinci est un peintre italien et un homme d'esprit universel, à la fois artiste, ingénieur, scientifique, inventeur, sculpteur, philosophe et écrivain. Le petit Léonardo est élevé par son grand père paternel et consacre la plupart de son temps à jouer dans la nature et à l'observer, ce qui explique peut-être sa passion future pour elle et son insatiable désir de percer ses secrets.

En 1468, Léonardo da Vinci entre comme apprenti dans l'atelier florentin de Del Verrocchio avec comme compagnon de travail Botticelli. Après un an passé aux basses besognes, son maître l'initie à la préparation des couleurs, la décoration, la gravure, la peinture des retables et des fresques. En 1476, il peint son premier tableau " La madone à l'oeillet " et il accumule à force de travail et de lecture, une somme considérable de connaissances dans divers domaines. En 1482, le duc Sforza l'appelle à son service. Il travaille comme peintre mais aussi comme architecte, décorateur, sculpteur. Il consigne les résultats de ses recherches sur des carnets en utilisant un code car bon nombre de ses travaux auraient pu le mener droit au bûcher car en totale opposition avec les prescriptions de l'Eglise à cette époque : disséquer un cadavre, influence de la lune sur les marées, la formation des continents ... etc ... C'est au cours des années 1502 - 1503 qu'il peint " La Joconde " et les esquisses de Léda et le Cygne. En 1506, le maréchal de France, Charles d'Amboise puis Louis 12 lui offre protection et engagement come peintre et ingénieur ordinaire. En 1514, de retour à Rome, il entre au service du pape Léon 10 et se consacre essentiellement à ses expériences scientifiques. Il est souvent décrit comme l'archétype et le symbole de l'homme de la Renaissance, un génie universel et un philosophe humaniste dont la curiosité infinie est seulement égalée par la force d'invention. Il est considéré comme un des plus grands peintres de tous les temps et peut-être la personne la plus talentueuse dans le plus grand nombre de domaines différents ayant jamais vécu. C'est d'abord comme peintre que Léonardo da Vinci est reconnu. Deux de ses oeuvres, La Joconde et La Cène sont des peintures très célèbres, souvent copiées et parodiées. Comme ingénieur et inventeur, il développe des idées très en avance sur son temps, depuis l'hélicoptère, le char de combat, le sous-marin et jusqu'à l'automobile. En 1516, François 1er le rappelle à Amboise au château de Clos-Lucé où il finira ses jours paisiblement en se consacrant à des travaux d'architecture pour les châteaux royaux et à la recherche scientifique. Ce n'est que quatre siècles plus tard que le génie de Léonardo da Vinci éclata au grand jour.
Pistes pour en favoriser l'expression : l'art, la pratique de sports, la création de cartes d'organisation d'idées, le montage de vidéos, de films, la construction de cartes et chartes, le théâtre, la danse, la bicyclette, la conduite et la peinture.
L'intelligence corporelle - kinesthésique.
C'est la capacité d'utiliser son corps pour communiquer ou s'exprimer dans la vie quotidienne ou dans un contexte artistique ; pour réaliser des tâches faisant appel à la motricité fine ; pour apprendre en manipulant des objets ; pour faire des exercices physiques ou pratiquer des sports. Besoin de se lever, de bouger, de toucher, de prendre les choses et jouer avec. Les possibilités d'expression de ses émotions par le corps, de performances physiques, d'utilisation adroite d'outils, montrent la présence d'un potentiel intellectuel à ce niveau. En effet, il existe un potentiel intellectuel, qui permet par exemple, au joueur de volley-ball de calculer la hauteur, la force et l'effet du lancer pour servir son attaquant. Le cerveau anticipe le point d'arrivée du ballon et met en branle une série de mouvements pour résoudre le problème.(Athlètes, danseurs, artisans, chirurgiens, mécaniciens).
R. Noureev et Z. Zidane sont de bons exemples de cette forme d'intelligence.
Rudolf Noureev ( 1938 - 1993 ). Né le 17 mars 1938, dans un train en direction d'Irkoutsk sur les bords du Lac Baïkal (Russie), Rudolf Noureev est un danseur étoile. Après avoir été danseur soliste au Kirov de Leningrad, il se fait naturaliser Autrichien.

Doté d'une technique exemplaire, il est considéré comme l'un des plus grands danseurs classiques de son époque. Egalement chorégraphe, il fut directeur de la danse à l'Opéra de Paris de 1983 à 1989. En 1945, à 7 ans, Rufolf entre à la " grande école ". La danse entre pour la première fois dans sa vie étant donné que les cours de chant et de danse sont obligatoires. En décembre de la même année, il assiste à une représentation donnée par les danseurs du Bolchoï et du Kirov, à l'Opéra d'Oufa ... c'est à la suite de cette représentation qu'il décide de devenir danseur même contre la volonté de son père. Il commence donc à suivre des cours de danse folklorique puis classique. A 17 ans, il intègre le très prestigieux ballet du Kirov. En 1962, il campe le rôle principal dans " Le Lac des Cygnes " à Covent Garden. C'est également l'année où il rencontre Margot Fonteyn - la grande ballerine anglaise - qui sera sa partenaire privilégiée et l'amie de sa vie. Le duo est improbable et magique : l'un a 23 ans, l'autre 42. Ils deviennent mythiques et proposent un style harmonieux dès leurs premiers pas de deux et font connaître la danse à un public plus large et contribuent à l'explosion de la danse dans les années 1960 - 1970. Noureev devient l'étoile divine et mémorable qu'aura fait danser les plus grands chorégraphes : Maurice Béjart, G. Balanchine ... cet effronté prodigieux, excessif en tout et bête de scène incroyablement magnétique, a accédé au rang de mythe dès l'âge de 23 ans pour ne plus jamais quitter les feux de la rampe. Noureev, l'un des plus grands danseurs du 20ème siècle, monstre sacré du ballet à la grâce inimitable et sensuelle et qui fut applaudi sur toutes les scènes du monde entier, partenaire des plus grandes ballerines et interprète de prédilection de nombreux chorégraphes, s'est éclipsé le 6 janvier 1993, près de Paris, à l'âge de 55 ans.
Zinedine Zidane ( 1972 - ...... ). Né le 23 juin 1972 à Marseille, Zizou est un footballeur international français. Il est cité parmi les plus grands joueurs de football de tous les temps et est listé parmi les 125 meilleurs joueurs mondiaux encore vivant en 2004, dans un classement de la Fédération internationale de football association ( FIFA ).

Sportif préféré des Français en 2006, il est classé à 3 reprises meilleur joueur mondial de l'année par la FIFA en 1998, 2000 et 2003 et ballon d'or en 1998. En 2004, il est élu meilleur joueur européen du demi siècle par l'UEFA. Jouant au poste de milieu offensif, il a été le meneur de jeu de clubs prestigieux européens comme la Juventus de Turin et le Réal Madrid avec lesquels il a remporté de nombreux titres internationaux. Il s'illustre principalement au niveau international lors de la victoire finale française à la Coupe du monde de 1998. Il est promu officier de la Légion d'honneur le 1er janvier 2009 et intègre en juin de la même année l'équipe de direction du Réal Madrid en devenant le conseiller du Président et l'ambassadeur du club.
Pistes pour en favoriser l'expression : s'étirer, faire des jeux de rôles, faire des jeux dramatiques, faire de l'exercice, du théâtre, planifier des événements extérieurs, danser, jouer et faire du sport.
L'intelligence interpersonnelle ou sociale.
Elle permet à l'individu d'agir et de réagir avec les autres de façon correcte. Elle l'amène à constater les différences de tempérament, de caractère, de motifs d'action entre les individus. Elle permet l'empathie, la coopération, la tolérance. Cette forme d'intelligence permet de résoudre des problèmes liés aux relations avec les autres ; elle permet de comprendre et de générer des solutions valables pour aider les autres. Les personnalités charismatiques ont toutes une intelligence interpersonnelle très élevée. Actuellement cette aptitude à comprendre les autres de façon correcte est propre aux professions de politicien, commerçant, enseignant, manager d'équipe et guide spirituel. Elle est la caractéristique des leaders et des organisateurs. Elle permet encore d'être habile en résolution de conflits et d'avoir une bonne écoute.
Mère Térésa et René Lévesque mettaient à profit leur intelligence interpersonnelle de façon exceptionnelle.
Mère Teresa ( 1910 - 1997 ). Née à Skopje, faisant partie de l'Empire Ottoman aujourd'hui la Macédoine, le 26 août 1910, Mère Teresa de son vrai nom Agnès Gonxha Bojaxhiu est une religieuse catholique, d'origine albanaise mais de nationalité indienne, surtout connue pour son action personnelle caritative. Durant plus de 40 ans elle consacra sa vie aux pauvres, aux malades, aux laissés pour compte et aux mourants d'abord en Inde puis dans d'autres pays.
En décembre 1928, elle part pour l'Inde et arrive à Calcutta le 6 janvier 1929 pour enseigner à l'école des filles Sainte-Marie. Elle en devient la directrice en 1944. En août 1948, elle passe les portes de son couvent de Lorette pour entrer dans le monde des pauvres en vivant au milieu d'eux et en décembre elle alla pour la première fois dans les bidonvilles ... lava les plaies de plusieurs enfants, prit soin d'un vieil homme malade allongé dans la rue et d'une femme tuberculeuse mourant de faim. Elle fonda une congrégation de religieuses qu'elle envoya non seulement dans les autres régions de l'Inde mais aussi dans d'autres pays et notamment au Vénézuela. Durant ces années le monde commença à tourner son regard vers Mère Teresa et le travail qu'elle avait commencé. Elle reçut de nombreux prix pour honorer son travail en commençant par le prix indien Padmashri en 1962 et le prix Nobel de la paix en 1979, alors que les médias, avec un intérêt grandissant, commençaient à suivre ses activités. Vêtue d'une robe de coton blanc et d'un sari blanc bordé de bleu, Mère Teresa s'avère être une des personnalités les plus considérées ; ses oeuvres humanitaires et son ascétisme marquent les mémoires en dépit de son absence. Décédée le 5 septembre 1997, Mère Teresa restera un témoin intransigeant de la foi religieuse traditionnelle. Elle a su capter la soif de spiritualité du monde entier, attirant à elle des soutiens bien au-delà de l'Eglise catholique et fut tenue pour un suprême exemple d'humilité, de dévotion et de charité envers les plus pauvres parmi les pauvres. Perçue comme un modèle de bonté et d'altruisme, son nom a été régulièrement évoqué dans la presse indienne et occidentale pendant le deuxième moitié du 20ème siécle. Mère Teresa a été béatifiée le 19 octobre 2003, à Rome, par le pape Jean-Paul 2.
René Lévesque ( 1922 - 1987 ). Né le 24 août 1922 à Campbellton et décédé le 1er novembre 1987 à Montréal, René Lévesque est un journaliste-reporter, animateur de radio au service international de Radio-Canada, une vedette de télévision via l'émission " Point de mire ", qu'il présente à compter de 1956 devenant ainsi l'un des commentateurs les plus influents du Québec. Il fut aussi député et ministre québécois. René Lévesque entreprend ses études primaires à l'école de New Carlisle, en Gaspésie, puis part au collège de Gaspé où il commence des études classiques.

Bien que dans sa famille la langue usuelle soit les français, René Lévesque apprend très tôt l'anglais au contact de ses voisins britanniques ou américains. Sa mère s'installant à Québec, il reprend ses études au collège Saint-Charles dans lequel il terminera ses études secondaires. Il commence des études de droit à l'Université Laval de Montréal mais les quitte en 1943 avant d'en avoir terminé pour devenir correspondant de guerre attaché aux armées américaines. Indépendantiste québécois il fut le premier leader politique, depuis la Confédération, à tenter par le biais d'un référendum de négocier l'indépendance du Québec. Ainsi, il fonde le Parti québécois en 1968 et exerce la fonction de premier ministre du Québec de 1976 à 1985. Mais en 1980, il voit rejeter par les Québécois son projet de souveraineté du Québec en assiciation avec le Canada. Qu'on soit en encore ou non avec ses objectifs politiques, on ne peut qu'admirer l'intégrité, l'honnêteté, le courage et les qualités de démocrate de cet homme qui gouverna le Québec pendant 9 ans. C'est un des plus grands hommes politiques que le Québec ait connu, sinon le plus grand. Au-delà de ses douces extravagances ( en retard à tous ses rendez-vous, mal fringué, fumant comme une cheminée et se pésentant à Paris avec des souliers sports confortables pour des dîners officiels ultra guindés ), René Lévesque est un homme fier, animé par la passion du Québec, un homme dont l'honnêteté et la vision resteront à jamais gravées dans la mémoire de tous les Québécois francophones qu'il a tant aimés et dont il a rêvé de leur donner un pays où ils pourraient enfin s'épanouir.
Pistes pour en favoriser l'expression : se faire des amis facilement, préférer les situations gagnant / gagnant, mener les discussions, pratiquer l'enseignement par les pairs et la collaboration, diriger les projets, conseiller les amis, comprendre les préoccupations des autres, manifester de l'empathie.
L'intelligence intrapersonnelle.
C'est l'aptitude à faire de l'introspection, c'est-à-dire à revenir à l'intérieur de soi, à identifier ses sentiments, à analyser ses pensées, ses comportements et ses émotions. Cette forme d'intelligence permet de se comprendre soi-même, de voir ce qu'on est capable de faire, de constater ses limites et ses forces, d'identifier ses désirs, ses rêves et de comprendre ses réactions. C'est aussi la capacité à aller chercher de l'aide en cas de besoin. En somme, c'est être capable de se faire une bonne représentation de soi. Elle permet encore de résoudre des problèmes reliés à notre personnalité et de travailler sur soi souvent dans la solitude pour trouver un sens à sa vie ... théologiens, thérapeutes, poètes, romanciers, acteurs.
Gandhi et Antoine de Saint-Exupéry sont de bons exemples de cette forme d'intelligence.
Mohandas Karamchand Gandhi ( 1869 - 1948 ) encore appelé Mahatma (Grande âme) Gandhi. Dirigeant politique du Mouvement pour l'indépendance, philosophe et important guide spirituel de l'Inde, Gandhi est né à Porbandar le 2 octobre 1869 et s'est éteint à Delhi le 30 janvier 1948. Il a vécu toute sa vie en tant qu'Hindou mais dans une famille ouverte aux autres communautés religieuses c'est sans doute pendant cette période au sein de sa famille que se forgent ses convictions morales. Il fait preuve de beaucoup de respect et d'attachement envers ses parents. Gandhi est, selon ses propres termes, un élève médiocre à l'école primaire de Porbandar pour ensuite devenir un peu plus studieux au collège à Rajkot. Il passe l'examen d'entrée à l'Université de Samaldas en 1887 mais est complètement dépassé par des exigences qui lui semblent hors de portée. Pendant cette période de sa vie, Gandhi forge des aspects très importants de son éthique et de sa personnalité tels que l'honnêteté, la tolérance, le respect de ses aînés et surtout le rejet du mensonge et la recherche de la vérité.

A l'âge de 18 ans, sur les conseils d'un vieil ami de la famille, Gandhi part pour l'Angleterre où il s'inscrit à l'University College de Londres pour devenir avocat. Après avoir été facilement admis au barreau d'Angleterre et du pays de Galles, il reprend le bateau pour l'Inde le 12 juin 1891. En 1893, une société indienne lui propose un contrat d'un an au plus en Afrique du Sud ... Gandhi accepte. Il ne le sait pas encore, mais c'est le tournant de sa vie. Il y restera finalement 22 ans. Ce long séjour en Afrique le change de manière spectaculaire, d'une part en lui donnant, par sa réussite professionnelle, l'assurance qui lui manquait jusque là et d'autre part, en éveillant sa conscience politique par les témoignages de discrimination envers les Noirs et la Communauté indienne immigrée auxquels il sera confronté dans ce pays. Cette discrimination constante marquera, à l'évidence, un tournant dans la vie de Gandhi et lui servira ensuite de catalyseur pour son militantisme. C'est en étant témoin indirect de l'intolérance, du racisme, des préjugés et de l'injustice contre les Indiens d'Afrique de Sud que Gandhi commence à réfléchir au statut de son peuple et à sa propre place dans la société. C'est en janvier 1915 qu'il rentre en Inde et qu'il découvre qu'il ne connaît pas son propre pays. Il décide alors de le parcourir de long en large, allant de village en village afin de rencontrer l'âme indienne et connaître ses vrais besoins. La première réussite majeure de Gandhi vient en 1918 lorsqu'il organise la résistance civique pour les dizaines de milliers de fermiers sans terre, pour les serfs et pour les petits propriétaires pauvres qui sont forcés de cultiver l'indigo et autres produits d'exportation au lieu de cultiver la nourriture nécessaire à leur subsistance. C'est à partir de cette époque que Gandhi est baptisé par le peuple Mahatma et sa célébrité s'étend alors à l'Inde entière. Il est décidé de mettre un terme à l'exploitation coloniale de son pays, sans répandre une goutte de sang. Il y parvient le 15 août 1947, grâce à un programme de non coopération ( boycott des écoles, tribunaux et produits britanniques ) et de manifestations silencieuses. Il est ainsi devenu le pionnier et le théoricien de la résistance à l'oppression à l'aide de la désobéissance civile de masse le tout fondé sur la non violence - toute violence est maléfique et ne peut être justifiée - conduisant ainsi l'Inde à l'indépendance. Gandhi a inspiré non seulement de nombreux mouvements de libération autour du monde mais aussi de nombreuses personnalités comme Albert Schweitzer - Martin Luther King - Nelson Mandela - le Dalaï Lama ...... Gandhi meurt victime d'un extrémiste qui souhaitait la création d'un Etat hindou " l'Hindoustan " au lieu de l'Inde laïque et multiconfessionnelle. Gandhi a été reconnu comme le Père de la nation, son anniversaire y est fête nationale. Cette date a été déclarée " Journée internationale de la non violence " par l'Assemblée générale des Nations Unies. Gandhi figure au panthéon des plus grandes personnalités du 20ème siècle. Aujourd'hui encore, l'empreinte de Gandhi est vivante en Inde même si la Société juste, égalitaire et non violente dont il avait rêvé reste à construire.
Antoine de Saint-Exupéry ( 1900 - 1944 ). Né le 29 juin 1900 à Lyon et disparu en vol le 31 juillet 1944, Antoine de Saint-Exupéry est le troisème enfant du vicomte de Saint-Exupéry et de Marie de Fonscolombe.

Il commence ses études au Cours Préparatoire chez les Frères des Ecoles chrétiennes à Lyon puis au collège des Jésuites au Mans où il restera jusqu'à la guerre de 1914. En 1912, il reçoit son baptème de l'air et en est subjugué. En 1917, bien qu'élève peu brillant, il obtient son baccalauréat. Très affecté par la disparition de son jeune frère, il s'enferme dans un mutisme douloureux. En 1921, il effectue son service militaire au 2ème Régiment d'aviation à Strasbourg et obtient la même année son brevet de pilote civil. C'est en 1922 qu'il obtiendra son brevet de pilote militaire et qu'il rejoindra Le Bourget. En 1926, il publie sa première oeuvre " L'Aviateur " et est enfin chargé de convoyer son premier courrier sur Alicante, puis de Toulouse au Sénégal avant de rejoindre l'Amérique du Sud en 1929. En 1939, il est mobilisé dans l'armée de l'air et rejoint une unité chargée de reconnaissances photographiques en vue du débarquement en Provence. Il disparaît dans des circonstances mystérieuses probablement lors de sa mission du 31 juillet 1944 et son avion n'a été retrouvé qu'en 2004. Le Petit Prince - conte allégorique de l'amour et de la fraternité - écrit à New York et publié en France en 1945 devient très vite un immense succès mondial.
Pistes pour en favoriser l'expression : penser des stratégies, imaginer, écrire un journal, se relaxer, apprendre sur soi-même, pratiquer des exercices de concentration, réfléchir, méditer, se réserver des temps pour réfléchir seul.
L'intelligence naturaliste.
Elle est l'intelligence du biologiste, du botaniste, de l'écologiste, de l'océanographe, du zoologiste, de l'explorateur, du chasseur, du chef cuisinier. L'individu est capable de classifier, de discriminer, de reconnaître et d'utiliser ses connaissances sur l'environnement naturel, sur les animaux, sur les végétaux ou sur les minéraux. L'individu a un souci constant de la nature. Il aime posséder un cahier de notes d'observation ou garder ses observations en mémoire ; il aime prendre soin d'animaux, cultiver un jardin. Il est conscient du monde qui l'entoure et aime être à l'extérieur.
Charles Darwin et Nicolas Hulot sont de bons exemples de cette forme d'intelligence.
Charles Darwin ( 1809 - 1882 ). Né le 12 février 1809 à Shrewsbury et décédé le 19 avril 1882, Darwin est un naturaliste anglais dont les travaux et la théorie de l'évolution appelée aussi la théorie de la descendance modifiée par le moyen de la sélection naturelle des espèces vivantes ont révolutionné et ouvert la voie de la pensée moderne biologique. Un père médecin et un grand père naturaliste ont certainement donné au petit Charles un esprit scientifique. Cependant, il montre peu d'intérêt pour les études et en 1818 il quitte la petite école de Shrewsbury pour la grande école du docteur Butler où il va rester 7 ans. En 1835, Darwin commence ses études de médecin à l'Université d'Edimbourg mais abandonne après 2 ans pour suivre des cours de Théologie qu'il abandonnera aussi pour finalement, sur les conseils du botaniste Stevens Henslow, étudier la géologie.

En 1831, il obtient une place sur le Beagle, un bateau en partance pour cartographier la côte de l'Amérique de Sud. Durant ce voyage de 5 ans, Darwin va surtout collectionner les spécimens et les fossiles des espèces qu'il va rencontrer. En 1832, en Uruguay, trouvant des fossiles de grands tatous, il constate que l'espèce a diminué de taille ...... première hypothèse d'évolution. C'est surtout dans les îles Galapagos, en 1835, que ses observations l'amènent à élaborer l'ébauche de sa théorie. Il remarque qu'une même espèce retrouvée sur plusieurs îles présente des différences notoires. Le cas des pinsons est exemplaire de ces évolutions : suivant le lieu le bec est adapté aux différentes sortes de nourriture. En 1836, de retour en Angleterre, il commence à élaborer sa théorie de l'évolution. Mais il faudra attendre 1859 pour que son ouvrage " L'origine des espèces par la sélection naturelle " soit publié. Les réactions sont rapides et nombreuses tant dans la Communauté religieuse que dans la Communauté scientifique. En effet, Darwin nous apprend que l'apparition de l'être humain sur terre est la conséquence de diverses métamorphoses qui ont affecté le corps des singes dans un lointain passé. Ainsi Darwin nous force à repenser la distinction classique entre l'humain et l'animal. Sa théorie nous conduit à admettre que nous sommes le résultat improbable d'un long processus biologique qui a débuté il y a plusieurs millions d'années. Le débat fit rage pendant plusieurs années et sa théorie fait l'objet de multiples attaques. Les principes de fond de sa théorie ont été confirmés au fil du temps. Dès 1865, le moine Gregor Mendel découvrit, grâce à une expérimentation sur les petits pois, les lois de l'hérédité des caractères. Ceci permit de démontrer que l'un des postulats de Darwin était vrai : une évolution / mutation peut se transmettre à sa descendance. Jusqu'à la fin de sa vie, Darwin continuera à publier et à répondre aux attaques. Il fut tout de même reconnu de son vivant pour la richesse de ses travaux et devient membre de la Royal Society of London, ainsi, qu'en 1878, membre de l'Académie des Sciences en France. Bien qu'elle ne conduise pas directement à un développement technologique, sa théorie constitue néanmoins une des révolutions scientifiques les plus importantes de l'époque moderne. Si les biologistes de notre époque ont pris leurs distances vis-à-vis du naturaliste anglais, il faut reconnaître que sa doctrine de la sélection naturelle domine encore dans la conception actuelle de l'évolution car d'un point de vue philosophique, la découverte de Darwin va complètement bouleverser l'image de l'humain.
Nicolas Hulot ( 1955 - ....... ). Né le 30 avril 1955 à Lille, Nicolas Hulot est un reporter et écrivain français. Il fit ses études au lycée Saint-Jean de Passy dans le 16ème arrondissement de Paris.

Il débute sa carrière dans les médias, à la radio et plus précisément à France Inter. En 1980, il fait ses débuts à la T.V. dans une émission pour enfants " Les visiteurs du mercredi ". Dès 1987, il présente l'émission télévisée Ushuaïa, le magazine de l'extrême, diffusée sur TF 1. Il devient grâce à cette émission un familier des téléspectateurs et un des grands porte-parole français de la sauvegarde de la nature de ces vingt dernières années. Dans cette émission, il montre les dommages causés à la Terre par l'humanité et tente de sensibiliser les téléspectateurs à ce qui motive son soutien pour le changement de conscience écologique. Officier de la Légion d'honneur, Chevalier des Arts et Lettres, il est le président de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l'homme qu'il crée en 1995. Critiqué par une partie du mouvement écologiste français comme trop consensuel, il est l'auteur d'un film sorti en octobre 2009 " Le syndrome du Titanic " dont le discours portant sur la question de " l'urgence écologiste " est perçu comme une radicalisation par certains.
Pistes pour en favoriser l'expression : concevoir des systèmes, structurer des idées, poser des questions, mettre les choses en ordre, regrouper les gens, jardiner, concevoir des décorations intérieures, faire de la recherche scientifique.
L'intelligence existentielle.
L'intelligence existentielle se définit par l'aptitude à se questionner sur le sens et l'origine des choses. C'est la capacité à penser nos origines et notre destinée, à se situer par rapport aux limites cosmiques ( infiniment grand et infiniment petit ) ou à édicter des règles ou comportements en rapport aux domaines de la vie.
Winston Churchill est un bon exemple de cette forme d'intelligence.
Sir Winston Leonard Spencer Churchill ( 1874 - 1965 ). Né à Woodstock le 30 novembre 1874 et mort le 24 janvier 1965 à Londres, Winston Churchill est un homme politique britannique. Surtout connu pour avoir dirigé le Royaume-Uni et célèbre pour son rôle pendant la seconde guerre mondiale durant laquelle il a incarné la résistance du peuple britannique face aux assauts des nazis. Cet homme d'Etat fut premier ministre du Royaume-Uni de 1940 à 1945 et de nouveau de 1951 à 1955, fut officier de l'armée britannique, journaliste, historien, artiste et écrivain lauréat du prix Nobel de littérature en 1953.

Winston Churchill est l'auteur de nombreux ouvrages dont surtout " Mémoires de guerre " (1948 et 1954) précieux témoignages sur son extraordinaire tenacité dans une des périodes les plus sombres de la Grande-Bretagne et du monde libre. Indépendant et rebelle par nature, Winston Churchill est mal noté à l'école ce qui entraîne des punitions. Il entre à Harrow School le 17 avril 1888 et y fait des études médiocres. Puis il passe par l'école militaire de Sandhurst où il obtient des notes élevées en anglais et en histoire et un titre de champion d'escrime de l'école. Il sort de là avec le goût de l'aventure et le désir de se faire rapidement connaître. Durant sa brève mais mouvementée carrière militaire pendant laquelle il est surtout un correspondant, un journaliste de guerre pour le Morning Post, il écrit des livres sur ses campagnes militaires tels que L'Histoire de Malakand Field Force en 1898 et The River War en 1899. Il quitte l'armée britannique la même année. Durant sa carrière civile, longue de près de 60 ans et cela depuis 1900, il occupe de nombreux postes politiques et ministériels. Le 10 mai 1940, il devient Premier ministre du Royaume-Uni et conduit le pays à la victoire contre les puissances de l'Axe. Mais Churchill se décrit lui-même comme affligé d'un " défaut d'élocution". Après avoir travaillé de longues années à le surmonter, il déclara finalement " Mon défaut n'est pas une entrave ". On présente souvent aux stagiaires orthophonistes des cassettes vidéos montrant les manies de Churchill pendant ses discours et la Stuttering Foundation of America présente la photo de Churchill sur sa page d'accueil, comme l'un de ses modèles de bègues ayant réussi. Nonobstant cet handicap, ses discours marquent le peuple britannique et les forces allièes. En 1946, il dénonce le rideau de fer ; la même année, à l'Université de Zurich, il formule les conclusions qu'il a tirées des leçons de l'Histoire dans le fameux " discours à la jeunesse étudiante " : " il existe un remède qui redonnerait en l'espace de quelques années la liberté et la sérénité à toute l'Europe. Il consiste à recréer la famille européenne dans une aussi large mesure que possible et de la doter d'une structure au sein de laquelle elle puisse vivre en paix, en sécurité et en liberté. Nous devons construire une sorte d'Etats-Unis d'Europe. C'est ainsi que l'homme qui avait été le moteur de la coalition contre Hitler devint un militant actif de la cause européenne. Il prend sa retraite en 1955. La Reine Elisabeth 2 lui a conféré et l'a élevé à la dignité de Chevalier en le revêtant des insignes de l'Ordre de la Jarretière en 1953. Parmi les autres honneurs innombrables et les décorations qu'il a reçues, une mention spéciale doit être donnée à " La citoyenneté d'honneur des Etats-Unis " que le Président Kennedy lui a conféré en 1963. A sa mort, le Reine lui fit l'honneur d'avoir des obsèques nationales qui furent l'un des plus importants rassemblements d'hommes d'Etat dans le monde.
L'intelligence spirituelle.
L'intelligence spirituelle est étroitement liée à l'accomplissement d'un besoin profond de l'être humain - celui de sentir que tout a un sens. Elle réunit un certain degré de maturité émotionnelle et morale ainsi qu'un comportement éthique. Elle implique de la sagesse - à l'idée de sagesse qu'on les bouddhistes - et de la compassion manifestées face aux autres gens quel que soit le sexe, la croyance, l'origine ethnique, l'âge en tant que forme de respect pour toute forme de vie. Elle suppose aussi un certain sens de l'introspection et de la compréhension basée sur le désir de reconnaître les illusions, de se détacher de ce qui est éphémère et d'éclaircir les questions liées à la liberté existentielle et à la mort. Elle implique la connection de la vie intérieure à la vie extérieure, avec les actions et le service offert à l'humanité. Elle permet de se questionner sur le sens et l'origine des choses et de prendre conscience de sa place dans l'univers. ( Philosophes - Théologiens ).
Le Dalaï-Lama est un bon exemple de cette forme d'intelligence.
Tenzin Gyatso - 14ème Dalaï-Lama (Océan de sagesse) - ( 1935 - ....... ). Né le 6 juillet 1935 à Takhester, au nord-est du Tibet, dans une famille de petits paysans, le Dalaï-Lama est reconnu par les Tibétains comme le plus haut chef spirituel du Tibet et comme la réincarnation du bodhisattva de la compassion ( ce sont des êtres éclairés qui ont choisi de renaître pour le bien de tous les êtres ). Il est encore la manifestation du Bouddha de la Compassion qui a choisi de se réincarner pour servir l'humanité.

Le petit Gyatso reçoit alors une éducation religieuse et spirituelle complète de haut niveau le préparant à ses fonctions de chef spirituel bouddhiste et chef séculier du peuple tibétain. IL est docteur en philosophie bouddhiste. C'est en 1950, à l'âge de 15 ans, que le Dalaï-Lama devient chef d'Etat et chef du gouvernement tibétain. Il passe les 9 années qui suivent à la recherche d'une solution pacifique à la crise par rapport à la Chine avant d'être contraint de fuir en Inde. Aujourd'hui encore, non seulement les Tibétains sont sévèrement réprimés et empêchés de s'exprimer, mais en plus, ils subissent la très forte pression d'une politique de colonisation. " Si rien ne change, la culture tibétaine risque de disparaître d'ici 15 ans ", affirme le Dalaï-Lama. Malgré cela, il persévère dans la voie de la non violence et demande à la Chine de négocier pour aboutir à un compromis politique. Le Dalaï-Lama a reçu le soutien de nombreuses personnalités et institutions de par le monde pour sa lutte non violente pour la liberté du Tibet. Il a reçu le Prix Nobel de la paix en 1989. Personnalité exceptionnelle, il a rassemblé les Tibétains en exil. Souvent, le Dalaï-Lama dit de lui qu'il est un simple moine, ni plus ni moins. En exil à Dharamsalla, au nord-ouest de l'Inde, il s'adonne essentiellement à la méditation et aux prières. Par ailleurs, il voyage beaucoup dans le monde pour donner des conférences à l'occasion de rencontres bouddhistes ou encore pour s'entretenir avec des personnalités politiques. Rien ni personne ne semble altérer le sourire du Dalaï-Lama résolument confiant dans " l'avenir à long terme ". Nul doute que la notoriété du " Maître de sagesse " ira en grandissant bien au-delà des considérations religieuses ou intellectuelles. Car, à l'heure de l'essoufflement des idéologies, le Dalaï-Lama demeure un modèle d'accomplissement spirituel et un médiateur exemplaire de sagesse et de paix. Il met l'accent sur la responsabilité universelle et l'interdépendance des individus et des nations dans la réalisation de la bonté essentielle de la nature humaine. Depuis des années, le Dalaï-Lama voyage inlassablement pour enseigner la paix et dispenser la sagesse et la joie. Le Dalaï-Lama est porteur d'un message qui touche le coeur de chacun et qui dépasse son identité de moine et de bouddhiste. Il a développé une dimension d'humanité qui le rend universel. Sa vie exceptionnelle ne l'a pas mis à l'abri des épreuves. Au contraire et c'est sans doute à travers la souffrance acceptée, assumée et dépassée qu'il trouve la force de nous exhorter à construire un monde meilleur plus fraternel, fondé sur des valeurs qui donnent un sens à la vie.
Pour continuer à alimenter la construction de notre savoir, la richesse de notre débat, la profondeur de nos convictions, voici une succession de déclencheurs qui réanimeront, je l'espère, votre envie de savoir :
1. Pourquoi l'école apprend-elle tout, sauf le bonheur d'apprendre ?
Pourquoi l'école rend-elle ennuyeuses des matières passionnantes ?
Pourquoi l'école sélectionne-t-elle avant d'éduquer, élimine-t-elle avant d'instruire ?
Pourquoi l'école s'acharne-t-elle à dispenser un enseignement identique à des enfants différents?
Pourquoi l'école ne peut-elle être un remède au chômage et à la violence ?
Questions posées par François de Closets dans son ouvrage : " Le bonheur d'apprendre et comment on l'assassine " chez Seuil en 1996.
François de Closets ( 1933 - ...... ). Né à Enghien-les-Bains, le 25 décembre 1933, dans une famille bourgeoise, François de Closets est un journaliste et producteur de télévision français. Après des études de droit, il a rejoint l'Institut d'études politiques de Paris ( Sciences-PO ) dont il fut diplômé en 1958. Il a mené,en parallèle, une double carrière de journaliste et d'écrivain.

En 1961, il entre comme journaliste à l'Agence France-Presse. A la télévision, il a débuté au Journal Télévisé puis, après une interruption suite aux événements de 1968, il a produit pendant une trentaine d'années des émissions sur T.F.1 et sur Fr.2 à caractère scientifique : " Les grandes énigmes de la Science " - c'est le précurseur des émissions " C'est pas sorcier " bien connues des professeurs de sciences d'aujourd'hui -, à caractère économique : " L'enjeu ", à caractère médical : " Savoir plus santé ". Comme écrivain, il a consacré une vingtaine d'essais, dont la plupart furent des best-sellers, à la société française. Sur des thèmes très variés, il s'est ataché à mettre en lumière les blocages de son pays face à l'évolution du monde moderne. En 1988, il a présidé la commission Efficacité de l'Etat, dans le cadre du Commissariat général au Plan. Le rapport final : " Le pari de la responsabilité " inspirera la politique du gouvernement sur le renouveau du service public. Aimant s'exprimer dans les supports les plus divers, il n'a cessé de déplacer ses centres d'intérêt au gré de sa curiosité, des questions scientifiques aux problèmes de société, en passant par l'économie, la communication, la santé et la culture. Ses livres ont souvent provoqué de vives réactions, mais en raison de la diversité des sujets qu'il traite et des positions qu'il prend, ces critiques sont venues de milieux fort différents. François de Closets se veut d'abord un homme d'information jaloux de son indépendance.
2. Notre pédagogie consisterait-elle à submerger les apprenants de réponses à des questions qu'ils n'ont pas posées ? Karl Popper.
Karl Popper ( 1902 - 1994 ), né à Vienne en 1902, est

incontestablement l'un des plus grands et des plus influents philosophes des Sciences du 20ème siècle. Très jeune, il s'intéresse aux disciplines et aux arts les plus divers. D'abord tenté par une carrière musicale où il étudie le violon et le piano, puis par un engagement politique qui dura toute sa vie et où il s'est vivement intéressé au sort politique du genre humain. Durant toutes ses années de formation fondamentale, Popper aura de nombreuses occupations. Il sera un temps travailleur social et s'occupera d'enfants abandonnés. Il travaillera également dans les dispensaires d'Alfred Adler et aussi de 1922 à 1924 comme apprenti ébéniste.Il entreprit ensuite des études universitaires en concentrant son intérêt dans l'étude de la physique et des mathématiques. Diplômes en poche, il enseigna la physique, les mathématiques et la chimie dans un Lycée. En 1937, sous la poussée de l'antisémitisme, il émigre en Nouvelle-Zélande, où il accepte un poste d'enseignant à la Canterbury University College de Christchurch. En 1945, il réintègre l'Europe où il est invité à la prestigieuse London School of Economics, où il enseigne la logique et la méthodologie des sciences. Pendant toute sa carrière, il s'est aussi intéressé à la théorie de l'évolution de Darwin, dont le schéma servira de leitmotiv de son " épistémologie évolutionnaire " essentiellement basée sur la notion d'apprentissage par essaiset erreurs. Son maître ouvrage " La logique de la découverte scientifique " accorde une place relativement importante à l'analyse de l'histoire, de la sociologie et de l'économique. L'oeuvre de Karl Popper est assurément l'une des grandes réalisations intellectuelles de l'histoire de la philosophie et de la philosophie des Sciences en particulier. Il habitera la banlieue de Londres jusqu'à sa mort en 1994.
3. Mais suffit-il d'observer un ..................... pour s'approprier son art ? ( Y.K. )
4. " Former " n'a de sens que s'il est suivi de deux compléments : former quelqu'un à quelque chose ". ( Y.K. ).
5. " L'enseignement qui n'entre que dans les yeux et les oreilles ressemble à un repas pris sans rêve ". ( Y.K. ).
6. Personne n'apprend quoi que ce soit en restant à ne rien faire. ( Ecole des entraîneurs de Paris ).
7. Comment apprendre s'il n'existe pas une résonnance affective positive entre l'apprenant et le formateur, entre l'apprenant et le savoir ? L'attachement réciproque et le plaisir dans le travail sont des facteurs majeurs et incontournables dans l'acte d'apprentissage. ( Y.K. ).
8. Les conaissances ne se transmettent pas, elles se reconstruisent et chacun le fait à son rythme. ( Y.K. ).
9. Une situation d'apprentissage exigeante sera perçue par celui ou celle qui la reçoit comme une reconnaissance de ses compétences existantes ou en devenir. ( Y.K. ).
10. Les formateurs souhaitent que leurs apprenants se souviennent en permanence de ce qu'ils leur ont enseigné. Il est intriguant de constater, à ce propos, que les deux structures du cerveau principalement responsables de la mémorisation à long terme se situent dans le système émotionnel. ( David Sousa ).
Le neurobiologiste Paul MacLean vient confirmer cette affirmation de David Sousa avec sa théorie du cerveau triunique.
Paul MacLean ( 1913 - 2007 ). Médecin et neurobiologiste américain, docteur à l'Université de Bethesda (USA), Paul MacLean est né le 1er mai 1913 à Phelps ( Etat de New York ) et est décédé le 26 décembre 2007. Il est l'auteur de la théorie dite du cerveau triunique selon laquelle l'évolution de cerveau dans le règne animal se retrouve dans la structure du système nerveux central humain avec un étage reptilien, un étage limbique ( mammalien ) et enfin le néocortex ( néomammalien ) qui occupe les 2/3 de la masse cérébrale.

Le cerveau reptilien - tronc cérébral, cervelet et bulbe olfactif - aussi appelé cerveau primitif, archaïque, se serait développé il y a plus de 500 millions d'années. Il remonterait à l'époque où des poissons sortent de l'eau et deviennent batraciens puis reptiles. Il contrôle les muscles et les fonctions autonomes ( respiration et battements du coeur ). Il se charge de la survie de l'organisme : respirer, boire, manger, dormir, assurer la défense du territoire (agressivité) et la survie de l'espèce (se reproduire). Quand un enfant, un adolescent, un adulte dit : " dégage de ma place " il laisse s'exprimer son cerveau reptilien. Ce cerveau aime garder la même place et conserver les mêmes habitudes. Il est le lieu de la routine, des itinéraires fixés à l'avance, des rituels. Chez l'homme il régit le comportement inné qui sert à maintenir la vie et conserver l'espèce. C'est lui qui gère notamment notre réaction devant un danger extérieur. C'est lui qui a l'instinct d'imitation. Dans la vie courante, son activité reste inconsciente et c'est très bien ainsi.

Le cerveau paléomammalien ( système limbique ) - hypothalamus, hippocampe et amygdale - aussi appelé cerveau relationnel se serait développé il y a 65 millions d'années avec l'apparition des premiers mammifères. Il est le siège, de l'attention et des souvenirs affectifs. C'est le cerveau des émotions qui catalogue ce qui est vécu comme agréable, gratifiant et enregistré comme à recommencer, à rechercher ; ou bien ce qui est vécu comme désagréable et enregistré comme à éviter ou fuir. Il permet l'adaptation au milieu social par l'empathie, nous permet de vivre en société par l'intégration à un groupe et permet l'amour. Il nous permet de nous occuper de nos enfants, d'avoir le sens de la famille, du clan. Il gère nos émotions, nos sentiments et est le centre de la mémoire. Grâce à lui, nous pouvons apprendre et corriger nos erreurs, nous améliorer. Il est cependant imperméable à toute logique.
Le cerveau néomammalien ou néocortex fabrique les idées et les garde. Il analyse, anticipe, prend des décisions, gère les commandes motrices volontaires. Avec sa centaine de milliards de neurones et dépourvu d'émotions, le néocortex pourrait apparaître comme un ordinateur, comme un monstre froid. Le néocortex culmine chez l'humain avec ses deux gros hémisphères cérébraux. C'est grâce à eux que se développera le langage, la pensée, l'imagination, la conscience. Il est souple et a des capacités d'apprentissage quasi infinies. C'est le néocortex qui fait que l'être humain est différent de tous les autres animaux. Pourtant, il y a dans notre néocortex une partie de nous qui nous rend vraiment humain : les lobes frontaux qui permettent à l'Homme de penser à l'autre, d'être altruiste, de se sentir responsable des autres, ils nous permettent de créer et de nous projeter dans l'avenir.
Comment fait l'information nerveuse pour arriver au néocortex ? D'abord, elle arrive au cerveau reptilien. Si la survie de l'organisme n'est pas menacée, l'information passe. Par contre, si l'organisme a faim, parce qu'on a oublié de déjeuner, l'information est ralentie, freinée voire bloquée si la faim est énorme. Vous ne captez plus rien du cours, si génial d'habitude, de Monsieur X, c'est bien connu : " ventre creux n'a pas d'oreilles " proverbe reptilien. L'information arrive dans le cerveau mammalien (système limbique) qui analyse l'information pour savoir si elle est agréable ou désagréable. Si elle est jugée agréable, il la laisse passer au cortex, et ouf !! peut-être aurez-vous enfin la réponse à votre problème de math. Mais s'il la juge désagréable, dans le pire des cas, le système limbique ne laissera pas l'information aller jusqu'au cortex .... échec garanti. Mais comment juge-t-il si c'est " agréable " ou " désagréable " ? En fait, il compte combien il y a de + (agréable) ou de - (désagréable). Exemple : votre problème de math : si vous vous dites ou si vous pensez : que vous êtes nul en math, c'est un - ; que de toute façon ce prof est un gros nul, c'est un - ; qu'il ne vous aime pas, c'est un - ; que dans votre famille, on n'a pas la bosse des maths, c'est un - ... etc .... Si vous restez avec tous ces moins, vous serez dans la situation décrite par ce proverbe limbique : " l'échec appelle l'échec ". Si par contre vous positivez, là vous créer des +. L'équipe la plus nombreuse gagne la partie. Exemple : que fait d'ailleurs un entraîneur avant un match ? ..... il positive les joueuses en leur disant : " on va gagner (+), on est les meilleures (+), on joue le meilleur volley (+), ... etc .... Ainsi, l'information passe directement au cortex, et l'équipe, si elle s'est bien entraînée, peut gagner ou en tout cas jouer au mieux de ses possibilités. C'est ce que dit un vieux proverbe limbique : " Si tu pars perdant, t'es sûr de perdre " ou encore " pars gagnant si tu veux gagner ". En plus, quand une information est jugée agréable, très agréable (beaucoup de +), non seulement le système limbique la fait passer au néocortex, mais en plus le néocortex la traite en urgence.
En conclusion de ses recherches, Mac Lean suggère que la plupart des comportements est le résultat d'une coopération complexe entre ces trois systèmes du cerveau. Cette conclusion est d'une importance particulière pour la planification et les pratiques d'apprentissage. En effet, quand les besoins fondamentaux ne sont pas remplis ou s'il y a un contexte émotionnel menaçant par rapport à l'apprentissage, le cerveau peut littéralement rétrograder à la survie de la pensée de base.
Le docteur Paul Mac Lean, chercheur scientifique principal à l'Institut national de santé mentale, a apporté, à travers son travail de recherche, une contribution significative et considérable à la compréhension du fonctionnement du cerveau humain. Son travail a des implications profondes pour l'enseignement et l'apprentissage tout au long de la vie. Très peu de théories dans l'histoire des neurosciences ont eu une importance et une portée aussi large que celle de Mac Lean.
Ainsi, nos trois cerveaux sont là. Les deux premiers fonctionnent de façon inconsciente. Nous ne savons pas ce qu'ils nous font faire : pulsions, automatismes culturels. Et le troisième nous fournit un langage explicatif qui donne toujours une excuse, un alibi au fonctionnement inconscient des deux premiers. Tant qu'on n'aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l'utilisent et tant que l'on n'aura pas dit, que jusqu'ici, que cela a toujours été pour dominer l'autre, il y a peu de chance qu'il y ait quoi que ce soit qui change. ( Henri Laborit ).
Henri Laborit ( 1914 - 1995 ). Philosophe du comportement humain, médecin, chirurgien et neurobiologiste français, Henri Laborit est connu du grand public pour la vulgarisation des neurosciences grâce notamment à sa participation au film " Mon oncle d'Amérique " d'Alain Resnais. Malgré les séquelles d'une tuberculose contractée à 12 ans, il suit ses humanités sans heurts et obtient son baccalauréat à Paris, au Lycée Carnot.

A vingt ans, il passe le concours d'entrée à l'Ecole principale du service de santé de la Marine, à Bordeaux. Avec le diplôme de médecin, il exerce d'abord dans la Marine, puis se tourne vers la chirurgie à l'hôpital du Val-de-Grâce. C'est là, en collaboration avec les psychiatres du Centre hospitalier Sainte-Anne qu'il étudie les phénothiazines. Ses travaux aboutissent, en 1951, à la découverte du premier neuroleptique, la chlorpromazine commercialisée sous le nom de Largactil. En 1957, il reçoit le prix Albert Lasker pour la recherche médicale. L'argent récolté grâce à la commercialisation de la chlorpromazine lui permet de poursuivre par la suite ses recherches dans un laboratoire de l'hôpital Boucicaut, tout en restant personnellement rémnunéré par le service de santé des armées. En 1958, il crée le laboratoire d'Eutonologie à l'hôpital Boucicaut et en restera le directeur jusqu'à sa mort. En 1968, il publie son premier ouvrage de vulgarisation " Biologie et structure ". De 1978 à 1983, il est professeur invité de bio-psycho-sociologie à l'Université du Québec où il donne des cours avec son ajoint à Boucicaut : le docteur Bernard Weber. Il est le père de l'actrice Maria Laborit, du psychiatre Jacques Laborit et le grand-père de l'actrice Emmanuelle Laborit.
11. L'apprentissage, c'est un véritable défi !!! Vous l'avez choisi comme métier, vous ne pouvez vous y dérober. Vous devez redonner au jeune le goût d'apprendre. ( Y. K. ).
12. Avant que les apprenants ne se concentrent sur un enseignement cognitif, ils doivent se sentir en sécurité sur les plans physique et émotionnel .... Ainsi, la façon dont un apprenant " se sent " par rapport à une situation d'apprentissage détermine le niveau d'attention qu'il y accordera. ( Y. K. ).
13. Avant toute stratégie éducative, il est nécessaire de définir la spécificité que l'on attribue à l'être humain. ( Y.K. ).
14. Il serait souhaitable que notre pédagogie soit plus ouverte au monde, plus humaine, plus authentique et plus tolérante ............ La réalité quotidienne semble bien éloignée de cette version pourtant réaliste du rôle de l'école. Une véritable mutation est donc nécessaire. ( Philippe Meirieu ).
15. Comment apprendre s'il n'existe pas une résonance affective positive entre l'apprenant et l'enseignant, entre l'apprenant et le savoir ? L'attachement réciproque et la joie dans le travail sont des facteurs majeurs et incontournables dans l'acte d'apprentissage. ( Georges Snyders ).
Georges Snyders ( 1917 - 2011 ). Professeur honoraire de philosophie et de Sciences de l'éducation à l'Université de Paris, Georges Snyders est un chercheur majeur de l'histoire de la pédagogie.

Il est l'auteur de multiples ouvrages dont " La joie à l'école " en 1986 et " J'ai voulu qu'apprendre soit une joie " en 2008 qui montrent le lien entre l'engagement politique et la réflexion pédagogique. Son expérience douloureuse a aussi nourri sa pensée pédagogique et son humanisme. De famille juive, il fut déporté à Auschwitz où sa grande souffrance a été de sentir qu'il allait à la mort par privation de nourriture. Il n'a pas été supplicié, il a juste travaillé au-delà de ses forces. Pour lui, la question de la joie à l'école, d'apprendre avec confiance et allégresse, est fondamentalement une question politique, puisque c'est celle de la possibilité même d'éduquer les citoyens. C'est une voix rare, que caractérise une triple exigence de rigueur, d'honnêteté et de clarté. Il a été décoré de la Légion d'honneur.
16. Les apprenants peuvent reproduire une démarche parce qu'ils l'ont apprise par coeur, mais sans en comprendre le sens réel. Il vaudrait mieux que les apprenants en sachent moins, mais mieux. Et savoir mieux en mathématiques, en biologie, en français, en .................. c'est comprendre. ( Y. K. ).
17. Plus que de leur faire lire tel ou tel texte, c'est le fait même d'aimer lire qui, dans un premier temps, est essentiel. ( Y.K. ).
18. Dictée ou pas dictée, ce n'est pas la question. On ne soigne pas avec un thermomètre, or la dictée n'est qu'un exercice de contrôle. L'orthographe s'acquiert par l'exercice de l'écrit, en écrivant et en corrigeant. ( Y.K. )
19. Si l'intelligence se bâtit, alors l'apprenant doit être actif, être placé dans des situations de résolution de problèmes, en interaction avec les autres apprenants ( Y. K. ).
20. Il serait intéressant que l'apprenant puisse recevoir des réponses aux questions qu'il se pose :
* C'est quoi, ce qu'on veut me faire apprendre ?
* Pour apprendre et apprendre bien, qu'est-ce que je dois faire ?
* Comment est-ce que je sais si je suis sur le bon chemin ?
* Et si je ne suis pas sur ce bon chemin, comment en suis-je informé ?
* Et si je commets des erreurs, comment puis-je les corriger ?
21. J'ai finalement l'impression que le seul apprentissage qui influence réellement le comportement d'un individu est celui qu'il découvre lui-même et qu'il s'approprie. ( Carl Rogers : voir " les grandes pédagogies " ).
22. Ce ne sont pas les matières qu'on leur enseigne que les enfants, les adolescents ne comprennent pas, mais les leçons qu'on leur donne. ( Jean Piaget : 1896 - 1980 : voir rubrique " Grands pédagogues " ).
23. " L'erreur n'est pas de commettre une faute, c'est de la commettre une seconde fois ". Mais pour éviter de commettre deux fois la même erreur, il faut être conscient d'en avoir commise une la première fois. ( Philippe Meirieu : voir rubrique " Grands pédagogues " ).
24. Le seul moyen de savoir ce qu'il faut faire pour réussir c'est d'analyser ce qu'on a fait le jour où on a réussi et de comprendre pourquoi ce jour-là on a réussi. ( Philippe Meirieu : voir rubrique " Grands pédagogues " ).
25. Il faut avoir la modestie de ne pas faire du futur la reproduction du passé ... et le courage - certains diront la folie - de ne jamais se résigner à l'échec. ( Y.K. ).
26. FAIRE quelque chose qu'on ne sait pas FAIRE pour apprendre à le FAIRE, c'est cela l'apprentissage. ( Philippe Meirieu : voir rubrique " Grands pédagogues " ).
27. Quand on repose les problèmes, lorsqu'on ne se contente pas d'emboîter le pas, lorsqu'on critique et qu'on essaie d'améliorer : on est toujours sur la bonne voie. ( Célestin Freinet : voir rubrique " Grands pédagogues" ).
28. Il n'y a de progrès pour nul apprenant au monde, ni en ce qu'il entend ni en ce qu'il voit, mais seulement en ce qu'il fait ( Alain ).
Alain ( 1868 - 1951 ). De son vrai nom Emile-Auguste Chartier, Alain est un philosophe, journaliste, essayiste mais avant tout un professeur de philosophie français. En 1881, il entre au lycée d'Alençon puis, bien que se destinant d'abord à l'Ecole polytechnique, il opte finalement pour une préparation littéraire qu'il effectue comme externe au lycée Michelet à Paris où il rencontre le Professeur Jules Lagneau qui l'oriente vers la philosophie.

Après l'Ecole Normale Supérieure, il est reçu à l'agrégation de philosophie. En 1892, il est nommé professeur de philosophie et exercera successivement à Pontivy, Lorient, Rouen et Paris. A partir de 1903, il publie dans la Dépêche de Rouen, sous la signature d'Alain, les " Propos du dimanche " puis les " Propos du lundi " sous forme de chroniques hebdomadaires. Les " Propos " ce sont de courts articles, inspirés par des événements de la vie de tous les jours, au style concis et aux formules séduisantes qui couvrent presque tous les domaines. Alain est un " éveilleur d'esprit " passionné de liberté qui ne propose pas un système ou une école philosophique mais apprend à se méfier des idées toutes faites. Comme professeur de " Khâgne " - classe des lycées qui prépare à l'école normale supérieure - il a exercé une influence profonde sur ses étudiants tels que Raymond Aron, Simone Weil, André Maurois. Jusqu'à la fin des années 30, son oeuvre sera guidée par la lutte pour le pacifisme et contre la montée des fascismes. En 1936, une attaque cérébrale le condamne au fauteuil roulant. Tant par son action de pédagogue prolongée par d'éminents disciples, que par ses " Propos " qui sont oeuvre à la fois de moraliste et d'esthète, il a exercé une forte influence sur le mouvement des idées du 20ème siècle. Alain est encore, aujourd'hui, une référence pour bon nombre de philosophes.
29. Supplique de l'apprenant : " Aide-moi à travailler seul ". ( Extrait de : Lettre à une maîtresse d'école, par les Enfants de Barbiana ).
Barbiana est un petit village s'élevant à 500 m d'altitude sur le versant nord du Monte Giovi, à 30 km au nord de Florence.

L'occasion de la lettre fut l'échec à un examen d'Etat de 3 des élèves de l'école de Barbiana. Conçue au départ pour être une lettre de deux ou trois pages, la " Lettre à une maîtresse d'école " se développa très vite jusqu'à devenir un livre. A travers des faits concrets mais également à travers une étude statistique pour laquelle quelques grarçons de l'école se rendirent à Rome au bureau des statistiques, l'ouvrage entend montrer en termes simples mais inattaquables, que l'école, telle qu'elle est menée, avantage dès le départ les enfants de milieux déjà favorisés et qu'elle n'aide pas les enfants de travailleurs à acquérir suffisamment de connaissances pour être capables de parler un jour à égalité avec qui que ce soit. Lette à une maîtresse d'école est un livre qui, dans les années 70, en a secoué plus d'un. Barbiana encore aujourd'hui reste un fameux pari......
30. Méfiez-vous de ces maîtres qui se plaignent toujours que leurs élèves soient bêtes. Qu'ls ne s'en prennent qu'à eux-mêmes. Qui croit à l'intelligence des autres la provoque et la fait naître. Qui en doute et s'en défie la rend timide jusqu'à la détruire. ( Jean Guehenno ).
Marcel dit Jean Guehenno ( 1890 - 1978 ). Ecrivain et professeur de nationalité française, fils d'un cordonnier breton, Jean Guehenno a raconté dans " Changer la vie " son enfance pauvre à Fougères.
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A 14 ans, son père étant gravement malade, il fut contraint d'abandonner l'école pour s'engager comme employé aux écritures dans l'usine de galoches Bordeau-Tréhu. Cette situation ne l'empêcha pas de continuer à étudier seul, la nuit, après ses journées de travail. En 1907, il obtient son baccalauréat, puis réussit le concours d'entrée à l'école normale supérieure de la rue d'Ulm à Paris et enfin l'agrégation qui lui ouvrirent les portes de l'enseignement secondaire. Cet itinéraire atypique déterminera toute son oeuvre et toute sa carrière. De 1927 à 1944, il enseigne, comme professeur de littérature, dans les plus grands lycées parisiens comme Lakanal, Henri 4 et Louis-le-Grand. Il enseigne en se donnant pour règle de " maintenir ensemble la défense de l'aristocratie de l'esprit et le principe de l'égalité des chances ". De 1945 à 1961, il est Inspecteur général des Lettres à l'Education nationale. Il fut élu à l'Académie française en janvier 1962. Frappé d'hémiplégie en juillet 1978, à la suite d'un discours passionné sur Voltaire et Rousseau lors d'un colloque à Paris, il meurt en septembre de la même année. Jean Guehenno !!! ... un bel exemple de résilience, thème si cher à Boris Cyrulnik.
Boris Cyrulnik ( 1937 - ....... ). Né, dans une famille juive, le 26 juillet 1937 à Bordeaux, Boris Cyrulnik est un neurologue, éthologue, neuropsychiatre, psychanalyste et écrivain français. Durant l'occupation, ses parents le confient à une pension pour lui éviter d'être arrêté par les Nazis. Mais en 1944, au cours d'une rafle commandée par Maurice Papon, il est regroupé, avec d'autres, à la grande synagogue de Bordeaux.

Il parvient à s'échapper en se faufilant hors de la synagogue où il sera recueilli par une infirmière. Il sera placé comme garçon de ferme sous le nom de Jean Laborde jusqu'à la libération. Ses parents, eux, mourront en déportation. Cette expérience personnelle traumatisante le poussera à devenir psychiatre. Responsable d'un groupe de recherche en éthologie clinique à l'hôpital de Toulon - c'est un des pionniers de l'éthologie française, et enseignant l'éthologie humaine à l'Université du Sud-Toulon-Var, Boris Cyrulnik est surtout connu du grand public pour avoir développé le concept " résilience " ( renaître de sa souffrance / aptitude à rebondir après un traumatisme ). Sa contribution à la science réside dans son engagement : Boris Cyrulnik voit d'abord l'éthologie comme un " carrefour de disciplines ". Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Boris Cyrulnik fait partie de ces hommes qu'une enfance instable et sans famille n'ont pas rendu amer mais au contraire curieux de l'univers du vivant. De ce manque d'identité et de références, il a fait un tremplin qui l'a obligé, pour survivre, à se poser des questions constructives sur la nature humaine et à se chercher dans toutes sortes de milieux sociaux. Ainsi, non seulement Boris Cyrulnik est-il un chercheur de grande stature, mais il est aussi un vulgarisateur scientifique dont la pensée trouve écho auprès d'un vaste lectorat, un être humain qui aura métamorphosé sa blessure en une quête tout entière consacrée à apaiser celle des autres.
31. Le marché du travail du 3ème millénaire ne cherchera pas des gens pouvant effectuer un travail répétitif, incapables de prendre des initiatives et sans trop d'autonomie. C'est le contraire ; on recherchera des personnes autonomes et énergiques, capables de solutionner des problèmes et capables de travailler sous une supervision minimale tout en accomplissant les tâches demandées. ( Y. K. ).
32. APPRENDRE C'EST ACCEPTER DE CHANGER ( Y.K. ).
33. Le but de tout apprentissage est, me semble-t-il, d'aider l'apprenant à s'approprier des outils dont il puisse se servir de façon autonome pour qu'il ne soit pas le réceptacle passif d'une somme de connaissances qu'il empile sans en comprendre ni le sens ni la pertinence. Car tous les apprenants ne possèdent pas d'emblée les clés du fonctionnement scolaire.
34. Les savoirs fragmentés sont une idée du 19ème siècle. Aujourd'hui, il y a tellement de choses à savoir qu'il n'est plus l'heure de fragmenter. Il faut au contraire lier pour donner du sens. ( Y. K. ).
Yvan Keuwez
Licencié-agrégé en Sciences de l'Education.
14:19 Écrit par YK dans les théories de l'apprentissage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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12.10.2009
Une école moderne sauve ses élèves de l'échec.
Voici quelques réflexions pédagogiques qui ont le mérite d'exister et qui demandent certainement d'être discutées ensemble lors des concertations communes et par cycles.
Nos derniers programmes officiels de référence contiennent à n'en point douter une quantité certaine de matières à enseigner. Parmi toutes celles-ci, il nous faut discriminer " l'essentiel " de " l'accessoire " en rédigeant par exemple un solide plan de formation ( curriculum) afin de consacrer exclusivement notre temps scolaire à la maîtrise, pour tous nos élèves, de cet " essentiel ".
D'abord, il nous faut, tant en secondaire général, qu'en technique, qu'en professionnel et qu'en graduat réfléchir ensemble sur les capacités terminales dont tous nos élèves de 18 ans et tous nos élèves de 21 ans doivent être équipés lorsqu'ils quittent nos sections. Pour cela, nous réfléchirons à la question suivante :
" Qu'est pour nous un bon élève de rhétorique, de 6ème technique de transition électro-mécanique, un bon élève de 6ème boulangerie, une bonne infirmière, une bonne assistante sociale ? ".
Nos réponses permettront d'établir un plan de formation cohérent pour les élèves dont nous avons la responsabilité. Nous diviserons ces diverses capacités en 36 semaines et constituerons de cette manière un " cahier de matières " qui aura du sens pour chacun d'entre nous. C'est, me semble-t-il, un travail primordial à réaliser étant donné qu'il sera le fil conducteur de notre action pédagogique quotidienne au sein de nos classes.
Ensuite, il faudra convaincre nos élèves de transformer leur " envie de savoir " en " désir d'apprendre " et ainsi répondre à l'interrogation suivante :
" Apprendre, oui mais comment ".
Si on veut que s'installe, chez l'apprenant, avec de grandes chances de succès, un apprentissage, il faut que celui-ci ait du SENS et plus encore, de la PERTINENCE pour l'apprenant.
En effet, les découvertes scientifiques récentes sur le fonctionnement du cerveau ( voir Sousa dans les théories de l'apprentissage) nous apprennent que la mémoire de travail s'interroge seulement de deux façons pour décider si quelque chose sera sauvegardé ou éliminé :
1. Est-ce que cela a du sens ?
* Puis-je comprendre ce que l'on veut m'inculquer sur la base de mon expérience ?
* Est-ce que cette information " colle " à ce que je sais de la façon dont le monde fonctionne ?
* Quand l'apprenant dit : " je ne comprends pas " cela signifie qu'il éprouve de la difficulté à saisir le sens de ce qu'on cherche à lui transmettre.
2. Est-ce que cela est pertinent ?
* Dans quel but l'apprenant devrait-il s'en souvenir ?
* La signification " très subjective " est grandement influencée par le passé d'une personne.
* Quand un apprenant demande : " pourquoi dois-je savoir cela ?, quand l'occasion d'utiliser cette connaissance se présentera-t-elle ? indique qu'il ne perçoit pas la pertinence de cet apprentissage.
Chaque jour, en classe, les apprenants entendent des choses qui ont du sens mais qui manquent de pertinence. Il se peut qu'ils suivent diligemment les directives de l'enseignant pour accomplir un travail répétitif, et ils peuvent même trouver les réponses correctes ; mais s'ils n'ont pas saisi la pertinence de l'activité, il est peu probable que les informations soient stockées à long terme. C'est par exemple le cas de Julien, qui explique qu'il a fait un " bon de commande " au cours d'informatique, alors qu'il s'agissait de découvrir les fonctions de base d'un tableur. On voit bien que très souvent il y a un gouffre entre les intentions de l'enseignant et ce qu'en comprend l'apprenant.
En effet, il est essentiel d'apprendre à l'apprenant à faire des ponts entre ses diverses connaissances, à établir des liens entre ce qu'il apprend dans différentes matières, mais aussi ce qu'il peut entendre à la radio, à la télévision ou lire dans un journal. Cette démarche lui permettra de donner du sens et de la pertinence à ses connaissances et de les mobiliser pour répondre à des problèmes nouveaux. Car là est le but de tout apprentissage : aider l'apprenant à s'approprier des outils dont il puisse se servir de façon autonome pour qu'il ne soit pas le réceptacle passif d'une somme de connaissances qu'il empile sans en comprendre ni le sens ni la pertinence. Car tous les apprenants ne possèdent pas d'emblée les clés du fonctionnement scolaire.
Les enseignants passent 90 % de leur temps de planification à élaborer des cours de manière à ce que les apprenants comprennent le sens. Or, pour convaincre le cerveau de l'apprenant de persister dans l'atteinte de cet objectif, les professeurs devraient se soucier davantage de l'aider à bâtir de la pertinence.
EX. La règle de trois ne peut être comprise ( connaissance ) donc employée à bon escient ( compétence ) que si elle a de la pertinence pour l'apprenant et qu'elle s'utilise dans un contexte qui lui est familier ( sens ).
Dans une classe de la section pâtisserie, on veut fabriquer des bûches pour le goûter de Noël. Les apprenants ont découvert une recette pour 6 personnes et la section entière compte 38 apprenants. Comment faire ?
Nous ajouterons encore que pour optimaliser un apprentissage quelconque :
D'abord, il faut savoir ce que l'on va exactement demander aux apprenants de réaliser donc définir le plus clairement possible la compétence disciplinaire ( objectif opérationnel ) que les apprenants devront atteindre. Il serait intéressant de voir cette compétence écrite dans un Journal de Classe ou dans une préparation.
Ensuite, lorsqu'on avance dans cet apprentissage et que l'on questionne l'apprenant, il est bon de se demander : " l'apprenant a-t-il la réponse sous les yeux où doit-il la construire ". Il est évident que tout l'intérêt de cette séquence réside dans la seconde alternative.
Enfin, arrivant au terme de l'apprentissage, on demandera à l'apprenant ce qu'il a appris ( synthèse ) et on l'invitera à reformuler ce qu'il croit avoir compris et aussi et surtout d'inventer des situations différentes où il pourra utiliser ce qu'il vient d'apprendre ( recontextualisation ).
Ce que tu viens d'étudier, tu pourras l'utiliser où - comment - quand ? Cherche 5 situations. Que peux-tu faire en dehors de la classe avec ce que tu viens d'étudier ?
L'hétérogénéité sociale des apprenants est ici un fameux atout parce qu'elle va enrichir la classe de situations différentes qu'il faudra discuter, vérifier avec l'aide de l'enseignant.
Apprendre à apprendre : réalité ou illusion ?
Les déterminants environnementaux de la réussite scolaire.
1. Les enfants qui réussissent bien à l'école ont un environnement qui :
* aide à explorer ... tu veux savoir quelque chose .... et bien cherche.
* encourage à anticiper les conséquences d'une action future .... imagine ce qui peut se passer si ......
* encourage à l'auto-évaluation .... demande-toi si tu as réussi ou pas ? .....
* donne des feed-backs positifs .... parmi tout ce que tu as fait, je trouve que ceci est bien.
* fait REFORMULER.
In fine, les enfants qui réussissent bien à l'école ont un environnement qui pose des questions.
2. Les enfants qui réussissent moins bien à l'école ont un environnement qui :
* informe sur des programmes ... tu veux savoir quelque chose ... et bien tu fais ceci, cela et encore cela .....
* explique directement ce qu'il faut faire .... tu fais cela parce que je le sais et cela n'est pas négociable
* évalue de l'extérieur les résultats de l'action .... c'est bien / c'est mauvais .....
* donne des feed-backs négatifs .... pointe ce qui est échec ...
* adopte ou rejette .... c'est idiot / c'est intelligent.
In fine, les enfants qui réussissent moins bien à l'école ont un environnement qui donne des réponses.
Cette recherche a été menée par Philippe Meirieu auprès des enfants fréquentant les écoles de la région de Lyon et se termine par une question plutôt intéressante et qui mérite, elle aussi, une réflexion en équipe éducative : " Dans quelle colonne, à votre avis, placeriez-vous les comportements scolaires dominants ?".
Enfin, il faut s'assurer que l'enseignement est maîtrisé, donc évaluer l'efficacité de l'action pédagogique entreprise. Dans cette optique, il semble intéressant d'abord de prévenir les apprenants du moment précis de l'évaluation ; ensuite, de pratiquer le plus souvent possible une évaluation formative en pensant qu'il est dans la nature même de l'école d'être le lieu de l'erreur possible, le lieu de l'erreur bénéfique, le lieu où il faut se tromper beaucoup et comprendre ses erreurs pour ne plus plus se tromper quand on sort de l'école (Philippe Meirieu) et enfin, quand on perçoit que tous les apprenants peuvent réussir, on leur propose une évaluation normative solidement pensée avec niveaux taxonomiques différents, critères de succès, points par question ... etc ...
Il me semble que pratiquant ainsi, notre rendement scolaire s'en trouvera fort amélioré et ferait taire les plaintes qui émanent de toutes parts tant il est vrai que les redoublements, les échecs, les décrochages scolaires et la déperdition scolaire inquiètent, à juste titre, les responsables de l'éducation.
" Apprendre à travailler " serait donc aider les apprenants à décontextualiser et à recontextualiser c'est-à-dire parier sur leur intelligence et ainsi les faire vraiment progresser.
Le véritable apprentissage ( et non dressage ), l'efficacité intellectuelle consiste à identifier le type de problème posé et, dans chaque cas, mettre en oeuvre l'outil spécifique et pertinent qui permettra d'obtenir une solution adéquate et acceptable selon les connaissances du moment.
Philippe Meirieu est né en 1949 à Alès, dans le Gard, au sud de la France. Très tôt, il a milité dans des mouvements d'Education populaire.

Il a fait, après un baccalauréat littéraire, des études de philosophie et de lettres à Paris. Il a préparé et obtenu un CAP d'instituteur pour enseigner dans le premier degré. Il a été successivement professeur de français en collège et de philosophie en terminale, avant de prendre des responsabilités pédagogiques et administratives. Tout au long de celles-ci, il a toujours conservé des charges d'enseignement auprès d'élèves et d'étudiants. Il a soutenu une thèse d'Etat es Lettres et Sciences humaines en 1983 et est aujourd'hui professeur des universités en sciences de l'éducation. Il fut responsable pédagogique d'un collège expérimental de 1976 à 1986, rédacteur en chef des Cahiers pédagogiques de 1980 à 1986, formateur d'enseignants et directeur de l'Institut des sciences et pratiques d'éducation et de formation de l'université Lumière-Lyon 2. Il participa à la création des instituts universitaires de formation des maîtres et à celle du Conseil national des programmes. Il dirigea l'Institut national de recherche pédagogique de juin 1998 à mai 2000, s'efforçant d'associer, dans une même dynamique, innovation et recherche. Il a terminé, en 2006, son mandat de directeur de l'IUFM de l'Académie de Lyon et repris ses activités de professeur à l'université Lumière-Lyon 2. Il est aussi responsable pédagogique de la chaîne de télévision pour l'éducation CAP Canal. Il dirige la collection "Pédagogies" chez ESF éditeur. Il a reçu la Légion d'honneur des mains du Président de la République française.
Envisageons maintenant l'opportunité des travaux à domicile.
* Tout un chacun s'accorde pour dire que face aux devoirs à domicile, les apprenants n'ont pas tous la même chance tant il est vrai que la disparité des milieux socio-culturels est énorme. ALORS !!!
* D'autre part, une recherche effectuée sur 10.000 apprenants ( Philippe Meirieu ) a montré que lorsque les devoirs étaient réalisés en classe, ils étaient réussis par 88 % des apprenants et lorsque ces mêmes devoirs étaient effectués à domicile, seulement 36 % des apprenants les réussissaient. ALORS !!!
* Il est tout aussi évident que les recherches dans des ouvrages de références ou sur Internet et l'apport de documentation à l'école répondent aux mêmes critères. ALORS !!!
Dans ces conditions précises que faire ?
* Simplement demander aux apprenants de compléter, de terminer un travail entrepris en classe ou une autre activité qui ne demande pas l'intervention de la famille.
EX. : une recopie, terminer un schéma, remettre de l'ordre dans une farde .....
* Mais surtout leur demander d'étudier et au départ de ces leçons, leur apprendre à étudier car l'école crée l'échec si elle tient pour acquises des méthodes d'étude dont elle n'a pas organisé l'apprentissage. S'il est vrai qu'il n'y a pas une et une seule manière d'étudier, il est tout aussi vrai qu'il existe des méthodes d'étude ( lire - écrire - dire ) et de travail auxquelles l'école se doit d'attacher autant d'importance qu'à l'enseignement des matières sinon elle est responsable d'une énorme lacune dans la formation de l'apprenant. Car, et je le répète, tous les apprenants ne possèdent pas d'emblée les clés du fonctionnement scolaire.
Les méthodes d'étude sont le moyen indispensable pour transformer peu à peu des apprenants dépendants en des apprenants autonomes et qui ont gardé le désir d'apprendre : le succès renforce, en effet, le goût de l'étude, car l'apprenant cherche, comme tout un chacun, à trouver des satisfactions dans toutes ses activités.
Sinon, parler d'autonomie des jeunes ( mot présent sur chaque page de nos programmes ) à qui l'école n'apprend pas de méthodes d'étude et de travail, est un jeu de mot dérisoire et, pour parler franchement, une escroquerie intellectuelle.
Cette façon de travailler est, me semble-t-il, un des moyens d'éviter que l'injustice sociale se traduise de manière systématique en injustice scolaire.
Aujourd'hui, de toutes parts et de partout, le redoublement semble très sérieusement remis en question !!!
Redoublement :
1. Symptôme de l'échec scolaire. Mais l'échec scolaire ne traduit-il pas le fait que l'école elle-même soit en échec ? En effet, dans une institution obligatoire, un système qui crée de l'échec est lui-même en échec.
2. Le redoublement n'est rien d'autre que la répétition, d'un point de vue méthodologique, du parcours déjà effectué par l'apprenant l'année précédente sans que l'on se soit réellement préoccupé de ses besoins. Cette situation engendre un manque d'épanouissement personnel et l'arrêt du progrès individuel.
3. Solution de dernier recours, dit-on, après avoir essayé différents autres moyens d'aide. Mais depuis toujours on parle de " mauvais élèves ", d'élèves qui échouent, d'élèves difficiles ... etc ... Vocabulaire et culture de l'échec, vocabulaire et culture de l'excellence ... Or à répéter sans cesse que quelqu'un est nul, il finit par y croire !!! ( Je dis " JE " parce qu'on m'a dit " TU " : Albert Jacquard ). Carcans desquels l'on ne peut plus s'évader, les termes et vocabulaires limitrophes de l'échec scolaire sont dangereux car pouvant engendrer une exclusion sociale. Il n'y a pas d'apprenants difficiles, il y a des apprenants en difficulté.
Albert Jacquard, né à Lyon en 1925, est un scientifique et un essayiste français. Il est ingénieur, docteur en génétique et en biologie humaines. A l'âge de 9 ans, un drame bouleverse son enfance.
La voiture familiale subit un accident dans lequel Albert Jacquard perd son plus jeune frère. Lui-même en ressort défiguré, ce qui transformera longtemps sa perception du regard des autres ( " j'ai cru qu'ils me méprisaient " ). Il a enseigné dans plusieurs universités en France et à l'étranger : Genève - Paris 6 - Louvain la Neuve. Vulgarisateur scientifique, grand humaniste, philosophe et auteur de 52 publications, il a fait le tour du monde pour sensibiliser l'opinion publique aux défis de la société contemporaine tout en participant activement aux débats actuels qui portent sur la responsabilité de l'être humain face à sa destinée. Il consacre aujourd'hui l'essentiel de son activité à la diffusion d'un discours humaniste destiné à favoriser l'évolution de la conscience collective. Il est membre du Comité consultatif national d'éthique. Son travail lui valut une reconnaissance nationale. Il fut nommé officier de la Légion d'honneur et commandeur de l'Ordre national du Mérite en 1980.
4. Héritage de la pédagogie napoléonienne basée sur la sanction. Ainsi, les systèmes éducatifs des pays francophones sont marqués par une culture de l'échec : " le bon prof " fait preuve d'exigences et, par conséquent, a des échecs. Celui chez qui tous les apprenants réussissent est taxé de laxisme. De surcroît, beaucoup de professeurs, de directeurs, mais aussi de parents croient que si la menace de l'échec était supprimée, les apprenants ne travailleraient plus. Ainsi, pour beaucoup, l'école ne pourrait vivre sans cette épée de Damoclès, dont la menace fait travailler les apprenants. Mais lorsqu'à partir des performances et des comportements des apprenants, le professeur porte un jugement sur leurs compétences et leur attitude, il devrait toujours garder à l'esprit qu'il évalue non seulement le résultat de leur apprentissage, mais aussi celui de son enseignement
5. Révélateur des grands maux du système éducatif.
5.1. Difficulté de prendre en compte l'hétérogénéité des apprenants et la diversité de leurs rythmes de progression. Il n'existe pas d'excellent ou de mauvais apprenants, chacun possède le don nécessaire à son cheminement individuel. L'apprenant dont le bulletin scolaire trimestriel est ponctué de mauvaises notes dans les langages fondamentaux que sont le français et la mathématique, n'est pas en échec scolaire. Cet apprenant, en effet, peut s'avérer être plus tard un brillant sportif, artiste, styliste, artisan, j'en passe et des meilleurs ... Pour preuve, il n'y a pas une intelligence mais des intelligences. " L'intelligence " au singulier n'existe pas. Ainsi, estimer que certaines formes d'intelligence sont plus fondamentales que d'autres est une erreur et reflète notre véritable système de valeurs. ( Voir les intelligences multiples de Howard Gardner ) Cette vision représentée par le courant génétique et bien que n'ayant plus guère de crédit de nos jours dans la communauté scientifique reste hélas bien vivace dans les mentalités.
Howard Gardner, né aux U.S.A., en 1943, est professeur de psychologie

de la connaissance et directeur général du Project Zero à la Harvard Graduate School of Education. Il est aussi professeur auxiliaire de neurologie à l'université de médecine de Boston. Ses recherches se concentrent sur le développement et la détérioration des capacités cognitives humaines. Il demeure étonné de constater que des malades privés d'une faculté intellectuelle bien précise sont parfaitement capables d'en assumer d'autres. Il en conclut qu'il doit y avoir des formes différentes d'intelligence, indépendantes les unes des autres, dans la mesure où, lorsque certaines sont détruites, les autres ne sont pas affectées. Il est en rupture avec la théorie commune traditionnelle qui repose sur deux croyances fondamentales : 1. L'intelligence est une entité unique dont on hérite à la naissance (déterminisme le plus lourd). 2. L'intelligence des individus peut être décrite adéquatement en la quantifiant (Q.I.). Célèbre dans le monde entier, Howard Gardner jouit d'une grande renommée dans le milieu de l'éducation pour sa théorie des intelligences multiples qui suppose l'existence d'un certain nombre de capacités intellectuelles relativement autonomes au sein de chaque être humain. Il participe par ailleurs à la réforme de l'éducation, et s'intéresse plus particulièrement à l'évaluation, la prise en compte des différences individuelles face à l'apprentissage, et au développement professionnel des enseignants. Il est l'auteur de plus de 400 articles publiés dans des journaux spécialisés et de 20 livres dont : " Frames of Mind : the Theory of Multiple Intelligences en 1983 ".
Le courant génétique explique l'échec scolaire par des troubles et déficiences intrinsèques à l'individu qui peuvent être détectés à travers des tests. Déjà en 1917, Lewis, Madison Terman écrivait : " il est presque certain que le fait que les apprenants des classes supérieures réussissent mieux aux tests provient surtout de la qualité supérieure de ce qu'ils ont reçu à la naissance ". Les tenants de ce courant affirment que la réussite scolaire est fonction de l'intelligence inscrite dans le patrimoine génétique et mesurable par le quotient intellectuel. Il convient cependant de souligner que les concepts utilisés et le contenu de ces tests sont marqués socio-culturellement. La référence par rapport à une norme nie les différences et les multiples rapports au savoir existant dans les groupes sociaux. Par ailleurs, les tests du quotient intellectuel aboutissent à un classement hiérarchique des individus, qui va de pair avec une certaine idéologie. En effet, d'après cette théorie, l'intelligence étant déterminée biologiquement, les individus ne sont pas, par nature, dotés de la même intelligence. D'où la fonction essentielle de l'école est de sélectionner les meilleurs éléments pour en faire une élite au service du pays !! Certains se sont basés sur ces conclusions pour postuler le caractère naturel de l'inégalité entre les êtres humains et récuser ainsi toute politique d'égalité des chances et toute remédiation à l'échec scolaire. D'après eux, l'échec scolaire légitime la sélection des individus en fonction d'une nature qui les destine à des tâches serviles et leur répercussion au niveau de la réussite scolaire va de soi.
Lewis Madison Terman (1877 - 1956 ) est né à Johnson County, dans l'Indiana, et fit ses études au Central Normal College de Danville et à l'université de l'Indiana. Il obtint son doctorat à la Clark University en 1905. 
Il enseigna la psychologie et la pédagogie à la State Normal School de Los Angeles de 1906 à 1910 puis rejoignit l'université Stanford comme titulaire de la chaire d'Education. Il est connu d'une part pour ses travaux sur les tests d'intelligence et ses expériences d'éducation avec les enfants surdoués et d'autre part pour la batterie de tests établie en association avec le psychologue Merill à partir de l'échelle de Binet - Simon, et destinée à mesurer le développement intellectuel des enfants dès l'âge de 3 ans jusqu'à l'âge adulte. Terman développa l'utilisation du Quotient Intellectuel (QI) de William Stern, adaptant ainsi les tests de Binet-Simon à la mesure du niveau intellectuel des enfants. En coopération avec Miles, il élabora un test destiné à repérer les différences entre les hommes et les femmes sur le plan psychologique. Parmi ses nombreux ouvrages, non traduits à ce jour, figurent The Measurement of Intelligence de 1916 et The Intelligence of School Children de 1919.
William Stern ( 1871 - 1938 ) était un psychologue allemand. Il fut à

la base des effotrs réalisés en psychologie pour mesurer l'intelligence, c'est-à-dire le quotient intellectuel ( Q.I. ). Il a soutenu sa thèse de psychologie à l'Université de Berlin en 1893. Il fut membre fondateur de la Société allemande de psychologie ,en 1905. Il fut titulaire de la chaire de pédagogie à l'Université de Breslau puis fut appelé à l'Université de Hamboug en 1916, où il exerça comme professeur de philosophie. De 1919 à 1933, il fut directeur de l'institut de psychologie de l'Université de Hambourg, puis, de 1933 à 1938, lecteur et professeur à l'Université de Durham aux USA. Stern a combiné la philosophie et l'approche scientifique dans le but d'étudier la nature humaine, ce qui fut une contribution majeure pour la psychologie naissante. En effet, Stern fut peut-être le premier théoricien à décrire la manière de combiner les études physiques et mentales dans le but de décrire " l'être humain dans sa totalité ". Il tenta une synthèse entre la psychologie expérimentale et la psychologie compréhensive. Il établit une théorie dite de la " convergence ". Pour lui, c'était en étudiant l'individualité de chacun que l'essence réelle de la personnalité et de l'intelligence seraient découvertes. Son intérêt pour les différences individuelles mena au développement du concept de quotient intellectuel, le Q.I. La conception du Q.I. impliqait la division de l'âge mental ( mesuré par des tests) de l'enfant par son âge physique. L'intelligence mesurée devient donc une valeur relative. Cette notion a perduré jusqu'à nos jours, du moins dans une forme modifiée par la notion de " déviation " proposée par David Wechsler.
Alfred Binet ( 1857 - 1911 ) est un pédagogue et psychologue

français. Il est connu pour sa contribution essentielle à la psychométrie. A la fin de ses études secondaires au Lycée Louis-le-Grand à Paris, il débute des études de droit ( licencié en 1878 ), de médecine et de sciences naturelles ( licencié en 1890 et docteur en 1894 ). En 1890, il rejoint le laboratoire de psychologie physiologique de la Sorbonne, rattaché à l'Ecole pratique des hautes études. Il en devint le directeur adjoint en 1892. En 1892, Théodore Simon, interne de psychiatrie à la colonie de Perray-Vaucluse, le contacte au sujet des enfants anormaux dont il a la charge. Ils débutent une collaboration. En 1895, il donne une série de cours à l'Université de Bucarest en Roumanie. En 1905, à la demande du gouvernement français, Alfred Binet publie une échelle métrique de l'intelligence qu'il a élaborée conjointement avec Théodore Simon. Cette échelle a pour but de mesurer le développement de l'intelligence des enfants en fonction de l'âge. Dans les années suivantes, il proposera des améliorations. Ce travail sera le point de départ de nombreux autres tests, en particulier le QI dont la formule est la suivante : âge mental / âge réel x 100.
Ce courant de pensée est vigoureusement critiqué par les spécialistes de la génétique. Ces derniers déplorent que l'intelligence soit réduite à un score alors que le sens originel de l'intelligence recouvre " la faculté de connaître, de comprendre, d'imaginer, d'inventer, l'aptitude à s'adapter à des situations nouvelles, à découvrir des solutions imprévues ". Certes, les individus sont caractérisables à partir d'un certain patrimoine génétique, mais ce qu'ils sont, ils le deviennent en fonction de l'expérience, de l'apprentissage, de l'environnement, les gènes de la folie, du langage et de l'intelligence n'existent pas.
5.2. Difficulté d'établir une réelle coordination entre les niveaux d'enseignement.
Pourquoi l'apprenant n'a-t-il pas atteint le seuil de compétences que ses camarades de classe ont pu atteindre ?
* Quelles sont ses difficultés d'apprentissage ?
* Quelle est sa motivation, quelles sont ses dispositions personnelles à évoluer ?
* Quels sont les moyens mis en place pour l'aider à rencontrer ses difficultés ? Nous nous demandons quoi faire une fois que les apprenants sont en échec, alors qu'il faudrait plutôt nous préoccuper de ce qu'il y aurait à faire pour éviter que les apprenants soient en échec, ou mieux encore, permettre aux apprenants d'apprendre et de progresser de façon continue sans avoir à éprouver chaque année, et même plusieurs fois par année, l'angoisse de l'échec.
Pour gérer la problématique de l'échec scolaire.
* Travailler avec les apprenants en difficulté plutôt qu'avec les autres.
* Accepter d'être confronté à des apprenants peu gratifiants, différents, indisciplinés, qui n'aiment pas l'école, qui ne sont guère coopératifs, qui font peu de progrès spectaculaires ... cela peut paraître à certains peu valorisant ... et pourtant !!
Lorsqu'on réfléchit à propos de l'échec scolaire, le système éducatif entier paraît impliqué !! La tendance est de se dire qu'il faudrait tout changer : les programmes, l'évaluation, la formation initiale, la structure des cours, le cloisonnement des cours sans quoi on n'y arrivera pas et il sera impossible de contribuer à la promotion d'une école de la réussite.
Mais, il n'est pas possible de lutter seul contre l'échec scolaire le travail en équipe et le partenariat en concertation représentent aujourd'hui une nécessité.
Des recherches ont démontré que l'échec scolaire a notamment pour cause :
* L'incohérence des pratiques pédagogiques d'un enseignant à l'autre.
* La diversité des exigences et des attentes des professeurs. En effet, ceux-ci sont traversés par des attentes et des représentations d'eux-mêmes et des apprenants. Ils ne sont, en effet, pas neutres sur le plan culturel. Leur parcours professionnel et leur milieu socio-culturel conditionnent fortement leurs attentes et leurs représentations de l'apprenant idéal. Les enseignants valoriseront les apprenants qui s'en rapprochent le plus et dévaloriseront ceux qui s'en éloignent par le biais d'attitudes verbales, gestuelles et écrites rapidement intériorisées. La dévalorisation atteint l'individu de façon intime dans l'image qu'il a de lui-même. Ceci souligne combien les attentes des professeurs peuvent conditionner le comportement scolaire des élèves ( effet pygmalion ).
* La diversité des méthodes.
* Et ainsi la difficulté des apprenants de comprendre et de décoder les attentes à leur égard.
Cinq mythes à remettre en question.
1. Le redoublement permet à l'apprenant en difficulté d'améliorer ses résultats scolaires et de mieux réussir dans le futur.
Mais le redoublement n'est pas utile puisqu'il fait recommencer à l'apprenant un programme qui, s'il n'était pas réussi dans un premier temps, ne le serait pas davantage plus tard.
G.B. Jackson - 1975 in " Research Evidence on the Effects of Grade Retention " publie des documents relatifs à 44 recherches originales s'échelonnant de 1929 à 1973 et signale : " les éducateurs qui continuent à utiliser le redoublement le font sans garantie scientifique quant au rendement scolaire et à l'ajustement personnel et social ".
Shepard and Smith - 1989 in " Flunking Grades : Reserach and Policies on Retention " démontrent que 2 ans après l'année doublée, les résultats des doubleurs sont aussi faibles que les résultats des apprenants faibles qui, eux, avaient été promus, et ce, même si les doubleurs étaient plus âgés que les autres.
D'après une autre étude faite sur 5000 apprenants à New York, 20 % des apprenants qui redoublent améliorent leurs résultats, 39 % ne présentent pas de changement et 41 % obtiennent des notes inférieures à celles de l'année qui précédait l'année du redoublement. Donc, les effets du redoublement, quand il y en a, ne sont pas persistants.
2. Le redoublement aide les apprenants immatures.
On peut se demander si, en mettant les apprenants immatures avec les plus jeunes, on les aide vraiment à acquérir davantage de maturité.
3. Les cas de redoublement sont peu nombreux : on ne fait doubler que dans des cas exceptionnels.
Aujourd'hui, selon les indicateurs du département des Statistiques, en Communauté française de Belgique, près de 26,5 % des apprenants terminent l'enseignement primaire et arrivent au secondaire en ayant déjà doublé au moins une fois et plus de 62,8 % des apprenants du secondaire ont au moins un an de retard au terme de leurs études.
Une étude a été menée sur les " groupes résiduels constitués par les jeunes qui, bien que satisfaisant à l'obligation légale, ne terminent pas la scolarité obligatoire dans des conditions " normales ", soit qu'ils n'obtiennent pas de diplôme, soit qu'ils redoublent et quittent le système de formation avant d'avoir atteint le niveau correspondant à la fin de la scolarité obligatoire ".
Les conclusions de cette recherche européenne ( voir le site eurydice ) font apparaître qu'entre 1986 et 1987, sur un peu plus de 5 millions de jeunes de 15 et 16 ans, 550.000 environ n'obtenaient pas de diplôme à la fin de la scolarité obligatoire ou ne terminaient pas celle-ci dans des conditions normales. Ceci équivaut à 10 - 12 % d'exclus du système éducatif au terme de la scolarité obligatoire. Il semble donc que chaque année, " dans des pays aussi différents quant à la structure de leurs systèmes éducatifs que l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l'Espagne et l'Itale, entre 70.000 et 100.000 jeunes sortent de l'appareil éducatif sans aucune qualification professionnelle que ce soit.
Proportion d'enfants quittant l'école secondaire sans diplôme :
Belgique : non communiqué.
Danemark : non communiqué.
Allemagne : 12 %.
Grèce : 36 %.
Espagne : 23 %.
Irlande : 8 %.
Italie : 12 %.
Luxembourg : non communiqué.
Pays-Bas : 26 %.
Portugal : 15 %.
Royaume-Uni : 8 %.
Au niveau scolaire, la culture de l'excellence se mue aisément en une culture de l'échec. Nombreuses sont les recherches qui montrent que les décisions de redoublement prises par les enseignants ont une part importante d'arbitraire. Confinés dans le microcosme de leur classe et animés par une idéologie de l'excellence, les enseignants ont tendance à calibrer leur enseignement sur les meilleurs apprenants et donc à concevoir des exigences qui dépassent les programmes ; leurs épreuves sont également ajustées au niveau des meilleurs, ce qui les conduit inéluctablement à sous-estimer les compétences des apprenants les plus faibles de leur classe et à donner à leur jugement une valeur absolue alors qu'il faudrait en reconnaître la valeur relative.
4. Le redoublement améliore l'estime de soi chez l'apprenant en difficulté. L'apprenant qui redouble obtient généralement de bons résultats.
Mais l'apprenant sait qu'il est normal qu'il réussisse mieux puisqu'il refait les activités de l'année précédente. Le sentiment d'échec vécu est difficile à accepter et est accentué par le fait de devoir l'annoncer à son entourage.
Des études faites aux U.S.A. mettent en lumière l'incidence négative du redoublement sur les plans scolaire, personnel et social. Le redoublement est considéré par l'apprenant comme un échec personnel et non comme une voie de réussite.
5. Si l'apprenant est jeune lorsqu'il redouble, il ne sera pas marqué par cette expérience. ( Les adultes y voient même une mesure d'aide !! ).
Mais l'apprenant y voit plutôt une punition véhiculant l'ennui et les sentiments négatifs si bien que le redoublement accroît les risques de décrochage scolaire.
Les apprenants qui redoublent présentent un nombre élevé d'absences. Environ 70 % d'entre-eux ont été absents de l'école 11 jours et plus. De plus, 10 % des apprenants qui redoublent auraient été suspendus de l'école au moins une fois.
Autres pays - autres solutions .
Redoublement possible ou proscrit ??
* Belgique : possible en fin de cycle en primaire, possible chaque année en secondaire inférieur et supérieur.
* Luxembourg : possible chaque année en primaire et en secondaire inférieur et supérieur.
* Royaume-Uni : promotion automatique en primaire et secondaire inférieur et supérieur.
* Danemark : promotion automatique en primaire et secondaire inférieur et supérieur.
* Espagne : possible en fin de cycle en primaire, possible chaque année en secondaire inférieur et supérieur.
* Finlande : promotion automatique en primaire, promotion automatique en secondaire inférieur et possible chaque année en secondaire supérieur.
* France : possible en fin de cycle en primaire, possible chaque année en secondaire inférieur et supérieur.
* Grèce : doublement exceptionnel en primaire, possible chaque année en secondaire inférieur et supérieur.
* Italie : possible chaque année en primaire et en secondaire inférieur et supérieur.
* Irlande : Promotion automatique en primaire et en secondaire inférieur et supérieur.
* Norvège : promotion automatique en primaire et en secondaire inférieur et possible chaque année en secondaire supérieur.
* Pays-Bas : Possible chaque année en primaire, en secondaire inférieur et supérieur.
* Portugal : doublement exceptionnel en primaire, possible chaque année en secondaire inférieur et supérieur.
* Allemagne : Possible chaque année en primaire, au secondaire inférieur et supérieur.
* Suéde : promotion automatique en primaire et en secondaire inférieur, possible chaque année en secondaire supérieur.
* Suisse : possible chaque année en primaire et secondaire inférieur et supérieur.
Pourquoi le non - redoublement ?
1. Arguments scientifiques.
De nombreuses études universitaires et d'autres mettent en évidence l'inefficacié du redoublement. Le redoublement n'entraîne pas des effets positifs, n'est pas aussi efficace qu'on le souhaiterait et même peut avoir, selon plusieurs auteurs, des effets indésirables ".
2. Arguments économiques.
Le coût du redoublement est énorme pour la Société et les parents. Au Québec, on évalue à 505,2 millions de dollars les coûts engendrés par la reprise d'une année et aux USA, on estime le coût d'une reprise d'année à environ 6000 dollars par apprenant dans le budget consacré à l'enseignement. En Communauté française de Belgique, selon les chiffres publiés le 30 janvier 2008 par l'Office des Statistiques, le redoublement a coûté 335 millions d'euros dont 45 pour le primaire et 290 pour le secondaire.
Dans la Communauté européenne, le coût de l'échec scolaire a fait l'objet d'études dans certains Etats membres. Ainsi, en France l'ensemble des dépenses engagées - de la maternelle à l'université pour les élèves qui ont quitté l'enseignement sans qualification et pour ceux qui ont prolongé leur cursus de formation par des redoublements et ou réorientations - atteint une somme proche des 100 milliards de francs français c'est-à-dire 30 % du budget alloué à l'éducation. En Belgique, une étude publiée par l'IRES estime que l'on réduirait de 10 % les coûts de l'enseignement dans la Communauté française si le redoublement était purement et simplement supprimé.
Ces estimations illustrent combien le coût élevé de l'échec scolaire pèse de façon dramatique sur la balance financière de certains systèmes éducatifs et reflètent un profond malaise dans les systèmes éducatifs des Etats membres.
Depuis l'extension de l'obligation scolaire pour tous, l'échec scolaire donc le redoublement s'impose de plus en plus comme un problème de société préoccupant. Les jeunes qui se retrouvent exclus de toute participation sociale ont en effet le plus souvent été victimes de l'échec scolaire à un moment ou l'autre de leur parcours scolaire. Plus que jamais, l'échec scolaire engendre l'échec social, c'est-à-dire la vie précaire, la marginalisation, la dépendance à l'égard des mécanismes d'assistance. La Communauté européenne compte 53 millions de personnes qui sont exclues des bénéfices de la prospérité? C'est dire qu'un peu plus de 15 % de la population européenne se trouve marginalisée sur le plan économique et social ; parmi ces marginaux, on compte une proportion importante de jeunes. Mais il faut aussi savoir que dans les pays de l'OCDE les jeunes de vingt-quatre ans qui disposent d'un niveau de formation de type enseignement supérieur sont trois à quatre fois moins souvent victimes du chômage que ceux qui disposent d'un niveau de formation élémentaire. Les mécanismes générateurs d'exclusion sociale sont complexes. Toutefois, sur le plan individuel, le niveau de formation atteint constitue une donnée majeure qui renvoie directement au droit à l'éducation de tous les citoyens.
D'autant plus que dans une économie ouverte, la logique exige que l'on dispose d'une main-d'oeuvre qualifiée capable de s'adapter à l'évolution rapide des technologies et de renouveler en permanence ses compétences et connaissances. Donc la compétitivité de la population active est étroitement liée aux possibilités qu'elle a d'acquérir les connaissances théoriques et pratiques appropriées.
Dès lors, il convient d'enrayer les mécanismes générateurs d'exclusion chez les jeunes et de s'assurer que chacun atteint les connaissances de base et un niveau minimum de formation permettant de trouver un emploi et de participer à la vie sociale des citoyens.
Ensemble des chômeurs en pourcentage du total des actifs.
* Espagne : 22 %.
* Irlande : 18 %
* Italie : 12 %
* Europe : 10 %
* Royaume-Uni : 11 %.
* France : 11 %.
* Danemark : 11 %.
* Belgique : 10 %.
* Pays-Bas : 8 %.
* Allemagne : 5 %.
* Portugal : 6 %.
* Luxembourg : 3 %.
Chômage des moins de 25 ans en pourcentage du total des actifs de moins de 25 ans.
* Espagne : 37 %.
* Irlande : 23 %
* Italie : 28 %.
* Europe : 19 %.
* Royaume-Uni : 16 %.
* France ; 23 %.
* Danemark : 12 %.
* Belgique : 20 %.
* Pays-Bas : 14 %.
* Allemagne : 5 %.
* Portugal : 12 %.
* Luxembourg : 7 %.
3. Arguments géographiques et culturels.
Bon nombre de pays européens n'usent pas du redoublement et ne " produisent "pas moins de personnel qualifié. On sait, aujourd'hui, qu'un certain nombre de systèmes éducatifs ont opté pour l'abolition du doublement ou, plus justement, pour la promotion automatique. Les études internationales montrent que ces pays se caractérisent par des rendements scolaires et la production d'une élite tout à fait appréciables. On doit donc rejeter avec fermeté l'affirmation selon laquelle la suppression de l'échec et, en particulier, du doublement conduirait à une baisse de la qualité de l'enseignement.
4. Arguments sociologiques.
Les décisions de redoublement dans notre système scolaire restent subjectives, aléatoires et injustes. Dans certains milieux, on reproche même aux collègues leur manque de rigueur lorsqu'ils donnent une chance à l'apprenant en difficulté en autorisant son passage à la classe supérieure. La crainte d'être qualifiés enseignants trop permissifs peut influer sur les décisions relatives au passage ou au redoublement.
5. Arguments psychologiques.
Le redoublement entame durablement, sinon définitivement, l'estime de soi, le goût d'apprendre, l'intérêt de l'apprenant pour l'école, le sentiment d'être capable et de pouvoir grandir c'est-à-dire que le redoublement risque d'avoir un effet néfaste sur le développement social et émotif de l'apprenant. En effet, tout échec, chez qui que ce soit, et de quelque type qu'il soit, constitue presque par définition, une " atteinte de l'image de soi ". Dès lors, l'apprenant peut développer et utiliser les "mécanismes de défense " suivants : le refoulement, la régression, le déplacement, la compensation fantasmatique, la dénégation, l'identification à l'agresseur, la projection sur autrui, l'inhibition, l'isolation et le déni.
Y. Brais - 1991 et 1994 - in " Retard scolaire au primaire et risque d'abandon au secondaire " et in " Le classement des élèves à l'école primaire " donne des conclusions inquiétantes : " les doubleurs du primaire présentent un risque nettement plus élevé d'abandon scolaire que les autres élèves ; plus l'élève a redoublé tôt, plus il risque d'abandonner ses études ; les doubleurs de 1ère primaire forment le peloton présentant le taux de risque le plus élevé ".
6. Arguments pédagogiques.
Il est crucial de rappeler l'impressionnante quantité de recherches de qualité portant sur les effets du redoublement. Leurs conclusions sont très largement convergentes : il est exceptionnel que le doublement permette à l'élève faible de " se remettre en selle " . Lorsqu'on étudie l'évolution scolaire d'élèves faibles qu'on fait doubler, on observe bien entendu une amélioration de leurs performances d'une année à l'autre. Mais les études montrent de manière irréfutable que des élèves tout aussi faibles qui sont promus progressent davantage.
Le redoublement est inconcevable dans une perspective de développement continu de compétences et de pratiques de pédagogie différenciée où l'apprenant est acteur. C'est une mesure " grossière " de remédiation.
On oublie trop souvent que l'échec scolaire donc le redoublement se décrète au terme d'une évaluation, qu'il est avant tout le résultat du jugement qui est porté par les enseignants sur les performances des élèves, d'une décision qui est prise par des adultes à propos du devenir scolaire des jeunes. Il est par conséquent logique de considérer que la fréquence des doublements est fonction - au moins en partie - des caractéristiques et façons de faire de ceux qui prennent la décision. Or, les nombreuses études menées sur les pratiques d'évaluation des enseignants font apparaître de multiples et importants biais de subjectivité ainsi que de fréquents dépassements des programmes. En matière d'évaluation, l'arbitraire semble régner en maître. Pour faire bref, on dira que l'échec scolaire donc le doublement dépend essentiellement de la classe que les apprenants fréquentent et des normes d'exigences de ceux qui les ont évalués.
Conclusion provisoire.
Chercheurs, organismes de recherche et l'UNESCO répondent par la négative à la question suivante : " est-il réellement efficace de faire redoubler un élève en difficulté ? " si bien que la possibilité de revoir le programme de l'année où les défaillances se sont manifestées est désuète au Japon et dans les pays scandinaves. Ainsi, Lorrie Shepard, Marcel Crahay, Carnegie, Council on adolescent development, l'Association Internationale pour l'Evaluation du Rendement Scolaire et l'UNESCO, dans plus de 200 recherches, affirment que les effets négatifs du redoublement surpassent largement les bénéfices qu'on peut en attendre. Sur la base de ces travaux, les Etats membres de la Communauté européenne tendent à limiter les possibilités de redoublement. Les pays qui pratiquent la promotion automatique peuvent aussi se prévaloir des résultats des études internationales du rendement scolaire et mettre en évidence le fait que les résultats obtenus par leur population scolaire sont généralement supérieurs à la moyenne internationale. Ainsi, si l'on prend pour exemple la dernière étude internationale consacrée aux compétences en lecture des élèves de 9 à 14 ans, on trouve, parmi les pays les plus performants, la plupart des pays qui ont opté pour la promotion automatique. Les résultats de ces comparaisons internationales permettent, toutefois, de réfuter la croyance selon laquelle des taux élevés d'échec scolaire seraient le prix à payer pour un enseignement de qualité.
Lorrie Shepard est professeur émérite et doyen de la faculté de l'Education à l'Université du Colorado à Boulder. Sa recherche se concentre sur la psychométrie et sur l'utilisation et l'abus des tests psychométriques en milieu scolaire. Ses études ont porté aussi sur le redoublement et la mesure en éducation. 
Lorrie Shepard a été Présidente de l'American Educational Research Association et Présidente du Conseil national de la " Mesure en éducation ". Elue à l'Académie nationale de l'Education en 1992, elle en est devenue la Présidente de 2005 à 2009. Actuellement, elle est membre du Conseil d'Etat du Colorado qui traite de l'efficacité de l'enseignement et de l'amélioration des conditions d'apprentissage des élèves. Elle a reçu récemment le prix Distinguished Career du Conseil national de la " Mesure en Education ".
Marcel Crahay est Professeur de pédagogie expérimentale et d'analyse des processus d'enseignement à l'Université de Liège (1994) dans laquelle il a succédé au Professeur Gilbert De Landsheere. IL est actuellement Professeur et responsable de l'unité de recherche développement, apprentissage et intervention en situation scolaire à la Faculté de Psychologie et de Sciences de l'éducation de l'Université de Genève ( 2007 ).
Chercheur belge travailant désormais à Genève, Marcel Crahay est l'un des plus fins connaisseurs des systèmes d'éducation et des paramètres qui jouent dans la réussite des élèves. Ses ouvrages " L'école peut-elle être juste et efficace " et " Peut-on lutter contre l'échec scolaire " sont des mines pour comprendre ce qui peut rendre l'école inégalitaire, malgré les déclarations de bonnes intentions. Tous ses travaux portent sur l'échec scolaire, les difficultés d'apprentissage en situation scolaire ainsi que sur les croyances des enseignants eu égard au développement, à l'intelligence, à l'apprentissage, au redoublement et aux pratiques d'enseignement.
Inefficace, le redoublement est souvent aussi le résultat d'une décision subjective de l'enseignant mais plus grave encore à nos yeux : il est aujourd'hui démontré que le redoublement affecte la confiance qu'à l'élève en ses capacités d'apprentissage et le préjudice est d'autant plus grave que les enseignants, les parents et les condisciples imputent les problèmes scolaires aux capacités intellectuelles de l'élève et ont de l'intelligence une conception innéiste. Le fatalisme et la démission sont au bout de ce processus. En définitive, le message de la recherche est clair : le redoublement est le plus souvent préjudiciable au développement de l'apprenant.
Ainsi donc, aujourd'hui, le non-redoublement est sur le point de s'inscrire dans notre système scolaire en tant qu'imposition légale au travers de deux décrets : " Ecole de la réussite de 1995 " et " décret Missions de 1997 ".
Cette interdiction entraîne la nécessité de trouver d'autres stratégies et d'autres modes de fonctionnement c'est-à-dire donner une place à l'analyse des pratiques, à la créativité à condition toutefois que les enseignants acceptent de remettre en cause leurs représentations et leurs pratiques d'évaluation. Bref, la solution peut venir de l'école si celle-ci accepte de se considérer comme l'une des sources de l'échec scolaire.
L'évaluation des apprenants est affaire délicate et les biais dont peuvent être victimes les enseignants sont aujourd'hui clairement identifiés. le plus important est connu sous le nom d'effet Posthumus : quelle que soit la distribution des compétences au début de l'année scolaire, la distribution des notes en fin d'année épouse grosso modo une forme gaussienne ( allure de la courbe normale ). Voir par ailleurs sur le blog la pédagogie du " tiers perdu " de Philippe Meirieu. En conséquence, deux élèves moyens appartenant à deux classes différentes peuvent obtenir des résultats différents aux examens organisés par leurs enseignants respectifs. Celui qui fréquente une classe dont la majorité des élèves est faible aura probablement la chance d'être sur-évalué, voire même d'être classé parmi les meilleurs élèves de la classe. Quant à l'autre, s'il fréquente une classe où la majorité de ses condisciples de classe sont plus forts que lui, il risque fort d'être sous-évalué, voire même d'être jugé par l'enseignant trop faible pour être promu.
Plus fondamentalement, on peut craindre que les enseignants pratiquent une évaluation normative là où il faudrait une évaluation centrée sur les objectifs. Il est vrai que, très souvent, la performance d'un individu est jugée par référence à celle d'autrui. Cet usage s'est propagé et est devenu le bon usage? Ces pratiques d'évaluation peuvent être considérées comme une manifestation de la culture de l'excellence qui caractérise le fonctionnement des écoles ... mais est-ce bien ce que l'on demande à une école obligatoire ?
Les partisans des pédagogies de la réussite prennent le contre-pied de cette conception. Pour eux, la mission de l'école n'est pas de fabriquer des hiérarchies d'excellence, mais de susciter un maximum d'apprentissages chez un maximum d'apprenants. L'évaluation sommative devra donc être à référence critérielle, c'est-à-dire devra situer l'apprenant par rapport aux compétences à maîtriser. Plus important encore, il s'agira de faire jouer à l'évaluation une fonction régulatrice. Celle-ci comprendra idéalement deux aspects :
* Un aspect de feedback permettant à l'apprenant de situer le résultat de son apprentissage par rapport aux objectifs à atteindre.
* Un aspect de guidance permettant l'ajustement ou la réorientation de l'enseignement dans une direction plus appropriée à la maîtrise des compétences visées.
Le recours aux épreuves standardisées et à l'évaluation externe constitue assurément un moyen de juguler les dérives de l'évaluation locale. En effet, l'évaluation externe offre aux enseignants un moyen de situer le niveau de compétence de leurs apprenants par rapport à des seuils de compétence définis au niveau de la Communauté française et de diagnostiquer d'éventuelles lacunes dans leurs connaissances. Si les plus faibles de la classe maîtrisent les compétences minimales, l'enseignant peut s'en trouver rassuré et écarter l'idée de redoublement. Si la majorité des apprenants montrent des lacunes spécifiques, l'enseignant sait où il doit porter ses efforts. En définitive, les enseignants peuvent apprécier le niveau de compétence de leurs apprenants en utilisant une référence bien plus large que le microcosme de la classe.
Mais de nombreux freins continuent d'exister :
1. La logique de la classe.
2. La logique matière.
3. La peur du changement. Ajoutons simplement le fait que la plupart des enseignants sont convaincus du caractère bénéfique du redoublement et on disposera de l'ensemble des éléments permettant de cerner le coeur de la problématique : pourquoi les enseignants lutteraient-ils contre une réalité qu'ils jugent légitime ( le bon prof a des échecs ), nécessaire ( les élèves ne travaillent pas sans la menace de l'échec ) et utile ( sa conséquence - le doublement permet aux élèves faibles de se remettre en selle ). C'est donc contre les enseignants eux-mêmes et, plus exactement, contre leurs représentations qu'il faut lutter si l'on veut vaincre l'échec scolaire. Il faut, autrement dit, échapper à une analyse qui se concentrerait sur des éléments externes aux enseignants pour les amener à examiner de façon critique leurs convictions et leurs pratiques.
4. Le jugement des enseignants entre-eux. Diverses enquêtes montrent que la majorité des enseignants de chez nous mais aussi d'ailleurs doutent que les innovations pédagogiques puissent vraiment résoudre le problème. Pour eux, la cause des échecs donc du redoublement est ailleurs : elle se situe au niveau des apprenants ( manquant de maturité, mauvaise attitude de travail, inaptitude fondamentale, ... ). ou au niveau des familles ( manque de soutien, démission, ... ). Dans ce cas, une interrogation semble s'imposer : l'école peut-elle faire partie de la solution si elle refuse de se considérer comme un des éléments qui engendrent le redoublement ?
5. La pression des pouvoirs organisateurs.
6. Le statut de l'erreur.
Cependant des pistes existent et méritent d'être analysées au sein des équipes éducatives :
1. Des adultes en projet qui :
* Construisent le sens de cette nouvelle école et travaillent en équipe.
* Pilotent le projet avec la direction de l'école.
* Explicitent leurs différences et construisent leur cohésion.
* Se donnent du temps, des espaces et des moyens.
* Associent tous les partenaires de l'école.
* Se solidarisent en entité.
* Osent le changement systémique tout en étant centré sur l'apprenant.
* Modifient leur façon d'envisager les matières, les disciplines.
2. S'engager sur la voie de l'évaluation formative en la distinguant des bilans et des contrôles successifs.
3. Développer une conscience accrue sans le recours à tous les outils et méthodes précis.
4. Se concerter au bénéfice de l'organisation du travail des apprenants et du partage de leur évaluation formative en réfléchissant à ceci :
Postulat de Burns :
Il n'y a pas deux apprenants qui progressent à la même vitesse.
Il n'y a pas deux apprenants qui sont prêts à apprendre en même temps.
Il n'y a pas deux apprenants qui utilisent les mêmes techniques d'étude.
Il n'y a pas deux apprenants qui résolvent les problèmes exactement de la même manière.
Il n'y a pas deux apprenants qui possèdent le même répertoire de comportements.
Il n'y a pas deux apprenants qui possèdent le même profil d'intérêt.
Il n'y a pas deux apprenants qui sont motivés de la même manière pour atteindre les mêmes objectifs.
5. Partager, réfléchir, élaborer les activités et leur organisation en se concertant régulièrement en cycle.
6. Partager ses observations à propos des apprenants avec toute l'éthique professionnelle requise et en se méfiant de l'effet Pygmalion.
L'effet Pygmalion. Pygmalion, légendaire sculpteur grec, tomba amoureux d'une de ses oeuvres, une statue au corps de femme. En retour, la sculpture s'anima et devint le femme idéale dont rêvait le créateur. Tout comme le sculpteur aux doigts magiques, les enseignants ont le pouvoir d'amorcer chez leurs élèves des conduites conformes à leurs attentes. On parle alors d'effet Pygmalion. Le phénomène a été décrit pour la première fois par Rosenthal et Jacobson, en 1968, dans l'ouvrage " Pygmalion à l'école ". Les auteurs y relatent des expériences conduites à Oak School, aux Etats-Unis, sur 650 enfants. Un test proposé en début d'année scolaire permet de déterminer le Q.I. des élèves et de dégager, dans chaque classe, un groupe de 20 % d'enfants susceptibles de faire des progrès significatifs. En fin d'année, nouveau test qui révèle des résultats exceptionnels chez les élèves désignés lors du premier test. Rien d'anormal, si ce n'est que les listes des enfants aux aptitudes particulières, fournies aux enseignants après le premier test et avant leur rencontre avec les élèves, sont totalement arbitraires, elles ont été faites par tirage au sort. La différence entre le groupe d'enfants particuliers et les autres n'existait que dans la tête des enseignants. Croire aux capacités intellectuelles des élèves avait créé des conduites propres à les rendre intelligents. ( Extrait du Monde de l'Education N° 314 de mai 2003).
Une illustration de l'effet Pygmalion : une recherche française a été menée au cours des années 90 auprès de professeurs de physique ( hommes et femmes ) de collège : les mêmes copies d'élèves de 4ème leur ont été soumises avec soit un prénom de fille, soit un prénom de garçon déterminé de manière tout à fait aléatoire. On constate que lorsque la copie est bonne, elle obtient une meilleure note si elle porte un prénom de garçon. En revanche, quand la copie est médiocre, la note est moins sévère si elle porte un prénom de fille. A noter également que les enseignants femmes et hommes, se conduisent de la même manière dans leur mode de notation.
Les attentes des enseignant(e)s par rapport à leurs élèves tendent à fonctionner comme des " prédictions auto-réalisatrices ". Ces attentes diffèrent selon le sexe et en particulier en ce qui concerne les matières enseignées. Les connotations masculines des mathématiques et féminines de la lecture et de l'écriture alimentent la conviction de bien des enseignant(e)s que les garçons sont plus capables de réussir dans les disciplines scientifiques et que les filles sont plus douées dans les matières littéraires. A cela s'ajoute le fait que les mathématiques sont considérées comme plus utiles pour les garçons que pour les filles en termes d'études et de carrières futures, et que la majorité des enseignant(e)s n'encourage pas leurs élèves à faire des choix non conformes à leur sexe. Une attitude moins réactionnaire que réaliste car ces enseignant(e)s anticipent les difficultés réelles que rencontreront les filles dans des métiers exercés en majorité par des hommes et hésitent à encourager les garçons à choisir des options moins valorisées socialement. ( Extrait de " Ensemble offrons un avenir à l'égalité " édité par le Ministère de la Communauté française en 2003 ).
Durée de la scolarité obligatoire dans la Communauté européenne.
* Belgique : de 6 à 18 ans avec possibilité à temps partiel dès 15 ans.
* Danemark : de 7 à 16 ans.
* Allemagne : de 6 à 18 ans avec possibilité à temps partiel dès 15 ans.
* Espagne : de 6 à 16 ans.
* France : de 6 à 16 ans.
* Italie : de 6 à 14 ans.
* Luxembourg : de 4 à 15 ans.
* Pays-Bas : de 5 à 18 ans avec possibilité de temps partiel dès 16 ans.
* Portugal : de 6 à 15 ans.
* Angleterre : de 5 à 16 ans.
* Irlande : de 4 à 16 ans.
* Ecosse : de 5 à 16 ans.
Quelques réflexions d'adolescent(e)s qui méritent, me semble-t-il, une attention particulière de notre part.
* Mes yeux n'ont pas vu le monde comme vous ; laissez-moi l'explorer en toute sécurité, mais sans interdit inutile.
* Il y aura toujours des choses à faire à l'école, mais moi je ne suis jeune que pour quelques années. Prenez le temps de m'expliquer les choses, avec patience et bonne volonté. Ce monde semble si merveilleux.
* Je suis fragile, même si je ne le montre pas. Soyez sensible à mes besoins, à ce que je ressens. Ne vous moquez pas de moi sans arrêt. Traitez-moi comme vous aimeriez être traité ou, mieux, comme vous auriez aimé être traité quand vous aviez mon âge.
* J'ai besoin de vos encouragements pour grandir. Mettez la pédale douce pour les critiques. Souvenez-vous : " vous pouvez critiquer ce que je vais sans me critiquer moi ".
* Donnez-moi le droit de prendre des décisions moi-même. Autorisez-moi à expérimenter l'échec, pour que j'apprenne de mes erreurs. De cette façon, je serai prêt à prendre plus tard les décisions que la vie me demandera de prendre.
* S'il vous plaît, cessez de me comparer. Je suis unique. Si vous avez des attentes trop fortes pour moi, je ne me sentirai pas à la hauteur, et cela minera ma confiance en moi. Je sais que c'est difficile, mais ne me comparez à personne.
Quelques déclencheurs qui susciteront sans doute une réflexion active au sein des groupes d'enseignants dans les établissements scolaires.
1. Pensez à la tragédie qui se prépare lorsqu'un enfant grandit au son d'une série de refrains caustiques tels que : " Nous savons que tu peux faire mieux " ou " Il va réussir quand il décidera de faire un effort " ou encore " Elle n'a pas la bonne attitude ", surtout lorsque ces affirmations ne sont que faussetés. Eles sous-entendent que l'enfant est en quelque sorte immoral sur le plan scolaire, coupable au premier degré de son propre malheur !! Oui, ils pourraient faire mieux, mais si et seulement si les adultes qui les entourent les comprennent mieux et les aident à réussir.
2. Qui aime s'entendre couvrir de reproches tout en gardant le sourire ? Pourtant, certains jugements sont nécessaires. Si la Société laissait tout faire, si le monde éducatif ne tentait pas de redresser la barre lorsque c'est nécessaire, alors la fin de notre civilisation serait sans doute très proche, voire imminente. Le tout est de bien faire passer ces jugements utiles, de n'exprimer que ceux qui sont nécessaires.
Pour en savoir plus et ou autrement.
Brais, Y., Retard scolaire au primaire et risque d'abandon scolaire au secondaire, Québec, Ministère de l'Education, Direction générale de la recherche, 1991.
Jackson, G.B., The Research Evidence on the Effects on Grade Retention, Review of Education Research N° 45, 1975.
Holmes and Matthews, The Effects of Nonpromotion on Elementary and Junior School Pupils : a Meta-Analysis, Review of Educational Research N° 54, 1984.
Shepard and Smith, Flunking Grades : Research and Policies on Retention, London, Falmer Press, 1989.
Perrenoud, Philippe, La fabrication de l'excellence scolaire, Genève, Droz, 1995.
Meirieu, Philippe, Apprendre, ... oui mais comment ?, Paris, ESF, 1992.
Jacquard, Albert, Eloge de la différence, Paris, Seuil, 1978.
Jacquard, Albert, L'intelligence est-elle héréditaire, Paris, ESF, 1981.
Perrenoud, Philippe, L'évaluation formative dans un enseignement différencié, Berne, P. Lang, 1991.
Commission européenne de l'enseignement, La lutte contre l'échec scolaire : un défi pour la construction européenne, Bruxelles, 2000.
Sousa, D.A., Un cerveau pour apprendre, Montréal, Chenelière, 2002.
Paul, Jean-Jacques, Le redoublement : pour ou contre, Paris, ESF, 1996.
Migeot-Alvarado, Judith, La relation école-familles, " peut mieux faire ", Paris, ESF, 2000.
Gayet, Daniel, C'est la faute aux parents, Paris, La Découverte et Syros, 1999.
Yvan Keuwez
Licencié-agrégé en Sciences de l'Education.
15:15 Écrit par YK dans Echecs scolaires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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08.10.2009
Comment apprendre à prévenir, maîtriser et résoudre les conflits.
Comprendre et réagir en professionnels par la résolution constructive des conflits.
Violence scolaire ........ est-ce nouveau ?
A l'intérieur ou à l'extérieur des institutions scolaires, la violence est une donnée permanente de l'histoire de la jeunesse à travers les âges.
" Cette jeunesse est pourrie jusqu'à la moëlle. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d'autrefois " ( Inscription sur une poterie de Babylone, 1000 ans avant J.C. ).
Babylone, ville antique de Mésopotamie est située sur l'Euphrate dans ce qui est aujourd'hui l'Irak à environ 100 kilomètres de l'actuelle Bagdad.

Son prestige est énorme notamment en raison des monuments célèbres qui y ont été construits, comme ses grandes murailles, sa ziggurat qui a inspiré le mythe de la tour de Babel et les jardins suspendus dont l'emplacement n'a toujours pas été identifié.
" Notre jeunesse est mal élevée, elle se moque de l'autorité et n'a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d'aujourd'hui ne se lèvent plus quand un vieillard entre dans une pièce ; ils répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler " ( Socrate : 5ème siècle avant J.C. ).
Socrate ( -470 - -399 ) est considéré comme l'un des inventeurs de la philosophie morale et politique. Il n'a cependant laissé aucune oeuvre écrite. Sa philosophie s'est transmise par l'intermédiaire de ses disciples.
Socrate se penche sur le champ de la conduite humaine, la connaissance de soi " Connais-toi toi-même", les apparences. Toutefois, chacun doit en dernière instance découvrir la vérité par lui-même parce que la vérité ne peut jamais être entièrement donnée de l'extérieur.
Au 13ème siècle, les étudiants de la Sorbonne se battent à plusieurs reprises, à mains armées, avec les bourgeois parisiens, avec la police du prévôt de Paris, ou, même en 1278, avec les moines de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Au 19ème siècle, le lycée Louis-le-Grand a connu 8 révoltes d'étudiants entre 1815 et 1883 dont plusieurs nécessitèrent l'intervention de la police parisienne.
En préambule, deux fausses pistes.
1. C'est la faute à ..... là, chacun peut y mettre ses antipathies, son bouc émissaire :
* aux formateurs, aux enseignants, aux patrons qui ne font pas leur travail, qui n'ont plus d'autorité,
* au chef d'établissement qui ne veut pas faire de vagues,
* aux surveillants qui ne sont pas à la hauteur,
* aux apprenants qui ne sont que des sauvageons,
* aux parents qui n'éduquent plus leurs enfants, qui démissionnent,
* aux gouvernements qui ne prennent pas les dispositions voulues,
* aux policiers qui ne sont jamais là quand il faut.
2. Il n'y a qu'à .... là, chacun peut privilégier un aspect :
* augmenter les effectifs de formateurs, d'enseignants ou d'adultes dans les établissements,
* augmenter le nombre de surveillants,
* priver les parents des allocations familiales,
* mettre de la police devant chaque établissement,
* diminuer le nombre d'apprenants par classe,
* créer des maisons de redressement,
* entourer les établissements de murs.
Philosophie.
L'essentiel de la pédagogie de la réduction du conflit est dans le passage du raisonné pragmatique à la sensibilité pure, à la perception de soi et des autres en exprimant directement ce que l'on ressent. Franchir ce cap permet de transformer le conflit en un instrument de développement personnel ou de groupe.
EX. Ainsi, l'insulte lancée au professeur n'entraîne plus de réaction transparente ( je n'ai rien entendu ) ou répressive ( file chez le proviseur ou chez le directeur ) mais une confrontation avec l'élève : " je ne supporte pas d'être appelé comme cela, d'ailleurs moi-même je ne t'appelle pas ainsi. Maintenant, j'ai besoin qu'on approfondisse .... ".
Le recours à la hiérarchie permet de marquer la limite à ne pas franchir, mais se cacher derrière la loi ne permet pas de régler le conflit de personnes. " Il n'a jamais suffi de punir pour faire disparaître la violence à l'école ".
Le conflit fait partie intégrante de la vie des établissements scolaires. Il est souvent facteur de développement et d'évolution. Le conflit, s'il est bien géré, c'est le moteur de la vie psychique, de la vie scientifique, de la démocratie. (Luc Brunet). Le conflit est encore un messager qui nous dit qu'un changement est nécessaire. Savoir écouter ce que dit le conflit et transformer sa colère en énergie permet de créer un changement harmonieux. Mieux vaut donc maîtriser les mécanismes du conflit pour y apporter les meilleures solutions possibles. La gestion des conflits devient ainsi un élément clé de la stratégie de chaque organisation qui ne devrait pas être laissé au hazard mais, au contraire, être mûrement réfléchi et considéré comme un véritable outil de management.
Luc Brunet est, depuis 2001, professeur titulaire en psychologie du travail et des organisations à l'Université de Montréal. Il a auparavant exercé en tant que psychologue du travail et a publié une vingtaine d'ouvrages sur le sujet.

Il est aussi, depuis plus de 20 ans, professeur associé à l'Université de Mons. Il est encore membre du Comité de Recherche et d'intervention pour le travail et l'efficacité organisationnelle. Ses domaines de spécialité sont : le climat organisationnel et le climat de travail dans les entreprises, les comportements de violence au travail et l'évaluation des compétences des gestionnaires scolaires.
Objectifs :
* Découvrir les mécanismes qui sont à l'origine des conflits.
* Découvrir ses capacités
à écouter, dans le respect de soi et des autres,
à prendre en compte la dimension émotionnelle des conflits,
à prendre la distance nécessaire face à des situations conflictuelles.
* Acquérir des outils de résolution et de prévention des conflits.
Apports théoriques.
La violence c'est la désorganisation brutale ou continue d'un système personnel, collectif ou social se traduisant par une perte d'intégrité qui peut être physique, psychique ou matérielle. Elle est dépendante des valeurs, des codes sociaux et des fragilités personnelles des victimes.
Pour mieux comprendre l'origine de la violence scolaire, il faut poser la question de ses rapports avec la Société. En effet, l'école est le premier représentant de la Société et il n'est donc pas surprenant que viennent s'y réfracter des violences du dehors, générées par les chaos économiques, sociaux et familiaux ( Nico Hirtt ). La violence scolaire, présente dans tous les pays dits industrialisés, traduit la crise de l'école en tant que lieu de socialisation, modèle d'intégration et lieu de régulation des conflits.
Nico Hirtt ( 1954 - ....... ). C'est un enseignant syndicaliste belge, chercheur, licencié-agrégé en sciences physiques. Il enseigne la physique et la mathématique dans l'enseignement secondaire supérieur, en Brabant wallon ( Nivelles).

Il est le membre fondateur de l'APED : " Appel Pour une Ecole Démocratique " organisme de réflexion et de formation permanente pour les professeurs. Cet organisme milite surtout en faveur du droit de tous les jeunes à accéder au savoir sur un même pied d'égalité. Nico Hirtt est le premier et celui qui a le plus clairement tiré la sonnette d'alarme : l'école est en voie de privatisation totale et d'annexion par les multinationales.
Il est l'auteur de plusieurs ouvrages :
* Tableau noir, Editions EPO, 1998.
* L'école prostituée, Editions Labor, 2001.
* Je veux une bonne école pour mon enfant, Editions Aden, 2009.
Revue " Le monde de l'éducation " N° 311 - Février 2003.
Une élève poignarde son professeur, début janvier 2003, dans un lycée professionnel de la Garenne-Colombes (France). Un élève poignarde son directeur dans un institut d'enseignement technique de Dinant (Belgique). Ce premier niveau relevant de la violence pénalisable (crimes et délis), le plus dramatique sans doute, celui qui est repris par tous les médias reste relativement exceptionnel dans nos établissements d'enseignement.
En février 2009, l'Athénée royal d'Alleur ( Liège ) était sous le choc : une bande de jeunes, le visage masqué par des foulards, venait de s'introduire dans les salles de réfectoire de l'école, détruisant le matériel avec violence avant de prendre la fuite. Quelques temps après, deux individus encagoulés faisaient irruption à l'Athénée royal de Marcinelle ( Charleroi ), armés de fusils de paintball, touchant 17 étudiants avec les balles de couleur.
Un groupe de 6 personnes, ce 15 février 2010, s'est introduit dans un gymnase municipal rattaché au lycée Guillaume Appolinaire de Thiais et a blessé un élève au cutter.
Nous assistons, aujourd'hui, à une transformation des faits de violence, pas forcément plus nombreux, mais plus collectifs. Avant, un individu s'en prenait à un autre. Désormais, ce sont des groupes qui s'attaquent à une personne, généralement un enfant, un adolescent isolé, contre qui l'on se mobilise parce qu'il est gros, laid, faible, collaborant avec le prof., travaillant bien à l'école, d'une autre race ou simplement issu d'un autre quartier.
Vendredi 2 mars 2012, Firmin (prénom d'emprunt) a été tabassé à la sortie de son école par une trentaine d'élèves d'un autre établissement scolaire que le sien. Frappé en pleine face, il a eu le nez brisé en plusieurs morceaux. Emmené d'urgence à l'hôpital, il y a été opéré pour une reconstruction nasale. ( La Dernière Heure : 07.03.2012).
Même si les médias parlent beaucoup de violence à l'école, les faits pénalement les plus graves sont relativement isolés au sein des établissements scolaires. Le malaise provient surtout d'une autre catégorie, non pénalisable celle-là, qui concerne les incivilités (codes élémentaires de la vie en société qui ne sont pas respectés) : moqueries - menaces - rumeurs malveillantes - insultes - vols - vandalisme - coups - rackets - racisme, est dominante en milieu scolaire et explique le malaise actuel bien plus que les violences brutales. Cette forme de violence plus diffuse, plus impalpable touche les victimes dans leur identité et dans leur intégrité et dégrade la vie quotidienne en créant une crise de sens parfois dramatique et un sentiment d'insécurité qui n'est que rarement fantasmatique. Il faut prendre l'incivilité très au sérieux comme nous le démontre une étude réalisée par le Journal Le Soir en janvier 2004 intitulée " L'école minée par les incivilités " et par la parution, en 2009, du livre de Charlotte Charpot : " Madame, vous êtes une prof de merde " où cette jeune prof témoigne de son parcours difficile dans quelques écoles en France et en Belgique.
Début mars 2012, la Ministre de l'intérieur du Gouvernement belge déclare : " Les incivilités seront désormais plus sévèrement sanctionnées, et ce, probablement dès l'âge de 14 ans. Elle propose également que les amendes prévues en la matière soient doublées ".
Charlotte Charpot est un pseudonyme. Native d'Alsace et titulaire d'un Master de Littérature comparée, elle a quitté l'enseignement et rejoint le secteur privé.

Recyclée depuis peu dans une société de courtage à Bruxelles, elle décrit crûment l'univers scolaire qu'elle a fréquenté pendant 6 ans en France et 3 mois en Belgique.
Si les conflits grandissent, entre élèves et à l'encontre des professeurs c'est parce que les enjeux d'insertion sociale, de destin social, sont de plus en plus tendus. La compétition c'est-à-dire le " ôte-toi de là que je m'y mette " que l'on installe au fronton des institutions scolaires ou patronales augmente elle aussi le développement des conflits.
Causes internes à l'école.
Nombre de conflits dans l'école naissent d'une mauvaise relation entre apprenants et professeurs ou éducateurs. Nous ne nierons pas ici que certains formateurs constituent de vraies catastrophes ambulantes sur ce point et portent atteinte à l'intégrité morale de leurs apprenants, à force de mépris et d'irrespect.
* Par sa fonction, l'école génère de la violence. L'Homme, explique Eric Debarbieux, passe son temps à imiter son semblable pour parler, marcher,se conformer à ses lois ou s'intégrer dans une culture. Son désir est mimétique. Il veut l'objet que l'autre désire ( femme, argent, territoire, savoir ). Ce désir engendre une violence qui menace d'autant plus la société d'aujourd'hui que celle-ci ne régule plus ses pulsions. Le système éducatif n'échappe pas à cette " violence de tous contre tous " qui va engendrer des mécanismes de boucs émissaires sauvages de toutes sortes : ceux qui travaillent bien, ceux qui sont exclus à l'intérieur des classes ségrégatives, ceux qui se retrouvent dans des bandes. L'école n'a pas réussi à faire une véritable intégration démocratique. La violence se développe dans les établissements où personne ne porte la Loi, où les adultes se dévorent entre eux, où tout paraît négociable au gré des rapports de force. Les tensions naissent du fait que les apprenants ne supportent pas l'anonymat et le manque de respect : les formateurs qui les traitent comme des numéros interchangeables et ceux qui les injurient poliment.
* En outre, l'école doit juger, sanctionner, ce qui n'est pas toujours accepté. Le système scolaire doit revoir son fonctionnement à ce niveau. Le fait d'être mis en situation d'échec déstabilise les adolescents et les adultes aussi. En février 2012, Vincent Driss a mis fin à ses jours : il était ouvrier communal au service propreté de la ville de Charleroi et il avait raté son examen Hudson. Son emploi en dépendait et ce coup dur est l’un des motifs de son suicide. Il faudrait positiver davantage. On a trop tendance à ne voir que l'erreur. On dévalorise les personnes et on décourage l'effort. Ainsi, et en guise d'exemple et de réflexion, je me dois de vous proposer ceci : " L'évaluation sommative ne devrait être mise en place que lorsque le formateur à la certitude que l'apprenant va réussir ce qui lui est demandé. Cette évaluation serait en fait non pas une évaluation-sanction mais une évaluation certification ".
* Des inégalités remarquables : la violence et la ségrégation scolaires seraient dues à un système social et politique qui impose la non mixité sociale. On se trouve alors face à deux types d'écoles : les écoles d'élite et les écoles dites " ghettos ". De plus, on crée à l'intérieur des écoles des différences entre les classes. En effet, dans les bonnes classes on retrouve souvent plus de filles que de garçons, et plus d'adolescents autochtones qu'allochtones, c'est une réalité qui est objectivement discriminatoire.
* Le choix des enseignants: on attribue le plus souvent des classes difficiles aux jeunes enseignants fraîchement diplômés, alors que les enseignants expérimentés et rigoureux sont dans les classes moins difficiles.
* Les inégalités se trouvent encore amplifiées par la structure même de notre enseignement divisé en filières hiérarchisées et en réseaux concurrents et par son caractère de semi-marché ( Nico Hirtt ). Souvent, des pressions morales ou de véritables barrières financières empêchent les enfants des classes populaires d'accéder aux " écoles de riches ".
* Une très grande partie du travail scolaire se fait à la maison, où les conditions dans lesquelles l'adolescent doit accomplir ses devoirs sont, là aussi, foncièrement inégales et ainsi l'échec scolaire augmente et par conséquent les comportements violents aussi et dans les mêmes proportions.
Eric Debarbieux, ancien institueur, est né le 9 février 1953, à Roubaix. Il a accompli ses études au Lycée Gambetta de Tourcoing et obtenu son doctorat en philosophie à l'Université de Grenoble II. Il est aujourd'hui sociologue et professeur en Sciences de l'Education à l'université de Bordeaux 2. C'est le spécialiste français le plus réputé en ce qui concerne la violence à l'école. Il est membre de la commission Bauer et participera aux états généraux de la sécurité à l'école, en avril 2010. Debarbieux est le président fondateur de l'observatoire européen de la violence à l'école. Il a été Président du comité scientifique des quatre conférences mondiales sur la violence à l'école : Paris en 2001 - Québec en 2003 - Bordeaux en 2006 et Lisbonne en 2008.

Il a accompli un chemin d'une quinzaine d'années au contact des réalités éducatives les plus dures avant d'être un universitaire reconnu. Il est directeur de l'observatoire international de la violence scolaire. Il a écrit notamment :
La violence dans la classe, E.S.F., 1990.
La violence en milieu scolaire 1 et 2, E.S.F., 1996 et 1999.
Violence à l'école : un défi mondial, A. Colin, 2006.
Causes externes à l'école.
La crise économique renforce, chez ceux qui en ont les moyens, les comportements les plus individualistes et les poussent à l'élitisme. La crise aggrave aussi les causes matérielles de l'inégalité d'accès aux études. Par ailleurs, la recherche de l'excellence, de la qualité totale, de la performance est exigée dans une société de plus en plus compétitive. Cette logique de l'excellence produit inéluctablement l'exclusion et toutes ses conséquences. En fait, la violence " visible " de la délinquance constitue un miroir de la violence " invisible " de conditions de vie inacceptables : les facteurs d'exclusion se cumulent, difficultés familiales, chômage, assistance généralisée, cadre de vie dégradé, pour peser le plus fortement sur les enfants et les jeunes.
Ainsi donc, le phénomène des conflits à l'école, au travail est un problème de plus en plus fréquent dans les établissements d'enseignement et les entreprises privées. La violence au travail est loin d'être un phénomène rare. Le nombre croissant de victimes de violence physique, de harcèlement sexuel, d'intimidation ou de violence verbale au travail révèle un problème grave dans la plupart des organisations et ce dans tous les secteurs d'activité. ( Luc Brunet ). Les futurs formateurs, enseignants et les patrons auront très probablement à y faire face dans leur carrière. Le métier de formateur, d'enseignant, de patron n'est pas spécifiquement un métier à risques, mais un métier de relations humaines qui suppose une implication dans laquelle on met en jeu sa personnalité et qui suppose aussi parfois d'être en contact avec des situations difficiles. A ce sujet, il est indispensable que les formateurs, les enseignants et les patrons aient conscience de plusieurs éléments. Il faut d'abord qu'ils se connaisent bien eux-mêmes, qu'ils sachent exactement où ils en sont. Qu'ils puissent établir clairement où se situe pour eux la frontière entre ce qu'ils acceptent et ce qu'ils n'acceptent pas dans les comportements de leurs apprenants. Il est nécessaire aussi qu'en situation de conflit, le formateur, l'enseignant, le patron soit capable de prendre du recul, de désamorcer une situation sans entrer en état de guerre ... ceci n'est pas si évident que cela n'en a l'air !!! Et pourtant, dans l'espace clos de la classe, de l'atelier, impossible de déplacer ou de différer un conflit, il faut tout résoudre dans l'instant.
La difficulté du métier de formateur, d'enseignant c'est d'arriver à détecter ou à gérer les situations à risques. C'est une nouvelle compétence demandée au métier, qui devrait être plus prise en compte dans la formation continue mais aussi et surtout dans la formation initiale. Le plus difficile ce n'est pas l'élève fauteur de troubles permanents. C'est celui qui donne l'apparence de calme, qui ne dit rien et qui, tout d'un coup, va exploser.
Un des éléments clés dans la gestion de conflits reste néanmoins le dialogue avec l'Autre qui implique notamment une bonne connaissance de soi-même. En effet, souvent, les conflits naissent d'une non reconnaissance de soi et d'autrui et peuvent être destructeurs par ce qu'ils contiennent de violent et de douloureux. Mais, ils peuvent également être source de transformation des personnes et des relations entre les personnes, si sont reconnus l'existence même du conflit et ce qui a été vécu par les parties, notamment sur le plan émotionnel.
La relation avec soi-même.
Un Homme n'est rien s'il ne communique pas avec d'autres : l'Homme est avant tout un animal social. Mais la communication est un art aussi difficile qu'indispensable. Pour que la communication passe bien les philosophes grecques conseillaient : " connais-toi toi-même ".
Comment puis-je me connaître moi-même ?
Cette question n'est pas aussi évidente qu'il n'y paraît car il est parfois difficile de rester objectif, sans accentuer ses qualités ou réduire ses défauts. Une aide : on peut dresser une liste de ses propres caractéristiques en fonction de l'image que l'on a de soi : quels sont mes points forts, mes points faibles, mes valeurs, mes comportements typiques ? La vision de soi, on peut aussi l'avoir à travers un miroir. Le miroir à utiliser c'est " les Autres ". En effet, l'image que l'Autre perçoit de moi peut être différente : c'est un miroir qui peut être déformant. Il est intéressant de reprendre la liste dont on vient de parler et de demander à quelques proches ou amis de remplir à leur tour les cases définies. Il est très probable qu'apparaissent alors de nombreuses différences avec sa vision initiale de soi.
Essayez vraiment cet exercice, la surprise sera au rendez-vous des deux côtés. Mais que peut-on en retirer ? D'abord, l'existence de la différence : phénomène trop souvent ignoré. Ensuite, discuter avec l'Autre des différences entre les deux listes peut être instructif. Mais comment l'Autre a-t-il bien pu en arriver à cette vision de moi ? Enfin, l'interprétation est un autre point essentiel. Face à un même comportement, deux individus l'interprèteront peut-être de manière radicalement différente, selon leur sensibilité, l'humeur du moment.
Image de soi en relation avec l'Autre.
Le formateur, l'enseignant peut tenter de se placer lui-même dans une ou plusieurs de ces catégories :
Le Belge parfait. Cette personne possède l'art du compromis. Pour elle, la perfection n'existe pas. Pour s'en accommoder au mieux, elle met de l'eau dans son vin, au détriment de ses buts.
Le gagnant. Cette personne veut gagner envers et contre tout, pour réaliser ses projets de manière rapide. Les obstacles seront tous éliminés, car la fin justifie les moyens. L'Autre n'est qu'un moyen d'atteindre un objectif : il sera délaissé une fois devenu " inutile ".
Le collaborant. Cette personne veut aussi atteindre ses objectifs mais de manière plus souple. Elle sait s'entourer d'autres pour l'aider. Elle sait écouter leurs propositions et en tenir compte. Elle garde les autres par la suite. En bref, l'union fait la force.
Le long fleuve tranquille. Cette personne adore le calme. Elle évite les conflits en s'accommodant du monde extérieur. Elle ne souhaite pas déranger les autres. Elle regarde la vie se dérouler dans la sécurité, le confort, non pas dans la controverse. Elles sont perçues comme des personnes avec qui il est possible de s'arranger.
Le fanatique du cocooning. Cette personne vit dans un confortable refuge par peur d'affronter l'existence. Elle ne prend aucun risque et attend un Autre, qui souvent ne vient pas. Elle réfléchit avant d'agir, beaucoup, longtemps au risque de rester en rade.
En situation de conflit, il est utile de se connaître pour mieux le gérer. Une réaction en désaccord avec sa personnalité ne sera jamais satisfaisante. " Chasser le naturel, il revient au galop ". Bien sûr, il va falloir accorder des concessions, sans lesquelles aucune vie décente en groupe n'est envisageable d'autant plus, que dans la plupart des cas, les protagonistes ne voient la situation que de leur point de vue et s'identifient personnellement à leurs idées.
Affirmation de soi.
S'affirmer, c'est s'exprimer en son nom propre ; c'est employer le " je " plutôt que des " on ", " ils ". Beaucoup de conflits sont dus à une mauvaise compréhension, à de mauvaises interprétations. Il vaut donc mieux être clair dès le départ. Ainsi, un " je veux " est plus clair pour l'Autre qu'un " je souhaite ". S'affirmer, c'est donc parler de soi, oser sa différence, ses opinions et prendre des initiatives. Un formateur, un enseignant n'est ni insipide, ni inodore, ni incolore .... certains s'en souviennent, je pense !!! " Un adulte dans le flou crée la plupart du temps un adolescent dans le flou ". Cependant, il faut éviter les extrêmes : l'excès nuit en tout. Parler de soi ne doit pas conduire à l'égocentrisme. Le but recherché doit plutôt être d'informer l'autre sur soi, ses opinions, ses intérêts, dans le cadre d'une relation éventuellement conflictuelle. S'affirmer sans verser dans l'égocentrisme n'est pas facile.
L'enfer, c'est les autres.
En situation normale, le quotidien est émaillé de tensions, de mésententes. Des conflits surviennent et brisent la monotonie. Si tout va mal, c'est déjà à cause des Autres, c'est bien connu mais chacun n'aurait-il pas sa part de responsabilité.
L'enfer, c'est aussi soi.
Il est parfois difficile de l'admettre,mais on est également responsable. Tout le monde commet des erreurs, dans le monde éducatif comme ailleurs. " L'erreur n'est pas de commettre une faute, c'est de la commettre une seconde fois ". Mais pour éviter de commettre deux fois la même erreur, il faut être conscient d'en avoir commise une la première fois. Il faut donc bien se considérer comme un être humain, oh combien faillible. L'Autre, aussi bien que soi, a des défaillances.
Comment découvrir de quelle manière ses relations avec les Autres peuvent se passer le mieux possible.
Notre Société de liberté débridée accepte de plus en plus mal les contraintes qu'impose une vie sociale normale. On peut tout faire, tout dire, tout critiquer mais le simple respect des autres et de l'environnement semble devenir une tâche insurmontable pour beaucoup. ( Y.K. ).
Le respect.
Est-il possible de s'entendre avec quelqu'un si ce dernier ne nous respecte pas ? Respecter des personnes qui sont proches de sa personnalité n'est pas difficile : les problèmes surviennent lorsqu'on est confronté à des opinions divergentes. Là se situe une grosse difficulté : respecter l'Autre, dans toute sa différence : facile à dire mais si difficile à appliquer sincèrement.
EX. : Fusillade de Littelton une petite ville du Colorado où dans une école supérieure, 2 jeunes en ont tué 15 autres, en 1999. Les causes de cette tuerie sont évoquées dans l'agenda de l'un des tueurs. On y trouve ceci : " We want to be differend " and " We want to be strange and we don't jocks or other people putting us down ". Pour faire court, ils voulaient être différents, tout en étant reconnus, non pas humiliés pour leurs particularités. Aussi étrange que cela puisse paraître, le coeur du problème pourrait bien résider là.
Aux Etats-Unis, comme ailleurs, il existe une certaine ségrégation au sein même des écoles et des entreprises. Pour être respecté, il vaut mieux être " fana " de base-ball et être sportif. Dans le cas contraire, apprenants et formateurs rejettent souvent l'apprenant différent. Or, une minorité d'apprenants ne veulent pas rentrer dans cette catégorie et sont condamnés à être rejetés toute leur vie d'apprenant ou à rejoindre " la masse ". Le résultat, ce sont des jeunes révoltés. S'ils ne veulent pas rejoindre le troupeau, la seule alternative qui leur reste est l'agressivité. En accumulant les frustrations au quotidien, ces violences à leur égard, les jeunes exclus en viennent à opter pour la violence, à leur tour. La haine engendre la haine, la misère est mobilisatrice et l'on rentre dans un cercle vicieux.
Respect et contrat.
Le respect de l'Autre est vital dans toute relation qui se veut saine. L'Homme étant ce qu'il est, un écart est toujours envisageable, et même inévitable. Alors, c'est le non respect, le conflit entre deux personnes. Dans ce cas, il faudra bien trouver une solution, un jour ou l'autre, d'une manière ou d'une autre. Y a-t-il une solution simple ? La Société a déjà abordé ce problème : pour conserver un maximum de calme, de sérénité, elle a choisi une tierce personne. Il s'agit bien sûr de la loi, égale pour tous, elle est placée au-dessus des Hommes. Gérer des conflits dans un cadre scolaire ou en entreprise pourrait-il s'inspirer de ce cadre légal ? La réponse est asurément : oui.
Dans les établissements scolaires comme dans les entreprises, un mot résume toute une série d'approches en la matière : contrat ou règle de vie. L'idée centrale est identique : il s'agit d'un code de conduite destiné à faciliter la vie en société dans l'institution. Il établit ce qui est permis et ce qui ne l'est pas, ainsi que les sanctions ( les conséquences ) attribuées lorsqu'une des règles est enfreinte.
Quelques considérations générales très importantes :
* Plus les apprenants sont impliqués dans la rédaction des règles du contrat, lors de négociations réelles, plus elles ont de chance d'être respectées.
Ce n'est pas en imposant, mais en construisant des règles à partir de la loi de chaque adolescent et de chaque formateur, que l'Ecole peut venir à bout de la violence et se montrer réellement démocratique. L'Ecole ne peut donc prendre du sens qu'à la condition d'apparaître aux adolescents comme un espace où l'on construit la vie, non pas comme un lieu où l'on administre des règlements préexistants, non discutés, donc forcément morts symboliquement ( Michel Develay ).
Michel Develay ( 1943 - ...... ). Docteuren Didactique des disciplines et docteur ès Lettres et Sciences humaines, Michel Develay a longtemps été professeur d'Ecole normale d'instituteurs avant d'exercer la fonction de directeur-adjoint à l'IUFM de Lyon, l'année de sa création.

Actuellement professeur émérite de l'Université Lumière-Lyon 2 où il a dirigé l'Institut des Sciences et Pratiques d'Education et de Formation. Ses recherches sont centrées sur la didactique, les apprentissages scolaires et la formation des enseignants. Pour lui, " enseigner ", c'est construire de " l'humanitude ", c'est-à-dire faire en sorte que les élèves donnent du sens à ce qu'ils apprennent et aussi les aider à se construire.
* Les sanctions sont plus efficaces et mieux acceptées lorsqu'elles ont du sens. Ainsi faire nettoyer la cour que l'apprenant a salie est plus efficace que de lui faire copier 100 fois la phrase : " Je suis un enfant, un adolescent trop sale ".
* Aucune exception ne doit être faite lorsqu'une règle est enfreinte : la sanction correspondante doit être appliquée. Si tel n'est pas le cas, il se produira une perte de crédibilité, des jalousies et autres problèmes, comme le terrible sentiment d'impunité qui mine notre Société. Un apprenant n'étant pas l'autre, l'idéal est de pouvoir choisir parmi une liste de sanctions pour une infraction donnée.
Utilité des conflits.
Est-ce qu'on se sent bien en période de conflit ? Assurément non. A première vue, les conflits sont inutiles et pourrissent la vie. Mais n'auraient-ils pas quand même une utilité ? La réponse n'est pas évidente.
Echec scolaire et conflits.
Un échec, une erreur commise est précisément l'occasion de surmonter une difficulté. Le rôle du formateur, du patron se situerait donc dans l'aide fournie à l'apprenant pour surmonter ces obstacles. Sous un couvert noir, l'échec est donc bel et bien bénéfique? N'en serait-il pas de même pour les conflits ?
En y réfléchissant de plus près, il semble bien qu'un conflit n'est rien d'autre qu'une relation où quelque chose n'a pas bien marché. Une erreur de relation, en quelque sorte. Or, nous venons de conclure en faveur du bénéfice potentiel d'une erreur : il s'agit d'une possibilité de la surmonter. En effet, le conflit révèle un problème de relation. Pourquoi ne pas tenter de voir s'il n'y aurait pas un petit quelque chose à améliorer ? Après tout, après une réflexion, une prise de recul et une décision prise en conséquence, ne serait-il pas possible d'éviter un nouveau conflit du même type, de le prévenir ? Il semblerait bien que oui : aussi étrange que cela puisse paraître de prime abord, le conflit est bien un élément positif, une occasion de progresser vers des relations plus saines.
Origine des conflits.
La plupart des formateurs n'apprécient guère les conflits. C'est pourquoi il est important d'assurer un certain niveau de prévention, mieux vaut prévenir que guérir. Pour y arriver de manière efficace, il faut s'attaquer aux causes, aux sources du conflit.
Qu'est-ce qui peut provoquer un conflit chez les apprenants ?
Bien communiquer n'est pas évident, et c'est très rarement à l'école et dans l'entreprise que l'on apprend à communiquer de façon adéquate. Souvent, les situations conflictuelles proviennent principalement d'erreurs de langage ou d'interprétation que l'on commet consciemment ou non lorsque l'on entre en communication avec un autre.
Le vocabulaire. Le même mot ne revêt pas exactement la même signification pour tout le monde. ( Le signifiant est souvent en opposition avec le signifié ).
EX. Le mot " ordinateur " peut évoquer une passion pour quelqu'un et une profonde répulsion chez un autre.
La critique. Il faut être prudent quand on critique un Autre, prudent relativement à la manière de le faire. Une critique formulée trop froidement sera probablement perçue comme une attaque et la réaction pourra être violente. D'un point de vue pratique, les phrases à éviter sont celles qui commencent par " tu " suivi de la description d'un comportement souvent peu apprécié.
La morale. Peu de personnes adultes apprécient qu'on leur fasse la morale. Il en est de même pour les jeunes : ils ont besoin de repères, de barrières. Encore faut-il trouver un moyen adéquat de le faire. Ce qui est difficile, c'est de faire en sorte que l'apprenant prenne les bonnes décisions une fois seul, de manière autonome.
Les étiquettes. Pratiques dans les supermarchés mais diaboliques dans les relations. Tous les préjugés sont ainsi naturellement à proscrire.
Gérer un conflit.
La gestion de conflit est indispensable pour éviter les situations extrêmes. Il existe deux manières de gérer un conflit :
* La première est le choix de répondre à la violence par la violence, de soigner le mal par le mal. Cette solution est radicale, mais pas très efficace à moyen ou long terme.
* La seconde est un choix plus difficile : il s'agit d'imaginer d'autres moyens afin d'aboutir à une certaine paix. Cela signifie un certain travail sur soi. Chacun est responsable de ses actes : c'est chaque individu qui fait la Société, et pas uniquement la Société qui fait les individus. Idéalement, le but est de dénicher un compromis.
Chacun est libre de ses choix. Mais dans l'enseignement et en entreprise, la situation est un peu différente. L'école et l'entreprise sont censées former des citoyens libres et responsables. En étant libres, ces apprenants citoyens commettront certainement des erreurs. Ils prendront certainement part à des conflits. Dans le cadre de l'école et de l'entreprise, les conflits sont une occasion supplémentaire de rendre les jeunes plus responsables. Mais personne ne devient responsable du jour au lendemain : il s'agit d'un long apprentissage. Ainsi, un conflit bien géré sera celui où l'apprenant aura appris quelque chose. La Société sera plus en paix quand ses membres le seront. Pour cela, il faudrait que ces membres soient capables de gérer efficacement les conflits qui les concernent. Ce n'est pas évident, mais l'enjeu n'en vaut-il pas la chandelle ?
Au coeur d'un conflit, il n'est pas aisé de se concentrer. Il faut pouvoir prendre du recul, pouvoir se calmer suffisamment. Comment faire ?
La respiration lente. Respirer un grand coup, profondément, lentement, bref calmement. Le fait de se concentrer sur sa respiration fait déjà prendre un peu de recul par rapport à la situation.
Le dialogue d'écoute. En colère, tout le monde a vite tendance à interpréter chaque parole de travers. Le risque est de se fâcher pour rien, pour un simple malentendu. Pour éviter cela, il suffit d'employer un langage de confirmation : faire répéter à l'Autre ce qu'il dit, par exemple. Ou encore reprendre ce qu'on vient de comprendre de ses termes sous une autre forme, et demander à l'Autre si c'est bien ce qu'il a voulu dire. Il s'agit tout simplement de rester à l'écoute de l'Autre et de bien comprendre ce qu'il dit, afin de ne pas mal interpréter des choses qui ne devraient pas l'être.
La fuite. Quand le ton monte trop ou que les menaces physiques vont être mises à exécution, il vaut mieux parfois déclarer forfait, au moins temporairement. Ainsi, on peut dire à l'Autre qu'il est trop excité pour discuter et que la conversation reprendra plus tard, lorsqu'il sera calmé. Ensuite, on s'en va, laissant l'Autre se déchaîner seul et se calmer. Cela peut également être un simple éloignement physique marquant sa désapprobation face à la colère.
Pour gérer l'agressivité on prendra donc le temps d'identifier le problème, on fixera un rendez-vous, on s'installera dans un lieu adéquat pour écouter, discuter de la situation. La décision sera prise dans un climat serein, après une éventuelle concertation avec les personnes concernées. Chacun tirera les conclusions qui conviennent le mieux à sa personnalité car chacun a sa propre façon de voir les choses, selon son vécu, sa culture et ses croyances. L'important, c'est d'arriver au résultat : être suffisamment calme lors de la confrontation avec quelqu'un.
Ecouter.
C'est si évident et pourtant si souvent mal fait. Combien de fois n'entend-on pas quelqu'un se plaindre de n'avoir pas été écouté ... c'est d'ailleurs là une des causes de conflit.
Ecouter, c'est d'abord bien comprendre l'Autre. Pour ne pas mal interpréter ce qu'il dit, on peut reprendre l'idée que l'on a comprise en la reformulant avec ses propres mots, et lui demander si c'est bien cela qu'il voulait dire. C'est nécessaire, car chacun a un vécu différent, auquel on se réfère trop souvent comme si son cas était universel.
Ecouter, c'est aussi faire parler l'Autre. L'Autre se sentira bien écouté si on lui demande ce qu'il désire. En bref, on interroge l'Autre pour mieux le comprendre. Pour que tout se passe bien, il faut être suffisamment disponible. Cela veut dire être capable de prendre le temps, ou de demander à l'Autre de parler plus tard, quand la situation s'y prêtera mieux ( la vérité est toujours bonne à dire mais pas toujours bonne à entendre ).
Ecouter possède une autre facette : savoir se faire écouter. Comment bien se faire écouter ? On peut attirer l'attention de l'Autre, lui demander d'être disponible un petit moment. On peut encore répéter plusieurs fois la même chose, de manière éventuellement différente, pour s'assurer que le message passe bien sans être trop déformé.
Parler de soi.
Pour éviter les ambiguïtés, il faut clairement se différencier de l'Autre, tout en le respectant bien sûr. Il faut simplement pouvoir exprimer que les intérêts de l'Autre ne sont pas les siens. Cela implique plusieurs choses. D'abord, il faut être suffisamment à l'aise. Une personnalité nerveuse, bredouillante, ne donne pas forcément la meilleure impression. Ensuite, il faut s'exprimer en son nom propre ainsi, en parlant, on exprime sa différence, son point de vue. Un " je veux " a le mérite d'être clair. Bien sûr, tout ceci se fait idéalement sans nier l'Autre, ses intérêts, ses désirs, sans quoi un nouveau conflit est proche. Cela peut déboucher sur un échange d'informations, d'intérêts ou encore sur une compréhension de la culture de l'Autre. Dans notre Société, les émotions sont souvent cachées, en particulier par les hommes. Et pourtant, les sentiments apportent beaucoup dans une relation. Les émotions sont utiles dans les conflits. Non exprimées, elles s'entassent au fond de soi, jusqu'au jour où elles débordent.
Quelques comportements répandus, parfois anodins ( en apparence ), mais de mauvais augures, voire nuisibles dans un conflit :
* On veut toujours avoir raison, donc personne ne cède, et le conflit ne sera pas résolu. Or la raison de l'un n'est pas celle de l'Autre. Mais quand on sait que les deux parties ont toujours raison, chacune à sa manière .......
* Un second comportement à éviter : l'accumulation. De nombreux conflits commencent par de petits riens et finissent parfois par des querelles solides. Comment est-ce possible ? Une personne ressent une situation de manière pénible et n'en parle pas à celui qu'elle sent comme responsable. Elle a de bonnes raisons de ne rien dire : ne pas choquer, vouloir éviter un conflit, être polie .... Au fil du temps, des situations identiques se répètent et à chaque fois la personne respecte un mutisme absolu. Un beau jour, la personne ne parvient plus à gérer tout cela, à le garder pour elle : c'est l'explosion pour une goutte d'eau. On est souvent surpris de l'ampleur que prend un détail, en situation de conflit. Souvent, l'explication provient d'une accumulation. Pour faire fondre cette masse de rancoeurs accumulées depuis parfois bien longtemps, il faudra un temps considérable. On a laissé pourrir la situation qui a fini par dégénérer en conflit particulièrement difficile et long à résoudre dans sa totalité. Il faut donc repérer les signes de mal-être et agir vite de façon à ne pas laisser la situation se détériorer.
Et si la personne avait fait part à l'Autre de ce qu'elle éprouvait ? La sagesse populaire rapelle que pour résoudre un conflit ou l'éviter, il faut parler. " En guerre, comme en amour, pour en finir il faut se voir de près ".
Et si on apprenait à nos apprenants à mieux communiquer ?
Les jugements que l'on émet envers un tiers. Le premier problème est celui des interprétations. Chacun a son vécu, ses présupposés, et voit un même événement sous un angle unique. Cela implique d'être certain de ce que l'on avance. Une manière d'y parvenir est d'interroger l'Autre. Le second problème concerne le jugement proprement dit. Même s'il est juste, il n'est pas certain qu'il sera bien accepté.
Qui aime s'entendre couvrir de reproches tout en gardant le sourire ? Pourtant, certains jugements sont nécessaires. Si la Société laissait tout faire, si le monde éducatif ne tentait pas de redresser la barre lorsque c'est nécessaire, alors la fin de notre civilisation serait sans doute très proche, voire imminente. Le tout est de bien faire passer ces jugements utiles, de n'exprimer que ceux qui sont nécessaires.
D'autres gestes ne sont pas encore très efficaces pendant un conflit. Garder volontairement une rancune longtemps : le pardon ne vaut que s'il est complet, sinon les deux parties le ressentiront. L'humour ou l'ironie mal employés et le fait d'être têtu comme une mule.
La communication ! outil de gestion des situations conflictuelles !
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Attitudes menant vers le blocage. |
Attitudes menant vers la résolution. |
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Le subjectif. |
L’objectif. |
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L’agressivité et les débordements de langage. |
Un comportement serein accompagné de l’emploi d’un langage correct et respectueux. |
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Refuser de discuter ou d’écouter. Se réfugier dans un monologue sans écoute, se focaliser sur un point, se répéter, se placer en situation d’impatience ou d’urgence. |
Une attitude d’écoute attentive et un véritable échange, se donner du temps, sans s’enfermer dans la discussion. Etre clair, se montrer professionnel. Rechercher des solutions communes. |
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Aggraver le problème présenté. |
Dédramatiser la situation sans la nier avec éventuellement une pointe d’humour. |
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Nier le problème. |
Prendre en compte le problème exposé et le reformuler pour vérifier qu’il a bien été compris. |
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Absence d’éléments objectifs. |
Amener des éléments concrets : lois, règles de vie, contrat …. |
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Trop d’assurance ou trop d’autorité. |
Ouverture, compréhension. Etre à priori ouvert et accueillant, disponible. |
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Laisser venir. |
Anticiper au maximum. |
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Gérer les conflits sur le terrain.
Un constat : les apprenants les plus difficiles, considérés comme irrécupérables par beaucoup, n'ont en fait plus aucun espoir. Sans espoir de réussite scolaire ou professionnelle, la seule façon pour ces jeunes d'exister est de se manifester aux autres de manière exagérée : ce sont les meneurs de chahut en classe. Pour ces cas désespérés, une solution : la discipline axée sur la dignité et l'espoir. Ces apprenants infernaux le sont presque toujours parce qu'ils ont perdu tout espoir de réussite, toute confiance en eux. Pour être reconnus par leurs compagnons de classe, de travail, ils ont deux possibilités. Soit ils affirment haut et fort être des crétins notoires, soit ils attirent l'attention. C'est souvent cette seconde voie qu'ils choisissent. Alors, ils commettent sans cesse des pitreries ou perturbent le cours le plus possible, avec comme seule limite celle de leur imagination étrangement fertile.
Comment gérer cela ? Sans espoir de réussite, pourquoi un apprenant ferait-il des efforts ? Sans dignité, pourquoi respecterait-il qui ou quoi que ce soit ? La solution, c'est de s'attaquer à ces deux causes, en rendant à ces apprenants perdus à la fois espoir et dignité. La violence est déterminée socialement. Plus le public est défavorisé, plus il est confronté au problème du chômage, plus il vit l'exclusion, plus les trois déterminants de la violence scolaire ( violence pénale, incivilités, sentiment d'insécurité ) sont forts. Ce qui montre bien que l'école, les entreprises ont des difficultés à gérer l'exclusion. Tout un programme, pas facile à mettre en oeuvre.
Est-il possible d'inculquer de la discipline à ces apprenants, à ces rebelles invétérés ? Ce qui révolte ces apprenants, c'est plus souvent les injustices qu'un règlement. Plus étonnant encore, ce sont les paroles de Guy Gilbert - prêtre des loubards - qui rapportent étonnamment que les loubards se plaignent très souvent de n'avoir pas reçu une éducation assez stricte. Les loubards et les jeunes se plaignent du fait que leurs parents ne leur donnent pas assez de limites. Ils préfèrent leur dire de trouver un système de valeurs tout seul, plutôt que de s'investir pleinement dans leur rôle éducatif. Mais le jeune risque fort de ne pas trouver seul : un adulte dans le flou crée la plupart du temps un adolescent dans le flou. Oui, les jeunes ont besoin de limites, de repères car ils ont peur du vide !!! ( Voir aussi : Meirieu, Philippe - Repères pour un monde sans repères - Desclée de Brouwer - 2002 ). Un jeune a besoin de se sentir encadré, a besoin qu'on lui indique des limites à ne pas dépasser. Sans elles, il n'aura aucune limite ne serait-ce que le respect de la personne humaine, y compris la sienne, parfois ! Avec les limites, le jeu éducatif commence : le jeune aime bien taquiner l'adulte et ses limites. Mais au moins, il a un modèle. L'adulte doit savoir ce qu'il permet ou non. L'autorité ne va pas de soi et a changé de nature au fil du temps. Aujourd'hui, un jeune a besoin de savoir pourquoi telle limite existe. S'il en comprend la raison, il sera plus à même de l'accepter, sinon cette limite sera probablement outrepassée volontairement. Un formateur, un patron qui se présente personnellement à l'origine d'une limite sera plus convaincant pour un apprenant que celui qui justifie une limite parce qu'elle a été décidée par un tiers.
Guy Gilbert ( 1935 - ....... ). Prêtre et éducateur spécialisé, Guy Gilbert est issu d'une famille ouvrière de quinze enfants.

En 1957, il part en Algérie où il termine son séminaire et devient prêtre, à Blida, dans le diocèse d'Alger. De retour à Paris, il exerce son activité de prêtre dans la rue et devient éducateur spécialisé pour les jeunes délinquants. En 1974, il a acheté une ferme à Spiennes, Alpes de Haute Provence, pour y installer un lieu d'accueil, la " bergerie du faucon " où, avec une équipe de 7 éducateurs, il tente de réinsérer des jeunes que l'on dit irrécupérables par le travail et le lien avec les animaux ( la zoothérapie ). Depuis quarante ans, Guy Gilbert se bat pour les exclus, ceux des rues et des prisons, les marginaux de la société. Il est bien connu et super-médiatisé pour son incroyable énergie, son registre de langue emprunté à la rue, ses mots coups de point, son blouson de cuir bardé de badges et ses santiags. Depuis 2005, il est chevalier de l'ordre national de la Légion d'honneur.
Il a écrit 22 ouvrages dont :
Un prêtre chez les loubards, Editions Stock, 1978.
Des loups dans la bergerie, Editions Stock, 1996.
Lutte et aime là où tu es, Editions Philippe Rey, 2009.
Règlements et contrats.
Les jeunes et les adultes non plus n'acceptent pas volontiers des règlements imposés. Une meilleure manière est leur participation à la rédaction de ces règles. Comment éduquer à la démocratie mieux que par la pratique avec quand même un bon encadrement ? Un règlement établi de la sorte aura bien plus de chances d'être respecté, car il émane des deux parties en présence : formateurs, patrons et apprenants. La difficulté vient en partie du formateur, du patron qui n'est pas toujours enclin à discuter et remettre en question certaines règles : il doit parvenir à déléguer une partie de son pouvoir ! Quand il est construit ainsi, on ne parle plus tellement de règlement mais de règle de vie, ou encore plus d'une notion de contrat. Ce contrat est efficace quand il est équitable et qu'il y a cohérence entre les paroles et les actes : si les apprenants doivent arriver à l'heure, les formateurs et ou les patrons ont-ils le droit d'arriver un quart d'heure plus tard impunément ? Un bon formateur, c'est celui qui est réglo et qui fait ce qu'il dit !! Le règlement devrait donc être rédigé sous forme d'un contrat liant les deux parties, plutôt qu'une loi à sens unique. Une règle d'un contrat a quasi pour vocation d'être contournée, bafouée. Elle ne sert à rien si les infractions ne sont pas associées à des sanctions équitables, donc prévues à l'avance et codifiées. Mais chaque individu est différent. Il vaut donc mieux prévoir pour chaque infraction un éventail de sanctions dans lequel le formateur, le patron pourra choisir la plus appropriée. La sanction est appelée " conséquence ". Ce mot fait plus objectif, moins teinté négativement.
Dignité : exclusion ou inclusion ?
En cas d'infraction, il faut s'en référer à la conséquence, à la sanction associée. Lors de faits graves, certains établissements, certaines entreprises procèdent rapidement à une exclusion de l'apprenant fautif. D'autres préfèrent éviter cela autant que possible. Un nouveau type de sanction est ainsi né : l'inclusion.
L'inclusion signifie par exemple trois fois huit heures de travaux à prester, plutôt que trois jours d'exclusion : l'apprenant effectue sa peine intra muros, à l'endroit du délit et avec la personne concernée.
EX. : Si un apprenant a insulté un surveillant, il devra aider ce dernier dans son travail, en sa présence ... un tri de fiches ou toute autre responsabilité. Ces sanctions sont plus porteuses de sens pour le fautif. La présence de la personne avec qui il est en conflit n'est pas anodine : l'apprenant doit la revoir et la supporter pendant la durée de la sanction. De cette façon, l'apprenant est contraint à essayer de gérer le conflit lui-même. Il a la possibilité de discuter avec l'autre. L'échange n'est pas clos : il ne fait que commencer. L'avantage est de responsabiliser l'apprenant et de ne pas laisser pourrir un conflit.
Si le conflit est trop grave, l'établissement a gardé un système de sanctions plus lourdes, comme le renvoi définitif qui est une solution à court terme et qui fait entrer l'apprenant dans un cercle vicieux. Mais il n'y a parfois rien d'autre à faire ... l'école, l'entreprise et ses formateurs, patrons peuvent beaucoup pour la Société, mais sans doute pas tout !!!
Ces petits gestes qui changent la vie.
Apprenants et formateurs, patrons ont été invités à se dire bonjour tous les matins, invités à arriver à l'heure. Une règle de vie a été mise au point par tous les acteurs, sous forme de contrat.
Du côté des formateurs, le directeur leur a fourni quelques suggestions :
* Un jeune a le pouvoir de choisir un tuteur, parmi les formateurs, en cas de problème. Les sanctions recouvrent le plus souvent possible une forme de responsabilisation.
* Dire au jeune qu'il est intelligent. Dans le contexte d'une école professionnelle, il faut souligner que cette intelligence n'est pas identique à celle d'un licencié en philosophie. Elle est simplement différente et elle existe. Cela rend confiance aux apprenants.
* Souvent, on oublie la concertation entre les formateurs au sein d'un établissement scolaire, d'une entreprise. C'est une erreur surtout quand tout va mal. Il faut donc qu'ils se réunissent plus souvent pour assurer un bon niveau de cohérence entre leurs décisions.
* Une majorité de personnes pensent que tout ira mieux avec plus de moyens en personnel et en finances. Ce n'est pas vrai. Dix hommes en plus ne changeront rien s'il n'existe pas un projet commun, un esprit d'équipe, et surtout une très grande volonté, ainsi que des limites claires dont le jeune a besoin. Cependant, il est évident que sans moyens ou personnel suffisants, les possibilités d'actions sont extrêmement restreintes.
Les limites.
Elles sont nécessaires pour tout le monde. Le système mis en place dans un établissement, dans une entreprise est une règle de vie rédigée en concertation avec les apprenants, ainsi que les conséquences associées. Chacun l'a signée. Le but est multiple :
* Responsabiliser le jeune.
* Eduquer à la démocratie.
* Ne jamais laisser un sentiment d'impunité : conséquences toujours appliquées, sans exception.
Curieusement ces règles de vie sont assez bien appréciées par la population apprenante. Les apprenants reconnaissent eux-mêmes avoir besoin d'une certaine fermeté. Ils voient les changements d'un bon oeil. Avant, l'extérieur avait une mauvaise image des jeunes. Cette image s'améliore doucement de quoi redorer un peu l'image ternie d'une jeunesse lassée de tout.
Réagir, éviter l'indifférence.
L'école, l'entreprise est un lieu de rencontre fondamental, un apprentissage de la socialisation. Nous ne soulignerons jamais assez l'importance de l'aspect humain dans l'éducation. On constate très souvent que là où un climat de violence est repéré, il y a des dysfonctionnements au niveau de l'établissement, de l'entreprise quant à la gestion des relations humaines. La gestion de conflit s'y ramène très souvent. La gestion de conflit suppose de ne pas laisser s'accumuler de petites tensions à priori anodines
EX.
* Les absences. On ne laisse pas le temps de décrocher aux apprenants. Les présences sont prises toutes les heures et encodées immédiatement sur ordinateur. En fin de journée, le système imprime automatiquement le nom des absents et propose l'envoi d'un courrier postal à l'adresse des responsables de l'apprenant.
* En cas de problème entre un formateur et sa classe, les choses ne doivent pas traîner non plus. Le proviseur réunit les meneurs de la classe pour une réunion. Le but est de résoudre le conflit le plus rapidement possible. On demande aux jeunes de trouver des mesures concrètes à prendre des deux côtés. Des jeunes " foutent le bordel " selon le formateur ou discutent selon les apprenants. Au proviseur, ils proposent que le formateur fasse 2 heures de cours suivies de 4 heures d'exercices dirigés, car ils considèrent ne pas avoir assez de pratique. Le proviseur propose en échange qu'ils discutent nettement moins en classe. L'accord est pris. Avec un peu de chance, tout ira mieux pour un petit moment du moins.
* En cas de problème entre deux apprenants. Chacun des opposants remplit sa version des faits, dans un document officiel. Ils signent ce document, qui atterrit sur le bureau du proviseur qui assure le suivi des dossiers de manière à éviter les sentiments d'impunité et le pourrissement des relations. Il traite ces dossierrs au cas par cas. La signature du document sert en cas de litige, notamment pour établir les responsabilités de chacun.
Le rôle de l'école, des entreprises et des parents.
Les conflits s'intègrent dans l'actualité de l'école, des entreprises : à la lumière des commentaires émanant d'un peu partout, il semble que l'école, les entreprises doivent tout faire, tout assumer. Malheureusement, les parents démissionnent beaucoup trop souvent et surtout beaucoup trop vite. Suffirait-il d'installer son enfant devant la télévision, une télécommande à la main, pour l'éduquer le mieux du monde ? Faut-il lui laisser tout deviner seul, sans encadrement ? Bien sûr que non. Il n'est guère normal que l'école ait à reprendre le rôle éducatif des parents, comme par exemple le fait de faire comprendre à des adolescents quasi majeurs que certaines choses se font et que d'autres ne se font pas. Devant ces faits, on peut choisir également la démission et tout laisser aller. On aura raison alors de dire " tout fout le camp ". On peut aussi choisir de se battre ... et c'est ce que nous proposons.
Alors, en avant.
Il existe deux gands schémas culturels du formateur. Le premier est celui d'un être stupide et borné, qui distribue des zéros pointés à la pelle, déteste les apprenants et les punit sans raison apparente. C'est l'image d'une profession dévalorisée, celle que les formateurs des grandes manifestations des années 90 avaient sans doute dans la tête. Curieusement, cette image négative correspond souvent aux formateurs qui enseignent une matière peu aimée. Ce premier schéma ressemble à une grossière caricature.
L'autre schéma est une image bien plus intéressante. Elle envahit de plus en plus nos petits écrans. On pense à " l'instit. " de la RTBF. Ce personnage est beau, intelligent dans toutes les matières. Il résout tous les problèmes possibles et imaginables, toutes les situations familiales, y compris et surtout les ennuis les plus inextricables. TV 5 n'est pas en reste, avec son téléfilm du mardi, " Madame le Proviseur ". Durant presque deux heures, ce proviseur féminin connaît tous ses apprenants, leur nom et prénom, leur personnalité, leurs problèmes ... etc ... Elle aussi a réponse à tout et dénoue tous les aléas ponctuant le vie de son établissement. On pense aussi à FR 2 et sa série quotidienne " Hartley coeurs à vif ". On y voit le quotidien mouvementé d'un établissement scolaire, avec les yeux de ses apprenants. La particularité, c'est de présenter une vision de l'école contemporaine : on est loin du formateur autoritaire régnant en maître incontesté sur une classe silencieuse. Ces classes sont toujours bruyantes, parsemées des commentaires et d'éclats de voix en tout genre en provenance directe des apprenants. Les formateurs y sont très tolérants. Eux aussi ont de bonnes réactions, y compris dans les cas graves comme les dégradations de matériels ou les vols. En fait, les médias nous renvoient une image de l'enseignement et des formateurs qui correspond au deuxième type d'image : le formateur vraiment parfait à tous points de vue. On constate avec amusement que l'école est le reflet de la société, et que celle-ci la reflète aussi. Et les miroirs déformants ne semblent pas passés de mode, au contraire !! Qui est miroir de l'autre, d'ailleurs !!
Côté apprenants.
L'équation " apprenant = enfant, adolescent " est trop souvent ignorée : on oublie la dimension humaine des apprenants. Un adolescent arrive à l'école avec son vécu, son passé. S'il vient de la rue, il emporte la rue avec lui. Un adolescent est un tout, et pas uniquement un apprenant de mathématiques ou un apprenant de néerlandais. Il ne lui est pas facile de changer de costume à chaque heure de cours, ni de devenir un pro. par la même occasion.
Un cours, c'est aussi une rencontre entre des êtres humains, entre des personnes à part entière : des apprenants et un formateur. C'est souligner ici le côté humain du monde éducatif. Un formateur qui a conscience et agit en conséquence obtiendra probablement de brillants résultats. Un apprenant pourra par exemple comprendre que son formateur n'est pas un membre étrange d'une race mutante, mais bien un être humain, un alter ego qui a des droits : celui d'être malade, celui d'obtenir du calme après une épreuve personnelle ... etc ... Une recherche sérieuse a montré que les apprenants sont plus attentifs et intéressés lorsque le formateur se montre humain. ( Voir aussi : " On n'apprend pas d'un prof qu'on n'aime pas - Aspy et Roebuck - E.P.E. 1990 " ).
En gestion de conflit, les mots clés sont : connaissance de soi, discipline ( contrat concerté ), dignité, espoir et surtout relation. L'enseignement c'est avant tout un tissu de relations, tant au niveau social qu'au niveau professionnel. En ayant conscience qu'enseigner est aussi entrer en relation, on est enclin à mener cette relation du mieux possible : les réflexes de gestion de conflit se ramènent souvent à l'établissement de relations saines ou à leur correction en cas de problème. Selon les termes consacrés, cette action doit se manifester de manière adulte et responsable. Loin de laisser faire passivement, un bon acteur de terrain fait plus que déverser un flot de paroles : il s'agit selon ses convictions, dûment réfléchies au préalable. Pour cela, il faut le courage d'expérimenter, d'essayer, de se tromper pour mieux recommencer. En effet, n'oublions pas la réflexion d'un homme de scène très connu : " Un intellectuel assis va moins loin qu'un con qui marche " !!!
Allons, voici le temps de l'action. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il n'est pas trop tard pour agir. Il n'est pas trop tard, mais il est temps. Alors debout !! Et bonne chance à tous les formateurs, actuels et futurs.
Apports pratiques.
Recherche menée pendant 5 ans dans une école professionnelle en zone industrielle carolorégienne en déclin socio-économique et le niveau socioculturel des apprenants est très faible.
Cette recherche a bien montré que la frustration du besoin de communication et du besoin de considération représente un facteur de violence très prégnant. Donc, l'estime de soi représente l'édifice de base d'une pédagogie centrée sur les besoins des adolescents et se révèle ainsi une sérieuse garantie pour la canalisation de la violence dans les écoles.
Cette recherche nous montre encore l'extrême complexité d'intervention en matière de violence à l'école, en entreprise et en gestion de conflit. Il est évident que chaque intervenant agira d'abord dans le milieu qui est le sien .... les formateurs dans leur microsystème tout naturellement et les patrons dans leur mésosystème par exemple. Comme nous le montre magistralement cette recherche, la violence à l'école, en entreprise est un effet d'un système dont les acteurs sont, pour le moins, très nombreux : apprenants, formateurs, parents, chef d'entreprise, police, quartier, responsables institutionnels, responsables politiques, médias ... etc ... Mais aussi et encore le fait des interactions de ces différents acteurs les uns avec les autres. C'est naturellement la prise en compte de toutes ces interactions qui peut rendre une action efficace.
Les stratégies du microsystème.
1. Agir sur la pédagogie au service de la communication.
Une pédagogie qui place l'apprenant au centre du processus d'apprentissage génère moins de violence ......... l'apprenant est acteur de son apprentissage cela vous parle, je pense. La violence naît du surgissement de la conscientisation de la différence. Un apprenant ne peut admettre d'être l'inférieur, l'idiot, l'étiqueté ... l'adulte non plus !!!! De nombreuses classes sont des viviers d'indifférences ou de discriminations. Toutes ces phrases souvent entendues " On ne fera rien d'bon avec toi !! " ou " Et ça, tu ne sais pas le faire non plus ! " constituent de puissants déclencheurs de violence. Et n'oublions pas tous les comportements non verbaux.
Face à de tels comportements une pédagogie différenciée, puisqu'elle est censée prendre en compte l'hétérogénéité des apprenants, centrée sur les besoins des apprenants doit être développée à tous les niveaux de l'école et pour tous les acteurs concernés d'autant plus que dans la réalité l'apprenant moyen n'existe pas. Ensuite, l'interdisciplinarité est un second élan pédagogique qu'il faut rencontrer car l'apprenant qui constate que son projet est celui de tous les professeurs et de la direction est surmotivé par rapport à celui qui se rend compte que son projet n'est soutenu que par quelques uns. En fait, l'apprenant subit trop souvent la violence du cloisonnement des disciplines de l'espace clos de la classe, du savoir-fermé qu'on lui délivre en général.
L'apprenant plus que tout a besoin de retrouver du sens et de la pertinence au quotidien ( ceci devrait aussi vous parler !! ... voir aussi : David A. Sousa - Un cerveau pour apprendre - Chenelière - 2002 ) durant toute sa scolarité selon une taxonomie choisie. Souvent la violence du jeune est un mode réactionnel à ce vide de sens et de pertinence qui s'installe petit à petit chez lui face à un savoir scolaire schizoïde.
Pédagogie centrée sur les besoins de l'adolescent disions-nous !!
Les besoins affectifs.
Le besoin d'attachement implique une pédagogie centrée sur des expériences positives, des activités qui procurent du plaisir et qui valorisent le jeune et dans ce cas, celui-ci participe à la vie de son école en établissant des relations avec les autres.
EX. L'adolescent au lieu d'être accueilli par un professeur dans une classe presque anonyme se retrouve face à une équipe qui le salue, le nomme par son prénom, se présente, lui montre sa classe, son atelier, son outillage et lui présente dans une ambiance presque familiale les activités réalisées par les classes précédentes.
Le besoin d'acceptation que l'on rencontre dans la pratique d'une pédagogie humaniste ( rogérienne ). Tout est mis en place pour que l'élève travaille et vive dans un climat de confiance et d'authenticité où découverte et changement sont fortement stimulés. L'auto-évaluation et l'auto-critique constituent le noeud de cette pédagogie. Dès lors l'école devrait placer le plus rapidement possible les adolescents dans des situations stimulantes de stage où l'auto-évaluation et l'auto-critique sont une absolue nécessité.
Le besoin d'investissement rencontré dans la pédagogie par projet.
EX. Lorsque des adolescents de 14 ans se voient confier par la direction de leur école l'élaboration d'un devis pour la décoration d'un parc. Lorsque ces apprenants emportent la décision après avoir proposé différents projets. Lorsqu'ils réalisent ensemble cette décoration et surtout lorsqu'ils montrent aux autres leur réalisation alors les mots négocier - programmer - agir en groupe - produire - anticiper - enquêter et évaluer ont un sens et constituent une source motivationnelle considérable. Agir en projet, c'est vivre ensemble une expérience unique qui laisse des traces indélébiles ... le secteur privé l'a bien compris.
Les besoins cognitifs.
Le besoin de stimulation constitue le moteur de la pédagogie différenciée. Nous ne pouvons plus enseigner de la même façon à tous nos élèves surtout quand on est dans une classe de l'enseignement professionnel face à :
* Une fille de 14 ans vivant un handicap physique sévère.
* Un garçon de 15 ans n'ayant même pas été scolarisé en Sicile.
* Un garçon intelligent mais hyper-sensible ayant fait la grande culbute ( général - technique - professionnel ).
* Une fille intelligente manquant de confiance en elle.
* Un gamin de rue plus apte à la cambriole qu'à la mathématique.
* Un grarçon enfoncé dans un problème d'absentéisme et de drogue.
Ou dans une classe d'enseignement général face à :
* Sébastien qui ne dit jamais rien et qui préfère dessiner.
* Aurélie qui déborde d'imagination et qui est très sensible à l'esthétique.
* Julie qui aime l'ordre et la logique.
* Mélissa qui aime poser des questions sans cesse.
* Laurence qui est une meneuse et qui apprécie le travail en groupe.
* Arthur qui aime manipuler, réaliser des expériences.
* Franck qui est passionné de musique techno et de foot.
* Jennifer qui préfère commencer par la théorie.
* Caroline qui est très soigneuse et méticuleuse.
ET MOI PROF, DANS TOUT CA JE FAIS QUOI ???
J'adapte mon action pédagogique à la diversité des modes d'apprentissage.
Je reconnais l'apprenant dans ses particularités individuelles.
Je respecte les itinéraires d'apprentissage.
J'autonomise par la différenciation.
Le besoin d'expérimentation rencontré dans la pratique de la pédagogie active. Nous devons apprendre à prendre le temps et à organiser le tâtonnement expérimental en partant de l'intérêt du jeune. L'aider à mettre en place les conditions de création et susciter des productions originales
EX. Des jeunes de 3ème professionnelle négocient avec le professeur le programme de sciences et demandent à aller dans une rivière pour l'étude de l'eau douce. Tout part du désir mais tout conduit à l'organisation. Demande d'autorisation - recherche de fonds pour partir et acheter du matériel - réserver l'endroit - organiser et préparer le matériel expérimental - mettre en place les protocoles d'expériences - vivre et s'organiser sur le terrain avec les condisciples et des professeurs et rédiger un rapport expérimental mais aussi faire trempette, faire des barrages, faire sa toilette, rire et gober le soleil.
Les besoins sociaux.
Le besoin de communication rencontré au travers d'une pédagogie interactive. Pourquoi le cours et le programme ne se négocieraient-ils pas en fonction des acteurs de la classe ? Tous les professeurs qui veulent appliquer une pédagogie de la réussite ont compris que l'évaluation passe par une phase de présentation et de négociation des objectifs ainsi et même surtout que le problème délicat des critères de réussite.
Le besoin de considération rencontré dans la mise en place d'une pédagogie du chef d'oeuvre. Nous devons inviter l'apprenant à exceller dans la production d'une réalisation personnelle en partant de son intérêt et en exigeant une grande qualité. Cette action ne pourra que susciter une démarche de socialisation au travers l'estime de soi de chaque apprenant.
Tout ceci nous amène à comprendre que vivre avec les adolescents d'aujourd'hui est un pari audacieux basé sur l'apprentissage de la démocratie, de la négociation et du partage du pouvoir. Dans des moments de grande crise au sein de la classe, le professeur doit parfois devenir, l'espace d'un instant, un dictateur mais le bon sens doit lui dicter que cet instant précède le partage du pouvoir.
2. Agir sur l'évaluation en communiquant des valeurs : évaluation formative et auto-évaluation.
Peut-on admettre l'attitude du professeur qui organise rapidement 2 ou 3 interrogations juste avant le bulletin pour pouvoir " mettre des points " à l'apprenant ? Pourquoi certains professeurs lancent-ils encore leurs bras au ciel parce qu'ils ne peuvent pas encore donner une évaluation précise d'un apprenant ? Tous les futurs professeurs ont été formés à la rédaction correcte d'objectifs opérationnels ; mais combien d'entre eux ont reçu une formation efficace leur permettant de vivre l'évaluation formative quotidienne avec des apprenants et cela en référence à un curriculum.
Dans le cadre d'une école secondaire présentant un certain nombre de manifestations violentes, l'évaluation formative quotidienne doit être parfaitement maîtrisée et utilisée par les équipes pédagogiques. Faire baisser la violence par l'évaluation formative, c'est se centrer sur l'apprenant et ses différents problèmes en terme de besoins et de valeurs pour mieux le connaître afin de mieux l'aider.
L'évaluation sommative ne peut être mise en place que lorsque le professeur à la certitude que l'apprenant va réussir ce qui lui est demandé. Cette évaluation est en fait non pas une évaluation - sanction mais une évaluation - confirmation.
Nos valeurs sont-elles les leurs ?
Chaque valeur constitue un enjeu, une piste de discussion et surtout un noeud de communication autour duquel les acteurs de l'école vont construire leurs projets. La politesse doit-elle s'apprendre à l'école ou doit-elle avant tout se vivre ?
EX. Un garçon est apeuré parce qu'il vient de dire " merde " en laissant tomber sa bêche et qu'il se demande quelle sanction il va recevoir. Il est tout étonné d'apprendre que nous aussi nous le disons quand elle tombe mais il apprend aussi que nous n'acceptons jamais ce mot dans d'autres contextes ou situations.
Le respect est une valeur que nous n'enseignons pas mais qu'il nous faut vivre tous les jours dans les attitudes les plus significatives. Il doit aussi être vécu à tous les niveaux de l'institution scolaire et par tous ses membres. Le respect ne circule pas à sens unique mais doit se vivre verticalement et horizontalement au travers de la pyramide institutionnelle.
3. Agir sur les apprenants, au centre des relations.
Il est clair qu'il est impossible de trouver une cause unique à toutes les formes de violence car nous sommes en présence d'un phénomène multidimensionnel. Un premier point : comment espérer pouvoir s'insérer dans la Société sans pouvoir entrer en communication avec elle ? Un aspect important de l'apprentisage : une valorisation de l'expression verbale, écrite et artistique sans laquelle le jeune aura le sentiment de rester inférieur, d'être en dehors du coup et de n'être jamais compris. Avant même une action pédagogique, c'est une véritable révolution idéologique qui doit être décidée afin de mettre en place une socialisation progressive et adaptée pour chaque apprenant. La violence de l'adolescent doit être traitée avec la plus grande écoute, la plus grande attention et la plus grande compréhension. Car, et nous le savons bien, l'insécurité de l'avenir, la rébellion contre l'échec scolaire, les perturbations causées par des conditions de vie familiales et sociales dures sont autant de sources profondes durables et peu malléables de violences chez les adolescents mais qui seront d'autant mieux canalisées que les adultes se montreront compréhensifs et attentifs à les aider et non à les culpabiliser.
Nous le savons, les jeunes qui passent à l'acte sont, bien souvent, en situation de révolte. La canalisation de cette énergie passe par une phase intensive de socialisation et de réconciliation avec l'école et les acteurs qui la constituent. Le risque pour les jeunes de l'enseignement professionnel se précise de jour en jour, c'est le désengagement de l'Etat au profit d'institutions privées fermant leurs portes aux jeunes défavorisés. Nous craignons que le repli de l'action publique n'entraîne des logiques dominantes et l'encouragement massif d'une école duale. Les apprenants d'aujourd'hui ont, pour un certain nombre, des problèmes méthodologiques et culturels mais aussi et surtout identitaires. Les apprenants, surtout les plus défavorisés, ont besoin de clarté, ils sont soucieux de cohérence, de règles et de fermeté mais dans une relation cadrée par la parole.
Par rapport au passage à l'acte nous proposons d'installer au sein des institutions scolaires un service de médiation c'est-à-dire un lieu et une personne formée et disponible se trouvant à l'écoute constante des problèmes psychologiques et existentiels des apprenants en rupture, en décrochage ou en crise. Ce sera un lieu privilégié de sens, un lieu où l'expression et l'écoute sont au service du jeune.
EX. Cet adolescent de 5ème professionnelle qui ne travaille plus et qui sombre lentement dans l'anonymat et puis qui tente un dernier appel par la violence. Le service l'accueille, il craque et confie que chez lui la situation familiale l'empêche de travailer et dehors il y a la bande. Le médiateur organise les heures de fourche du jeune, prévient les parents pour ne pas éveiller les soupçons en prétextant le rattrapage obligatoire en vue de la réussite. On lui, dégage six heures de temps de travail à l'horaire, la violence cesse et le jeune retrouve le chemin de la réussite. Ceci n'est pas un miracle, c'est du bon sens !!!
Un service de médiation pour quoi faire ?
Il est intéressant, dans une école, une entreprise de former des apprenants médiateurs c'est-à-dire des apprenants volontaires qui aideront à la résolution des conflits mineurs entre apprenants et qui seront encadrés par un réseau d'adultes référents qui assureront le suivi des médiations réalisées par les apprenants.
Le médiateur est donc la tierce personne ( jeune ou adulte ) qui aide les participants à communiquer et trouver leur propre solution au conflit qui les oppose. Ses qualités nécessaires sont les suivantes : capacité de communication, calme, empathie ( voir Rogers ), impartialité, discrétion.
Pourquoi ?
* Pour instaurer la parole comme mode prioritaire de résolution de conflits.
* Pour créer un climat d'écoute dans le respect des personnes.
* Pour aller vers la démocratie et la responsabilisation.
Nous le savons, maintenant, les conflits font partie intégrante de toute vie sociale : " Il ne peut y avoir de vie sans conflit : un conflit n'est ni négatif, ni positif : c'est ce qu'on en fait qui va être positif ou négatif ". Le conflit est inhérent à la relation. Ne pas l'admettre comme constitutif de la relation, c'est avoir une représentation " angélique " et naïve des relations humaines et professionnelles. Ainsi, la médiation constitue un outil privilégié puisqu'il s'agit, par un dispositif où intervient deux médiateurs, de recréer les conditions d'une communication entre les personnes en conflit et d'élaborer des solutions acceptées par les deux parties.
La médiation est un processus coopératif qui a pour objectif de favoriser les conditions de dialogue et d'inciter les apprenants à résoudre leurs conflits par le dialogue plutôt que par la violence. La médiation peut se définir comme l'intervention d'une tierce personne ( le médiateur ) impartiale, indépendante et dénuée de pouvoir contraignant qui, en organisant des échanges et des rencontres entre les personnes et les institutions, tente d'améliorer la relation entre les parties ou les aide à s'entendre sur un moyen de résoudre le conflit qui les oppose. La médiation se situe au carrefour de plusieurs grands mouvements : la psychologie humaniste de Carl Rogers (voir les grands pédagogues), la théorie de la communication de Grégory Bateson, la systémie de Virginia Satir et l'école de Palo Alto.
Grégory Bateson ( 1904 - 1980 ). C'est un anthropologue, psychologue, épistémologue américain qui a fait des études à l'Université de Genève et à Cambridge. De 1942 à 1953, il participe avec Margared Mead aux fameuses conférences de la Macy Foundation qui seront à l'origine du courant cybernétique et des sciences cognitives.

Influencé par la cybernétique, la théorie des groupes et celle des types logiques, il s'est beaucoup intéressé à la communication humaine dont il a jeté les bases d'une théorie générale dite " écosystémique " mais aussi aux fondements de la connaissance des phénomènes humains. Il a été l'un des scientifiques les plus importants dans le domaine des sciences sociales. Il est à l'origine de ce que l'on appelle l'école de Palo-Alto. Ses travaux sur la nouvelle communication ont permis de prendre en considération une grande " oubliée " de notre culture : la relation. Cette approche propose des procédures de communication orientées vers la résolution de problèmes présentés par les personnes : " Tout est communication et quand nous avons à faire à des " problèmes " nous ne confondons jamais la personne avec le problème ". Cette approche préconise également des moyens de mieux situer son action et de mieux gérer les relations dans différents champs professionnels : milieux scolaires, entreprises, institutions, .......
Virginia Satir ( 1916 - 1988 ). Née en juin 1916, dans le Wisconsin de parents d'origine allemande, Virginia Satir est une psychothérapeute américaine. Après un parcours scolaire intéressant, elle obtient, en 1948, son diplôme de maîtrise en administration des services sociaux à l'Université de Chicago.

Elle devient alors enseignante et professe dans le système scolaire public de l'Illinois. C'est là que sa vocation de thérapeute familial se dessine, elle cherche à aider ses étudiants en difficulté et n'hésite pas à rencontrer les familles. C'est ainsi qu'elle sera particulièrement célèbre pour son approche systémique de la thérapie familiale dont elle fut l'un des pionniers. Elle crée en 1958 le Mental Research Institut plus connu, dans le monde de la communication, sous le nom de l'Ecole de Palo Alto en Californie dont l'objectif est de tenter d'appliquer au champ de la psychothérapie les découvertes relatives à la communication faites par Bateson. Elle veut renforcer la sensibilisation et la compréhension des modes de communication. En 1976, elle a reçu une médaille spéciale des anciens de l'Université de Chicago pour son excellent travail en thérapie familiale et en relations humaines. Elle a certainement été l'un des plus grands psychothérapeutes de ces trente dernières années.
Ecole de Palo Alto. Palo Alto est une petite ville de la banlieue sud de San Francisco, près de l'Université de Stanford et lieu de naissance de la Silicon Valley. C'est un courant de pensée et de recherche qui a pris le nom de cette petite ville de Californie.

C'est un groupe de chercheurs d'origines scientifiques qui, à un moment donné de leurs activités, ont travaillé ensemble, à Palo Alto, autour de la théorie de la communication inter-individuelle et de la relation entre les individus. A partir du début des années cinquante, on cite ce courant de pensée en psychologie et psycho-sociologie ainsi qu'en sciences de la communication. Le père de cette école de pensée est Grégory Bateson lui-même influencé par Ludwig von Bertalanffy, biologiste, qui a élaboré la " théorie des systèmes ". L'école de Palo Alto a apporté un renouveau dans la vision de la communication. L'une de ses originalités majeures est l'utilisation de l'approche systémique dans le domaine des relations humaines. C'est-à-dire l'ensemble des interactions qui régissent les individus lorsque ceux-ci communiquent entre eux. Cette approche s'appuie aussi naturellement sur la notion de système c'est-à-dire l'ensemble des éléments en interaction telle qu'une modification quelconque de l'un entraîne une modification de tous les autres. " Il est impossible de ne pas communiquer " ... le silence et l'inaction sont un comportement par conséquent la communication est permanente.
Gustav Fechner ( 1801 - 1887 ). Philosophe et psychologue allemand, Fechner fit ses premières études à Dresde puis à l'Université de Leipzig où il se livra à des recherches d'histoire naturelle. Dès 1834, il devint professeur de physique.

Son but fut de donner à la science de l'esprit un caractère scientifique en y introduisant, comme en physique, le calcul et la mesure. L'expérience la plus simple nous apprend que nos sensations ne différent pas seulement en qualité, mais aussi en intensité, et que, d'une manière générale, l'intensité de la sensation croît et décroît avec l'intensité de l'excitation qui en est la cause. Fechner peut être considéré comme le pionnier de la psychologie expérimentale et comme le fondateur de la psychophysique, science qui mesure des phénomènes de nature psychologique.
Ludwig von Bertalanffy ( 1901 - 1972 ). Biologiste d'origine autrichienne, von Bertalanffy est mondialement reconnu comme le fondateur de la théorie des systèmes.

Il a étudié avec des précepteurs jusqu'à l'âge de 10 ans puis il entreprit ses études secondaires, cette fois-ci, dans un établissement scolaire. En 1918, il a commencé ses études d'histoire de l'art et de philosophie, d'abord à l'Université d'Innsbruck, puis à l'Université de Vienne. En 1926, il termine son doctorat avec une thèse sur le physicien et philosophe allemand Gustav Fechner. En 1968, il publie la " Théorie générale des systèmes ". En définissant les systèmes comme des " ensembles d'éléments en interaction ", von Bertalanffy fonde une théorie générale qui embrasse large puisqu'elle concerne aussi bien la physique, la biologie, les mathématiques que les sciences de la communication ou encore celles de la société. C'est l'un des esprits les plus aigus du 20ème siècle.
Paul Watzlawick ( 1921 - 2007 ). Philosophe et psychothérapeute autrichien, Watzlawick est l'une des figures de proue de l'Ecole de Palo Alto.

Après un doctorat en philosophie et langues modernes obtenu à Venise, il devient analyste jungien en 1954, puis part enseigner la psychothérapie à l'Université de San Salvador. A partir de 1957, il a été professeur à l'Université de Stanford. Parmi ses nombreux titres honorifiques, il est docteur honoris causa des Universités de Liège, Bordeaux et Buenos Aires. Il a construit sa théorie de la communication sur les fondations suivantes : " Assimilant la famille à un système, il montre que, pour comprendre la communication entre des personnes, on ne peut se baser sur des notions individuelles comme la motivation ou la personnalité. De plus, chaque comportement répond aux autres qui, eux-mêmes, répondent à leur tour, dans une spirale sans fin ". Il met aussi en lunière que dans la communication, tout message comporte deux sens. D'une part, il transmet une information, des sentiments, des faits ; c'est le " contenu ". D'autre part, il exprime quelque chose sur le rapport entre les interlocuteurs ; c'est " la relation ".
La médiation scolaire s'inscrit bien évidemment dans le processus de gestion des conflits, elle n'est pas une mesure disciplinaire. Au contraire, elle apparaît comme une alternative au " modèle disciplinaire " qui, lui entraîne une stigmatisation et une exclusion de l'adolescent par le prononcé d'une sanction. La médiation scolaire obtient des résultats positifs lorsque les interventions sont précoces et soutenues par une communauté éducative motivée.
Comment ?
Les médiateurs organisent les étapes de la médiation. Cette médiation aura lieu avec les apprenants en conflit et deux apprenants médiateurs qui, de préférence, ne connaissent, pas ou peu, les apprenants en conflit et selon le schéma classique suivant :
* Accueil et présentation des personnes en présence.
* Information sur le processus de médiation.
* Ecoute des parties en présence.
* Reformulation de la compréhension que l'on a des événements.
* Recherche des points d'accords et de désaccords entre les parties.
* Discussion sur les points de désaccords et recherche de solutions.
* Les médiateurs reformulent la solution trouvée et s'assurent de l'accord des deux parties sur celle-ci.
* Les protagonistes signent cet accord et se quittent après s'être serrés la main.
Agir en équipe.
Aujourd'hui, on constate que la prévention et la lutte contre la violence ne peuvent se faire sans développer une équipe volontaire rassemblée autour de valeurs communes, librement discutées, consciemment acceptées et profondément assumées. Ainsi l'élément clé pour contrer la violence scolaire demeure la constitution d'une équipe d'adultes soudée autour d'un chef d'établissement. En effet, le manque de personnalité du chef d'établissement et l'absence de cohérence de l'équipe pédagogique favorisent indéniablement la violence scolaire. L'équipe ne peut être une entité construite artificiellement encore moins une panacée ou une juxtaposition de personnes. L'équipe qui veut durer doit construire sa propre identité en élaborant un cadre de fonctionnement. Elle n'existe que par et dans l'action. On peut envisager l'équipe selon 4 domaines d'investigations :
1. Le domaine fonctionnel. L'équipe constitue un nouveau mode de transmission des savoirs - objectif fondamental de l'enseignement - ainsi qu'un puissant agent de recontextualisation et de création de nouvelles pratiques.
2. Le domaine stratégique. L'enjeu fondateur de l'équipe est de générer des stratégies qui répondent aux attentes du terrain et qui se réajustent en permanence pour devenir un puissant levier contre l'immobilisme conservateur de l'école.
3. Le domaine systémique. L'école génère l'échec scolaire car de plus en plus d'adolescents se trouvent dans l'incapacité d'intégrer et de relier les savoirs au travers différentes disciplines. L'équipe peut apporter à ce vide de sens une plus grande capacité d'intégration des valeurs et des savoirs. La communication dans l'école doit devenir au travers des équipes un lieu de mise en relation.
4. Le domaine axiologique. Il détermine toute l'action de l'équipe au travers des valeurs, de l'éthique et de l'idéologie.
Il est nécessaire que l'équipe effectue tout un travail de métaréflexion sur la pertinence et l'efficacité des domaines fonctionnel, stratégique et systémique au travers du filtre du domaine axiologique. Face aux mécanismes complexes de la violence dans les écoles, dans les entreprises, un formateur ne peut résoudre individuellement ce problème. Les équipes sont donc plus que jamais le moteur du changement et du renouveau. Pédagogie du projet et travail en équipe sont, dans notre esprit, indissociables. En effet, seul le projet peut donner du sens à l'équipe constituée d'acteurs qui reflètent l'institution dans laquelle ils travaillent. Des formateurs en lien avec les apprenants, un éducateur, un représentant de la direction et du PMS qui disposent d'un pouvoir de décision sans lequel l'équipe n'a aucune raison d'exister.
Pour que l'équipe se mette en place, il existe un certain nombre de facteurs déclencheurs :
1. Facteurs liés à la personnalité :
* La conscientisation de problèmes existentiels au sein de l'institution.
* La détermination et l'engagement de quelques acteurs.
* Les qualités relationnels des rassembleurs.
* Le partage d'expériences.
2. Facteurs institutionnels.
* Action dynamisante du chef d'établissement et gestion souple.
* Progression lente pour éviter de bousculer les habitudes.
* Echanges d'expériences entre établissements.
3. Facteurs envitonnementaux.
*La classe est un collectif qui supporte de plus en plus mal la gestion individuelle.
* Rencontre et participation des parents.
Les membres d'une équipe se remplacent plus facilement que de fortes personnalités. Le travail en équipe offre de nombreux avantages :
1. Possibilité d'exprimer ses sentimenrs positifs et négatifs. En effet, le formateur qui travaille seul ne peut à aucun moment libérer des affects négatifs sinon dans le cadre étroit d'une salle de professeurs. L'équipe constitue un excellent endroit pour râler positivement en présence de ceux-là même qui vivent les mêmes angoisses et les mêmes difficultés.
2. Echange d'expériences pédagogiques. Aucun formateur aussi doué soit-il ne peut mesurer parfaitement l'impact de son action pédagogique sur chaque apprenant au même moment. L'avis des collègues peut l'éclairer sur certaines erreurs méthodologiques ou sur certaines attitudes pouvant entraîner des ruptures de communication avec ses apprenants.
3. Le ressourcement affectif et mental. Les formateurs se trouvant dans des situations relationnelles ou pédagogiques difficiles ne peuvent trouver de solutions qu'en acceptant l'aide, le soutien et les plaintes des membres de l'équipe. Ces personnes sont unies pour le meilleur afin d'éviter le pire : le chacun pour soi.
4. La souplesse de la discipline et la cohérence de l'autorité. " Madame, avec Monsieur on peut bien !!! ". " Une heure de retenue pour ça, ça ne va pas non !!! ". Ces réflexions, nous devons y faire face quotidiennement dans des situations classiques où le formateur est seul devant sa classe. Dans un travail d'équipe, la faute prend de suite un caractère social et collectif ; elle devient l'affaire de tous et tout le monde propose des solutions. Quand une décision est prise, contrairement aux conseils de classe classique, tout le monde la respecte.
5. La présentation d'un modèle cohérent pour les adolescents. L'équipe a un effet terriblement apaisant sur les adolescents. Elle symbolise le mythe familial. Le message humaniste de l'équipe, c'est le vécu relationnel au quotidien dans le respect de chacun.
6. Une plus grande objectivité de l'évaluation. On n'évalue pas seul à partir d'une feuille ou d'une conversation de quelques minutes. Quand des formateurs mettent en parallèle les compétences de chaque apprenant et qu'ils les analysent à la lumière de leurs cours et des finalités fixées, alors on peut sans crainte parler d'une évaluation respectueuse et juste à défaut d'être parfaitement objective.
Cependant, on ne peut pas passer sous silence les inconviénients relatifs à un tel travail :
1. Le négativisme ou fatalisme de certains collègues. On vous demandera si vous avez réellement compté vos heures, si vous êtes manipulés, si vous pensez obliger les autres à faire comme vous ou on ajoute aussi : " quoi qu'on fasse, il y aura toujours de bons et de mauvais apprenants ". ce sont ici des obstacles liés aux personnes : peur du jugement d'autrui, peur de perdre son identité au sein du groupe, peur de ne pas être à la hauteur ......
2. L'argument du " et après ... ? ". La plupart des enseignants qui ne souhaitent pas travailler en équipe vous adresseront toujours cette question. Quand les apprenants quittent votre équipe, que font-ils dans le système classique ailleurs ? L'apprentissage du respect et de la fraternité n'est pas un obstacle à la capacité d'adaptation et à la lucidité.
3. L'individualisme non constructif des formateurs. Le formateur qui veut se débrouiller seul et qui travaille avec passion et respect à droit à la considération de tous. Mais certains refusent individuellement toute solution proposée. Ce mode de réaction humainement et socialement compréhensible représente un frein à la mise en place d'équipe. Il s'agit d'obstacles liés à l'image du métier d'enseignant : enseigner, c'est être seul - difficulté de changer de pratiques - peur de sortir d'une routine sécurisante.
4. Les freins individuels. Certaines directions ne voient pas toujours d'un bon oeil la prise d'autonomie et de responsabilités de certaines équipes. Dans un système pyramidal, la pression institutionnelle est une barrière qu'il faut franchir par la richesse des finalités proposées, par la qualité du travail accompli et la présentation de projets à l'extérieur de l'école. L'effet clan peut être ressenti aussi par certains collègues qui considèrent l'équipe comme une chapelle à cause de sa trop grande cohésion.
5. Agir sur la communication pour la rendre efficace. Nous estimons que la violence à l'école constitue le message d'un individu ou plus rarement d'un groupe adressé à une institution. Nous pouvons constater que chaque fois qu'un acteur de l'école se comporte violemment, il vit un problème de communication. Le comportement n'a pas de contraire. Autrement dit, il est impossible de ne pas communiquer. La violence est devenue un canal de communication très utilisé par certains jeunes car d'autres canaux ont été purement et simplement coupés, sclérosés ou plus grave encore, pour certains, quelques canaux n'existent plus.
L'équipe qui entreprend une action d'ouverture à la communication en " débouchant certains canaux " ne peut que favoriser la socialisation des adolescents. Chez nos apprenants, tout doit révéler du sens même et surtout leur refus de parole.
Une communication ne se borne pas à transmettre une information, mais induit en même temps un comportement. Toute communication présente deux aspects : le contenu et la relation tels que le second englobe le premier ; le contenu n'apparaît donc qu'à travers une relation. Les acteurs du terrain que sont les enseignants doivent comprendre que les apprenants sont excessivement sensibles à la relation et qu'en phase de socialisation, le contenu est et doit être supplanté par le relationnel.
Les dysfonctionnements de la communication ou quelques freins pour les acteurs désireux de construire des équipes pédagogiques performantes :
$ La lutte contre les préjugés et les généralisations hâtives. Peut-on aider un adolescent à se socialiser s'il est déjà étiqueté par nos présupposés ? Ce serait une utopie de croire qu'il est possible de vivre sans préjugés. Mais, l'équipe peut être un excellent moyen pour exprimer ou mettre en évidence les préjugés de chaque acteur.
$ Le sens des mots est différent pour chacun de nous. Chacun le sait. Chacun l'oublie. L'être humain n'est pas un dictionnaire ... de papier. Il apprend à l'école. Mais son dictionnaire de référence, est le dictionnaire de ses expériences, de la naissance à ce jour.
Un exemple vécu dans l'école professionnelle déjà mentionnée. Nous avons choisi le mot " merde " pour montrer que ce mot peut exprimer de nombreux sentiments. Nous insistons pour que chaque acteur comprenne par cet exemple, ce que c'est comprendre le sens des mots et des gestes de nos adolescents. Peut-on réagir de la même façon suivant que le mot " merde " est utilisé comme décrit ci-dessous :
L'apprenant laisse tomber sa bêche et il dit : " merde ! ".
L'enseignant excédé par le chahut s'écrie : " merde ! vous m'emmerdez à la fin ! ".
L'apprenant dit à son voisin, après une dispute : " Tu n'es qu'une merde ! ".
L'apprenant dit au professeur de mathématiques : " Les maths, c'est de la merde ! ".
Un apprenant est mis à la porte d'une classe et s'écrie : " Allez tous à la merde ".
Un apprenant fait remarquer au professeur qui oublie de lui donner une feuille : " Et moi, je suis d'la merde ?".
Un apprenant qui s'écrie : Madame, vous êtes une prof. de merde ".
Il n'est pas question de vouloir faire ici une analyse psychanalytique de ces expressions mais nous voudrions souligner combien les enseignants doivent comprendre l'importance du sens des mots chez les adolescents violents.
Nous avons tous tendance à interpréter la réalité dans les structures de communication. Cette interprétation génère de fausses certitudes et du doute. Nos apprenants doutent encore plus que nous. Ils ont de fausses certitudes sur l'école, les parents, la vie, les professeurs et leur avenir en général. Le message qu'il nous faut leur faire passer c'est que douter est normal pour un humain. Pour la première fois peut-être dans leur vie découvriront-ils alors que le doute exprimé construit aussi fort qu'une certitude. La base de la socialisation, c'est le doute exprimé. ( L'ennui dans ce monde, c'est que les idiots sont sûrs d'eux et les gens sensés pleins de doute. YK ).
Le déni est sans doute la problématique du siècle en matière de relation dans l'école. L'éducateur est profondément choqué lorsqu'il est la victime du déni mais prend-il conscience de toutes les situations de déni dans lesquelles il place ses apprenants ? Des apprenants de l'enseignement professionnel et les autres aussi réagissent violemment lorsqu'à leur message on répond par le déni ou la négation de leur besoin d'exister et de communiquer. Par contre, communiquer avec ces apprenants-là c'est avant tout comprendre et admettre que même s'ils ne communiquent pas toujours du savoir, ils sont porteurs tous les jours de sens.
Les stratégies de l'endosystème.
1. Agir sur l'institution et l'administration pour institutionnaliser la communication.
La structure hiérarchique qui détermine l'organisation des écoles sclérose les initiatives et ne laisse que très peu d'autonomie aux équipes en place. Le manque de cohésion au sein du corps enseignant constitue une violence institutionnelle grave en matière de justice et de démocratie. En effet, comment un apprenant peut-il se comporter en citoyen responsable s'il se trouve en face d'adultes incapables d'adopter des stratégies communes ou s'il est évalué et éventuellement sanctionné de douze façons différentes par ses douze professeurs ?
2. Agir sur la direction, moteur de la communication.
La direction compétente peut sans nul doute créer une dynamique positive au sein de l'école et agir ainsi contre la violence. La direction peut exercer une action efficace :
* En étant l'initiatrice de projets concrets pour les apprenants.
* En stimulant le personnel enseignant désireux de travailler en équipe.
* En facilitant et en encourageant les formations ciblées et pertinentes par rapport au projet pédagogique mis en place.
* En offrant la plus large autonomie de fonctionnement pour les équipes pédagogiques en place.
* En conscientisant son rôle symbolique et stratégique déterminant en matière de loi et d'autorité.
* En favorisant à outrance la communication positive à travers tous les acteurs de l'école.
* En facilitant les transformations éventuelles d'horaire et de grille horaire dans le but d'adapter l'enseignement aux apprenants.
* En dynamisant toutes les initiatves positives de chaque acteur de l'école.
La tâche des directeurs n'est pas simple, surtout si ceux-ci veulent absolument détenir l'ensemble des pouvoirs. La délégation et le partage des pouvoirs ainsi que des responsabilités nous semble une piste intéressante susceptible de développer la communication.
3. Agir selon un projet éducatif ou la communication au service de l'intégration sociale.
Si le projet pédagogique d'école est un excellent guide et un très bon garde-fou, il convient néanmoins de privilégier plus volontiers encore le projet éducatif de classe ou de groupes de classes formés en équipe et toujours dominé par une logique d'insertion sociale, qui devrait être le moteur intégratif de toute option professionnelle performante.
Les stratégies de mésosystème.
1. Agir sur l'environnement pour une communication authentique : subjectiver !!
L'école, l'entreprise est un lieu de vie. Alors vivons !! Créons au sein de l'école, de l'entreprise une structure, un conseil qui aura pour finalité de rendre la vie plus agréable en proposant des projets visant à améliorer le cadre de vie et qui trouveront des échos dans les différentes options de l'école. L'apprenant doit devenir l'acteur principal et dynamique du changement de son cadre de vie. Il nous paraît fondamental que chaque apprenant de chaque classe puisse montrer ses réalisations personnelles dans tous les coins et recoins de son école. L'école doit être un centre de mise en valeur permanent. Si cette politique n'est menée que par quelques apprenants et quelques professeurs, elle sera généralement détruite par la violence " réactive " ou " passive " des autres. Nous insistons également sur l'urgence de l'intervention. Il s'agit en quelque sorte d'une course contre la mort. D'un côté, notre société se déstructure entraînant avec elle une violence de plus en plus présente et de l'autre des actions timides encore se mettent en place.
2. Agir sur le cadre de vie en harmonie avec la nature pour agrandir le champ de communication.
Il nous semble que la nature est un puissant instrument de socialisation et de ressourcement pour les jeunes en mal de communication. Toutes les écoles peuvent avec un peu d'imagination et de créativité mettre en place des relations entre l'adolescent et la nature. Le rapport du corps et du psychisme des apprenants avec la nature est extrêmement important si l'on désire aider ces adolescents à un certain contrôle pulsionnel. Beaucoup de nos adolescents sont comparables à de jeunes " chiens fous ", sans repères, sans guides, qui fuient plus qu'ils ne mordent ( voir Repères pour un monde sans repères de Philippe Meirieu ). Il nous appartient de créer une communication entre eux et la nature dans ce qu'elle a de plus formatif en matière de respect de la vie. L'ouverture pratique de cours ou d'actions pédagogiques basées sur la rencontre avec la nature ou avec les métiers nobles qui la constituent, représente un enjeu considérable pour le maintien de la stabilité émotionnelle des apprenants des écoles secondaires.
3. Agir sur la famille par l'information participante.
On constate aisément que peu de choses sont entreprises pour agir efficacement sur les familles. Certes, l'école n'a ni le devoir, ni le pouvoir de se substituer à la famille mais elle doit, à notre sens, éviter de capituler en proposant aux jeunes des modèles de sociétés trop neutres ou trop indigestes. Ici, encore une fois, nous soulignons le rôle fondamental des équipes pédagogiques qui peuvent montrer et vivre devant les adolescents comme dans une structure démocratique. Cette exemplarité dans le vécu peut amener les apprenants à choisir la voie de la socialisation plutôt que la voie de la violence tracée par leurs antécédants familiaux. Nous avons souvent constaté que les réunions de parents traditionnelles manquaient de systématisation apportant aux parents une information bien souvent lacunaire plutôt qu'une véritable formation attendue. Nous pensons que les parents qui s'entendent répéter par tous les professeurs que leur enfant est un cancre et un chahuteur n'a rien de formatif. Nous proposons la pratique de l'information participante c'est-à-dire une information présentée par des professeurs et dont le but consiste en une véritable éducation. Elle se doit d'être constructive, rassurante et inscrite dans le cadre des réalités quotidiennes. IL s'agirait donc d'informer les parents via des médiateurs et de faire participer les parents à certains projets d'apprenants.
4. Agir en conscientisant l'importance des acteurs extérieurs.
Les acteurs extérieurs pourraient être définis comme étant les personnes ou les institutions ayant une influence directe ou indirecte sur les apprenants, acteurs privilégiés de notre action.
* Le PMS est un acteur privilégié. Un membre du PMS devrait faire partie de chaque équipe pédagogique en jouant un rôle central.
EX.
Intervention au sein des équipes pédagogiques comme personne ressource.
Mise en place du sas de décompression.
Collaboration au cours des diverses évaluations et actions d'orientation.
Intervention auprès des familles et information participante.
* Toutes les écoles constituent des partenaires potentiels privilégiés puisqu'elles peuvent à tout moment devenir une source de socialisation, d'espoir et d'orientation pour les apprenants.
* Le monde patronal ne peut rester passif dans la lutte pour l'emploi et doit se présenter comme partenaire privilégié face aux demandes des apprenants en multipliant les stages passifs et actifs. Le monde patronal : une usine, un indépendant, un magasin ... est un élément incontournable de renforcement de l'estime de soi, un puissant moyen de lutte contre la violence.
* Les CPAS peuvent constituer un stimulant intégratif pour des apprenants confrontés durement à la pauvreté.
* Les familles des apprenants ne peuvent être ignorées et certaines familles exercent consciemment ou inconsciemment une action marginalisante et destructrice pour certains apprenants ; en prendre conscience nous paraît une évidence mais cette prise de conscience est insuffisante. Cependant, l'école est foncièrement démunie pour mettre en place des structures participatives avec ces parents.
* Les personnes du milieu proche constituent un terreau socialisant extrêmement riche. La socialisation passe par une prise de conscience du tissu social et par la découverte des relations intégratives de quartier. Voici quelques exemples vécus montrant l'importance de ces acteurs si souvent oubliés par l'école :
* Un home de personnes âgées constitue une motivation existentielle, une source d'actions positives et structurantes de solidarité, d'aide et de communication.
* Une personne âgée du coin qui est prête à rencontrer des apprenants ou à les conseiller.
* Des personnes qui ont besoin d'aide constituent une motivation pour des actions sociales valorisantes et elles se situent au sein d'une double intégration : je t'aide à mieux vivre, tu m'aides à mieux exister.
* Les homes constituent des partenaires de l'école puisqu'ils se substituent parfois à la famille de certains apprenants. Une étroite collaboration s'avère nécessaire pour permettre aux adolescents vivant dans ces institutions de surmonter leurs difficultés psycho-affectives, financières et autres.
* Les autorités locales ne doivent plus être considérées comme des agents répressifs mais comme des partenaires pouvant apporter une source de renseignements sur les fréquentations, le milieu de vie des adolescents et de leur famille. Pour lutter contre la violence, les autorités ont leur place au sein du processus intégratif.
* Les bibliothèques sont des endroits privilégiés si on veut bien se donner la peine d'investir socialement au cours d'apprentissages ciblés et progressifs dès le début des études secondaires. Les jeunes peuvent très vite et sans complexe et quel que soit leur niveau :
Avoir accès à la culture.
Critiquer, mettre en balance différents savoirs.
Rencontrer d'autres personnes, d'un autre milieu.
* Les médias doivent être plus préventifs que sensationnalistes. La violence sera autrement combattue lorsque la presse acceptera de se pencher un peu plus vers la production positive, la contagion de processus intégratifs et la mise en valeur des jeunes.
* Les clubs sportifs doivent aussi être pris en considération par l'école car ils peuvent devenir partenaires pour :
Différents échanges ou organisations sportives.
Alerter l'école par rapport à certains comportements de jeunes.
Remotiver les jeunes vers l'école.
Les stratégies de l'exosystème.
Agir sur les programmes pour encourager l'autonomie.
Il faut disposer de programmes souples permettant aux enseignants une grande capacité d'adaptation face à des apprenants violents. Cette souplesse ne doit en rien ressembler à un relevé laxiste. La direction et les enseignants d'une école peuvent évidemment intervenir directement ou indirectement pour modifier ou nuancer certaines propositions. L'autonomisation de nos écoles passe par l'autonomie de l'enseignant. Un enseignant autonome est celui qui s'adapte aux situations critiques qu'il rencontre en modifiant son comportement et son approche du programme.
La définition du programme en tant que liste de matières à enseigner est complètement périmée, dépassée, insatisfaisante d'un point de vue rationnel et inadéquate sur le plan pédagogique. Il faut lui substituer une liste d'activités, de savoir-faire, de compétences, de savoir-être que les apprenants devraient manifester au terme de l'enseignement projeté.
Chaque programme devrait être revu chaque année scolaire en fonction du type d'apprenant rencontré. Le programme est un outil et pas un règlement. Les enseignants devraient aussi être formés en terme de curriculum et de philosophie de l'éducation afin d'être capables d'utiliser les programmes au service des apprenants.
Conclusion provisoire.
Nous avons proposé, tout au long de cette rubrique, un schéma illustrant ce que nous souhaiterions installer comme stratégies dans une école secondaire et ou primaire afin qu'elles puissent efficacement lutter contre les manifestations de violence. Plus ces stratégies sont appliquées à des adolescents jeunes, plus il y a de chance pour que celles-ci débouchent sur de bons résultats. Il s'agit bien entendu d'un modèle qui peut et qui doit être modifié et ou complété en fonction du type d'établissement dans lequel ces stratégies seront développées.
L'apprenant se situe au centre du processus éducatif et notre schéma est structuré autour de lui. Il faut à nouveau rappeler que notre schéma est un modèle dynamique. Chaque acte proposé ne se limite pas à une année scolaire précise.
Nous confirmons que l'éducation représente un outil indispensable pour lutter contre la violence destructrice dans les écoles. Notre outil peut être très performant s'il s'appuie sur les stratégies développées précédemment. Nous pensons également que toutes les écoles secondaires et primaires possèdent les capacités humaines et matérielles pour mettre en place ces stratégies. Il suffit de trouver des personnes formées et capables de dynamiser la communication au service des apprenants tant il est vrai que les adolescents éprouvent un grand besoin de communiquer et ils passent régulièrement à l'acte lorsqu'ils ne peuvent pas le faire.
Ainsi, pour lutter contre la violence dans l'école, nous pensons qu'il faut :
Centrer le processus éducatif sur l'adolescent par l'individualisation à travers une pédagogie différenciée.
* Accueillir et donner du sens à l'existence des apprenants par une écoute active et la production d'un contrat moral de vie fondé sur le respect et la fermeté.
* Favoriser la communication authentique au sein de l'école en respectant les axiomes et les principes prescrits par le courant systémique.
* Créer des équipes pédagogiques constituées de professeurs et d'apprenants partageant le même idéal d'entreprise : " trouver sa place dans la société à travers un travail que j'aime et que j'ai choisi ! ".
* Donner du sens à l'existence des apprenants par des retours fréquents vers la nature dans ce qu'elle a de plus exaltant pour l'humanité.
Chacun(e) façonnera ce matériaux de base à la lumière de sa personnalité et de ses perceptions en vue d'agir au mieux en situation de conflit. L'idéal serait que ce travail ne reste pas figé. Il est perfectible et contient vraisemblablement des points à préciser, à modifier ou à enlever. Le métier de formateur évolue, et ce serait dommage qu'il n'en soit pas de même pour ce travail.
In fine, nous espérons de tout coeur que ces quelques réflexions serviront ne serait-ce qu'à quelques formateurs, quelques patrons paur les aider à mener une carrière professionnelle dans leur métier respectif avec un minimum de heurts.
Yvan Keuwez
Licencié en Sciences de l'Education.
22:45 Écrit par YK dans Gestion de conflits | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |
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